Paru en 2018 aux États-Unis (The Poppy War) et traduit en français chez Actes Sud, La Guerre du pavot est un roman de dark fantasy militaire de R. F. Kuang. On y suit Rin, une orpheline issue du sud de l’Empire nikara, qui intègre la plus prestigieuse académie militaire du pays avant de se découvrir des pouvoirs chamaniques dévastateurs.
Librement inspirée de la Seconde Guerre sino-japonaise et de l’ascension de Mao Zedong, cette trilogie (La Guerre du pavot, La République du dragon, La Stratégie du feu) montre ce que la guerre fait à ceux qui la mènent — et ce que le pouvoir fait à ceux qui le conquièrent.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.
Babel (R. F. Kuang, 2022)
Oxford, années 1830. Robin Swift, jeune orphelin cantonais, est recruté par un mystérieux professeur pour intégrer le Royal Institute of Translation — dit Babel —, l’institution dont dépend toute la puissance de l’Empire britannique. Car dans ce monde, la magie repose sur l’argentogravure : les écarts de sens entre deux langues, gravés sur des barres d’argent, produisent des effets surnaturels. Et c’est cette magie qui alimente la domination coloniale.
Roman à la fois érudit et politique, Babel pose une question retorse : peut-on profiter d’un système injuste et le refuser en même temps ? Lauréat du prix Nebula 2022, le livre ne se contente pas de dénoncer le colonialisme — il montre comment la langue elle-même devient un instrument de domination.
Celle qui devint le soleil (Shelley Parker-Chan, 2021)
Chine, XIVe siècle. Après la mort de son frère — celui à qui l’on promettait une « destinée de grandeur » —, une jeune fille sans nom décide d’usurper cette identité pour échapper à l’oubli. Sous le nom de Zhu Chongba, elle gravit les échelons d’un monastère, puis d’une armée rebelle, dans une Chine occupée par la dynastie mongole des Yuan.
Shelley Parker-Chan réinvente ici l’ascension du fondateur de la dynastie Ming, mais déplace l’enjeu : ce qui compte n’est pas la conquête, c’est ce qu’il faut sacrifier de soi pour exister. Premier volet d’une duologie, Celle qui devint le soleil impose un regard queer et tranchant sur l’histoire chinoise.
La Cité de jade (Fonda Lee, 2018)
Sur l’île de Kekon, le jade n’est pas un simple ornement : porté à même la peau, il confère des pouvoirs surhumains — vitesse, perception, résistance. Deux familles rivales, les Kaul et les Ayt, se disputent le contrôle de cette ressource et de la ville de Janloon — un conflit où l’honneur, l’argent et le sang sont inséparables.
Lauréat du World Fantasy Award, La Cité de jade ouvre la trilogie Les Os émeraude. Fonda Lee y construit un univers d’urban fantasy nourri des dynamiques de clans yakuzas et triades, où la politique, les affaires et la violence familiale s’imbriquent avec une rigueur qui rappelle davantage Le Parrain que Tolkien.
Iron Widow (Xiran Jay Zhao, 2021)
Dans une Chine réimaginée, l’humanité affronte des aliens à bord de mechas géants appelés Chrysalides. Mais ces machines fonctionnent par paires : un pilote masculin et une concubine féminine, dont la force vitale est systématiquement drainée — souvent jusqu’à la mort. Zetian, 18 ans, s’engage comme concubine pour venger sa sœur aînée, sacrifiée dans l’un de ces cockpits.
Inspiré de la figure historique de Wu Zetian, seule impératrice de l’histoire chinoise, le roman de Xiran Jay Zhao refuse toute nuance dans sa colère — et c’est précisément ce qui fait sa force. Science-fantasy incandescente, Iron Widow place une relation polyamoureuse au centre de l’intrigue et traite le patriarcat non comme un décor, mais comme l’ennemi principal.
La Cinquième Saison (N. K. Jemisin, 2015)
Sur le Fixe, un supercontinent ravagé de façon cyclique par des cataclysmes sismiques, les orogènes — des êtres capables de contrôler l’énergie tellurique — sont à la fois indispensables et persécutés. Essun, une orogène, part à la recherche de sa fille après que son mari a tué leur fils — parce qu’il avait des pouvoirs.
Premier volet de la trilogie La Terre fracturée, La Cinquième Saison a valu à N. K. Jemisin le prix Hugo 2016 — une distinction qu’elle a obtenue trois années consécutives, du jamais vu. Le choix d’une narration à la deuxième personne déroute d’abord, puis s’impose : il place le lecteur·ice dans la peau d’une femme que le monde entier considère comme un outil ou une menace.
