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Que lire après « Normal People » de Sally Rooney ?

Que lire après « Normal People » de Sally Rooney ?

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Publié en 2018, Normal People est le deuxième roman de l’écrivaine irlandaise Sally Rooney. On y suit Connell et Marianne, deux adolescents issus de la même petite ville du comté de Sligo, en Irlande, que tout semble séparer : lui est populaire et issu d’un milieu modeste, elle est solitaire et grandit dans une famille bourgeoise dysfonctionnelle. Du lycée au Trinity College de Dublin, leur relation oscille entre amour, amitié, malentendus et silences — un chassé-croisé sentimental de quatre ans où classe sociale, intimité et identité se percutent. Vendu à plus d’un million d’exemplaires, lauréat du Costa Novel Award et adapté en série télévisée, le roman est devenu un phénomène littéraire mondial.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. Conversations entre amis (Sally Rooney, 2017)

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Dublin, de nos jours. Frances et Bobbi, anciennes amantes devenues amies inséparables, forment un duo de poètes-performeuses sur la scène artistique irlandaise. Lors d’une lecture, elles rencontrent Melissa, photographe et écrivaine, et son mari Nick, acteur. Le quatuor se rapproche vite, et Frances entame une liaison secrète avec Nick — un adultère qui fait vaciller tout l’édifice amical. Derrière les discussions sur le capitalisme et les longues soirées dublinoises, les non-dits s’accumulent et les alliances se reconfigurent en silence.

Premier roman de Sally Rooney, Conversations entre amis contient déjà tout ce qui fera le succès de Normal People : des personnages de la génération milléniale incapables de nommer ce qu’ils ressentent, et un regard aigu sur ce que la classe sociale et le pouvoir font aux relations intimes. Frances, la narratrice, est une jeune femme ironique et secrète dont la voix intérieure — lucide sur le monde, aveugle sur elle-même — rappelle celle de Marianne. On retrouve ici le même art du malentendu que dans Normal People, mais transposé dans un jeu à quatre où amitié, désir et jalousie ne cessent de changer de camp. Et la question, déjà, est la même : pourquoi est-il si difficile de dire à quelqu’un ce qu’on éprouve pour lui ?


2. Intermezzo (Sally Rooney, 2024)

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Changement de registre pour Sally Rooney avec ce quatrième roman, qui délaisse les campus et les histoires de couple au profit de la relation entre deux frères. Ivan, vingt-deux ans, est un joueur d’échecs solitaire et hypersensible. Peter, trente-deux ans, est un avocat spécialisé dans les droits de l’homme dont le charme dissimule mal l’angoisse. La mort de leur père les force à se retrouver, alors que chacun vit des amours compliquées : Ivan s’éprend de Margaret, une femme plus âgée récemment divorcée, tandis que Peter navigue entre Naomi, une étudiante de vingt-trois ans, et Sylvia, son ex-compagne.

Le titre fait référence à la fois au vocabulaire musical — un interlude — et à celui des échecs. Le roman se loge dans ce temps suspendu, cet intermède de deuil où plus rien ne tient et où chacun se découvre plus fragile qu’il ne le pensait. Les affrontements entre Ivan et Peter comptent parmi les pages les plus intenses de Rooney, et le livre marque un tournant dans son parcours par le choix de protagonistes masculins et une structure narrative plus ambitieuse, avec des voix distinctes pour chaque personnage. Pour qui a épuisé les trois premiers romans de l’autrice, Intermezzo ouvre une porte inédite — sans jamais perdre ce regard implacable sur les conventions amoureuses et la façon dont on s’attache (ou refuse de s’attacher) aux autres.


3. Un jour (David Nicholls, 2009)

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15 juillet 1988 : Emma Morley et Dexter Mayhew passent la nuit ensemble après la remise de leurs diplômes à l’université d’Édimbourg. Elle est d’origine modeste, bourrée de convictions et d’humour ; lui est issu d’un milieu aisé, insouciant et un brin imbu de sa personne. Ils décident de rester amis. Le roman les retrouve ensuite chaque 15 juillet, pendant vingt ans — vingt chapitres, vingt instantanés d’une relation impossible à classer.

Tout repose sur ce principe : les ellipses d’un an créent un effet de montage accéléré où l’on voit Emma et Dexter se transformer, se rater, se retrouver, avec en toile de fond l’Angleterre de Thatcher à Blair. Dexter sombre dans les excès de la célébrité télévisuelle pendant qu’Emma aligne les petits boulots avec le rêve d’écrire. C’est drôle, souvent féroce, et la fin — que l’on ne dévoilera pas — a fait pleurer une partie non négligeable de la population européenne. Comme Normal People, Un jour raconte deux personnes qui n’arrivent pas à être ensemble au bon moment — mais à l’échelle de vingt ans, en version britannique, avec thé et sarcasmes en prime. Le roman a été adapté au cinéma en 2011 puis en série sur Netflix en 2024.


4. L’Idiote (Elif Batuman, 2017)

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Université de Harvard, 1995. Selin, jeune Américaine d’origine turque, débarque en première année avec l’intention d’étudier les lettres et les langues. Elle apprend le russe, dévore la littérature classique, et se retrouve complètement désorientée face aux codes sociaux de ses camarades. Puis elle croise Ivan, un étudiant hongrois en mathématiques, et tout se complique : leur relation se construit à travers des e-mails abscons et des conversations indéchiffrables, dans un brouillard sentimental où personne ne dit jamais clairement ce qu’il pense. (On croirait presque un roman de Sally Rooney, sauf que nous sommes en 1995 et que les téléphones ne font pas encore grand-chose.)

