Les Aventuriers de la mer (The Liveship Traders) est une trilogie de fantasy écrite par Robin Hobb, publiée entre 1998 et 2000. Située dans le même univers que L’Assassin royal — le Royaume des Anciens —, la série suit les familles marchandes de Terrilville, dont les fortunes dépendent de navires vivants appelés vivenefs : des bâtiments en bois sorcier doués de conscience, capables de penser, de parler et de souffrir. Au cœur du récit, la famille Vestrit se déchire autour de la Vivacia, convoitée par le pirate Kennit, tandis que la jeune Althéa lutte pour récupérer l’héritage maritime dont on l’a dépossédée. Entre intrigues commerciales, secrets enfouis dans le Désert des Pluies et serpents de mer à la mémoire vacillante, la trilogie a cette particularité que même ses personnages les plus détestables finissent par susciter autre chose que du dégoût.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir quitté le pont de la Vivacia et les quais de Terrilville, voici quelques suggestions dans la même veine — familles dysfonctionnelles, intrigues de cour, dragons récalcitrants et océans à perte de vue compris.
1. Les Cités des Anciens – Tome 1 : Dragons et Serpents (Robin Hobb, 2009)

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La suite directe. Les Cités des Anciens reprend le fil là où Les Aventuriers de la mer l’abandonne : les serpents ont enfin regagné le terrain d’encoconnage sous l’œil de la dragonne Tintaglia, mais le résultat est décevant. Les créatures qui émergent des cocons sont difformes, incapables de voler ou de chasser par elles-mêmes — des dragons à moitié avortés qui dépendent entièrement des humains pour se nourrir. Un gouffre financier pour les Marchands du Désert des Pluies, qui décident de s’en débarrasser en les envoyant vers Kelsingra, une cité légendaire dont personne ne connaît plus l’emplacement exact.
Autour de cette expédition gravitent de nouveaux visages : Thymara, une adolescente aux mains griffues et aux pieds palmés que la loi du Désert des Pluies aurait dû condamner à mort à la naissance (car toute difformité physique y est considérée comme une tare) ; Alise, une érudite passionnée de dragons, coincée dans un mariage sans amour avec un riche Marchand qui la méprise ; et Leftrin, capitaine de la vivenef Mataf, dont l’honnêteté ne résiste pas toujours à l’appât du gain. On croise aussi, au détour de certaines scènes, des figures familières — Parangon, Althéa, Brashen — qui rappellent que cet univers forme un tout cohérent.
Ce premier tome est avant tout un roman de mise en place, plus lent que les précédents cycles de Robin Hobb. L’enjeu central est clair : que faire de ces dragons ratés, trop faibles pour vivre seuls mais trop conscients pour qu’on les abandonne sans remords ? Une question qui prolonge celle que posaient déjà les vivenefs : quelles obligations avons-nous envers des êtres que nous avons créés ou transformés contre leur volonté ? Si vous n’êtes pas encore prêt·e à quitter le Royaume des Anciens, c’est ici qu’il faut aller.
2. L’Assassin royal – Tome 1 : L’Apprenti assassin (Robin Hobb, 1995)

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L’autre porte d’entrée dans le Royaume des Anciens — et pour beaucoup de lecteur·ice·s, la première. Au royaume des Six-Duchés, le prince Chevalerie de la maison Loinvoyant renonce à ses droits au trône le jour où l’on découvre l’existence de son fils illégitime. Ce bâtard, que l’on nommera Fitz, grandit à Castelcerf sous la tutelle bourrue de Burrich, le maître d’écurie. Mais le vieux roi Subtil a d’autres projets pour l’enfant : faire de lui un assassin au service de la couronne, tandis que les Pirates rouges ravagent les côtes du royaume.
Fitz n’a rien d’un héros triomphant : c’est un gamin solitaire qui apprend le maniement des poisons avant celui de l’épée, et dont la vie ne tient souvent qu’à sa capacité à se rendre utile. À cela s’ajoutent deux formes de magie — l’Art, une télépathie entre humains réservée à la noblesse, et le Vif, un lien empathique avec les animaux, considéré par la population comme une abomination passible de mort — qui compliquent encore sa position dans une cour où le prince Royal, demi-frère du roi, ne verrait pas d’un mauvais œil la disparition d’un bâtard encombrant.
Si Les Aventuriers de la mer vous ont séduit·e par le temps accordé aux personnages et la façon dont les crises politiques naissent des conflits familiaux, L’Assassin royal fonctionne sur des ressorts semblables, avec en prime un narrateur à la première personne, faillible, qui a tendance à minimiser ses propres souffrances tout en accablant ceux qui l’ont trahi — ce qui le rend à la fois touchant et agaçant, parfois dans la même page. Treize tomes vous attendent. Vous voilà prévenu·e.
3. L’Enfant de la marée – Tome 1 : Les Vaisseaux d’os (R.J. Barker, 2019)

