Publié en 1991 aux États-Unis sous le titre Outlander (et en France sous le titre Le Chardon et le Tartan), le premier roman de Diana Gabaldon raconte l’histoire de Claire Randall, une infirmière de l’armée britannique qui, lors de vacances en Écosse en 1945, se retrouve propulsée deux siècles en arrière à travers un cercle de menhirs. Plongée dans l’Écosse de 1743, en pleine révolte jacobite, elle y rencontre le guerrier highlander Jamie Fraser, qu’elle finira par épouser. La saga, qui compte aujourd’hui neuf tomes, a été adaptée en série télévisée par Starz à partir de 2014 et a séduit plus de vingt millions de lecteur·ices à travers le monde. Difficile à classer — quelque part entre le roman historique, la romance et le fantastique —, la saga a trouvé son public justement parce qu’elle refuse de choisir entre ces registres : on y vient pour l’Écosse et on reste pour Jamie Fraser, ou l’inverse.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé le dernier tome (ou en attendant le dixième avec impatience), voici des recommandations qui partagent un ou plusieurs de ses ingrédients : ancrage historique, voyage dans le temps, romance, héroïnes qui ont du répondant.
1. La mer en hiver (Susanna Kearsley, 2008)

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De nos jours, Carrie McClelland, romancière à succès, s’installe dans un cottage à Cruden Bay, en Écosse, à l’ombre des ruines du château de Slains, pour y écrire son nouveau roman. L’intrigue qu’elle imagine se déroule au printemps 1708, lors de la tentative avortée d’une flotte jacobite — composée de soldats français et écossais — de ramener le jeune James Stewart sur le trône. Pour donner un visage à son héroïne, Carrie choisit le nom d’une de ses ancêtres : Sophia Paterson.
Mais l’écriture prend un tour inattendu. Les mots semblent se former d’eux-mêmes sous les doigts de Carrie, et la frontière entre fiction et réalité se fissure. La romancière en vient à se demander si elle ne canalise pas les souvenirs de son ancêtre, une forme de mémoire génétique qui ferait d’elle la seule personne à connaître la vérité sur une trahison vieille de trois cents ans.
Comme Outlander, La mer en hiver fait se rencontrer deux époques, l’amour et les rébellions jacobites, le tout sur fond de côtes écossaises battues par le vent. La mise en abyme — un roman dans le roman, où l’autrice finit par ne plus savoir qui écrit qui — complique le dispositif de façon bienvenue, et le travail de documentation historique de Susanna Kearsley est suffisamment rigoureux pour satisfaire les esprits curieux. Diana Gabaldon elle-même a salué chez l’autrice sa rigueur de chercheuse doublée d’une grande délicatesse avec les personnages — et quand Diana Gabaldon vous adoube, c’est que vous avez fait quelque chose de bien.
2. Le Livre perdu des sortilèges (Deborah Harkness, 2011)

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Diana Bishop, historienne des sciences à Yale, est aussi la dernière d’une longue lignée de sorcières — un héritage qu’elle s’efforce d’ignorer depuis la mort de ses parents. Lors d’un séjour de recherche à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford, elle met la main sur l’Ashmole 782, un manuscrit alchimique perdu depuis des siècles. Ce geste déclenche une réaction en chaîne : le manuscrit est convoité de longue date par les trois espèces surnaturelles qui coexistent secrètement avec les humains — sorcières, vampires et démons. Parmi eux, Matthew Clairmont, un vampire vieux de quinze siècles, généticien et ancien chevalier de l’ordre de Lazare, qui se rapproche de Diana avec des intentions que personne, pas même lui, ne cerne tout à fait.
Leur alliance, d’abord méfiante, vire à l’histoire d’amour interdite : un vieux pacte, la Congrégation, prohibe en effet toute union entre espèces. Le roman brasse l’alchimie, la génétique, les sociétés secrètes et l’histoire élisabéthaine (le deuxième tome, L’École de la nuit, transporte d’ailleurs le couple dans le Londres de 1590). Derrière le surnaturel, c’est l’érudition de Deborah Harkness — professeure d’histoire à l’université de Californie du Sud, spécialiste de l’histoire des sciences et de la magie en Europe — qui donne au récit sa singularité.
On retrouve ici plusieurs ingrédients chers aux fans d’Outlander : un voyage dans le temps, une héroïne qui ne se laisse pas faire, un amour que tout interdit et un cadre historique fouillé. La trilogie a été adaptée en série télévisée sous le titre A Discovery of Witches (2018-2022). Et si le postulat « sorcière + vampire = mauvaise idée » rappelle d’autres franchises, le bagage universitaire de Harkness donne à l’ensemble une profondeur que Twilight n’a jamais eu l’ambition d’atteindre.
3. Les falaises de Cornouailles (Winston Graham, 1945)

