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Que lire après « Les Yeux de Mona » de Thomas Schlesser ?

Que lire après « Les Yeux de Mona » de Thomas Schlesser ?

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Publié en janvier 2024 chez Albin Michel, Les Yeux de Mona est le premier roman de Thomas Schlesser, historien de l’art, directeur de la Fondation Hartung-Bergman et professeur à l’École polytechnique. Il raconte l’histoire de Mona, une fillette de dix ans menacée de cécité, à qui son grand-père — érudit et fantasque — décide de faire découvrir cinquante-deux tableaux et sculptures majeurs dans les musées parisiens, un par semaine, avant qu’elle ne perde peut-être l’usage de ses yeux. Du Louvre à Orsay jusqu’à Beaubourg, de Botticelli à Basquiat, chaque rencontre avec une toile ou une sculpture nourrit un échange sur le don, le doute, la mélancolie ou la révolte. Traduit dans une quarantaine de langues et élu Livre de l’année 2025 aux États-Unis par la chaîne Barnes & Noble, le roman a connu un succès international considérable.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce roman où l’on apprend à regarder l’art — et, à travers lui, le monde —, voici quelques suggestions dans son prolongement.


1. On n’y voit rien (Daniel Arasse, 2000)

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Que voit-on vraiment quand on regarde un tableau ? Pas grand-chose, si l’on en croit Daniel Arasse — et c’est justement le sujet de ce livre. Dans cet essai atypique composé de six courtes fictions narratives, l’historien de l’art, disparu en 2003, se penche sur des toiles de Velázquez, Titien, Bruegel, Tintoret et Cossa pour montrer que la peinture recèle bien plus que ce qu’on y voit d’abord. L’escargot qui se balade sur une Annonciation ? Il a quelque chose à vous dire. Les Ménines ? Vous n’en avez pas fait le tour, loin de là.

Le ton est vif, espiègle, parfois franchement drôle — ce qui n’est pas donné à tout le monde quand on parle d’iconographie du XVe siècle. Arasse adopte des formes variées (dialogue, lettre, interpellation directe) pour transformer l’analyse picturale en véritable enquête du regard. Si Les Yeux de Mona vous a donné envie d’apprendre à mieux voir les tableaux, ce petit livre est la suite logique : il vous prouvera que le détail en apparence anodin est souvent la clé du tableau tout entier.


2. Histoires de peintures (Daniel Arasse, 2004)

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Même auteur, autre registre. Histoires de peintures est la transcription de vingt-cinq émissions diffusées sur France Culture pendant l’été 2003, quelques mois avant sa mort. Il y propose une traversée de six siècles de peinture, depuis l’invention de la perspective jusqu’à la disparition de la figure. On y croise Léonard de Vinci, Michel-Ange, Vermeer, Ingres, Manet, et on s’attarde sur de grandes questions : le statut du détail, l’anachronisme en histoire de l’art, la restauration des tableaux, les conditions dans lesquelles on regarde (ou rate) une toile.

Ce qui frappe, c’est la voix. Le livre conserve l’oralité des émissions, cette façon de raconter avec passion et précision sans jamais tomber dans la leçon de chaire. Arasse avait le don rare de rendre immédiatement accessible ce que d’autres rendent rébarbatif, et de vous faire sentir qu’un tableau de Raphaël ou de Fragonard pouvait vous concerner personnellement, ici et maintenant. Si le grand-père de Mona vous a séduit·e par sa manière de transmettre l’amour de l’art, vous retrouverez chez Arasse la même générosité intellectuelle — en plus impertinent.


3. Ma vie en peintures (María Gainza, 2014)

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Publié en Argentine sous le titre El nervio óptico (Le Nerf optique), ce premier roman de María Gainza — critique d’art pour Página/12 et correspondante du New York Times à Buenos Aires — prend la forme d’une fiction autobiographique en onze chapitres, chacun consacré à un peintre et à un épisode de la vie de la narratrice. De Courbet à Rothko, de Toulouse-Lautrec au Douanier Rousseau, chaque tableau fonctionne comme un miroir émotionnel dans lequel se reflètent les souvenirs d’enfance, les deuils, les amitiés et les obsessions d’une femme atteinte du « syndrome de Stendhal » — ce vertige physique que certaines toiles peuvent déclencher sans prévenir.

