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Que lire après « La Guerre du pavot » de R. F. Kuang ?

Que lire après « La Guerre du pavot » de R. F. Kuang ?

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Paru en 2018 aux États-Unis et traduit en français en 2020 chez Actes Sud (puis réédité chez De Saxus en 2025), La Guerre du pavot est le premier roman de l’autrice sino-américaine R. F. Kuang. On y suit Fang Runin, dite Rin, une orpheline du sud de l’empire du Nikan qui, pour échapper à un mariage forcé, réussit le Keju — un concours national inspiré des examens impériaux chinois — et intègre la prestigieuse Académie militaire de Sinegard. Elle y découvre qu’elle possède des pouvoirs chamaniques, c’est-à-dire la capacité d’entrer en contact avec les dieux du panthéon nikara et de canaliser leur puissance destructrice. Quand la Fédération de Mugen envahit le Nikan, la troisième Guerre du pavot éclate, et Rin devra choisir jusqu’où elle est prête à aller pour protéger son pays.

Transposition fantasy des guerres sino-japonaises et du massacre de Nankin (1937), le roman ne cherche jamais à édulcorer les horreurs de la guerre, et pousse son héroïne dans des choix moraux dont elle ne reviendra pas indemne. Il constitue le premier volet d’une trilogie (complétée par La République du dragon et The Burning God, ce dernier pas encore traduit en français au moment de la rédaction de cet article).

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce premier tome, voici des suggestions qui partagent avec La Guerre du pavot un ou plusieurs de ses ingrédients.


1. La Guerre du pavot – Tome 2 : La République du dragon (R. F. Kuang, 2019)

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La suite ! La République du dragon reprend là où le premier tome vous a laissé·e en état de choc. Rin a remporté la troisième Guerre du pavot, mais la victoire l’a brisée : dévastée par l’ampleur de ce qu’elle a fait, elle sombre dans l’addiction à l’opium. Elle a hérité du commandement de la Cike, la brigade de shamans de l’Impératrice, mais n’a qu’un seul objectif : tuer celle qui a trahi le Nikan. Pour y parvenir, elle s’allie au Chef de guerre Dragon, un seigneur de guerre qui veut renverser le régime impérial pour fonder la première République du Nikan — un projet dont Rin n’est, à ses yeux, qu’un outil militaire parmi d’autres.

Là où le premier tome fonctionnait comme un roman d’apprentissage suivi d’un récit de guerre, ce deuxième volume s’enfonce dans la géopolitique, la guerre civile et les luttes de pouvoir internes. Les Hespériens — une puissance étrangère inspirée des nations occidentales coloniales, convaincue de sa supériorité culturelle — font leur apparition et tentent de tirer profit du chaos. Chaque alliance conclue dans un chapitre peut voler en éclats dans le suivant. Rin, toujours aussi incapable de demi-mesures, prend des décisions qui la rendent tour à tour admirable et insupportable. R. F. Kuang refuse de lisser son héroïne pour la rendre aimable, et c’est ce qui rend le personnage si mémorable : on la suit comme on regarde une catastrophe en cours, incapable de détourner le regard.


2. Celle qui devint le soleil (Shelley Parker-Chan, 2021)

Couverture du livre Celle qui devint le soleil de Shelley Parker-Chan

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En 1345, la Chine ploie sous le joug mongol. Dans un village frappé par la famine, deux enfants reçoivent chacun une destinée de la bouche d’un devin : le garçon, Zhu Chongba, est promis à la grandeur ; sa sœur, au néant. Quand le garçon se laisse mourir de chagrin après la mort de leur père, c’est la fille qui refuse son sort. Elle s’empare du nom de son frère, de sa destinée, et se fait moine dans un monastère, première étape d’une ascension improbable vers le pouvoir.