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Nous sommes en 1783. Ross Poldark, jeune soldat anglais, rentre de la guerre d’Indépendance américaine pour retrouver ses Cornouailles natales. L’accueil est rude : son père est mort, le domaine familial tombe en ruine, et Elizabeth, sa fiancée, est sur le point d’épouser Francis, son propre cousin. Ross n’a d’autre choix que de reconstruire sa vie — et accessoirement de rouvrir les mines d’étain qui firent autrefois la fortune de sa famille.
C’est sur un marché qu’il croise Demelza, une fille de treize ans maltraitée par son père, qu’il prend sous son aile et engage comme domestique. Les années passent, Demelza grandit, et ce qui devait arriver arrive — au grand dam de l’aristocratie locale, peu encline à voir un gentleman se mésallier. Le roman dresse un tableau sans fard de la société cornouaillaise du XVIIIᵉ siècle : familles de propriétaires terriens en déclin, mineurs broyés par le labeur, banquiers qui s’enrichissent sur le dos de tous.
Si Outlander a son Jamie Fraser, Poldark a son Ross : même entêtement, même sens de l’honneur un peu suicidaire, même tendance à se mettre la bonne société à dos pour défendre ceux qui n’ont rien. La saga de Winston Graham compte douze tomes publiés entre 1945 et 2002 — de quoi occuper quelques hivers — et a été adaptée deux fois par la BBC, dont une version récente (2015-2019) portée par Aidan Turner. Seuls les trois premiers tomes ont été traduits en français.
4. Sœur des cygnes (Juliet Marillier, 2000)

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Au domaine de Septenaigue, au cœur d’une forêt irlandaise, vit une fratrie de sept enfants : six garçons et Sorcha, la benjamine, seule fille de la famille. Leur mère est morte, leur père fait la guerre aux Britons. Lorsque celui-ci décide de se remarier, le drame se noue : une malédiction s’abat sur les six frères, changés en cygnes. Pour les délivrer, Sorcha devra accomplir une épreuve terrible — tisser six chemises d’orties — sans jamais prononcer un seul mot, sous peine de condamner ses frères à jamais.
Le roman s’inspire du conte Les Cygnes sauvages de Hans Christian Andersen (et des Six Frères cygnes des frères Grimm), mais Juliet Marillier ancre cette trame dans une Irlande médiévale crédible, peuplée de druides, de membres du Petit Peuple et de forces anciennes qui n’ont rien perdu de leur emprise sur le monde des humains. Sorcha n’est pas une princesse passive : c’est une guérisseuse têtue, élevée par la forêt autant que par sa famille, dont le parcours — de l’Irlande aux côtes britanniques — ne lui épargnera rien.
Les lecteur·ices d’Outlander qui aiment la mythologie celtique, le folklore des îles britanniques et les héroïnes qui avancent quand tout les invite à renoncer ne seront pas dépaysé·es — ou plutôt si, mais dans le bon sens du terme. Le roman a reçu le prix Imaginales 2010, et la série Sevenwaters se poursuit sur plusieurs tomes, chacun centré sur une génération différente de la même famille.
5. La malédiction de l’Elfe noir (Karen Marie Moning, 1999)

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À la cour de Faërie, sur l’île mythique de Morar au large de l’Écosse, la reine Aoibheal s’amuse à vanter les charmes d’un mortel : Hawk, comte de Dalkeith, guerrier redouté et — si l’on en croit sa réputation — irrésistible auprès de la totalité du genre féminin. Son époux, le roi Finnbheara, fou de jalousie, ordonne à son bouffon Adam Black — un faë sans scrupules dont le passe-temps favori est de ruiner la vie des mortels — de trouver une femme capable de résister à Hawk. Son choix se porte sur Adrienne de Simone, précipitée depuis le XXᵉ siècle jusqu’en l’an 1513, et mariée de force au comte par un de ces tours dont le peuple des faës a le secret.
L’affrontement entre Adrienne — bien décidée à ne pas se laisser séduire — et Hawk — qui n’a jamais essuyé de refus — constitue le moteur du récit, tandis qu’Adam Black, en troisième larron, sème le chaos pour son propre divertissement. Le roman assume pleinement son identité de romance paranormale : le ton est léger, souvent drôle, et l’Écosse du XVIᵉ siècle sert avant tout de toile de fond à un jeu de séduction entre deux fortes têtes.
Premier roman publié de Karen Marie Moning (et premier tome de la série Les Highlanders, qui en compte huit), La malédiction de l’Elfe noir pose les bases d’un univers fae que l’autrice développera ensuite dans ses Chroniques de MacKayla Lane, une saga de fantasy urbaine au ton nettement plus sombre. Ne vous attendez pas à la gravité d’Outlander — ici, on est davantage dans le plaisir coupable assumé, avec Highlanders en kilt et fées malicieuses en prime.
6. Le temps n’est rien (Audrey Niffenegger, 2003)