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Autre univers, mais toujours la mer. Dans l’archipel des Cent Îles, les navires ne sont pas construits en bois sorcier mais en ossements de dragons de mer — des créatures chassées jusqu’à l’extinction par deux nations rivales, les Cent Îles et les Îles Décharnées. Joron Bitord, fils de pêcheur et criminel condamné, se retrouve à la tête d’un vaisseau des morts : un navire peint en noir, équipé d’un ramassis de repris de justice voués à périr en mer. Il n’a ni charisme, ni compétence, et noie son désespoir dans l’alcool.
Son destin bascule quand Meas la chanceuse, noble déchue et capitaine née, lui ravit le commandement en combat singulier. Portée par une mission secrète — retrouver et protéger le dernier arakeesien, un dragon de mer encore vivant —, elle entreprend de transformer cet équipage de parias en quelque chose qui ressemble à un véritable navire de guerre. Le roman suit la transformation de Joron, de lâche résigné à second loyal, au sein d’une société matriarcale où le statut social dépend de la capacité à engendrer des enfants sains : toute personne née avec un handicap, une tache de peau ou une stérilité est reléguée au bas de l’échelle. Pas étonnant, donc, que l’équipage de l’Enfant de la marée soit composé de laissés-pour-compte.
R.J. Barker a inventé un vocabulaire naval spécifique à son univers (les capitaines sont des « épouses de bord », les voiles des « ailes ») qui demande un temps d’adaptation, mais renforce l’immersion. Si vous avez aimé les batailles navales des Aventuriers de la mer et la façon dont un équipage disparate finit par devenir une famille de fortune, l’Enfant de la marée vous accueillera volontiers à son bord.
4. La Trilogie de l’Empire – Tome 1 : Fille de l’Empire (Raymond E. Feist et Janny Wurts, 1987)

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On quitte les océans pour les terres de Kelewan, un monde entièrement fictif dont la civilisation emprunte au Japon féodal : système de castes rigide, code de l’honneur omniprésent, et étiquette si codifiée qu’un faux pas à table peut coûter une alliance. Mara des Acoma s’apprête à prononcer ses vœux de prêtresse quand Papéwaio, le plus fidèle soldat de sa famille, interrompt la cérémonie : son père et son frère sont morts au combat. À dix-sept ans, la voilà propulsée à la tête d’un clan affaibli, cerné d’ennemis qui ne rêvent que de l’écraser au Jeu du Conseil — le nom donné aux jeux de pouvoir permanents entre les grandes maisons de l’empire, où intrigues, alliances et assassinats sont tolérés tant qu’ils respectent les formes.
La force de ce roman tient tout entière dans son personnage principal. Mara n’a pas d’armée, pas d’alliés fiables, et pas le droit à l’erreur. Ce qu’elle possède, en revanche, c’est une intelligence stratégique aiguë et une capacité à retourner les traditions les plus rigides à son avantage. L’essentiel de l’action se joue dans les salons et les jardins, à coups de négociations, de mariages arrangés et de coups politiques dont on ne mesure la portée que plusieurs chapitres plus tard.
Fille de l’Empire est rattaché aux Chroniques de Krondor de Feist (il se déroule sur un monde parallèle au leur), mais se lit parfaitement de manière indépendante — aucune connaissance préalable n’est requise. Si vous avez apprécié les stratégies politiques de Ronica Vestrit et la ténacité d’Althéa face à un monde qui ne lui laisse aucune place, Mara des Acoma devrait vous parler. C’est le même type de personnage : une femme qui refuse de se laisser broyer par un système conçu pour l’exclure.
5. Le Fléau de Chalion (Lois McMaster Bujold, 2001)

