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Que lire après « Le Prince » de Nicolas Machiavel ?

Que lire après « Le Prince » de Nicolas Machiavel ?

Le Prince est un traité politique rédigé par Nicolas Machiavel en 1513 et publié à titre posthume en 1532. Fondé sur l’expérience diplomatique du secrétaire florentin, l’ouvrage analyse les mécanismes d’acquisition et de conservation du pouvoir avec un réalisme qui a rompu avec toute la tradition idéaliste antérieure.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Discours sur la première décade de Tite-Live (Nicolas Machiavel, 1531)

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Rédigés entre 1513 et 1519, les Discours constituent le pendant républicain du Prince. Là où ce dernier s’adressait au monarque, Machiavel prend ici appui sur les dix premiers livres de l’Histoire romaine de Tite-Live pour dégager les conditions de la liberté politique au sein d’une république. Ses trois livres passent en revue les institutions qui ont fait la solidité de Rome, les ressorts de son expansion militaire, puis le rôle décisif des individus dans la préservation de l’État.

Machiavel y développe une thèse audacieuse : le conflit entre le Sénat et le peuple, loin d’affaiblir Rome, a consolidé ses institutions. Il soutient aussi que la politique doit se penser à partir des situations extrêmes — et non à partir d’un bien théorique — ce qui lui vaut d’être considéré, selon Leo Strauss, comme un fondateur de la pensée politique moderne.


2. L’Art de la guerre (Sun Tzu, Ve siècle av. J.-C.)

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Attribué au stratège chinois Sun Tzu, ce traité en treize chapitres constitue le plus ancien texte connu de stratégie militaire. Son propos central tient en un principe : la guerre la mieux menée est celle qui se gagne sans combat. Sun Tzu y prône une approche indirecte, fondée sur la ruse, la connaissance de l’adversaire et l’action psychologique, où le choc armé n’intervient qu’en dernier recours.

Cinq facteurs structurent sa doctrine : l’influence morale, le climat, le terrain, le commandement et la discipline. Chacun conditionne la victoire autant que le nombre de soldats. Le texte déborde d’ailleurs le cadre militaire : ses principes — anticiper, s’adapter, ne jamais dévoiler ses intentions — se transposent à la diplomatie, à la négociation et à la conduite des affaires. Plus de deux millénaires après sa rédaction, il reste lu autant par des officiers que par des chefs d’entreprise.


3. Power : Les 48 lois du pouvoir (Robert Greene, 1998)

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Robert Greene condense dans cet ouvrage trois mille ans de stratégies de pouvoir en 48 lois, chacune illustrée par des épisodes historiques et des contre-exemples. De « Ne surpassez jamais le maître » à « Anéantissez totalement votre ennemi », le registre va de la prudence de cour à l’amoralité assumée. Greene puise aussi bien chez Machiavel que chez Sun Tzu, Louis XIV, Bismarck ou Talleyrand.

Le livre se présente comme un manuel de lucidité sur les rapports de domination : comment les identifier, les subir le moins possible, les retourner à son avantage. Salué par certain·es comme un traité de réalisme social, il a aussi été vivement critiqué pour son cynisme — au point d’être interdit dans plusieurs prisons américaines. Ses deux millions d’exemplaires vendus montrent néanmoins que le sujet ne laisse personne indifférent.


4. Léviathan (Thomas Hobbes, 1651)

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Publié en pleine guerre civile anglaise, le Léviathan part d’un postulat radical : à l’état de nature, les hommes, égaux en force et en ambition, se livrent une guerre perpétuelle de chacun contre chacun. Poussés par la peur de la mort violente, ils consentent à un pacte par lequel ils abandonnent leur liberté naturelle au profit d’un souverain absolu — le Léviathan —, seul capable de garantir la paix civile.

Hobbes construit ainsi l’une des premières théories du contrat social, à rebours de toute idéalisation de la nature humaine. Il rejette la notion aristotélicienne d’un homme « naturellement politique » et fonde l’autorité de l’État non pas sur le droit divin, mais sur la nécessité rationnelle. Ce matérialisme politique, scandaleux pour ses contemporains, a nourri la pensée de Spinoza, de Rousseau, puis des théoricien·nes du réalisme en relations internationales.


5. Du contrat social (Jean-Jacques Rousseau, 1762)

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Rousseau s’attaque ici à une question que ni Hobbes ni Grotius n’avaient, selon lui, correctement posée : qu’est-ce qui rend un pouvoir politique légitime ? Sa réponse tient dans l’idée d’un pacte par lequel chaque citoyen·ne renonce à sa liberté naturelle pour gagner une liberté civile, garantie par la volonté générale du peuple souverain.

Là où Hobbes justifiait la soumission à un souverain absolu, Rousseau affirme que le peuple ne peut aliéner sa souveraineté sans se détruire lui-même. La loi n’est légitime que si elle émane de la volonté collective ; le gouvernement n’en est que le mandataire, révocable à tout moment.

Brûlé à Genève et interdit en France dès sa parution, Du contrat social deviendra l’un des textes de référence de la Révolution française — et l’un des fondements de la théorie démocratique moderne.


6. La République (Platon, vers 375 av. J.-C.)

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Considéré par Cicéron comme le premier livre de philosophie politique grecque, ce dialogue met en scène Socrate à la recherche d’une définition de la justice — dans l’âme individuelle comme dans la cité. Pour mieux l’observer, il propose de la lire « en grands caractères », c’est-à-dire à l’échelle d’une cité idéale divisée en trois classes : les philosophes-rois, les gardiens et les producteurs.

La thèse centrale est que la justice consiste à ce que chaque partie — de la cité ou de l’âme — remplisse la fonction qui lui est propre, sans empiéter sur celle des autres. Platon y déploie la célèbre allégorie de la Caverne, figure de l’arrachement aux illusions sensibles vers la connaissance du Bien. Mais le dialogue ne se limite pas au champ politique : critique de la démocratie athénienne, théorie de l’éducation, statut de l’art et de l’imitation s’y entrelacent dans un même édifice.


7. De l’esprit des lois (Montesquieu, 1748)

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Fruit de quatorze années de travail, ce vaste traité recense les lois des sociétés connues et les rattache à leurs « causes physiques et morales » : climat, terrain, mœurs, religion, commerce. Montesquieu y définit les lois non comme des commandements, mais comme les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses — une rupture nette avec les approches théologiques ou volontaristes de son époque.

Montesquieu identifie trois types de gouvernement — républicain, monarchique et despotique —, chacun animé par un principe (la vertu, l’honneur, la crainte). Mais c’est au livre XI que se formule sa thèse la plus influente : pour préserver la liberté, il faut que le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire soient exercés par des organes distincts. Cette doctrine de la séparation des pouvoirs, nourrie par l’observation du modèle anglais, a façonné la Constitution américaine de 1787 et la Déclaration des droits de l’homme de 1789.