Paru en août 2019 chez Albin Michel, Le Bal des folles est le premier roman de Victoria Mas. Il se déroule en 1885 à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, où des femmes internées — souvent pour des motifs arbitraires — servent de sujets d’étude au neurologue Charcot. On y suit le destin d’Eugénie, Louise et Geneviève dans cet univers carcéral où la médecine se fait instrument de domination masculine.
Récompensé par le prix Renaudot des lycéens, le roman a été adapté au cinéma par Mélanie Laurent en 2021. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. L’Orpheline du Temple (Victoria Mas, 2025)

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Troisième roman de Victoria Mas, L’Orpheline du Temple prend la forme d’un récit épistolaire. En février 1794, Joseph Herbelin, fervent révolutionnaire de dix-neuf ans, est nommé gardien de la tour du Temple. Il y découvre Marie-Thérèse Charlotte, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, recluse dans une solitude si totale qu’elle en a presque perdu l’usage de la parole.
À travers les lettres que Joseph adresse à sa tante Céleste, le lecteur·ice assiste à la lente métamorphose d’un homme tiraillé entre ses idéaux républicains et l’empathie croissante qu’il éprouve pour cette adolescente sacrifiée sur l’autel de l’Histoire.
Ce court roman renoue avec la volonté de l’autrice de redonner une voix aux femmes que l’Histoire a réduites au silence.
2. La Salle de bal (Anna Hope, 2017)

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En 1911, Ella Fay est internée à l’asile de Sharston, dans le Yorkshire, pour avoir brisé une vitre à la filature où elle travaillait depuis l’enfance. Dans cet immense établissement, hommes et femmes vivent séparés — sauf le vendredi soir, lorsqu’ils se retrouvent dans la salle de bal. C’est là qu’Ella rencontre John, un Irlandais rongé par le deuil.
En surplomb, le docteur Fuller dirige l’orchestre et observe ses patients. D’abord convaincu des bienfaits de la musique, il bascule peu à peu vers les théories eugénistes en vogue — soutenues jusqu’au sein du gouvernement britannique par Winston Churchill. Ses convictions auront des conséquences désastreuses pour Ella et John.
Le roman est inspiré de l’histoire d’un aïeul de l’autrice, interné dans un asile similaire.
3. 10 jours dans un asile (Nellie Bly, 1887)

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En 1887, la journaliste américaine Nellie Bly, engagée au New York World de Joseph Pulitzer, accepte une mission périlleuse : se faire passer pour folle afin d’infiltrer le Blackwell’s Island Hospital, un asile pour femmes à New York. Elle y reste dix jours et en tire un reportage incendiaire.
Son témoignage met au jour des conditions d’internement épouvantables : nourriture infecte, bains glacés, cruauté du personnel, incompétence des médecins. Bly constate surtout la présence de nombreuses femmes parfaitement saines d’esprit, enfermées sans recours possible. Dès qu’elles franchissent les portes de l’asile, chacune de leurs paroles est interprétée comme un signe de démence.
Ce texte fondateur du journalisme d’infiltration a provoqué un scandale public et contraint la ville de New York à allouer un million de dollars supplémentaire à la prise en charge des malades mentaux.
4. La Part des flammes (Gaëlle Nohant, 2015)

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Le 4 mai 1897, l’incendie du Bazar de la Charité — une vente de bienfaisance mondaine à Paris — fait plus de 120 victimes, en majorité des femmes. Gaëlle Nohant reconstruit cet épisode méconnu à travers trois femmes : Sophie d’Alençon, duchesse charismatique et sœur de Sissi ; Violaine de Raezal, jeune veuve à la réputation sulfureuse ; et Constance d’Estingel, qui vient de rompre ses fiançailles.
Après la catastrophe, le récit s’attarde sur les conséquences du drame pour ces survivantes. Dans un monde corseté par les convenances, les femmes brûlées et défigurées perdent leur seule valeur sociale reconnue : leur apparence. Certaines seront même internées par leurs propres familles.
Roman historique au souffle feuilletonesque, La Part des flammes partage avec Le Bal des folles un regard lucide sur la condition féminine dans le Paris du XIXe siècle, époque où le contrôle du corps des femmes relevait de la norme.
5. Les Graciées (Kiran Millwood Hargrave, 2020)

