Créée en 1954 par l’écrivain Gilbert Delahaye et l’illustrateur Marcel Marlier, Martine est l’une des séries les plus emblématiques de la littérature jeunesse francophone. Publiée chez l’éditeur belge Casterman, elle compte soixante albums dans lesquels une petite fille d’une dizaine d’années vit des aventures ancrées dans le quotidien — de la ferme à l’opéra, de la plage au marché de Noël — accompagnée de son chien Patapouf, du chat Moustache et de ses amis. Vendue à plus de cent millions d’exemplaires dans une trentaine de langues, la série n’a jamais quitté les rayons des librairies depuis sa parution.
Si vous êtes à la recherche de lectures similaires, voici des séries et albums illustrés dans lesquels de jeunes héros et héroïnes font face aux joies, aux peurs et aux bêtises de leur âge. Tous les titres présentés ci-dessous s’adressent à une tranche d’âge comparable — de 3 à 8 ans environ, selon les éditions et les libraires — et devraient séduire les lecteur·ice·s de Martine en quête de nouvelles histoires à dévorer avant d’éteindre la lumière.
1. Caroline (Pierre Probst, 1953)

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Caroline est une petite fille à couettes blondes d’environ sept ans qui vit sans adultes, entourée de huit compagnons animaux tous plus turbulents les uns que les autres : Youpi le cocker, Pipo le chien de berger, les chatons Pouf et Noiraud, l’ourson Boum, le lionceau Kid, la panthère Pitou et le fidèle Bobi. Ensemble, ils parcourent le monde — de l’Inde au pôle Nord, de Paris à la Lune (oui, la Lune) — et accumulent les gags et les catastrophes. Car chez Caroline, les animaux parlent, conduisent des voitures et provoquent des avalanches de bêtises, sans que personne ne s’en étonne.
Publiée chez Hachette à partir de 1953, la série s’étend sur 44 albums et s’est vendue à près de 38 millions d’exemplaires. Pierre Probst, à la fois auteur et illustrateur, peint à la gouache des scènes aux couleurs vives, truffées de gags visuels qu’on repère parfois seulement à la troisième lecture — un chaton qui tombe d’un arbre à l’arrière-plan, une panthère qui s’endort au mauvais moment. Le parallèle avec Martine — née un an plus tard — est souvent établi, mais les deux héroïnes n’ont pas grand-chose en commun : là où Martine reste sage, bien habillée et solidement encadrée par des adultes, Caroline vit seule avec ses animaux, conduit sa propre automobile et part en expédition au bout du monde sans demander la permission à personne.
Âge conseillé : de 3 à 8 ans selon les libraires (certains classent la série dès 0-5 ans, d’autres la recommandent jusqu’à 10 ans).
2. Madeleine (Ludwig Bemelmans, 1939)

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Dans une vieille maison parisienne couverte de vigne vivent douze petites filles en deux rangées bien droites. La plus petite s’appelle Madeleine. Elles fréquentent un pensionnat catholique sous la surveillance de Miss Clavel, leur institutrice, qui se réveille systématiquement en pleine nuit quand quelque chose ne va pas (un sixième sens très pratique). Les filles visitent le zoo, se promènent le long de la Seine et mènent une vie bien ordonnée — jusqu’au soir où Madeleine est emmenée d’urgence à l’hôpital pour une opération de l’appendicite. Résultat : toutes ses camarades veulent la même cicatrice.
Écrit et illustré par Ludwig Bemelmans, auteur austro-américain né dans le Tyrol et installé à New York, ce premier album a été publié en 1939 aux États-Unis avant d’être traduit en français (chez L’École des loisirs, dans la collection Lutin poche). Entièrement en vers, le texte se retient sans effort, et les aquarelles impressionnistes montrent un Paris tout en couleurs — tour Eiffel, Jardin du Luxembourg, Notre-Dame — reconnaissable mais vu à travers un filtre joyeux et un peu flou, comme un souvenir de vacances. Bemelmans a écrit six albums en tout, dont Le Sauvetage de Madeleine, récompensé en 1954 par la médaille Caldecott, la plus haute distinction américaine pour l’illustration jeunesse. Madeleine ne craint ni les tigres du zoo ni les souris de la cave, et c’est justement ce cran qui fait d’elle une héroïne à part : dans un pensionnat où tout est symétrique et rangé, elle est la seule à mettre joyeusement du désordre.
Âge conseillé : de 3 à 8 ans (L’École des loisirs indique « à partir de 5 ans » pour certains titres ; d’autres sources élargissent la fourchette).
3. Ernest et Célestine (Gabrielle Vincent, 1981)

