Publié en 2014 aux États-Unis puis traduit en français en 2015 chez Gallimard Jeunesse, Nous les menteurs est un roman de l’autrice américaine E. Lockhart. On y suit Cadence Sinclair, dite Cady, l’aînée des petits-enfants d’une riche famille américaine qui passe chaque été sur l’île privée de Beechwood, au large du cap Cod. Après un mystérieux accident qui la laisse amnésique à l’âge de quinze ans, Cady tente de reconstituer les événements de cet été-là aux côtés de ses cousins et de Gat — le groupe inséparable qu’ils appellent les Menteurs. Phénomène mondial adapté en série sur Prime Video, le roman s’achève sur une révélation dont on ne ressort pas tout à fait pareil.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine : secrets de famille, îles coupées du monde, amitiés à double fond et dénouements qui font l’effet d’un coup de poing.
1. Famille de menteurs (E. Lockhart, 2022)

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Préquel de Nous les menteurs, ce roman remonte aux origines du drame des Sinclair. Cette fois, la voix qui raconte est celle de Carrie — la mère de Johnny, l’un des quatre Menteurs —, à l’âge de dix-sept ans, lors de l’été 1987. Comme chaque année, la famille se réunit sur Beechwood : Harris le patriarche, Tipper la matriarche, et leurs trois filles, Carrie, Penny et Bess. Mais cet été-là, charmeur et désinvolte, un garçon nommé Pfeff débarque sur l’île — et Penny, la sœur cadette, embrasse le garçon sur lequel Carrie avait des vues. Ce qui aurait pu n’être qu’une brouille d’adolescentes va s’envenimer à cause d’un deuil familial que personne n’ose aborder et d’un événement bien plus grave, dont les trois sœurs garderont le silence pendant des décennies.
Le récit est encadré par la voix de Carrie adulte, des années plus tard, qui s’adresse au fantôme de Johnny — son fils mort dans les événements de Nous les menteurs. On comprend enfin comment les trois sœurs Sinclair, autrefois complices, sont devenues ces femmes rivales et dépendantes de l’argent paternel que l’on découvrait dans le premier livre. Ce qu’elles se sont juré de taire cet été-là a pourri leurs relations — et celles de leurs enfants après elles.
2. Trouble vérité (E. Lockhart, 2017)

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Que fait Jule dans un hôtel de luxe au Mexique, une valise bourrée de perruques et de faux papiers à portée de main ? Et surtout, où est passée Imogen, la jeune héritière dont elle était inséparable ? E. Lockhart a choisi une structure narrative inhabituelle : l’histoire se déroule de la fin vers le début, chapitre après chapitre, de Mexico à Las Vegas, de Londres à San Francisco. On sait dès les premières pages que quelque chose de grave est arrivé ; ce qu’on ignore, c’est comment — et surtout pourquoi.
Le roman s’inspire ouvertement du Talentueux Mr. Ripley de Patricia Highsmith, un classique du thriller où un jeune homme sans le sou finit par usurper l’identité d’un ami fortuné après l’avoir assassiné. Ici, le schéma est transposé au féminin. Sportive sans attaches ni argent, Jule se rapproche d’Imogen, riche orpheline fascinée par elle, jusqu’à ce que l’admiration bascule dans l’obsession et l’usurpation d’identité. L’autrice décrit elle-même Trouble vérité comme le récit des origines d’une antihéroïne — une histoire sur la fureur féminine et les mensonges que l’on se raconte pour devenir quelqu’un d’autre.
3. Liens de sang (Karen M. McManus, 2020)

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Milly, Aubrey et Jonah sont cousins, mais ne se connaissent pas. Vingt-quatre ans plus tôt, leur grand-mère Mildred Story — richissime propriétaire de l’île de Gull Cove — a déshérité ses quatre enfants avec cette seule justification : « Vous savez ce que vous avez fait. » Aucun d’eux n’a jamais voulu expliquer à ses propres enfants de quoi il s’agissait. Lorsque les trois adolescents reçoivent une mystérieuse invitation à passer l’été sur l’île, l’occasion est trop belle : ils comptent bien découvrir ce que leurs parents ont fait de si terrible.
Sauf que rien ne se passe comme prévu. La grand-mère semble surprise de les voir débarquer — comme si elle n’avait rien envoyé. Et en fouillant le passé familial, les cousins ne tombent pas seulement sur de vieilles rancœurs, mais sur des meurtres jamais élucidés. Karen M. McManus, à qui l’on doit aussi Qui ment ? (adapté en série sur Netflix), alterne les points de vue des trois cousins et des flashbacks sur la génération précédente. Le roman partage avec Nous les menteurs un décor insulaire et une famille riche que ses non-dits sont en train de ronger — mais ici, le danger n’est pas seulement psychologique : quelqu’un, sur cette île, a déjà tué.
4. Inheritance Games (Jennifer Lynn Barnes, 2020)

