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Que lire après « Le Vieil Homme et la Mer » d'Ernest Hemingway ?

Que lire après « Le Vieil Homme et la Mer » d’Ernest Hemingway ?

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Le Vieil Homme et la Mer est un roman d’Ernest Hemingway, écrit à Cuba entre décembre 1950 et février 1951, et publié en septembre 1952. On y suit Santiago, un vieux pêcheur cubain qui n’a rien pris depuis quatre-vingt-quatre jours, et qui s’engage dans un combat acharné avec un marlin gigantesque au large du Gulf Stream. Dernière fiction majeure publiée du vivant de l’auteur, le livre lui vaut le prix Pulitzer en 1953 et contribue à l’obtention de son prix Nobel de littérature en 1954. Cinq millions d’exemplaires s’écoulent dans les deux jours qui suivent sa parution dans le magazine Life.

Si vous êtes à recherche de lectures du même genre, voici quelques pistes : des histoires de mer, de solitude, de lutte contre les éléments, de gens qui s’obstinent quand tout bon sens leur commanderait de rentrer au port.


1. Îles à la dérive (Ernest Hemingway, 1970)

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Îles à la dérive est un roman posthume, publié neuf ans après la mort d’Hemingway. Il constitue ce qui reste d’un projet ambitieux que l’écrivain appelait son « Livre de la mer », un vaste ensemble dont Le Vieil Homme et la Mer fut d’ailleurs extrait pour devenir un récit autonome. Composé de trois parties — « Bimini », « Cuba », « En mer » —, le livre suit Thomas Hudson, peintre de renom et double à peine voilé de l’auteur, sur une petite île des Bahamas, puis à La Havane, et enfin en pleine mer des Caraïbes.

Dans la première partie, Hudson reçoit ses trois fils pour les vacances d’été. Hemingway y décrit avec une tendresse inhabituelle les joies et les angoisses de la paternité, notamment lors d’une mémorable partie de pêche au marlin avec le jeune David — scène qui rappelle directement le combat de Santiago. La guerre survient dans les deux dernières parties : Hudson transforme son bateau de pêche en bâtiment de combat et traque les sous-marins allemands le long des côtes cubaines, comme Hemingway le fit lui-même entre 1942 et 1944.

Le roman est inégal, parfois décousu — trois récits qui ne s’emboîtent pas toujours —, mais il offre le portrait le plus autobiographique qu’Hemingway ait jamais livré. Entre les bars de La Havane, les daiquiris du Floridita et la douleur d’un père qui va perdre tous ses enfants, Îles à la dérive est la face cachée, intime et douloureuse, du Vieil Homme et la Mer.


2. En avoir ou pas (Ernest Hemingway, 1937)

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Harry Morgan est capitaine de bateau à Key West, en Floride. Il vit avec sa femme et ses filles, et gagne sa vie grâce à des sorties de pêche au marlin pour des touristes fortunés. Quand un client part sans payer et lui fait perdre tout son matériel, la spirale commence : faute d’argent pour nourrir les siens, Harry bascule dans la contrebande — d’alcool, d’armes, de clandestins — entre la Floride et Cuba, en pleine Grande Dépression.

Le roman est construit de façon singulière : trois récits imbriqués, avec des changements de narrateur et de point de vue qui déstabilisent. Les deux premières parties fonctionnent comme des nouvelles sèches, tendues à craquer. La troisième élargit le cadre et oppose la survie brutale de Harry Morgan à l’oisiveté des riches propriétaires de yachts amarrés dans le port — un contraste féroce qu’Hemingway n’avait encore jamais tenté avec une telle âpreté.

L’auteur lui-même n’aimait guère ce livre et ne se privait pas de le dire en public. Howard Hawks, lui, en a tiré Le Port de l’angoisse avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall. On peut être sévère avec soi-même et avoir tort : En avoir ou pas reste un roman noir gorgé de sel et de poudre, et la phrase finale de Harry Morgan — « un homme seul est foutu d’avance » — sonne comme l’exact contrepoint de la solitude volontaire de Santiago.


3. La Perle (John Steinbeck, 1947)

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Kino est un modeste pêcheur de perles sur la côte de Basse-Californie, au Mexique. Il vit avec Juana, sa femme, et leur bébé Coyotito dans une hutte au bord du Pacifique. Quand un scorpion pique l’enfant et que le médecin de la ville refuse de les recevoir faute d’argent, Kino plonge et remonte des fonds la plus grosse perle du monde — un objet parfait, gros comme un œuf de mouette, qui devrait tout changer.

