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Que lire après « Notre part de nuit » de Mariana Enriquez ?

Que lire après « Notre part de nuit » de Mariana Enriquez ?

Publié en 2019 en Argentine et traduit en français en 2021 aux Éditions du sous-sol, Notre part de nuit est le premier roman de Mariana Enriquez. On y suit Juan et son fils Gaspar à travers l’Argentine des années 1980, en fuite face à une société secrète vouée à l’Obscurité.

Entre gothique, horreur et critique politique de la dictature militaire argentine, le livre a remporté de nombreux prix et s’est imposé comme un phénomène littéraire. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Les dangers de fumer au lit (Mariana Enriquez, 2009)

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Douze nouvelles peuplées d’adolescentes rebelles, de fantômes errants et de femmes affamées composent ce recueil, finaliste de l’International Booker Prize en 2021. Chaque récit ancre le surnaturel dans le quotidien de Buenos Aires — bidonvilles en décrépitude, quartiers rongés par la drogue, ruelles où le spectre de la dictature persiste sous la surface.

L’écriture d’Enriquez, sèche et incisive, installe le malaise en quelques lignes avant de le faire monter jusqu’à des chutes abruptes, souvent laissées ouvertes. Automutilation, cannibalisme, enlèvements d’enfants : le fantastique ne sert jamais de divertissement mais de révélateur social. Derrière chaque monstre se dissimule une violence bien réelle — celle d’un pays fracturé par son histoire.

Un point d’entrée idéal pour qui souhaite retrouver l’univers d’Enriquez sous une forme plus condensée et tout aussi percutante.


2. Un lieu ensoleillé pour personnes sombres (Mariana Enriquez, 2024)

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Dernier recueil en date de l’autrice argentine, ce livre rassemble à nouveau douze nouvelles où des voix féminines racontent le mal qui surgit au cœur du banal. Une femme voit son visage s’effacer, comme celui de sa mère avant elle. Une autre accueille les attentions libidineuses d’esprits qui convoitent son corps. Des assassinées reviennent hanter ceux qui les ont torturées.

Enriquez y affine son art du néo-gothique social : légendes urbaines, folklore guarani et superstitions populaires côtoient la dénonciation du vieillissement des corps dans une société obsédée par la jeunesse, ou les traces laissées par la violence sexuelle sur plusieurs générations.

Le titre dit tout : ici, l’enfer n’est pas obscur, il est trop lumineux. Le soleil d’Argentine fait ressortir les ombres, et les personnages ne cherchent pas la lumière — ils s’y consument.


3. Toxique (Samanta Schweblin, 2014)

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Dans la campagne argentine, Amanda passe ses vacances avec sa fille Nina. Elle rencontre Carla, dont le fils David semble atteint d’un mal inexplicable. Le récit prend la forme d’un dialogue fiévreux entre Amanda, mourante, et ce garçon qui la presse de remonter le fil des événements. L’ombre des pesticides et des champs de soja plane sur chaque page, sans jamais être nommée frontalement.

En à peine 130 pages, Schweblin construit une tension suffocante. Les frontières entre cauchemar et réalité se dissolvent, le temps se disloque, et l’angoisse maternelle — cette « distance de secours » qu’Amanda calcule sans cesse entre elle et sa fille — devient le moteur d’un récit qui ne relâche jamais sa prise. Un roman bref, obsédant, qui interroge la maternité, la contamination environnementale et notre incapacité collective à nommer le danger.


4. Cadavre exquis (Agustina Bazterrica, 2017)

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Un virus a décimé la quasi-totalité des animaux sur Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle espèce issue de génomes humains, élevée comme du bétail. Marcos travaille dans un abattoir. Il connaît les euphémismes — « viande spéciale », « Transition » — qui permettent à la société d’accepter l’inacceptable. Un jour, on lui fait cadeau d’une femelle de « première génération ».

L’écriture de Bazterrica, froide et clinique, transpose sur des corps humains le vocabulaire de l’industrie agroalimentaire : demi-carcasses, lignes d’abattage, tunnels de désinfection. Le malaise est constant, les descriptions parfois à la limite du soutenable. Le roman fonctionne comme une allégorie frontale de notre rapport à la consommation de chair animale et de la plasticité de nos valeurs morales. La fin, magistrale et glaçante, referme le piège avec une précision redoutable.


5. Mexican Gothic (Silvia Moreno-Garcia, 2020)

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Mexique, années 1950. Noemí Taboada, jeune femme de la bourgeoisie de Mexico, se rend à High Place, un manoir isolé en pleine campagne, pour secourir sa cousine Catalina. Mariée à un Anglais héritier d’une fortune minière en déclin, Catalina semble dépérir entre les murs humides de cette demeure où règnent le silence, les règles rigides et le patriarche Howard Doyle.

Silvia Moreno-Garcia reprend les codes du roman gothique classique — manoir sinistre, domestiques inquiétants, cauchemars récurrents — et les déplace dans un cadre postcolonial mexicain. Le racisme des Doyle envers la population locale, leur obsession eugéniste et le secret organique qui suinte des murs de High Place font converger l’horreur de Dracula de Bram Stoker et celle, plus indicible, de H.P. Lovecraft.


6. Lovecraft Country (Matt Ruff, 2016)

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Chicago, 1954. Atticus Turner, jeune vétéran afro-américain de la guerre de Corée, traverse les États-Unis avec son oncle George et son amie Letitia pour retrouver son père disparu. Leur destination : le comté d’Ardham — à une lettre près d’Arkham, la ville fictive de Lovecraft. Sur place, ils découvrent une secte ésotérique blanche, l’Ordre adamite de l’Aube ancienne, sorte de Ku Klux Klan féru de sorcellerie.

Le roman se structure en huit récits interconnectés, chacun centré sur un membre de la famille Turner-Green confronté à une menace surnaturelle — maisons hantées, métamorphoses, portails dimensionnels. Matt Ruff retourne l’héritage de Lovecraft, auteur notoirement raciste, contre lui-même : les créatures fantastiques sont redoutables, mais le racisme institutionnel l’est davantage. Adapté en série par HBO sous la houlette de Jordan Peele.


7. Cantique rituel (P. Djèlí Clark, 2020)

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Macon, Géorgie, 1922. Le film Naissance d’une nation, sorti en 1915, a ensorcelé l’Amérique et fait renaître le Ku Klux Klan. Dans cette uchronie, le sort jeté par le film a littéralement transformé les membres du Klan en créatures démoniaques. Maryse Boudreaux, armée d’une épée imprégnée de magie ancestrale, les traque avec ses deux compagnes de combat : Chef, vétérane de la Grande Guerre férue d’explosifs, et Sadie, tireuse d’élite venue d’Alabama.

P. Djèlí Clark, historien de formation, puise dans les traditions de la culture gullah-geechee — celle des Afro-Américains descendants d’esclaves du Sud — et dans les rituels dansés des ring shouts pour bâtir un système de magie enraciné dans la mémoire de l’esclavage. L’horreur lovecraftienne sert ici de miroir à l’horreur historique. Court (170 pages), intense et couronné des prix Nebula et Locus, ce roman ne laisse aucun répit.

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