Celle qui devint le soleil est une réécriture queer de la fondation de la dynastie Ming — la dynastie qui a gouverné la Chine de 1368 à 1644 —, librement inspirée de la figure historique de Zhu Yuanzhang, un paysan devenu empereur. L’autre point de vue du roman appartient à Ouyang, général eunuque de l’armée mongole, rongé par la honte de ce qu’il est et par un désir de vengeance qui finira par dévorer tout ce qu’il aime. Le genre — au sens social du terme — est au cœur du livre : Zhu doit devenir un homme pour accéder au pouvoir, tandis qu’Ouyang, privé de sa masculinité, est rejeté par la société qu’il sert. Shelley Parker-Chan, auteur·e australien·ne d’origine asiatique et ancien·ne diplomate spécialisé·e dans les droits humains et LGBT+ en Asie du Sud-Est, nourrit cette fiction de questions très personnelles : que faut-il accepter de sacrifier — de soi-même, de son identité, de ceux qu’on aime — pour devenir quelqu’un dans un monde qui vous a condamné·e d’avance ? Si La Guerre du pavot vous a séduit·e par son ancrage dans l’histoire chinoise et par sa protagoniste prête à tout sacrifier, cette duologie (complétée par Celui qui noya le monde) pose des questions voisines dans un registre plus introspectif.


3. The Sword of Kaigen (M. L. Wang, 2019)

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Au sommet d’une montagne glacée, à la frontière de l’Empire de Kaigen, vit la famille Matsuda — des guerriers capables de forger des lames de glace par la seule force de leur volonté. Depuis des siècles, la péninsule de Kusanagi repousse les envahisseurs, et ses habitants vivent selon un code d’honneur strict, persuadés d’être les gardiens indispensables de l’Empire. Mais Misaki, la matriarche de la famille, sait ce que les autres ignorent : avant son mariage, elle a vécu dans une grande ville moderne, loin de la montagne, et elle a vu à quoi ressemble le reste du monde. Un monde que le village — volontairement coupé de toute information extérieure — refuse de regarder en face.

Ce roman est un volume unique (pas de suite, pas de trilogie — ce qui mérite d’être signalé dans un genre qui en abuse). Son décor juxtapose un Japon féodal fantasmé et une technologie contemporaine : des avions de chasse et des tours de télécommunication coexistent avec la voie du samouraï et les rituels ancestraux, mais le village vit comme si rien n’avait changé depuis des siècles. L’histoire est racontée du point de vue de Misaki — mère de famille, ancienne combattante redoutable — et de Mamoru, son fils adolescent, qui commence à poser des questions que personne ne veut entendre. Quand la guerre finit par atteindre la montagne, M. L. Wang fait des choix narratifs d’une brutalité qui laisse des traces. C’est un roman sur la famille, le deuil, la propagande et le poids des traditions — et il a fait pleurer à peu près tout le monde. La traduction française, signée Emmanuel Chastellière, est parue en 2025 chez Calix.


4. Les Os émeraude – Tome 1 : La Cité de jade (Fonda Lee, 2017)

Couverture du livre La Cité de jade de Fonda Lee

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Bienvenue à Janloon, capitale de l’île de Kekon et théâtre d’une guerre de clans qui ferait passer Le Parrain pour un film sur la gestion de copropriété. Le jade, une pierre que l’on ne trouve que dans les mines de l’île, confère à ses porteurs — les Os Émeraude — des capacités surhumaines : Durcissement de la peau, Déviation des projectiles, Canalisation mortelle de l’énergie. Deux clans se disputent le contrôle de la ville et de cette ressource : les Sans Cime, menés par la famille Kaul, et la Montagne, dirigée par la famille Ayt.

On suit principalement trois membres de la fratrie Kaul : Lan, le Pilier (c’est-à-dire le chef du clan), mesuré et solitaire ; Hilo, la Corne (le chef militaire, celui qui patrouille les rues et commande les combattants), impétueux et férocement loyal ; et Shae, leur sœur, de retour après deux ans à l’étranger et bien décidée à tracer sa propre voie. La trilogie (complétée par La Guerre du jade et L’Héritage du jade) s’étend sur trois décennies et couvre la politique intérieure, le commerce international du jade, les alliances avec les puissances étrangères et les drames intimes d’une famille dont chaque membre est prêt à tuer — ou à mourir — pour les autres. C’est de l’urban fantasy pour adultes, dans un monde fictif dont le développement technologique est proche du nôtre (voitures, télévisions, armes à feu), ce qui la démarque radicalement de la fantasy médiévale classique. Lauréat du World Fantasy Award, classé par le TIME parmi les 100 meilleurs livres de fantasy de tous les temps.


