Les Renaissances est le douzième roman d’Agnès Martin-Lugand, publié en février 2025 aux éditions Michel Lafon. On y suit Rebecca, romancière en panne d’inspiration dont le couple avec Esteban, architecte espagnol, se délite après vingt ans de vie commune. Une rencontre fortuite dans un bistrot parisien avec Lino, artisan passionné d’histoire de l’art rongé par son passé, va rebattre les cartes. Fascinée par les confidences de cet homme qui disparaît dans la nuit, Rebecca décide de partir sur ses traces et de faire de lui le héros de son prochain livre. Le roman se construit alors en mise en abyme — on lit l’histoire de Lino en même temps que Rebecca l’écrit — entre les ruelles de Venise, les routes de Provence et les doutes d’une femme qui ne sait plus très bien où elle va. Amour, non-dits, fièvre créatrice et secondes chances : on retrouve les obsessions de l’autrice.
Si vous venez de refermer ce livre et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations dans la même veine — des romans portés par des personnages cabossés, une écriture qui ne craint pas l’émotion, et l’idée tenace que la vie peut repartir là où on ne l’attendait plus.
1. Changer l’eau des fleurs (Valérie Perrin, 2018)

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Violette Toussaint — oui, le nom est presque trop parfait — est gardienne de cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Née sous X, jamais adoptée, mariée trop jeune à un homme perpétuellement aux abonnés absents, elle a traversé assez d’épreuves pour que n’importe qui d’autre ait déjà renoncé. Pourtant, sa loge est devenue un refuge où les visiteurs viennent se confier autour d’un café, et son jardin un éclat de couleurs au milieu des tombes. Violette écoute, console, consigne dans un journal le récit de chaque enterrement, et veille sur ses morts avec une tendresse que beaucoup de vivants lui envieraient.
L’arrivée de Julien Seul, un policier venu déposer les cendres de sa mère sur la tombe d’un inconnu, fait vaciller cet équilibre. Intrigué par le passé de Violette — et par la disparition mystérieuse de son mari —, il mène une enquête qui va exhumer ce que tout le monde avait pris soin d’enfouir, notamment les circonstances de la mort de Léonine, la petite fille de Violette, décédée à sept ans lors d’un séjour en colonie de vacances. Le roman se déploie en allers-retours temporels, comme autant de strates de terre qu’on soulève, pour révéler un secret qui redistribue tout le reste.
Récompensé par le prix Maison de la Presse 2018 et le prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019, le livre est en cours d’adaptation au cinéma par Jean-Pierre Jeunet. On en sort avec la certitude inattendue que les cimetières ne sont peut-être pas les endroits les plus tristes du monde.
2. La dernière lettre de son amant (Jojo Moyes, 2011)

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En 1960, Jennifer se réveille à l’hôpital sans le moindre souvenir. L’accident de voiture, son mari Laurence, son propre nom — tout a été effacé. Elle regagne une vie qui ne lui ressemble pas, celle d’une épouse de la haute bourgeoisie anglaise sur la Riviera, prisonnière d’un confort feutré dont elle ne possède pas la clé. Jusqu’au jour où elle découvre, cachée dans ses affaires, une lettre passionnée signée d’un simple « B ». Ce correspondant anonyme lui jure un amour absolu, et Jennifer comprend que sa vie d’avant recélait quelque chose d’essentiel dont elle ne sait plus rien.
Quarante ans plus tard, Ellie, jeune journaliste londonienne empêtrée dans une liaison avec un homme marié, tombe par hasard sur cette même correspondance dans les archives de son journal. Déterminée à retrouver la trace des deux amants et à découvrir comment leur histoire s’est terminée, elle se lance dans une enquête qui va, au passage, l’obliger à reconsidérer sa propre vie sentimentale. Le récit alterne entre les deux époques sans perdre le fil, et la reconstitution de l’Angleterre des années 1960 — ses codes sociaux rigides, la place assignée aux femmes, le scandale de l’amiante que le mari de Jennifer cherche à étouffer — donne à la romance une épaisseur qu’on n’attendait pas.
Lauréat du RNA Romantic Novel of the Year Award 2011 et adapté au cinéma en 2021, c’est le genre de roman qu’on commence en se disant « une petite romance, pourquoi pas » et qu’on termine en ayant raté sa station de métro. Deux fois.
3. Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie (Virginie Grimaldi, 2017)