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Avery Grambs est une lycéenne fauchée qui dort parfois dans sa voiture. Du jour au lendemain, un milliardaire du Texas nommé Tobias Hawthorne lui lègue la quasi-totalité de sa fortune — et Avery n’a aucune idée de qui est cet homme. Pour toucher l’héritage, elle doit s’installer dans l’immense demeure Hawthorne, truffée de passages secrets et d’énigmes, et y cohabiter pendant un an avec la famille du défunt : ses filles, furieuses d’avoir été spoliées, et surtout ses quatre petits-fils, brillants et hostiles.
Le roman fonctionne comme un Cluedo géant croisé avec À couteaux tirés : Tobias Hawthorne adorait les casse-têtes, et il semble avoir orchestré son testament comme une dernière énigme. Héritier présomptif, Grayson est convaincu qu’Avery est une arnaqueuse ; Jameson, lui, pense qu’elle est la clé d’un puzzle laissé par leur grand-père. À mesure qu’Avery résout les indices disséminés dans la maison, elle se retrouve prise dans un triangle amoureux entre Grayson et Jameson — deux frères que tout oppose —, tout en sachant que des membres de la famille Hawthorne sont prêts à tout pour qu’elle ne touche pas un centime.
5. La malédiction de Highmoor (Erin A. Craig, 2019)

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Au manoir de Highmoor, isolé sur une île au milieu d’un vaste océan, le duc Thaumas a déjà perdu quatre de ses douze filles dans des circonstances sinistres : noyade, chute, maladie. La rumeur enfle : les sœurs Thaumas seraient maudites. L’une des survivantes, Annaleigh refuse d’y croire. En enquêtant sur la mort suspecte de sa sœur Eulalie — tombée d’une falaise —, elle découvre un passage caché dans la roche. De l’autre côté : un royaume somptueux où les duchesses se rendent en secret chaque nuit pour danser jusqu’à l’aube, incapables de résister à l’appel des bals.
Le roman est une réécriture libre du conte des frères Grimm Le Bal des douze princesses, dans lequel un roi cherche à comprendre pourquoi ses filles usent leurs chaussures chaque nuit — la réponse étant qu’elles dansent dans un royaume souterrain. Erin A. Craig transpose cette trame dans un univers de fantasy gothique, doté de sa propre religion (les habitants vénèrent des dieux marins, dont Pontus, une sorte de Poséidon) et d’une atmosphère qui rappelle les films de Guillermo del Toro ou Rebecca de Daphné du Maurier. Les bals envoûtent, les fantômes rôdent, les sœurs meurent — et la question n’est plus de savoir si elles sont maudites, mais qui les tue et pourquoi.
6. Le temps est assassin (Michel Bussi, 2016)

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Été 1989, presqu’île de la Revellata, Corse. Sur une route de corniche, une voiture bascule dans le vide. Seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère meurent dans l’accident. Vingt-sept ans plus tard, Clotilde retourne sur les terres de sa famille corse — les Idrissi, vieille lignée influente de la région de Calvi — avec son mari et sa fille. Au camping où elle avait passé son dernier été avec ses parents, une lettre l’attend. Signée de sa mère. Sa mère, dont elle a vu le cercueil descendre en terre.
Le roman alterne entre le journal intime de Clotilde adolescente — walkman vissé sur les oreilles, The Cure en boucle, shorts en jean et premières amours — et le présent d’une femme avocate, rationnelle, dont les certitudes s’effondrent une à une face à cette lettre impossible. La Corse n’est pas un simple décor : le maquis, les criques, le poids des traditions familiales et le code de silence local pèsent directement sur l’intrigue. Comme dans Nous les menteurs, une famille en apparence respectable cache un secret lié à un accident ancien. La différence, c’est que chez Bussi, le passé ne reste jamais enfoui — il finit toujours par envoyer la facture.
7. Grown (Tiffany D. Jackson, 2020)