5. The Burning – Tome 1 : La Rage des dragons (Evan Winter, 2017)

Couverture du livre La Rage des dragons de Evan Winter

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Le peuple Oméhi est un peuple de réfugiés : il a fui un continent lointain pour des raisons encore mystérieuses, a accosté sur une péninsule déjà habitée par les Hedeni — et mène bataille contre eux depuis près de deux siècles pour conserver cette terre volée. Dans la société oméhi, rigidement hiérarchisée par castes, quelques privilégié·es naissent avec le don d’invoquer des dragons ou de se transformer en colosses surhumains ; tous les autres servent de fantassins jetables. Tau Solarin, jeune homme d’une caste inférieure, comptait bien se blesser volontairement pour échapper à l’armée. Mais quand ses proches sont assassinés par un groupe de nobles, il s’engage dans une voie impensable : devenir le plus grand épéiste de sa génération, et obtenir vengeance.

Le roman d’Evan Winter — né en Angleterre, élevé en Zambie près du territoire historique de ses ancêtres Xhosa — puise dans les cultures et mythologies africaines pour bâtir un univers qui rompt franchement avec les décors médiévaux européens habituels de la fantasy. La Rage des dragons est avant tout un roman d’entraînement et de combat : si vous aimez les scènes de duels à l’épée et les progressions militaires, vous serez servi·e. Mais sous la fureur de Tau — un personnage obsessionnel, monolithique, parfois exaspérant dans sa soif de vengeance — se pose une question politique qui irrigue tout le livre : comment un peuple peut-il prétendre se battre pour sa survie quand il écrase lui-même la moitié de ses membres sous un système de castes ? Paru en français en 2025 chez Rivages.


6. La dynastie Dent de Lion – Tome 1 : La Grâce des rois (Ken Liu, 2015)

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Le Royaume de Dara, un archipel divisé en sept États, vient d’être unifié par la force sous la bannière de Xana, dont le roi s’est autoproclamé Empereur sous le titre de Céleste Diaphane. Chez le peuple écrasé d’impôts et les nobles déchus, la révolte couve. Deux hommes vont tenter de renverser cet empire : Mata Zyndu, dernier héritier d’un clan de guerriers, colosse animé par l’honneur et la fureur ; et Kuni Garu, voyou charmeur, joueur invétéré et orateur-né, dont les ambitions dépassent ce que lui-même soupçonne. Leur amitié, aussi intense qu’improbable, ne survivra peut-être pas à la victoire.

Ken Liu — par ailleurs traducteur de Le Problème à trois corps de Liu Cixin — a inventé pour cette trilogie le terme de « silkpunk » : une fantasy épique où la technologie repose non pas sur l’acier et la vapeur, mais sur la soie, le bambou, les cerfs-volants géants et même les sous-marins. Le roman s’inspire de la guerre Chu-Han (206-202 av. J.-C.), un conflit qui a opposé deux anciens alliés après la chute du premier empire chinois unifié (la dynastie Qin) et qui a donné naissance à la célèbre dynastie Han. On retrouve cette dynamique dans le duo Mata/Kuni : deux hommes qui combattent ensemble pour renverser un tyran, avant de se retrouver ennemis quand il faut décider qui gouvernera. Un panthéon de dieux interventionnistes — qui se déguisent en mortels pour influencer le cours des événements, à la manière des dieux grecs dans L’Iliade — ajoute une dimension mythologique au récit. Le tout tient sur plus de 800 pages, et la première moitié — qui multiplie les points de vue et les sous-intrigues — demande de la patience. Mais la seconde moitié, nettement plus tendue, récompense l’investissement.


7. Iron Widow (Xiran Jay Zhao, 2021)

Couverture du livre Iron Widow de Xiran Jay Zhao

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Les frontières de Huaxia sont défendues par les Chrysalides, des machines de guerre géantes pilotées par les énergies psychiques d’un homme et de sa concubine. Le problème : si les hommes en réchappent, les femmes y sont presque systématiquement sacrifiées. Wu Zetian s’engage malgré tout dans l’armée avec un objectif précis : tuer le pilote responsable de la mort de sa sœur aînée. Non seulement elle survit au combat, mais elle en sort victorieuse, et se voit affublée du surnom de « Veuve de Fer ».