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Cinq mots suffisent à démolir la vie de Pauline : « Je ne t’aime plus. » Ben, son mari, la quitte. Avec leur fils de quatre ans sous le bras, elle retourne s’installer chez ses parents et laisse les jours défiler dans une sorte de brouillard incrédule. Mais Pauline refuse de capituler. Convaincue que les sentiments de Ben ne se sont pas vraiment évaporés, elle entreprend de lui écrire chaque jour un souvenir de leur histoire — leur première rencontre, les fous rires, les nuits blanches après la naissance du petit. Une lettre par jour, comme un fil tendu entre le passé et un avenir auquel elle s’accroche.
Ce qui aurait pu n’être qu’un récit de reconquête amoureuse prend une autre dimension quand cette plongée dans les souvenirs fait remonter à la surface des secrets de famille que tout le monde croyait définitivement enterrés. Pauline découvre que le silence est une tradition chez les siens, et que pour se réconcilier avec le présent, il faut parfois accepter de regarder en face ce que personne n’a jamais voulu voir.
Adapté en mini-série télévisée diffusée en 2025 sur France 2 — une première pour un roman de Virginie Grimaldi —, le livre fait alterner chapitres au présent et lettres au passé avec un dosage d’humour et d’émotion qui est devenu la marque de fabrique de l’autrice. Et le titre, au fil des pages, prend une résonance qu’on n’avait pas vue venir.
4. Tout le bleu du ciel (Mélissa Da Costa, 2019)

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Une petite annonce sur Internet : un jeune homme de vingt-six ans, condamné par un Alzheimer précoce, cherche un ou une compagne de route pour un dernier voyage. Émile ne veut ni de l’hôpital, ni des essais cliniques, ni de la compassion de ses proches. Il veut la route, les Pyrénées, un camping-car et ce qui reste de liberté avant que sa mémoire ne s’efface pour de bon. Contre toute attente, quelqu’un répond : Joanne, coiffée d’un grand chapeau noir, un sac à dos pour seul bagage et pas la moindre explication sur les raisons de sa présence.
Le roman suit leur périple à travers le sud de la France — des cols pyrénéens aux criques méditerranéennes — et prend la forme d’un road trip où la nature occupe une place immense. Les paysages ne sont pas là pour faire joli : ils accompagnent le lent dégel des deux personnages, qui se dévoilent l’un à l’autre à petites doses, sans jamais forcer la confidence. Car Joanne, elle aussi, fuit quelque chose — et le voyage va révéler peu à peu ce qui l’a poussée à répondre à cette annonce improbable. Autour d’eux gravitent des personnages secondaires qui valent le détour, dont Myrtille, une vieille dame malicieuse et obstinément persuadée qu’ils forment un couple.
Premier roman de Mélissa Da Costa, repéré sur une plateforme d’autoédition avant d’être publié par les éditions Carnets Nord, Tout le bleu du ciel a reçu le prix Alain-Fournier 2020. Plus de 800 pages qui se lisent d’une traite — ce qui, pour un livre sur la maladie d’Alzheimer, n’était pas gagné d’avance.
5. Ensemble, c’est tout (Anna Gavalda, 2004)

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Quatre personnages que rien ne prédestinait à se croiser se retrouvent sous le même toit, dans un grand appartement parisien au pied de la tour Eiffel. Camille survit en faisant des ménages la nuit et ne veut plus entendre parler de dessin malgré un talent évident ; sa maigreur à elle seule raconte ce qu’elle ne dira pas. Philibert, aristocrate timide au possible, bégaie, vend des cartes postales et connaît l’histoire de France mieux que personne. Franck, cuisinier talentueux et grande gueule notoire, ne sait être tendre qu’avec Paulette, sa grand-mère de 83 ans qui se laisse mourir dans une maison de retraite plutôt que de vivre loin de son jardin et de ses chats.
Le roman ne prétend pas raconter une intrigue haletante — il raconte quelque chose de plus rare : comment des gens abîmés finissent par se réparer mutuellement, à coups de dîners improvisés, de disputes homériques et de gestes de générosité maladroits. Anna Gavalda construit son récit presque entièrement sur les dialogues, vifs, drôles, souvent déstabilisants dans leur franchise, et c’est cette oralité qui donne au livre son rythme et sa nervosité.
Adapté au cinéma par Claude Berri en 2007 (avec Audrey Tautou et Guillaume Canet), Ensemble, c’est tout reste l’un des plus grands succès de la littérature française contemporaine. Un conte moderne, certes, mais un conte qui a la bonne idée de ne pas prendre ses lecteur·ices pour des enfants.
6. À la lumière de nos jours (Clarisse Sabard, 2021)