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En 1617, une tempête d’une violence inouïe s’abat sur Vardø, une île au nord du cercle polaire en Norvège. Quarante pêcheurs périssent ; les femmes du village se retrouvent seules. Maren Magnusdatter, vingt ans, voit son père, son frère et son fiancé engloutis par la mer.
Trois ans plus tard, Absalom Cornet débarque d’Écosse avec sa jeune épouse, Ursa. Cet homme sinistre, qui a déjà fait brûler des sorcières, ne voit en Vardø qu’un lieu gangrené par le démon. L’amitié entre Ursa et Maren se heurte à la montée inexorable de la suspicion et de la délation.
Tiré de faits réels — les procès des sorcières de Vardø sont parmi les plus meurtriers de Scandinavie —, ce roman restitue avec une froideur saisissante la mécanique d’une chasse aux sorcières. Comme dans Le Bal des folles, des femmes libres sont condamnées pour avoir dérogé à l’ordre patriarcal.
6. Le Testament caché (Sebastian Barry, 2008)

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Roseanne McNulty a cent ans — du moins, c’est ce qu’elle croit. Internée depuis plus de soixante ans à l’institution psychiatrique de Roscommon, en Irlande, elle rédige en secret l’histoire de sa jeunesse sous les lattes du plancher. L’hôpital doit être démoli, et le docteur Grene, son psychiatre, doit évaluer si elle peut réintégrer la société.
Le récit alterne entre les carnets de Roseanne et les notes du docteur Grene. Au fil des pages se dévoile le destin d’une jeune femme broyée par les tensions religieuses de l’Irlande — entre catholiques et presbytériens — et par la figure odieuse du père Gaunt, un prêtre dont l’influence a précipité son enfermement.
Finaliste du Man Booker Prize et lauréat du prix Costa, ce roman interroge la mémoire, la vérité et l’injustice des internements arbitraires dans une Irlande où l’Église dictait la morale.
7. Betty (Tiffany McDaniel, 2020)

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Betty Carpenter naît en 1954 dans une baignoire de l’Ohio. Sixième enfant d’une fratrie de huit, elle grandit entre une mère blanche instable et un père cherokee, Landon, conteur magnétique dont les légendes amérindiennes illuminent un quotidien de misère. Sa peau cuivrée fait d’elle une cible dans l’Amérique ségrégationniste des années 1960.
Très tôt, Betty devient la dépositaire des secrets les plus sombres de sa famille — violences, viols, suicides. L’écriture devient son refuge : elle griffonne ses douleurs sur des bouts de papier qu’elle enterre dans le jardin, afin qu’un jour toutes ces histoires n’en forment plus qu’une seule.
Inspiré de la vie de la propre mère de l’autrice, Betty — prix du roman Fnac 2020 — est un texte sur le pouvoir réparateur des mots. Là où Le Bal des folles dénonce l’oppression institutionnelle, Betty montre comment le racisme et le patriarcat s’insinuent jusque dans l’intimité familiale.
8. Le Chœur des femmes (Martin Winckler, 2009)

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Jean Atwood, major de promotion et interne en chirurgie gynécologique, est contrainte d’effectuer un stage de six mois dans une modeste unité de « Médecine de la Femme ». Arrogante et sûre de sa formation, elle méprise d’emblée le docteur Franz Karma, un généraliste à l’approche déconcertante : il écoute ses patientes. Pire, il les laisse décider.
De consultations en témoignages — contraception, avortement, violences conjugales, intersexualité —, Jean voit ses certitudes se fissurer. Les voix des patientes forment peu à peu un chœur polyphonique qui remet en cause les rapports de pouvoir entre médecin et patient·e.
Martin Winckler, lui-même médecin généraliste, signe un roman qui dénonce les violences gynécologiques et l’infantilisation des femmes par le corps médical. Là où Victoria Mas pointait les abus de la psychiatrie du XIXe siècle, Winckler démontre que la mainmise sur le corps des femmes n’a pas disparu avec Charcot.
9. Boucher (Joyce Carol Oates, 2024)

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Au XIXe siècle, le docteur Silas Aloysius Weir, autoproclamé « père de la gyno-psychiatrie », dirige l’Asile des femmes aliénées de Trenton, dans le New Jersey. Protégé par l’opacité de l’institution, il y pratique des expérimentations chirurgicales sur ses patientes — ovariectomies, hystérectomies, clitoridectomies — sans anesthésie et sans consentement.
Le récit est porté par la voix du fils aîné de Weir, qui a répudié l’héritage paternel. Mais c’est Brigit, une jeune servante irlandaise sourde-muette et albinos, internée puis devenue l’obsession du médecin, qui constitue le cœur du roman.
Nourri de documents historiques — notamment les biographies du docteur James Marion Sims —, Boucher est le roman le plus dur de Joyce Carol Oates. Il rejoint frontalement les préoccupations du Bal des folles : la médecine comme arme de domination sur les corps des femmes.