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Ernest est un gros ours solitaire et tendre, musicien de rue à ses heures, pas très doué pour le rangement ni pour dire non. Célestine est une petite souris orpheline au tempérament bien trempé, adoptée par Ernest, avec le caractère d’une enfant de six ou sept ans et un avis sur tout. Ensemble, ils forment un duo improbable — un père et sa fille, en somme — qui affronte les petits drames du quotidien : un doudou perdu (Siméon, le pingouin en tissu de Célestine, dont la disparition est une véritable tragédie), un rhume tenace, un Noël sans le sou, une dispute à raccommoder.
L’illustratrice belge Gabrielle Vincent (de son vrai nom Monique Martin) a publié une vingtaine de titres entre 1981 et 2000, d’abord aux éditions Duculot, puis chez Casterman. Les albums sont presque entièrement portés par les aquarelles aux couleurs pastel : le texte se fait discret, parfois réduit à quelques phrases par page, et ce sont les images — un regard d’Ernest par-dessus ses lunettes, Célestine serrant Siméon contre elle — qui racontent l’essentiel. On est loin des illustrations minutieuses d’un Marcel Marlier : ici, quelques traits de pinceau suffisent à exprimer la colère, la joie ou l’inquiétude. Le film d’animation de 2012, réalisé par Benjamin Renner et adapté par Daniel Pennac, a fait découvrir ces personnages à un nouveau public — mais les albums originaux, avec leurs pages à moitié vides et leurs silences, racontent des choses que le film ne peut pas tout à fait reproduire.
Âge conseillé : de 3 à 6 ans pour les albums illustrés (Casterman) ; de 8 à 11 ans pour le roman de Daniel Pennac.
4. Lotta la filoute (Astrid Lindgren & Beatrice Alemagna, 2019)

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Lotta a quatre ans, un cochon en peluche nommé Nounours, un frère (Jonas), une sœur (Mia-Maria), deux parents d’une patience olympique et une voisine adorable, Mme Berg. Elle a aussi une imagination redoutable : un jour, elle décide de quitter la maison parce qu’elle est assez grande pour vivre seule ; un autre, elle se plante sur un tas de fumier sous la pluie pour pousser aussi vite que les pommes de terre (on lui a dit que les patates avaient besoin de pluie et de fumier pour grandir — logique imparable). Elle dit des « presque gros mots », adore les beignets et la limonade, et ne laisse jamais passer une journée sans y mettre un peu de chaos.
Les histoires de Lotta ont été écrites par Astrid Lindgren (1907-2002), la grande autrice suédoise à qui l’on doit aussi Fifi Brindacier, Les Enfants de Bullerby et Ronya, fille de brigand — une spécialiste, en somme, des enfants qui refusent de faire ce qu’on attend d’eux. Le premier recueil suédois, Barnen på Bråkmakargatan (littéralement « Les enfants de la rue du Chahut »), date de 1958. Cette édition française, publiée en 2019 chez Versant Sud et traduite par Aude Pasquier, réunit quinze aventures illustrées par Beatrice Alemagna, dont les images colorées et un peu bancales collent parfaitement au tempérament de Lotta. L’action se déroule dans la Suède des années 1950-1960, entre maisons en bois, jardins enneigés et visites chez les grands-parents — un quotidien paisible que Lotta parvient à rendre passablement mouvementé.
Âge conseillé : à partir de 6 ans (éditions Versant Sud). La lecture à voix haute fonctionne très bien dès 4-5 ans.
5. Émilie (Domitille de Pressensé, 1975)

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Vêtue de rouge des pieds au bonnet (un bonnet à pointes qui ressemble à des moustaches de chat — ou à des cheveux qui dépassent, le débat fait rage), Émilie est une fillette de quatre ans qui vit avec son grand frère Stéphane, sa petite sœur Élise, ses parents et Arthur, son hérisson de compagnie. Ses aventures — se perdre dans la forêt, aller au marché, avoir peur du noir, se fâcher puis se réconcilier — sont celles de n’importe quel enfant. Le principe est limpide : une seule phrase par page, des dessins épurés aux couleurs primaires, et rien de plus. C’est cette économie qui a fait d’Émilie un outil d’apprentissage de la lecture pour des milliers d’enfants : le texte est si court et si clair que les tout-petits peuvent suivre l’histoire du doigt, mot après mot.
Créée en 1975 par Domitille de Pressensé alors qu’elle était encore étudiante aux Beaux-Arts de Nantes, la série a connu un succès immédiat : plus de 60 albums publiés dans la collection Rouge et Or entre 1975 et 1992, dont certains vendus à plus de 100 000 exemplaires, et des traductions dans une quinzaine de langues (le Japon, séduit par le graphisme minimaliste, a été l’un des premiers pays importateurs). Après une éclipse dans les années 1990, Casterman a relancé la série en 2008 avec des dessins modernisés. Les albums se sont de nouveau très bien vendus : les parents qui avaient grandi avec Émilie se sont empressés de la faire découvrir à leurs propres enfants. La série a aussi été adaptée en dessin animé, une première fois en 1979, puis en 2012 sur France 5.
Âge conseillé : dès 3 ans pour les albums (Casterman) ; dès 6 ans pour la collection « Je commence à lire avec Émilie ».
6. Babar (Jean de Brunhoff, 1931)