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Cazaril est un homme brisé. Ancien soldat, ancien courtisan, ancien esclave sur une galère roknari, il traîne sa carcasse usée jusqu’au château de Valenda, où il espère décrocher un emploi aux cuisines — quelque chose de calme, loin des responsabilités et des intrigues qui ont déjà failli le tuer deux fois. On lui confie plutôt le poste de secrétaire et précepteur de la royesse Iselle, sœur cadette de l’héritier du royaume de Chalion. Un poste en apparence tranquille, qui va le ramener droit dans la gueule du loup : la cour royale de Cardegoss, où ses anciens bourreaux occupent les plus hautes fonctions.
Mais le vrai danger ne vient pas des hommes. Une malédiction pèse sur la famille royale de Chalion depuis des générations, attirant malheurs et trahisons sur chaque souverain. Pour sauver Iselle, Cazaril devra affronter non seulement les complots de la cour, mais aussi la volonté des cinq dieux qui régissent ce monde — le Père, la Mère, le Fils, la Fille et le Bâtard — et dont les plans pour les mortels ne se révèlent que par bribes, souvent trop tard, et jamais de manière limpide. La religion de Chalion, dite quintarienne (fondée sur ces cinq divinités), est l’un des éléments les plus réussis du roman : elle n’est pas un simple décor, mais un vrai mécanisme narratif dont dépend la résolution de l’intrigue.
L’univers s’inspire librement de l’Espagne médiévale — l’histoire d’Iselle fait écho à celle d’Isabelle de Castille, et les Roknari rappellent les royaumes maures de la péninsule ibérique. Bujold, déjà célèbre pour ses romans de science-fiction (la saga Vorkosigan), signe ici une fantasy d’intrigues de cour sans batailles rangées ni élus prophétisés, où tout repose sur l’intelligence d’un homme fatigué qui n’a plus grand-chose à perdre. Le roman a remporté le prix World Fantasy en 2002 ; sa suite, Paladin des âmes, a décroché le Hugo, le Nebula et le Locus l’année suivante — une razzia peu commune.
6. Sur des mers plus ignorées (Tim Powers, 1987)

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Nous voilà en 1718, dans les Caraïbes. John Chandagnac fait voile vers la Jamaïque pour récupérer une plantation dont on l’a spolié, quand son navire est attaqué par des pirates. Le capitaine lui offre deux options : mourir tout de suite ou rejoindre l’équipage. Sous le nom de Jack Shandy, il découvre un monde où la piraterie se nourrit de rhum, de poudre noire et de magie vaudou. Le vaudou, tel que Powers le dépeint, n’est pas un vague décor exotique : c’est un système cohérent avec ses officiants (les bocors, sorciers capables de créer des zombies), ses esprits (loas) et ses symboles rituels (vévés), qui fait partie du quotidien des Caraïbes au même titre que les abordages et les tempêtes.
Au centre de cette aventure trône Barbe-Noire en personne — le vrai, le pirate historique Edward Teach —, lancé dans une quête obsessionnelle pour la fontaine de Jouvence. Autour de lui s’agitent des sorciers, des morts-vivants et un père prêt à sacrifier sa propre fille pour ramener sa femme d’entre les morts. Tim Powers pratique ce qu’on appelle la « fantaisie historique » (ou « histoire secrète ») : il prend des faits réels, des personnages documentés, des lieux vérifiables, et glisse le surnaturel dans les zones d’ombre que l’Histoire officielle n’a pas comblées. Le résultat est un roman où l’on ne sait plus très bien où s’arrête le réel et où commence l’invention.
Si le nom de Tim Powers ne vous dit rien, sachez que ce roman a directement inspiré le jeu vidéo Monkey Island et le quatrième volet de la franchise Pirates des Caraïbes (dont le titre anglais, On Stranger Tides, est celui du livre). C’est un pur roman d’aventure, nerveux et souvent drôle, qui n’a pas vieilli d’un jour en presque quarante ans.
7. L’Empire d’écume – Tome 1 : La Fille aux éclats d’os (Andrea Stewart, 2020)

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Sur les îles de l’Empire du Phénix — un archipel dont la culture s’inspire de la Chine impériale —, chaque enfant subit un rituel au cours duquel on lui prélève un éclat d’os derrière l’oreille. L’empereur utilise ces fragments pour créer et commander des concepts : des chimères fabriquées à partir d’ossements d’animaux, animées grâce aux éclats humains, et qui font office de police, d’armée et d’espions. Le problème, c’est que chaque éclat draine l’énergie vitale de la personne à qui il a été prélevé — lentement, invisiblement, jusqu’à la mort. L’empire tout entier repose donc sur le sacrifice silencieux de ses propres citoyens.
Le récit alterne entre plusieurs points de vue, dont celui de Lin, la fille de l’empereur, privée de ses souvenirs par une mystérieuse maladie et en compétition avec son frère adoptif Bayan pour la succession au trône. Pour prouver sa valeur à un père qui la considère comme défaillante, elle apprend en secret la magie d’os — l’art de graver des commandes sur les éclats pour contrôler les concepts. En parallèle, on suit Jovis, un contrebandier qui sillonne les mers à la recherche de sa femme, disparue sept ans plus tôt, et qui recueille en chemin un étrange chaton aux pouvoirs inexplicables. Pendant ce temps, les îles de l’empire sombrent littéralement : englouties une à une par les flots, sans que personne ne comprenne pourquoi.
Comme les vivenefs des Aventuriers de la mer, les concepts posent une question inconfortable : que vaut un pouvoir dont le fonctionnement exige qu’on sacrifie, à bas bruit, ceux-là mêmes qu’il est censé protéger ? C’est cette tension qui fait tenir le roman — et qui pousse à ouvrir le tome suivant.
8. La Dynastie des Dents-de-Lion – Tome 1 : La Grâce des rois (Ken Liu, 2015)