Tout change, en effet, mais pas dans le sens espéré. La nouvelle de la découverte se répand et réveille la convoitise de toute la ville : négociants véreux, agresseurs nocturnes, médecin soudain très empressé. Métamorphosé par l’espoir puis par la peur, Kino est prêt à tuer pour protéger son trésor. Juana, elle, comprend très vite que cette perle est une malédiction et supplie son mari de la jeter à la mer.

Steinbeck s’est inspiré d’un conte traditionnel mexicain pour écrire cette parabole, et le résultat est une fable brève, implacable. Un procédé original structure le récit : chaque émotion est associée à un thème musical — la Chanson de la Famille, la Chanson du Mal, la Chanson de la Perle — que Kino entend dans sa tête, et qui dit mieux que tout dialogue ce qu’il ressent. Comme Le Vieil Homme et la Mer, La Perle raconte l’histoire d’un homme simple face à une prise extraordinaire. Mais là où Santiago perdait son marlin avec dignité, Kino découvre que posséder peut détruire bien plus sûrement que perdre.


4. Typhon (Joseph Conrad, 1902)

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Le vapeur Nan-Shan traverse le détroit de Taïwan un 25 décembre, avec à son bord deux cents travailleurs chinois — des coolies, comme on les appelait alors — qui rentrent chez eux après sept ans de labeur au Siam (l’actuelle Thaïlande). Chacun transporte un coffre en bois de camphrier rempli de vêtements, de porcelaine et de dollars d’argent — toutes les économies d’une vie. À la barre, le capitaine MacWhirr, homme d’une intelligence médiocre, d’une honnêteté totale et d’un manque d’imagination absolument spectaculaire. Quand le baromètre chute et que son second, Jukes, propose un détour pour éviter la tempête, MacWhirr refuse : le sale temps court de par le monde, et la seule chose à faire, c’est de l’affronter.

Le typhon déferle avec une violence inouïe : les superstructures sont balayées, les lames menacent d’engloutir le navire, et dans l’entrepont les coffres se disloquent, les dollars roulent partout, et les deux cents passagers se battent à mort pour récupérer leur argent. Conrad, qui avait lui-même navigué vingt ans dans la marine marchande, décrit chaque assaut de la mer avec une précision physique qui donne le mal de mer depuis un fauteuil.

Mais l’intérêt central du récit, comme Conrad l’a lui-même souligné, n’est pas le typhon : c’est la réaction des hommes face au désastre. MacWhirr, ce capitaine que personne ne remarque et que Jukes juge si ennuyeux, se révèle d’un calme souverain quand tout s’effondre. Il ne comprend rien à la peur — il manque trop d’imagination pour cela — et c’est précisément ce qui le rend insubmersible.


5. La Ligne d’ombre (Joseph Conrad, 1917)

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Dans un port d’Extrême-Orient, un jeune marin démissionne sur un coup de tête de son poste de second sur un vapeur. Alors qu’il ne rêve que de rentrer en Angleterre, un concours de circonstances improbable lui offre son premier commandement : un voilier en rade à Bangkok, dont le capitaine précédent est mort en mer dans des circonstances troubles.

Le nouveau capitaine prend possession de son navire, découvre un équipage docile mais amorphe, un second fiévreux et hanté par le souvenir maléfique du capitaine défunt, et — surtout — une pharmacie de bord vidée de sa quinine par le prédécesseur. Le voilier quitte Bangkok et se retrouve immobilisé par une absence totale de vent, piégé sur une mer d’huile, tandis que les fièvres tropicales terrassent un à un les membres de l’équipage. Conrad, qui s’inspire d’un épisode vécu de sa propre carrière de marin, a sous-titré ce récit « une confession ».

La Ligne d’ombre parle du passage à l’âge adulte — le moment où l’on cesse de croire que la compétence et la bonne volonté suffisent à maîtriser les choses. Le titre désigne ce seuil que chacun·e finit par franchir, cette frontière après laquelle, écrit Conrad, il faut laisser derrière soi « la région de la prime jeunesse ». C’est un huis clos maritime étouffant, un récit d’initiation où l’ennemi n’est ni la tempête ni la mer, mais l’immobilité, la fièvre et le doute.