L’Idiote est un roman d’apprentissage d’une espèce rare : Selin tente de comprendre le monde à travers les livres, et réalise peu à peu que la réalité ne fonctionne pas comme un roman de Dostoïevski. Le titre, d’ailleurs, est un clin d’œil direct au maître russe. Finaliste du prix Pulitzer en 2018, le livre d’Elif Batuman repose sur un humour pince-sans-rire et une érudition qui ne pèse jamais. Les amoureux·ses de Normal People retrouveront ici le même fossé entre ce que l’on ressent et ce que l’on parvient à formuler — cette fois sur un campus américain des années 1990, entre cours de linguistique et soirées étudiantes absurdes.


5. The Happy Couple (Naoise Dolan, 2023)

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Tout commence par une dispute de couple après une soirée, le genre de conversation où l’on dit trois mots de trop. Luke, plutôt que d’affronter la conversation, choisit la fuite en avant la plus spectaculaire qui soit : il demande Celine en mariage. Elle accepte. Sur le papier, ils forment un duo impeccable — trois ans de vie commune à Dublin, un minuscule appartement hors de prix, une chatte nommée Madame Esmeralda. En pratique, Luke est un infidèle chronique qui sèche sa propre soirée de fiançailles, et Celine, pianiste professionnelle, préfère ses gammes à toute forme de confrontation.

Le roman est construit comme un récit choral à cinq voix : la mariée, le marié, la demoiselle d’honneur (Phoebe, sœur de Celine), le témoin (Archie, secrètement amoureux de Luke) et une invitée (Vivian, ex-aventure de Luke et observatrice lucide du désastre en cours). Chaque point de vue dévoile une facette du couple que les autres ignorent, si bien que le lecteur·ice en sait toujours plus que n’importe quel personnage : ce mariage aura-t-il lieu ? Naoise Dolan, dont le premier roman Rien de sérieux avait été repéré par Sally Rooney elle-même, propose ici une réécriture contemporaine du roman victorien où le dénouement heureux n’est pas forcément celui que l’on croit. L’humour est corrosif, les répliques tombent avec une précision chirurgicale, et la question posée par le livre — faut-il épouser quelqu’un qu’on aime encore, mais mal ? — mérite qu’on s’y arrête.


6. Affamée (Raven Leilani, 2020)

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Edie a vingt-trois ans, travaille dans une maison d’édition new-yorkaise où elle se sent perpétuellement de trop, et peint pendant ses heures perdues. Côté sentimental, c’est le néant. Lorsqu’elle rencontre Eric via une application de rencontres — un homme blanc, marié, d’une vingtaine d’années son aîné —, elle entame une liaison aussi intense qu’ambiguë. Puis elle fait la connaissance de Rebecca, l’épouse d’Eric, qui, au lieu de la mettre à la porte, lui propose de s’installer chez eux pour s’occuper d’Akila, leur fille adoptive, une adolescente afro-américaine un peu perdue dans leur quartier aisé et très blanc.

La cohabitation qui s’ensuit est un terrain miné. Raven Leilani construit un triangle (ou quadrilatère) où les rapports de pouvoir — raciaux, économiques, générationnels — se déplacent en permanence. Edie est affamée de tout : d’amour, de reconnaissance, de stabilité, de sens. Son regard sur le monde est à la fois féroce, drôle et d’une lucidité qui fait mal. Salué par Zadie Smith et retenu dans la liste des meilleurs romans de 2020 selon Barack Obama (excusez du peu), Affamée partage avec Normal People cette attention à tout ce qui, dans une relation, reste tu mais pèse lourd. Mais là où Rooney dissèque la classe sociale dans l’Irlande contemporaine, Leilani y ajoute la question raciale dans l’Amérique d’aujourd’hui — avec une frontalité et un mordant qui ne faiblissent pas une seconde.


7. Queenie (Candice Carty-Williams, 2019)

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Queenie Jenkins a vingt-cinq ans, vit à Londres, travaille pour un journal en ligne et vient de se faire larguer par Tom, son petit ami blanc avec qui elle partageait tout. Enfin, « larguer » est un grand mot : Tom lui a imposé un « break », ce qui, dans le langage universel des ruptures, ne présage rien de bon. Queenie se retrouve à la dérive, multiplie les rencontres catastrophiques sur les applications, et glisse vers un mal-être profond que l’humour de façade peine à masquer — nourri par une enfance marquée par la violence familiale et un racisme ordinaire qu’elle affronte au quotidien.

Le roman a souvent été comparé au Journal de Bridget Jones, mais la comparaison est trompeuse. Sous la comédie sentimentale et les échanges de textos hilarants entre Queenie et ses amies (Darcy, Kyazike et Cassandra — celles qui l’empêchent de couler), Candice Carty-Williams aborde des sujets autrement plus lourds : la dépression, les traumatismes, la fétichisation du corps noir, le poids des injonctions culturelles. Queenie est une héroïne imparfaite, souvent exaspérante, et c’est précisément ce qui la rend si juste : elle ne cherche pas à plaire, ni au lecteur·ice, ni à elle-même.

Là où Normal People observait comment les blessures intimes déforment nos choix amoureux dans l’Irlande blanche et catholique, Queenie déplace le regard vers une toute autre réalité — celle d’une jeune femme noire britannique d’origine jamaïcaine, à Londres, en 2019. Le livre a reçu le British Book Award du meilleur premier roman et a été adapté en série télévisée en 2024.