Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu ?

Que lire après « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu ?

Le prix Goncourt 2018 vous a laissé·e dans cet état suspendu, entre mélancolie et désir de poursuivre la lecture ? Cette fresque sociale et générationnelle, ancrée dans la Lorraine désindustrialisée des années 1990, vise en effet juste. Si vous avez aimé cette manière de raconter les destins ordinaires, les adolescences cabossées et la France des marges, voici huit romans susceptibles de prolonger ce même élan.


1. Connemara (Nicolas Mathieu, 2022)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Nicolas Mathieu poursuit son travail d’orfèvre social avec ce roman qui retrouve la géographie mentale de Leurs enfants après eux. Hélène a quarante ans, un poste de consultante à Nancy et une vie qui ressemble à ce qu’elle avait prévu. Christophe, lui, n’a jamais quitté sa vallée vosgienne et enchaîne les petits boulots. Leurs retrouvailles vont faire vaciller leurs certitudes respectives.

L’auteur excelle à disséquer les mécanismes de la réussite sociale et ses illusions, à travers deux trajectoires qui auraient pu se croiser plus tôt. Entre open-spaces aseptisés et matchs de hockey sur glace, le roman dessine une cartographie intime de la France périurbaine.

L’écriture conserve cette sensualité et cette précision qui avaient fait le succès du Goncourt 2018, mais porte un regard plus désabusé sur la génération des quadragénaires.


2. Ce qu’il faut de nuit (Laurent Petitmangin, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Premier roman de Laurent Petitmangin, ce texte bref et percutant se déroule lui aussi dans l’Est de la France, en Lorraine. Un père, cheminot et veuf, élève seul ses deux fils dans une petite ville frappée par la désindustrialisation. Fus, l’aîné, brillant au lycée, bascule progressivement vers l’extrême droite. Le père assiste, impuissant, à cette dérive idéologique qu’il ne comprend pas.

Le roman interroge les limites de l’amour paternel et les fractures politiques qui traversent les familles. L’écriture, d’une sobriété remarquable, refuse tout jugement moral hâtif. Couronné par le Prix Femina des lycéens, ce livre pose des questions essentielles sur la transmission, l’éducation et le pardon.

Comment continuer à aimer son enfant quand ses convictions vous révulsent ? Petitmangin ne tranche pas, mais son récit hante longtemps après la dernière page.


3. Nature humaine (Serge Joncour, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Prix Femina 2020, ce roman ample couvre les années 1976 à 1999 dans une ferme du Lot. Alexandre reprend l’exploitation familiale alors que le monde agricole se transforme en profondeur. Autour de lui gravitent ses sœurs parties vers la ville, ses parents qui s’accrochent à leurs habitudes, et Constanze, une militante allemande au passé trouble. Serge Joncour tisse un récit où l’intime et le politique s’entremêlent constamment.

Les grandes crises de l’époque — Tchernobyl, la vache folle, les tempêtes de 1999 — viennent percuter cette existence rurale. Le romancier excelle à montrer comment les mutations économiques et écologiques affectent les corps, les paysages et les liens familiaux. L’écriture, à la fois lyrique et ancrée dans le terroir, fait de ce livre un grand roman sur la fin d’un monde paysan et la naissance d’un autre, plus incertain.


4. Le roman de Jim (Pierric Bailly, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans le Jura, Aymeric rencontre Florence, enceinte d’un autre homme. Il décide d’élever cet enfant, Jim, comme le sien. Le livre raconte cette paternité choisie, contre les conventions et parfois contre le bon sens.

Pierric Bailly saisit avec justesse les milieux populaires de la France de l’Est : l’intérim, les fins de mois difficiles, les amitiés forgées dans les bistrots. Mais par-delà le portrait social, c’est la relation entre ce père et ce fils qui bouleverse.