6. Pêcheur d’Islande (Pierre Loti, 1886)

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De février à août, les « Islandais » — c’est le nom qu’on donne aux pêcheurs bretons de Paimpol — quittent leur port et traversent la mer du Nord pour aller pêcher la morue dans les eaux glacées d’Islande. Parmi eux, Yann Gaos, un colosse taciturne et fier, qui s’est juré de n’appartenir qu’à la mer. Et sur la côte, Gaud Mével, fille de bonne famille revenue de Paris, qui tombe irrémédiablement amoureuse de lui lors d’une noce.

Officier de marine de son état, Loti connaît la mer de l’intérieur. Il décrit avec une précision presque ethnographique la promiscuité des navires, les biscuits cassés au maillet, l’alcool comme seul remède à l’épuisement, et les nuits blanches des campagnes de pêche. Mais le cœur du roman bat sur la terre ferme, dans cette longue attente des femmes de marins — épouses, mères, grands-mères — qui scrutent l’horizon pendant des mois et font un signe de croix devant le mur des disparus de Ploubazlanec, où sont gravés les noms de tous les pêcheurs que la mer n’a pas rendus. L’amour entre Yann et Gaud se construit avec une lenteur infinie, fait de silences, de regards évités et de fierté mal placée.

Le dénouement est l’un des plus poignants de la littérature française du XIXᵉ siècle, et Loti l’expédie en quelques lignes d’une sécheresse dévastatrice — comme si la mer, elle aussi, n’avait rien à ajouter. Pêcheur d’Islande est un roman sur le tribut que la mer exige de ceux et celles qui vivent d’elle : les hommes y laissent leur vie, les femmes y laissent leur jeunesse à attendre.


7. Le Loup des mers (Jack London, 1904)

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Humphrey Van Weyden, critique littéraire distingué et rentier new-yorkais, fait naufrage dans la baie de San Francisco. Il est repêché par le Fantôme, une goélette de chasse aux phoques commandée par Loup Larsen — capitaine colossal, brutal, autodidacte et lecteur de Milton, qui décide de le garder à bord comme mousse. Van Weyden, qui n’a jamais eu à se salir les mains, est jeté dans un monde régi par la seule loi du plus fort.

La force du roman tient à Loup Larsen lui-même, un personnage inoubliable. London en fait l’incarnation du « surhomme » de Nietzsche — un être qui rejette toute morale commune et ne reconnaît que la loi de sa propre volonté. Larsen assomme ses officiers, terrorise son équipage, laisse mourir des mutins — et, entre deux actes de cruauté, disserte sur le Paradis perdu de Milton ou sur la vacuité de l’existence avec une intelligence qui sidère Van Weyden. Le roman fonctionne comme un duel philosophique permanent entre l’idéaliste cultivé et le matérialiste impitoyable, deux faces d’un même être que London ne parvient pas (ou ne veut pas) départager.

L’arrivée de Maud Brewster, poétesse rescapée d’un naufrage, ajoute une dimension romanesque et pousse le récit vers un épisode de survie sur une île déserte, dans la veine de Robinson Crusoé. London voulait écrire un « roman total » à la manière de Moby Dick, et s’il n’atteint pas tout à fait Melville, il a créé avec Loup Larsen l’un des antagonistes les plus mémorables de la littérature américaine.


8. Récit d’un naufragé (Gabriel García Márquez, 1970)

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Le 28 février 1955, huit marins du destroyer colombien Caldas tombent à la mer dans les Caraïbes. Ils sont rapidement déclarés morts. Dix jours plus tard, l’un d’eux, Luis Alejandro Velasco, apparaît sur une plage déserte du nord de la Colombie : vivant, à peine, après avoir dérivé sur un radeau sans eau ni nourriture. Le gouvernement du dictateur Rojas Pinilla en fait un héros national. Les marques de montres et de chaussures en font une icône publicitaire. Jeune journaliste à El Espectador de Bogotá, Gabriel García Márquez s’assoit alors avec lui pendant cent vingt heures et recueille la vraie version des faits.

Car il n’y avait pas de tempête. Le Caldas était surchargé de marchandises de contrebande, mal arrimées, et c’est ce déséquilibre qui a projeté les hommes par-dessus bord. García Márquez publie le récit sous la forme de quatorze articles signés par Velasco lui-même — un subterfuge pour contourner la censure. Le scandale éclate, le journal est fermé, et le jeune journaliste doit quitter le pays. Ce n’est qu’en 1970 que le texte reparaît sous forme de livre.