Le livre s’ouvre d’ailleurs sur un trouble de la vision : la narratrice souffre du syndrome de « l’œil fou » et découvre un Rothko rouge dans le cabinet de son ophtalmologue. De là, tout se déploie. Gainza passe sans effort apparent du monde de l’art à celui de sa vie privée, de l’anecdote intime à l’essai sur la peinture, sans que la couture ne soit jamais visible. Pour qui a aimé dans Les Yeux de Mona ce lien entre regard sur l’art et regard sur l’existence, Ma vie en peintures en propose une version personnelle, teintée de mélancolie porteña.


4. La Jeune Fille à la perle (Tracy Chevalier, 1999)

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Le roman qui a fait connaître Tracy Chevalier dans le monde entier est né d’une question toute simple : que fallait-il dire ou faire à cette jeune femme pour qu’elle ait ce regard ? Celui du célèbre tableau de Vermeer, bien sûr. Pour y répondre, Chevalier invente Griet, fille d’une famille ouvrière de Delft en 1664, engagée comme servante chez le peintre Johannes Vermeer. Sa tâche : s’occuper des six enfants du maître, amadouer sa femme Catharina, sa belle-mère Maria Thins et la gouvernante Tanneke — et surtout ne toucher à rien dans l’atelier.

Sauf que Griet a l’œil. Vermeer le remarque et, peu à peu, l’initie aux secrets de son art : les pigments, la lumière, le jeu des couleurs. Leur proximité croît en silence, et avec elle la tension dans la maisonnée et les rumeurs en ville. Le roman, adapté au cinéma en 2003 avec Scarlett Johansson, raconte comment une servante au regard juste se retrouve prise au piège entre le désir d’un peintre et les conventions d’une époque où tout — le rang, la religion, le sexe — dicte à chacun·e sa place. Traduit dans plus de trente-six langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires, c’est un classique du genre, et l’un des prolongements les plus évidents des Yeux de Mona.


5. L’Inconnue du portrait (Camille de Peretti, 2024)

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En 1910, Gustav Klimt peint le portrait d’une jeune femme au regard bleu. Le tableau est acheté par un collectionneur anonyme en 1916, retouché par Klimt lui-même un an plus tard, volé en 1997, puis retrouvé en 2019 dans les jardins d’un musée d’art moderne en Italie — dans un sac poubelle, s’il vous plaît. Personne ne sait qui était le modèle. Camille de Peretti s’empare de cette énigme réelle et imagine, sur trois générations, la vie de cette inconnue et celle de ses descendants.

Des rues de la Vienne impériale au Manhattan de la Grande Dépression, du Texas des années 1980 à l’Italie contemporaine, le roman suit notamment Martha (le modèle de Klimt), Isidore (un jeune cireur de chaussures new-yorkais qui tente sa chance en Bourse au pire moment) et Pearl (une avocate texane fascinée par la toile). La fresque a valu à son autrice une quinzaine de prix littéraires en 2024, dont le Prix Maison de la Presse et le Prix du roman Marie Claire. Vous aviez aimé, dans Les Yeux de Mona, cette façon de faire naître une histoire à partir d’un tableau ? L’Inconnue du portrait pousse le principe à l’échelle d’un siècle entier.


6. Charlotte (David Foenkinos, 2014)

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Charlotte Salomon est née à Berlin en 1917 dans une famille juive hantée par le suicide — sa mère, sa tante, sa grand-mère s’y sont toutes succédé. Exclue par les nazis de toutes les sphères de la société allemande, elle se réfugie dans le sud de la France où, entre 1940 et 1942, elle compose Vie ? ou Théâtre ?, un ensemble autobiographique de plus de huit cents gouaches accompagnées de textes et de partitions musicales. Avant d’être déportée à Auschwitz en 1943, enceinte, à vingt-six ans, elle confie ses dessins à son médecin avec ces mots : « C’est toute ma vie. »

David Foenkinos a porté ce projet pendant des années avant de trouver la forme juste. Le roman est écrit comme un long poème en vers libres : chaque phrase va à la ligne, chaque point est une respiration. Ce parti pris formel, loin de l’artifice, impose un rythme singulier qui tient le pathos à distance. Couronné par le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2014, Charlotte est un hommage à une artiste longtemps oubliée — et une interrogation sur ce que signifie consacrer sa vie à la peinture quand l’Histoire s’emploie à tout détruire.