Le roman s’étend sur plusieurs décennies, de la naissance de Jim à son adolescence, et interroge ce qui fonde réellement la filiation. L’écriture, fluide et sans affectation, porte ce récit d’amour paternel avec une émotion contenue. Adapté au cinéma en 2024, ce texte confirme l’émergence d’un auteur majeur du roman social français.


5. Fief (David Lopez, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Jonas vit dans une ville moyenne de la banlieue parisienne, du côté de Nemours. Avec sa bande de copains, il fume, boxe, joue aux cartes et attend que quelque chose se passe. Rien ne se passe.

David Lopez a inventé une langue littéraire inédite pour raconter cette jeunesse en suspens. Le français oral, les tics de langage, les silences trouvent ici une forme écrite qui ne ressemble à rien de connu. Prix du Livre Inter 2018, ce premier roman frappe par son absence totale de misérabilisme.

Pas de jugement sur ces jeunes hommes qui tournent en rond, mais une attention minutieuse à leurs gestes, leurs mots, leurs rituels. Le périurbain français n’avait jamais été raconté ainsi, de l’intérieur, avec cette précision ethnographique et cette empathie. Un livre qui renouvelle la représentation littéraire des classes populaires.


6. Chavirer (Lola Lafon, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Cléo a treize ans en 1984. Elle rêve de devenir danseuse et vit à Fontenay-sous-Bois dans un milieu modeste. Un jour, une femme lui propose une bourse d’études de la Fondation Galatée. Derrière cette promesse se cache un réseau de prédateurs.

Lola Lafon retrace la vie de Cléo des années 1980 à nos jours, à travers les témoignages de celles et ceux qui l’ont côtoyée. Le roman interroge l’emprise, la culpabilité des victimes devenues complices malgré elles, et la difficulté de nommer ce qui s’est produit.

Prix France Culture-Télérama 2020, ce livre résonne avec l’époque #MeToo sans jamais verser dans la démonstration. L’écriture de Lafon, nerveuse et précise, restitue aussi le monde de la danse, ses sacrifices corporels et ses illusions. Un texte qui fait mal et qui reste, longtemps après.


7. Histoires de la nuit (Laurent Mauvignier, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans un hameau isolé nommé La Bassée, la famille Bergogne fête l’anniversaire de Marion. La journée s’écoule, banale, jusqu’à ce que des intrus surgissent et prennent la maison en otage. Laurent Mauvignier déploie alors un thriller psychologique de près de six cents pages, où chaque seconde semble s’étirer à l’infini.

L’écriture, faite de phrases longues sinueuses, épouse le temps suspendu de la menace. Mais ce roman est aussi une réflexion sur la France rurale oubliée, sur les secrets de famille et sur la violence qui couve sous les apparences tranquilles.

Les personnages, pris dans cette nuit interminable, révèlent peu à peu leurs failles et leurs non-dits. L’auteur de Des hommes et Continuer signe ici un livre ambitieux et maîtrisé, à la croisée du polar et du roman social.


8. Règne animal (Jean-Baptiste Del Amo, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

De 1898 à 1981, dans le Gers, une exploitation agricole se transforme progressivement en élevage porcin industriel. Cinq générations traversent les guerres, les crises économiques et la mécanisation de l’agriculture. Jean-Baptiste Del Amo livre une fresque sombre et puissante sur la violence qui lie les hommes aux bêtes.

L’écriture, d’une densité rare, convoque tous les sens : odeurs de lisier, chaleur des corps, brutalité des gestes quotidiens. Prix du Livre Inter 2017, ce roman ne ménage pas ses lecteur·rices.

Mais derrière la noirceur se dessine une réflexion sur ce que nous avons fait de notre rapport au vivant. Del Amo refuse tout pittoresque rural et toute nostalgie. Il montre la ferme comme un lieu de labeur, de souffrance et parfois de folie. Un livre qui s’inscrit dans la lignée des grands romans naturalistes.

error: Contenu protégé