Le résultat est un joyau de concision : moins de cent cinquante pages, écrites à la première personne, où l’on vit heure par heure la soif, les brûlures du soleil, les requins qui arrivent ponctuellement à dix-sept heures, et l’oscillation constante entre espoir et capitulation. On pense à Santiago sur sa barque — mais ici, pas de fiction : c’est une histoire vraie, et la tension vient de savoir qu’un homme a réellement enduré tout cela.


9. Et au milieu coule une rivière (Norman Maclean, 1976)

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Norman Maclean a soixante-quatorze ans quand il publie son premier — et unique — roman. C’est un récit autobiographique qui se déroule dans le Montana du début du XXᵉ siècle, au sein d’une famille presbytérienne où la pêche à la mouche a le rang d’un sacrement. Le père, pasteur rigoureux, a enseigné l’art du lancer à ses deux fils dès l’enfance, convaincu que les disciples de Jésus étaient tous pêcheurs — et les meilleurs d’entre eux, pêcheurs à la mouche sèche.

Narrateur de cette histoire, Norman est l’aîné studieux, devenu universitaire. Paul, son frère cadet, est un prodige de la canne, un journaliste doué — mais aussi un joueur, un bagarreur, un homme dont la vie déraille à mesure que les dettes et les ennuis s’accumulent. Les deux frères, devenus adultes, ne se retrouvent plus guère qu’au bord de la Big Blackfoot River, surplombée par les Rocheuses, pour des parties de pêche qui sont devenues leur seul vrai langage commun. Norman sait que Paul court à sa perte, mais il ne trouve pas les mots pour le lui dire — et Paul n’est pas du genre à les entendre. Maclean écrit cette relation fraternelle avec une tendresse contenue, sans jamais basculer dans le sentimentalisme.

Le film de Robert Redford (1992), avec Brad Pitt dans le rôle de Paul, a rendu l’histoire célèbre — mais le livre est d’une autre nature. C’est le récit d’un vieil homme qui revient sur ce qu’il n’a pas su empêcher, et qui cherche dans le souvenir des rivières un lien avec ceux qui ne sont plus là. La dernière phrase — « Je suis hanté par les eaux » — dit tout ce que les Maclean n’ont jamais réussi à se dire de vive voix.


10. Les Travailleurs de la mer (Victor Hugo, 1866)

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Sur l’île de Guernesey, au début des années 1820, vit Gilliatt, un marin solitaire, taiseux et réputé sorcier par les habitants. Il est secrètement amoureux de Déruchette, la nièce de l’armateur Lethierry, qui a révolutionné le cabotage local grâce à son bateau à vapeur, la Durande. Quand un escroc fait échouer le navire sur les récifs des Douvres — un groupe de rochers au large de Guernesey, sans rapport avec la ville anglaise du même nom —, Lethierry est ruiné. Mais la machine à vapeur, pièce irremplaçable dont le constructeur est mort, est encore intacte dans l’épave. Déruchette promet d’épouser quiconque ira la récupérer. Gilliatt, évidemment, part seul.

Ce qui occupe le cœur du roman, c’est le combat de Gilliatt contre les éléments : des semaines d’efforts surhumains, sans aide ni relève sur les récifs, à extraire la machine du ventre du navire, à résister à la faim, à la soif, aux tempêtes, et à affronter — dans un épisode resté célèbre — une pieuvre géante que Hugo décrit avec un mélange de terreur et de fascination qui a marqué des générations de lecteurs. Il faut dire que Hugo, en exil politique à Guernesey sous le Second Empire, avait la mer sous les yeux chaque jour : l’île, l’océan, les récifs y sont des personnages à part entière.

Mais Les Travailleurs de la mer est aussi l’histoire d’un sacrifice. Car l’héroïsme de Gilliatt ne suffit pas à lui garantir le bonheur qu’il espère, et Hugo réserve à son personnage un dénouement d’une cruauté tranquille, à la hauteur des épreuves qu’il vient de traverser. L’auteur inscrit ce roman dans une trilogie de la fatalité, après Notre-Dame de Paris (où l’homme lutte contre la superstition) et Les Misérables (où il lutte contre l’injustice sociale) : ici, c’est la nature qui l’écrase. Et pourtant, c’est peut-être le plus poétique de ses grands romans.