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Tout commence par un drame : dans la grande forêt, la mère du petit éléphant Babar est tuée par un chasseur. L’orphelin s’enfuit, arrive en ville, est recueilli par la Vieille Dame (personnage sans autre nom, mais inoubliable), apprend à s’habiller, à conduire une automobile et à vivre comme un homme. De retour dans sa forêt, il est couronné roi des éléphants, épouse sa cousine Céleste, et fonde la cité de Célesteville avec l’aide du fidèle Cornélius, son vieux conseiller.
Le premier album, Histoire de Babar, le petit éléphant, paraît en 1931 aux Éditions du Jardin des Modes — une maison liée au monde de la mode, ce qui explique peut-être l’élégance vestimentaire du héros. Le format est alors inédit pour un livre d’enfant : de grandes pages à l’italienne, avec des doubles pages entièrement illustrées à l’aquarelle, là où les albums de l’époque se contentaient de petites vignettes. Peintre de formation, Jean de Brunhoff s’est inspiré d’une histoire inventée par sa femme Cécile pour endormir leurs deux fils. Il publiera sept albums avant de mourir de tuberculose en 1937, à seulement 37 ans. Son fils Laurent, peintre lui aussi, reprendra la série après la guerre et la poursuivra pendant des décennies. L’univers de Babar — à la fois tendre, un peu solennel et parfois involontairement drôle (un éléphant en costume trois-pièces, tout de même) — a aussi inspiré le compositeur Francis Poulenc, qui en a tiré une pièce pour piano et récitant, L’Histoire de Babar, devenue un classique des concerts jeune public.
Âge conseillé : dès 3 ans (Hachette Jeunesse) ; certains libraires recommandent les albums originaux à partir de 5 ans, car le texte est plus long que dans les adaptations récentes. À noter : le tout premier album s’ouvre sur la mort de la mère de Babar, un passage qui peut nécessiter un accompagnement selon la sensibilité de l’enfant.
7. Mimi Cracra (Agnès Rosenstiehl, 1986)

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Mimi Cracra, c’est la petite fille qui saute dans les flaques, fait un volcan avec sa purée, goûte la neige, patouille dans la boue et rentre à la maison dans un état que son surnom résume à lui seul. Née en 1986 dans les pages de Pomme d’Api — le magazine de Bayard destiné aux 3-7 ans, lu chaque mois par des centaines de milliers d’enfants —, elle est l’invention d’Agnès Rosenstiehl, qui l’a dessinée et écrite pendant près de quarante ans. Plus souvent cracra que mimi (quoique), cette héroïne en salopette a une règle de vie très claire : le monde se découvre avec les cinq sens, les mains dans la terre et les pieds dans l’eau.
Les aventures de Mimi Cracra se présentent sous forme de courtes séquences — presque des bandes dessinées — où le texte se réduit souvent à des onomatopées, des bulles et des exclamations. Le trait est vif, les couleurs franches, et chaque page montre concrètement ce que ça donne quand un enfant de trois ans décide de tout tester par lui-même : tremper ses doigts dans la confiture, observer une fourmi pendant une heure, arroser les fleurs et s’arroser au passage. De nombreux recueils ont été publiés (au Seuil Jeunesse, chez Hachette, chez Bayard), et la série a été adaptée en dessin animé. Si Martine apprend aux enfants à bien se tenir, Mimi Cracra leur rappelle qu’il est aussi parfaitement acceptable de sentir les vers de terre et de mâchouiller un brin d’herbe.
Âge conseillé : dès 3 ans (Seuil Jeunesse, Bayard) ; certaines anthologies sont recommandées à partir de 4-5 ans.