La Rage des dragons (Evan Winter, 2019)
Tau, jeune homme du peuple Omehi, appartient à la caste la plus basse de sa société. Lorsque son père est tué sous ses yeux, il jure de se venger. Pour y parvenir, il s’inflige un entraînement d’une brutalité inouïe et apprend à invoquer des démons depuis le monde souterrain — un raccourci vers la puissance qui a un prix.
La Rage des dragons ouvre la trilogie The Burning. Evan Winter puise dans les mythologies et structures sociales d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe et en tire un monde où seules les femmes, appelées Gifted, peuvent invoquer les dragons. Le rythme est celui d’un compte à rebours : Tau ne s’arrête jamais.
La Compagnie noire (Glen Cook, 1984)
La Compagnie noire est une troupe de mercenaires. Ni héros, ni monstres : des soldats professionnels au service du plus offrant. Lorsqu’ils sont engagés par la Dame — une sorcière d’une puissance terrifiante —, ils se retrouvent pris dans une guerre qui les dépasse, entre factions magiques et luttes de pouvoir impériales.
Le récit est consigné sous forme de journal de bord par Toubib, le médecin et chroniqueur de la compagnie. Glen Cook a inauguré avec ce roman, publié en 1984, ce qu’on appelle souvent la dark fantasy militaire : pas de manichéisme, pas de quête noble, mais le quotidien brutal d’hommes de guerre ordinaires. Le cycle compte treize volumes au total.
Premier Sang (Joe Abercrombie, 2006)
Logen Neuf-Doigts, un barbare du Nord que tout le monde croit mort. Glotka, un ancien dandy devenu inquisiteur après avoir été torturé par les Gurkhs. Jezal dan Luthar, un jeune officier vaniteux dont l’unique ambition est de remporter un tournoi d’escrime. Trois trajectoires que rien ne devrait réunir — et que la guerre va pourtant faire converger.
Premier Sang lance la trilogie La Première Loi et s’est imposé comme l’un des piliers du courant grimdark. Joe Abercrombie prend les archétypes de la fantasy héroïque et les retourne contre eux-mêmes : ici, personne n’est vertueux, les victoires laissent un arrière-goût de cendre et la violence ne résout rien — elle engendre seulement d’autre violence. L’univers de l’Union s’étend sur neuf romans à ce jour.
Nevernight (Jay Kristoff, 2016)
Mia Corvere a dix ans lorsqu’elle assiste à la pendaison de son père et à l’emprisonnement de sa mère, victimes d’un coup d’État. Elle jure de tuer les responsables et, pour cela, intègre l’Église rouge, une école secrète d’assassins enfouie sous un désert. La sélection est simple : seuls les survivants seront diplômés.
L’action se déroule sous trois soleils : la nuit véritable est un événement rare, presque mythique. Jay Kristoff emploie un narrateur omniscient et sarcastique, dont les notes de bas de page — tantôt érudites, tantôt mordantes — donnent au texte une voix qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Premier tome d’une trilogie, Nevernight est une dark fantasy féroce et baroque.
La Cité de laiton (S. A. Chakraborty, 2017)
Le Caire, XVIIIe siècle. Nahri est une jeune arnaqueuse dotée d’un talent inexplicable pour la guérison. Lors d’un rituel qu’elle pensait fictif, elle invoque accidentellement Dara, un djinn guerrier lié à un passé sanglant. Tous deux fuient vers Daevabad, la cité cachée des djinns — un lieu où les tensions entre espèces, clans et castes menacent d’éclater à chaque instant.
La Cité de laiton est le premier volet de la trilogie Daevabad. S. A. Chakraborty s’appuie sur les mythologies arabe, perse et mésopotamienne pour façonner une cité où chaque faction a ses raisons et ses crimes. Les conflits y sont autant théologiques que territoriaux, et la frontière entre héros et oppresseurs se redessine à chaque chapitre.
Le Prieuré de l’Oranger (Samantha Shannon, 2019)
La reine Sabran IX doit donner naissance à une héritière pour protéger son royaume de la destruction — telle est la promesse qui fonde la maison Berethnet depuis un millénaire. À ses côtés, Ead Duryan, en apparence simple dame de compagnie, appartient en réalité à une sororité secrète de mages chargée de veiller sur la couronne. De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’entraîne pour devenir dragonnière dans un Orient où les dragons sont vénérés, et non craints.
Roman-somme de près de mille pages, Le Prieuré de l’Oranger est une réécriture féministe de la légende de Saint Georges et le Dragon. Samantha Shannon y installe un monde fracturé entre Est et Ouest, où toutes les figures de pouvoir — reines, mages, dragonnières — sont des femmes.