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En 2013, Julia débarque en Touraine, dans le village de Cressigny où vit sa famille paternelle. Renvoyée d’un célèbre concours de pâtisserie dont elle était membre du jury, endeuillée par le décès récent de sa mère, elle ne sait plus ce qu’elle fait là — ni ailleurs. Les dernières volontés de sa mère sont pourtant claires : renouer avec son père, retrouver ses proches et partir à la recherche de son héritage. Sa grand-mère Suzette l’accueille avec bonheur et un rêve en tête — que Julia reprenne la pâtisserie familiale, autrefois réputée dans toute la région.
En vidant la maison de Suzette avec son cousin Alex (qui lui en veut de ses années de silence), Julia découvre un journal intime qui la plonge dans l’histoire de trois générations de femmes. Celle d’Eugénie, son arrière-grand-mère, exilée en 1919 dans les faubourgs insalubres de Paris avant de devenir, avec son mari, propriétaire de deux pâtisseries à succès. Celle de Suzette, dont la jeunesse a été fracassée par l’Occupation et un amour brisé par la guerre. Le récit alterne entre les époques — des bidonvilles parisiens des années 1920 à l’Occupation et ses ravages — et dénoue un à un les silences d’une famille et de tout un village.
Sélectionné pour le Grand Prix des Lecteurs Pocket 2022, le roman se nourrit d’un vrai travail de documentation historique, notamment sur la « Zone » de Malakoff, un pan méconnu de l’histoire de Paris. La preuve que les recettes de famille peuvent aussi servir à autre chose qu’à faire des gâteaux.
7. Juste avant le bonheur (Agnès Ledig, 2013)

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Julie a vingt ans, un fils de trois ans prénommé Lulu et une vie qui tient avec du scotch. Reniée par ses parents à l’annonce de sa grossesse, larguée par le père de l’enfant, elle travaille comme caissière dans un supermarché sous les ordres d’un patron harceleur et finit chaque mois dans le rouge. Un jour, Paul — ingénieur fraîchement divorcé, le genre d’homme qui remarque ceux que les autres traversent du regard —, touché par la détresse de cette jeune femme, leur propose, à Lulu et elle, de les accompagner en vacances en Bretagne, dans sa maison du bord de mer. Son fils Jérôme, jeune médecin ravagé par le suicide récent de sa femme, sera aussi du voyage.
Les premières pages installent un décor de conte de fées assumé : la mer, les châteaux de sable, la lumière bretonne, et des personnages à vif qui retrouvent l’envie de lever la tête. Puis le roman bifurque de façon brutale. Agnès Ledig, qui est sage-femme de formation et a elle-même perdu un enfant, ne fait pas semblant quand elle parle de deuil. Le drame qui frappe en plein cœur du récit transforme radicalement la tonalité du livre, et c’est dans l’après — dans la façon dont les personnages se soutiennent et choisissent de ne pas se laisser engloutir — que le roman trouve sa raison d’être.
Récompensé par le prix Maison de la Presse 2013, Juste avant le bonheur est un livre qui porte bien son titre : il raconte cet instant précis où tout peut encore basculer dans un sens ou dans l’autre. Prévoir des mouchoirs. Beaucoup de mouchoirs.
8. Le Liseur du 6h27 (Jean-Paul Didierlaurent, 2014)

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Guylain Vignolles — dont les nom et prénom forment une contrepèterie que ses camarades d’école ne lui ont jamais épargnée — n’a pas ce qu’on appellerait une vie trépidante. Il vit seul avec un poisson rouge baptisé Rouget de Lisle et travaille dans une usine où il commande la Zerstor 500, une broyeuse industrielle qui réduit en bouillie des tonnes de livres invendus. Pour un amoureux de littérature, c’est à peu près le pire métier imaginable. Alors chaque soir, en nettoyant la machine, Guylain récupère quelques feuillets rescapés. Et chaque matin, dans le RER de 6h27, il les lit à voix haute aux passagers de son wagon — vingt minutes volées à la grisaille avant d’aller nourrir le monstre.
Tout change le matin où il découvre, coincée dans son strapontin habituel, une clé USB contenant le journal intime d’une certaine Julie, dame pipi dans un centre commercial, qui raconte son quotidien avec une verve et une lucidité irrésistibles. Guylain se lance alors dans une quête à travers les hypermarchés de banlieue pour retrouver cette inconnue — du royaume de Camelot à celui de la camelote, en quelque sorte. Autour de lui, une galerie de personnages inoubliables : Yvon, le gardien de l’usine qui s’exprime exclusivement en alexandrins ; Giuseppe, ancien collègue à qui la machine a dévoré les jambes ; les sœurs Delacôte, deux passagères du RER devenues ses premières fans.
Premier roman de Jean-Paul Didierlaurent, vendu dans 38 pays et récompensé par sept prix littéraires dont le prix Michel-Tournier, Le Liseur du 6h27 est une fable drôle et tendre sur les vies invisibles — celles qu’on croise sans les voir dans les transports en commun, et qui méritent pourtant qu’on leur consacre un roman. Moins de 200 pages qui valent tous les pavés du monde.