Mémoires de la forêt est une série de romans jeunesse écrite par Mickaël Brun-Arnaud et illustrée par Sanoe, publiée à partir de 2022 aux éditions L’École des loisirs (collection Neuf). La série compte quatre tomes, s’est vendue à plus de 100 000 exemplaires en France, et a reçu entre autres le prix Babelio Jeunesse, le prix Sorcières et le prix Talents Cultura.
L’histoire se déroule dans la forêt de Bellécorce, où des animaux anthropomorphes vivent en communauté. Dans le premier tome, Les Souvenirs de Ferdinand Taupe, le libraire Archibald Renard accompagne Ferdinand Taupe, atteint de la « maladie de l’Oublie-tout » (transposition de la maladie d’Alzheimer), dans une quête pour retrouver le livre de ses mémoires, seul lien avec son passé et avec Maude, sa femme disparue. Ex psychologue auprès de patients atteints de cette maladie, Mickaël Brun-Arnaud aborde la perte de mémoire, le deuil et l’amitié sans jamais brusquer son lecteur.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé le dernier tome, voici quelques suggestions dans la même veine : des récits où la nature et les animaux tiennent un rôle central, où l’amitié est mise à rude épreuve, et où l’émotion ne chasse jamais l’humour. Tous les titres présentés ci-dessous s’adressent à une tranche d’âge comparable à celle de Mémoires de la forêt, généralement les 9-12 ans selon les sources (L’École des loisirs, libraires spécialisé·es), même si certaines éditions élargissent la fourchette de 8 à 15 ans.
1. Le Vent dans les saules (Kenneth Grahame, 1908)

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Publié en 1908 en Angleterre, Le Vent dans les saules est l’un des ancêtres directs de Mémoires de la forêt. Quatre amis — Taupe, Rat, Blaireau et l’irrésistible Crapaud — y traversent les saisons le long d’une rivière de la campagne anglaise. Kenneth Grahame, alors secrétaire de la Banque d’Angleterre, avait d’abord inventé ces personnages dans des lettres adressées à son fils Alastair. Le résultat est un classique absolu de la fantasy animalière : amitié indéfectible, goût des plaisirs simples (un pique-nique, une partie de canotage) et un sens très britannique de l’excentricité.
On y retrouve la même tendresse pour la vie en communauté que dans Mémoires de la forêt, doublée d’une satire sociale malicieuse. Crapaud, propriétaire fortuné du manoir de la Crapaudière, enchaîne les lubies — roulotte, automobile, évasion de prison déguisé en blanchisseuse — avec un aplomb désarmant. Face à lui, Taupe incarne la curiosité tranquille de celui qui découvre le monde pour la première fois. Le Bois Sauvage, peuplé de belettes et de fouines hostiles, ajoute un frisson d’aventure au tableau sans l’assombrir.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 8-9 ans selon les éditions. L’École des loisirs le classe dans sa collection « Classiques » pour les 9-11 ans ; Flammarion Jeunesse et Livres en famille le recommandent dès 9 ans. Certaines éditions abrégées (notamment celle illustrée par Thibaud Prugne) conviennent aux plus jeunes.
2. Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler (Luis Sepúlveda, 1996)

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Sous-titré « Un roman pour les jeunes de 8 à 88 ans », ce court récit de l’écrivain chilien Luis Sepúlveda parvient en 126 pages à parler de pollution, de deuil et de différence — et à faire rire. Tout commence dans le port de Hambourg, quand la mouette Kengah, piégée par une marée noire, s’échoue sur le balcon de Zorbas, un chat grand, noir et gros. Avant de mourir, elle lui arrache trois promesses : ne pas dévorer son œuf, veiller sur le poussin, et — détail non négligeable — lui apprendre à voler. Zorbas, en chat d’honneur, accepte. Commence alors une mobilisation générale des chats du port, dont le savant Jesaitout et le vénérable Colonello, pour tenir parole.
Le récit est aussi une fable écologique : la marée noire n’a rien d’un décor, et la pollution y est traitée avec franchise. Mais le ton reste léger grâce à l’humour permanent et aux personnalités très affirmées des chats, chacun avec ses manies et sa fierté. La jeune mouette Afortunada, élevée par des félins, pose une question limpide : peut-on grandir loin des siens et rester soi-même ? (Réponse : oui, à condition d’être entourée de chats aussi têtus que bienveillants.) Le livre a reçu le prix Sorcières 1997 et a été adapté en film d’animation.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 8 ans selon l’éditeur (Métailié / Seuil Jeunesse). Souvent étudié en classe de CM1-CM2.
3. Tobie Lolness – Tome 1 : La Vie suspendue (Timothée de Fombelle, 2006)