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Enchanted Jones a dix-sept ans et un talent vocal qui pourrait lui ouvrir les portes du R&B. Star légendaire du genre, Korey Fields la repère lors d’une audition — son rêve semble enfin à portée de main. Korey la prend sous son aile, l’installe chez lui, l’éloigne de sa famille. Sauf que derrière le charme et le luxe, l’homme de trente ans se révèle possessif, violent et prédateur. Un matin, Enchanted se réveille couverte de sang. Korey est mort. Elle ne se souvient de rien. Et tout l’accuse.
Le roman s’inspire directement de l’affaire R. Kelly — ce chanteur de R&B américain condamné en 2022 pour abus sexuels sur des mineur·es qu’il attirait grâce à sa célébrité et isolait de leur entourage. Tiffany D. Jackson transpose ce schéma dans une fiction qui aborde frontalement l’emprise psychologique, le racisme systémique et la complaisance d’une industrie musicale qui préfère regarder ailleurs tant que les disques se vendent. Le roman refuse de transformer Enchanted en coupable ou en victime passive : c’est une adolescente qui a fait confiance à des adultes, et ce sont ces adultes — Korey, mais aussi tous ceux qui savaient — qui portent la responsabilité. Le genre de livre qu’on repose avec la gorge serrée, non pas à cause du suspense, mais de la colère.
8. Meurtre mode d’emploi – Tome 1 : Présumée innocente (Holly Jackson, 2019)

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Il y a cinq ans, dans la petite ville anglaise de Little Kilton, Sal Singh s’est accusé du meurtre de sa petite amie Andie Bell, avant de se donner la mort. L’affaire est classée. La police a tourné la page. Toute la ville aussi. Sauf Pippa Fitz-Amobi. Dans le cadre d’un travail de recherche encadré pour son lycée, cette élève méthodique et obstinée décide de rouvrir le dossier, persuadée que Sal est innocent.
La construction du roman renforce l’immersion : on lit à la fois le récit de l’enquête à la troisième personne, le journal de bord de Pip à la première, les retranscriptions de ses interviews et ses listes de suspects. On a presque l’impression de mener l’investigation soi-même, carnet en main, aux côtés de Pip et de Ravi, le frère de Sal, qui forme avec elle un duo aussi efficace qu’attachant. Plus Pip creuse, plus le portrait d’Andie Bell se fissure — la jeune fille n’était ni sage ni innocente — et plus la liste de ceux qui avaient une raison de la faire taire s’allonge. Problème : le véritable coupable, lui, sait très bien que Pip s’approche de la vérité.
9. Deux vérités, un mensonge (Claire McGowan, 2024)

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Huit adultes et trois enfants débarquent sur une île écossaise privée, coupée du monde, pour fêter les quarante ans de deux anciens camarades d’Oxford. Champagne, jacuzzi chauffé au bois, vieilles rancœurs — le cocktail classique du week-end entre amis qui s’annonce « formidable » (comprendre : un désastre en puissance). Pour briser la glace, le groupe joue à « deux vérités et un mensonge » : chacun dépose anonymement trois affirmations sur soi dans une boîte, dont une fausse, et les autres doivent deviner. Puis un papier supplémentaire apparaît, que personne ne revendique, porteur de trois phrases : « Tout le monde ici a tué quelqu’un. » « Il n’y a aucun moyen de quitter cette île. » « Vous allez tous tuer ou être tués ici. »
L’une de ces affirmations est un mensonge. Mais laquelle ? Sans réseau ni moyen de fuir, le groupe se retrouve piégé avec ses propres zones d’ombre — et peut-être avec quelqu’un qui a l’intention de passer à l’acte. On pense évidemment à Ils étaient dix d’Agatha Christie, le roman où dix personnes réunies sur une île sont éliminées une par une selon un schéma implacable. Claire McGowan reprend ce principe du huis clos insulaire et l’applique à un groupe d’ami·es d’une quarantaine d’années : anciens couples, rivalités jamais soldées, fautes que chacun croyait oubliées — et un week-end entier pour que tout éclate. Le récit alterne entre les points de vue des convives et celui d’une inspectrice qui enquête après les faits — ce qui signifie que l’on sait, dès le départ, que quelqu’un ne quittera pas cette île vivant.