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Henry DeTamble est bibliothécaire à Chicago. Il est aussi atteint d’un trouble génétique rare — la chrono-déficience — qui le propulse involontairement à travers le temps. Pas de menhirs ni de rituels ici : Henry disparaît sans prévenir, nu comme un ver, pour atterrir à une époque qu’il ne choisit pas, sans possibilité d’emporter quoi que ce soit avec lui. Clare Abshire, artiste, le connaît depuis ses six ans — car le Henry du futur lui rendait visite dans le pré derrière chez elle. Mais quand ils se rencontrent « pour la première fois » dans le présent (elle a vingt ans, il en a vingt-huit), Henry ne l’a encore jamais vue.
Raconté sous forme de journal intime à deux voix, le roman décortique les conséquences d’une relation amoureuse où le temps ne coopère pas. Clare attend, Henry disparaît. Leurs âges ne coïncident pas, leurs souvenirs se chevauchent et se contredisent. Le postulat est fantastique, mais le sujet, lui, ne l’est pas : c’est un roman sur l’attente, l’absence et l’amour qui persiste malgré tout — thème que les lecteur·ices d’Outlander connaissent bien.
Best-seller traduit dans une trentaine de langues, Le temps n’est rien a été adapté au cinéma en 2009 sous le titre Hors du temps (avec Eric Bana et Rachel McAdams), puis en série télévisée par HBO en 2022. Le dispositif temporel est plus intime et contemporain que celui d’Outlander, mais le dilemme de Clare — aimer quelqu’un qui ne vit pas dans le même temps que vous — fera écho à quiconque a déjà retenu son souffle en voyant Claire Randall hésiter devant les pierres de Craigh na Dun.
7. Un bûcher sous la neige (Susan Fletcher, 2010)

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Hiver 1692. Dans une geôle écossaise, Corrag, jeune femme accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Le révérend Charles Leslie, jacobite irlandais, vient l’interroger : il cherche des preuves que le roi protestant Guillaume d’Orange a commandité le massacre de Glencoe — cette nuit du 13 février 1692 où trente-huit membres du clan MacDonald furent assassinés par des soldats qui avaient profité de leur hospitalité pendant dix jours.
Mais Corrag ne livre pas son témoignage comme on débite un rapport. Elle raconte sa vie, depuis son enfance auprès d’une mère elle-même pendue pour sorcellerie, sa fuite à travers l’Angleterre, son arrivée dans les Highlands où elle a trouvé refuge auprès des MacDonald. Sa voix est fébrile, lyrique, presque hallucinée — celle d’une femme qui sait que chaque mot pourrait être le dernier, et qui s’attarde pourtant sur un cerf croisé, une cascade découverte, la lumière d’un matin dans la vallée. En parallèle, les lettres de Charles à son épouse Jane révèlent comment cet homme pétri de certitudes se retrouve peu à peu ébranlé par la « sorcière ».
Le roman s’inscrit dans la même période que les premiers tomes d’Outlander (les guerres de clans, les jacobites, les Highlands) mais avec un registre plus intime, plus contemplatif. Là où Diana Gabaldon montre l’Écosse à hauteur de champ de bataille, Susan Fletcher la montre à hauteur de mousse et de bruyère — et le résultat n’est pas moins dévastateur.
8. Le Pays de la liberté (Ken Follett, 1995)

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Écosse, années 1760. Mack McAsh travaille dans les mines de charbon des Jamisson depuis l’enfance. La loi est implacable : un homme qui a travaillé un an et un jour dans une mine appartient à son propriétaire. À vingt et un ans, Mack découvre qu’un avis juridique pourrait le libérer — ce qui lui vaut d’être publiquement châtié par le seigneur local. Sa tentative d’évasion échoue de peu, et il ne doit son salut qu’à Lizzie Hallim, une jeune aristocrate indépendante et future épouse du fils cadet des Jamisson.
Le roman suit Mack et Lizzie à travers trois décors successifs : les mines d’Écosse, les docks de Londres (où Mack devient meneur des dockers avant d’être condamné à la déportation), et enfin les plantations de tabac de Virginie, où tous deux se retrouvent — lui comme forçat, elle comme épouse malheureuse. En toile de fond, les prémices de la Révolution américaine et la question brûlante de l’époque : à qui appartient le travail d’un homme ?
Ken Follett fait ce qu’il sait faire : un récit efficace, solidement documenté, qui avance à bonne allure et dont les rebondissements sont calibrés pour qu’on tourne les pages sans y penser. Le manichéisme assumé des personnages (les Jamisson sont d’une cruauté olympique) rappelle davantage le roman-feuilleton que la nuance d’Outlander, mais le souffle épique est bien là. Pour qui a aimé suivre Claire et Jamie dans les colonies américaines, Le Pays de la liberté offre un autre regard sur la même époque — vu depuis les galères plutôt que depuis les salons.