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Imaginez un peuple entier — avec ses villes, ses lois, ses conflits politiques — qui habite un chêne. Ses habitants ne dépassent pas deux millimètres. Voilà le décor dans lequel évolue Tobie Lolness, un garçon de treize ans traqué par les siens depuis que son père, le professeur Sim Lolness, a refusé de livrer le secret de la sève de l’Arbre à Jo Mitch, un industriel cupide. Premier roman de Timothée de Fombelle, La Vie suspendue a été traduit dans plus de trente langues et s’est écoulé à plus de 1,6 million d’exemplaires dans le monde.
Pour les plus jeunes, c’est d’abord un roman d’aventure haletant, où Tobie court, se cache, affronte des dangers à l’échelle de son millimètre et demi. Pour les lecteur·ices plus aguerri·es, c’est aussi une fable politique et écologique sans concession : exploitation des ressources naturelles, montée du totalitarisme, persécution des minorités (les Pelés, peuple de l’Herbe injustement méprisé). On y croise aussi Elisha, une héroïne aussi déterminée que Tobie, et une galerie de personnages secondaires aux noms savoureux (la famille Asseldor, le sinistre Léo Blue). Le ministère de l’Éducation nationale recommande ce titre de la classe de CM1 à celle de 4e, ce qui en dit long sur l’étendue de son public.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 9-10 ans selon Gallimard Jeunesse (collection Folio Junior : 10-14 ans ; Grand format : dès 9 ans). Certaines librairies le recommandent à partir de 11 ans.
4. La Rivière à l’envers – Tome 1 : Tomek (Jean-Claude Mourlevat, 2000)

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Tomek a treize ans et tient seul l’épicerie de son village, où l’on trouve de tout — enfin, presque. Un soir, une jeune fille entre dans la boutique et lui demande de l’eau de la rivière Qjar, celle qui coule à l’envers et dont l’eau empêche de mourir. Tomek n’en a pas en stock, et la jeune fille repart. Mais le garçon ne peut oublier ni la question ni celle qui l’a posée : il décide de tout quitter pour trouver cette rivière — et retrouver Hannah.
Le voyage de Tomek est une succession de contrées extraordinaires : la forêt de l’Oubli, où l’on perd jusqu’à son propre nom ; un champ de fleurs dont le parfum endort pour des mois ; un océan à traverser sur La Vaillante avec le capitaine Bastibalagom ; et la montagne où vit Podcol, un panda immense et amateur de haricots au goût de réglisse. À chaque étape, un nouveau compagnon et une nouvelle épreuve. Jean-Claude Mourlevat installe un univers à mi-chemin entre Alice au pays des merveilles et le conte initiatique classique, mais où ce sont l’amour naissant et l’amitié — plutôt que la bravoure — qui font franchir les obstacles. Le roman est régulièrement étudié en classe et a été adapté en série d’animation en 2024.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 9 ans selon Pocket Jeunesse et la plupart des libraires. Classique de la littérature jeunesse dans la catégorie 9-12 ans.
5. Pax et le petit soldat (Sara Pennypacker, 2016)

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Quand la guerre éclate, le père de Peter, douze ans, s’engage dans l’armée et l’expédie chez son grand-père, à cinq cents kilomètres de là. Mais avant le départ, il l’oblige à abandonner Pax, le renard roux que Peter a recueilli tout petit. Le garçon obéit — puis fugue dès son arrivée pour retrouver l’animal. Pax, lui, attend, fidèle, à l’endroit exact où Peter l’a laissé. Jusqu’à ce que la faim, le froid et l’instinct le rattrapent.
Le roman alterne entre les deux points de vue — celui du garçon et celui du renard — avec une justesse qui évite l’anthropomorphisme facile. Les chapitres de Pax restituent le monde tel qu’un renard le perçoit : par l’odeur, la vigilance, la peur. Peter, lui, n’a pas la vie plus simple : deuil de sa mère, colère contre son père, culpabilité d’avoir abandonné Pax. Sur sa route, il rencontre Vola, une ancienne militaire solitaire qui le soigne, le remet sur pied — et lui pose les questions qu’il évite depuis la mort de sa mère. Pax, pendant ce temps, fait la connaissance d’Hérissée et d’Avorton, deux renards qui lui réapprennent la vie sauvage. Le livre a reçu le prix Sorcières 2018 et le prix des Libraires du Québec 2018.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 9-10 ans selon Gallimard Jeunesse (Folio Junior : 10-12 ans ; Grand format littérature : 10-18 ans). Ricochet-jeunes le recommande dès 11 ans.
6. Cabot-Caboche (Daniel Pennac, 1982)