7. Mon nom est Rouge (Orhan Pamuk, 1998)

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Istanbul, hiver 1591. Un cadavre, le crâne fracassé, nous parle depuis le puits où il a été jeté. Il s’appelle Monsieur Délicat, il était enlumineur au Grand Atelier du sultan Murad III, et il connaît très bien son assassin. Le Noir, ancien apprenti revenu après douze ans d’absence, est chargé de l’enquête — et tente, au passage, de retrouver Shékuré, la femme qu’il a aimée autrefois. Au cœur de l’affaire : un livre commandé par le sultan pour célébrer le millénaire de l’hégire, qui doit être illustré « à la manière italienne ». Perspective, portrait, ombre et lumière : autant de techniques venues de Venise qui menacent les traditions des miniaturistes ottomans et persans.

Le roman du futur prix Nobel de littérature (2006) est un récit polyphonique d’une ampleur folle où prennent la parole, tour à tour, les peintres Cigogne, Papillon et Olive, un arbre, un chien, une pièce de monnaie — et la couleur rouge elle-même. Derrière l’intrigue policière et l’histoire d’amour se joue une confrontation entre deux conceptions de l’image : celle de l’Orient, où le peintre s’efface derrière la tradition, et celle de l’Occident, où l’artiste revendique sa signature. Là où Les Yeux de Mona pose la question de comment regarder, Pamuk pose celle, plus vertigineuse, de savoir qui a le droit de représenter le monde.


8. Le Turquetto (Metin Arditi, 2011)

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Et si un tableau célèbre du Louvre, L’Homme au gant, n’était pas du Titien ? Metin Arditi, romancier suisse d’origine turque séfarade, part d’une anomalie chromatique dans la signature de la toile pour inventer Élie Soriano, né vers 1519 de parents juifs à Constantinople. L’enfant, qui ne vit que pour le dessin, se heurte à un double interdit : chez les juifs comme chez les musulmans, représenter le vivant est sacrilège. À la mort de son père, il fuit à Venise, prend une fausse identité, intègre l’atelier de Titien et acquiert le surnom de « Turquetto » — le petit Turc.

Quarante ans plus tard, le Turquetto est au sommet de sa gloire dans la Sérénissime. Ses toiles, nourries de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d’art sacré byzantin, suscitent l’admiration de tous. Mais quand il réalise une Cène où son identité véritable transparaît, l’Inquisition s’en saisit. Récompensé par le Prix Jean Giono en 2011, le roman d’Arditi interroge ce qu’il en coûte de vouloir peindre librement dans un monde qui exige que l’on choisisse son camp — et son dieu.


9. La Passion Lippi (Sophie Chauveau, 2004)

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Florence, 1414. Un enfant hirsute, aux pieds couverts de corne, griffonne à même le sol d’une ruelle des bas-fonds. Cosme de Médicis, vingt-cinq ans, tombe en arrêt devant cette fresque improvisée et confie le gamin à son ami le peintre Guido di Pietro — que la postérité retiendra sous le nom de Fra Angelico. L’orphelin s’appelle Filippo Lippi. Placé au couvent des Carmes, il y reçoit les ordres… et n’en respectera à peu près aucun.

Car Lippi est un personnage de contradictions jubilatoires : moine et libertin, peintre de madones sublimes et habitué des maisons de plaisir de Florence, artiste intransigeant et manipulateur sans scrupule, il brave l’autorité du Pape, enlève une religieuse (Lucrezia Buti, dont le visage peuple toutes ses toiles) et finit par faire passer les peintres du statut d’artisans à celui d’artistes. Premier volet de la trilogie florentine de Sophie Chauveau — suivi du Rêve Botticelli et de L’Obsession Vinci —, La Passion Lippi est une biographie romancée qui ne laisse guère de répit, portée par un Quattrocento où la peinture ne se sépare jamais de la vie. Pour qui a aimé Les Yeux de Mona, ce roman offre le contrechamp : non plus le regard de celle qui contemple, mais la fièvre de celui qui crée.