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Ken Liu, surtout connu pour ses nouvelles primées (dont le recueil La Ménagerie de papier), se lance avec ce premier roman dans un pavé de plus de 800 pages. Dans l’archipel de Dara, l’empereur de Xana a unifié sept royaumes par la force et écrase ses sujets sous les impôts et les travaux pharaoniques. Deux hommes que tout oppose vont se liguer pour le renverser : Mata Zyndu, dernier héritier d’un clan guerrier, colosse hanté par l’honneur perdu de ses ancêtres ; et Kuni Garu, voyou charmeur et rusé, plus à l’aise dans une taverne que sur un champ de bataille. Leur amitié improbable est le moteur du récit — jusqu’au moment, inévitable, où leurs visions divergentes de ce que devrait être un bon gouvernement les placent dans des camps opposés.
Le roman est librement inspiré de la guerre Chu-Han (206-202 av. J.-C.), un conflit qui a suivi l’effondrement de la première dynastie impériale chinoise (les Qin) et dont l’issue a fondé la célèbre dynastie Han. Ken Liu transpose cette matière historique dans un monde secondaire et y ajoute ce qu’il appelle le « silkpunk » : une esthétique technologique fondée non pas sur la vapeur et l’acier (comme le steampunk), mais sur la soie, le bambou et les cerfs-volants — ce qui donne, entre autres, des engins volants à voilure de soie et des sous-marins en peau de baleine. Les dieux, eux, interviennent dans les affaires humaines en se déguisant parmi les mortels pour pousser leurs favoris vers la victoire — un peu comme Zeus et Athéna prenant parti dans la guerre de Troie chez Homère.
À noter : La Grâce des rois est un roman dense, avec de très nombreux personnages et points de vue. Ken Liu écrit comme un chroniqueur qui raconterait une épopée nationale, ce qui donne au texte un ton de chanson de geste — ample, parfois distant, plus intéressé par le mouvement des armées que par l’intériorité d’un seul individu. Si la multiplication des voix ne vous fait pas peur (et si le kilo que pèse le livre en version poche ne vous décourage pas), vous y trouverez une saga politique de premier ordre. Le roman a remporté le prix Locus du meilleur premier roman en 2016.
9. Les Os émeraude – Tome 1 : La Cité de jade (Fonda Lee, 2017)

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Imaginez un film de gangsters hongkongais des années 70, transposé dans un monde secondaire de fantasy avec des arts martiaux surnaturels, et vous obtenez La Cité de jade. Sur l’île de Kekon, le jade n’est pas une pierre décorative : c’est une ressource magique qui confère à ceux qui la portent — les Os Émeraude — des capacités physiques surhumaines. Le Durcissement rend la peau impénétrable aux lames et aux balles ; la Déviation écarte les projectiles ; la Canalisation permet de faire éclater le cœur d’un adversaire à distance (oui, c’est aussi brutal que ça en a l’air). Mais le jade est aussi une drogue : en porter trop rend fou, pas assez vous rend vulnérable.
La ville de Janloon est partagée entre deux clans rivaux : le clan Sans Cime, dirigé par la famille Kaul, et le clan de la Montagne, mené par la redoutable Ayt. Quand le vieux patriarche Kaul Sen se retire, ses petits-enfants prennent la relève : Lan, l’aîné posé et réfléchi, devenu Pilier (chef) du clan ; Hilo, son frère cadet, impulsif et bagarreur, responsable de la sécurité des rues ; Shae, leur sœur cadette, de retour après deux ans à l’étranger ; et Anden, un cousin orphelin adopté par la famille. L’équilibre précaire entre les deux clans vole en éclats quand une nouvelle drogue permet à n’importe qui — y compris les étrangers — de manier le jade, menaçant le monopole sur lequel repose tout le pouvoir des Os Émeraude.
Ce qui fait la singularité de cette trilogie (récompensée par le World Fantasy Award et classée par le Time Magazine parmi les 100 meilleurs livres de fantasy de tous les temps), c’est qu’elle traite ses guerres de clans avec le sérieux d’une saga familiale : ici, les décisions politiques se prennent au dîner, les alliances se scellent par des mariages, et les trahisons font plus mal quand elles viennent de quelqu’un qui connaît votre prénom.