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Avant de devenir l’auteur de la saga Malaussène et de Comme un roman, Daniel Pennac a signé l’un des romans jeunesse les plus justes sur le lien entre les humains et les chiens. Le personnage principal s’appelle simplement Le Chien — avec des majuscules, s’il vous plaît. Il n’est pas beau, n’a pas de pedigree, et rien ne lui est épargné : on a tenté de le noyer à la naissance (trop laid pour être vendu), il a survécu dans une décharge grâce à Gueule Noire, un vieux chien des rues, avant de connaître une série de maîtres plus ou moins dignes de ce nom.
Ce que Le Chien cherche, c’est une maîtresse — une vraie, qui l’aime pour de bon. Il jette son dévolu sur Pomme, une petite fille capricieuse (une vraie « caboche »), dont les parents, surnommés Le Grand Musc et La Poivrée d’après leur odeur, ne sont pas franchement fiables. Le roman passe du rire à l’indignation sans temps mort, porté par le regard du Chien sur les humains — regard tantôt tendre, tantôt accablé. Pennac achève le livre par un texte personnel sur la responsabilité de vivre avec un animal, et sa conclusion tient en une phrase limpide : on n’abandonne pas un chien. Quarante ans plus tard, les refuges débordent toujours ; la phrase aussi.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 8 ans selon Nathan ; 11 ans selon d’autres sources. Fréquemment étudié au collège (6e-5e).
7. La Forêt magique de Hoshigahara (Hisae Iwaoka, 2009)

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Pour varier les formats : un manga. Dans la forêt de Hoshigahara, réputée hantée, se cache une maison délabrée où vit Sôichi, un jeune garçon qui cohabite avec des esprits qui ont pris possession des objets du quotidien. Parmi eux, Bourru et Jovial, les esprits de la porte, ou encore Mû, une petite fille légère comme de la mousse. Deux figures plus inquiétantes rôdent aussi dans la forêt : Brise, un esprit au passé mystérieux, et Tornade, son compagnon aussi imprévisible que son nom le suggère. L’ensemble est publié en cinq tomes chez Rue de Sèvres, dans la collection Le Renard Doré (à partir de 2024 pour l’édition française).
Hisae Iwaoka, déjà connue pour La Cité Saturne (Kana), ancre son récit dans le fantastique japonais — les yôkai, les esprits de la nature — pour poser des questions très concrètes : que reste-t-il de nous quand la mémoire s’efface ? Comment cohabiter avec ce qu’on ne comprend pas ? Le rythme est contemplatif — on est loin du shônen d’action —, mais les colères de Tornade et les secrets de Brise font basculer certains chapitres dans un registre bien plus sombre. Les amoureux·ses de Mémoires de la forêt retrouveront cette même sensation de refuge : un lieu coupé du monde, peuplé d’êtres singuliers, où les blessures se soignent avec patience.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 8 ans selon Manga-news ; Planète BD recommande une lecture à partir de 12 ans en raison de certaines thématiques plus sombres. L’éditeur Rue de Sèvres positionne la collection Le Renard Doré comme une collection manga « jeunesse — mais pas que ».
8. Le Voyage d’Ours-Lune (Ho, 2020)

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Autre manga, autre registre. Ce one-shot (volume unique) de la mangaka Ho a été publié en France en 2024 chez Rue de Sèvres (collection Le Renard Doré). Au cœur d’une forêt japonaise insulaire, un ours solitaire — qui n’a jamais croisé d’autre ours — sanglote dans la nuit. Il fait la rencontre d’une petite corneille un peu paumée, rejetée par les siens et incapable de retrouver le chemin de sa ville d’origine. Les deux animaux concluent un pacte : voyager ensemble pour que l’ours retrouve ses congénères et que la corneille retrouve sa route.
Ce qui surprend dans Le Voyage d’Ours-Lune, c’est le décalage entre son apparence de manga « tout doux » et ce qu’il ose raconter. L’ours a peur du noir. La corneille compense sa vulnérabilité par un savoir encyclopédique sur la faune et la flore. Leur périple à travers montagnes, champs et volcans est aussi une leçon discrète de biologie et d’écologie, la menace humaine ne se montre jamais en première ligne, mais elle pèse sur chaque paysage. La fin — qu’on ne révélera pas — a fait pleurer plus d’un·e lecteur·ice adulte. Ne vous fiez pas à la rondeur du trait : c’est un récit sur la solitude, sur le deuil, et sur ce qui se passe quand deux êtres que rien ne prédestinait l’un à l’autre décident de faire route ensemble.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 8 ans selon Cultura (catégorie Kodomo) ; Ricochet-jeunes le recommande à partir de 11 ans.