Iron Widow réimagine l’ascension de l’impératrice Wu Zetian — seule femme à avoir régné sur la Chine, au VIIe siècle — dans un univers de science fantasy imprégné de la culture mecha japonaise (le « mecha » est un genre né dans l’animation japonaise, centré sur des robots géants pilotés par des humains — pensez Goldorak, Evangelion ou Pacific Rim). Zetian est une héroïne furieuse, impitoyable, et parfaitement consciente des mécanismes patriarcaux qui broient les femmes autour d’elle. Le roman, catégorisé Young Adult, aborde aussi une relation polyamoureuse entre trois personnages avec une franchise rare dans la littérature pour jeunes adultes. On est loin de la nuance psychologique de La Guerre du pavot — Xiran Jay Zhao vise le spectaculaire et le cathartique plutôt que le réalisme —, mais la colère qui porte le livre est sincère, et l’univers suffisamment inventif pour donner envie de découvrir la suite, Heavenly Tyrant (parue en 2024 en anglais, traduite en français en 2025 chez La Martinière). Best-seller du New York Times, prix British Science Fiction 2021.


8. Les Royaumes ardents – Tome 1 : Le Trône de jasmin (Tasha Suri, 2021)

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Au royaume d’Ahiranya, l’Ère des Fleurs appartient au passé. L’empire du Parijatdvipa, sous la férule du cruel empereur Chandra, a détruit le temple sacré et fait disparaître les Eaux immortelles. Un sortilège de pourriture ronge le pays : des fleurs poussent sous la peau des habitants, des feuilles dans leurs yeux, et la sève des arbres se change en sang. La rébellion couve — mais en silence. La princesse Malini, sœur de l’empereur, croupit en captivité dans les ruines du temple d’Hirana pour avoir refusé de se laisser brûler vive par son propre frère. Sa servante, Priya, cache un secret : elle est une ancienne prêtresse d’Ahiranya, dotée d’une magie interdite liée aux yakshas, les esprits de la forêt.

Lauréat du Best Fantasy Award 2022, Le Trône de jasmin est une fantasy nourrie par les épopées mythologiques indiennes — un cadre encore rare dans le genre. Tasha Suri, autrice britannique issue de la diaspora indienne, construit un univers où un empire théocratique (le Parijatdvipa) impose sa religion et ses lois à des royaumes conquis, exactement comme les puissances coloniales l’ont fait dans le monde réel. L’Ahiranya est l’un de ces royaumes soumis, et la « pourriture » qui dévore ses habitants peut se lire comme la conséquence directe de cette domination. La relation entre Malini et Priya — faite d’intérêts contradictoires, de calculs politiques et d’attirance interdite — constitue le cœur du roman et lui donne une dimension saphique (une histoire d’amour entre deux femmes) qui n’est jamais plaquée sur l’intrigue : elle en est le moteur. Chacune croit pouvoir utiliser l’autre pour atteindre ses propres fins, et c’est précisément cette tension qui rend leur histoire aussi prenante. La trilogie est complétée par L’Épée de laurier-rose et un troisième tome à paraître.


9. Entre terre et ciel – Tome 1 : Soleil noir (Rebecca Roanhorse, 2020)

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Dans la ville sainte de Tova, le solstice d’hiver approche — et, cette année, il coïncide avec une éclipse solaire. Serapio, un jeune homme aveugle couvert de cicatrices, porte en lui une destinée terrifiante : devenir le vaisseau du Dieu Corbeau. Il embarque à bord du navire de Xiala, une Teek en disgrâce dont le Chant magique peut calmer les tempêtes ou faire perdre la raison. À Tova, Naranpa, la Prêtresse du Soleil, se débat avec les complots de ses propres pairs au sein de la tour céleste, tandis que le guerrier Okoa tente de venger l’assassinat de la matriarche de son clan.

Rebecca Roanhorse, autrice lauréate des prix Hugo et Nebula, puise ici dans les civilisations précolombiennes — c’est-à-dire les cultures qui existaient sur le continent américain avant l’arrivée des Européens, comme les Mayas, les Aztèques ou les peuples pueblos — et dans les mythologies autochtones des Amériques. L’univers qui en découle ne ressemble à rien de familier pour qui a grandi avec la fantasy européenne : pas de chevaliers ni de royaumes pseudo-médiévaux, mais des cités bâties sur des falaises, des clans gouvernés par des matrones, et un panthéon où les dieux se manifestent à travers les corbeaux géants et les marées. Le roman alterne les points de vue avec un sens du rythme qui accélère jusqu’à un final où toutes les lignes narratives convergent — et où aucun personnage n’en sort comme il y est entré. C’est de la fantasy politique et maritime, traversée de visions divines et de rituels sanglants, et l’un des rares livres du genre à offrir un décor ancré dans les Amériques plutôt que dans l’Eurasie. Premier tome d’une trilogie parue en français chez Bragelonne.