Avec La Doublure (Albin Michel, 2023), Mélissa Da Costa a surpris son lectorat en dévoilant une facette sombre de son écriture. Ce roman suit Evie, une jeune femme fragile qui devient la doublure d’une artiste peintre énigmatique et de son mari. Entre manipulation, passion toxique et dépendance, le récit dépeint la descente aux enfers d’un trio pris au piège de ses propres désirs.
Si vous avez été happé·e par cette atmosphère trouble et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Ta promesse (Camille Laurens, 2025)

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Lauréat du Grand Prix RTL-Lire Magazine 2025, ce roman dissèque avec une précision chirurgicale les mécanismes de l’emprise amoureuse. Claire Lancel, romancière accomplie, rencontre Gilles Fabian, un marionnettiste au charme magnétique. Leur idylle semble parfaite jusqu’à ce que les masques tombent.
Construit comme un thriller psychologique, le récit s’ouvre sur un tribunal où Claire doit se défendre. Que s’est-il passé pour que cette femme cultivée se retrouve sur le banc des accusés ? Camille Laurens décortique avec une acuité redoutable la figure du pervers narcissique, cet homme aux deux visages qui séduit pour mieux détruire.
Comme La Doublure, ce roman met en lumière la façon dont une personne peut perdre pied face à un manipulateur expert. L’écriture incisive et la structure habile font de ce texte une lecture aussi éprouvante qu’indispensable pour qui souhaite comprendre les rouages de la domination psychologique.
2. 34m² (Louise Mey, 2025)

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En 139 pages seulement, Louise Mey frappe un grand coup. Juliette vit dans un minuscule appartement avec Inès, sa fille de huit mois. Après avoir fui un compagnon violent, elle tente de se reconstruire dans ce cocon de 34 mètres carrés. Un matin, on sonne à sa porte. Elle ouvre, persuadée d’accueillir sa voisine Clare. Mais c’est lui. Le cauchemar recommence.
Ce huis clos suffocant se lit en apnée, chaque mot pesé, chaque phrase tendue comme un fil. L’autrice, figure majeure du polar féministe français, excelle à retranscrire la peur viscérale et les mécanismes de la violence conjugale.
Comme Evie dans La Doublure, Juliette est une femme ordinaire piégée dans une situation extraordinaire. La tension évoque celle du film Jusqu’à la garde de Xavier Legrand. Un roman court mais dévastateur, qui résonne longtemps après la dernière page.
3. La Fille au pair (Sidonie Bonnec, 2025)

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Pour son premier roman, la journaliste Sidonie Bonnec s’inspire de sa propre expérience de jeune fille au pair en Angleterre. Emmylou, dix-huit ans, quitte sa Bretagne natale pour intégrer une famille fortunée dans la banlieue londonienne. Hidden Grove, le domaine où elle s’installe, semble idyllique : cinq manoirs, des voitures de luxe, un parc soigné.
Mais très vite, des signaux troublants apparaissent. Du linge sale qui s’accumule, des pleurs nocturnes derrière les cloisons, des prières murmurées, et cette maladie mystérieuse qui frappe l’aîné des enfants. Coupée du monde, sans téléphone portable (l’action se déroule dans les années 1990), Emmylou comprend qu’elle est tombée dans un piège monstrueux.
L’atmosphère anxiogène rappelle Rosemary’s Baby d’Ira Levin. Comme La Doublure, ce roman dévoile la noirceur tapie derrière les apparences dorées de la bourgeoisie.
4. Les Négatifs (Audrey Jarre, 2025)

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Ce premier roman paru chez Gallimard/Scribes ausculte les mécanismes de l’emprise à travers le prisme de la photographie et de l’art contemporain. Alice, jeune Française en stage à New York, s’ennuie dans son travail. Sa rencontre avec Nathan, étudiant photographe, bouleverse son quotidien. Il lui ouvre les portes d’un cercle composé de Léonore, héritière fortunée, et de Ben.
Tous trois ont élaboré une théorie artistique radicale : la « photographie réelle ». Pour appartenir au groupe, Alice accepte de devenir leur muse. Mais de muse à proie, il n’y a qu’un pas. La narration à trois voix dévoile progressivement la perversité d’une machinerie digne des Liaisons dangereuses.
Comme Clara et Pierre dans La Doublure, ce trio instrumentalise une jeune femme vulnérable au nom de l’art. Un récit tendu qui interroge : quelle part de nous-mêmes sommes-nous prêts à sacrifier par conformisme ?
5. Emprises (Salvatore Minni, 2025)

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L’auteur belge Salvatore Minni s’est imposé comme un spécialiste du thriller psychologique. Dans Emprises, il décortique la mécanique d’une relation toxique avec une précision glaçante. Catherine tombe amoureuse de Frédéric après quelques semaines de relation et l’épouse malgré les réserves de son entourage. Mais derrière le sourire séducteur se cache une facette beaucoup plus sombre.
De tortures morales en maltraitances physiques, Frédéric isole progressivement sa femme. Lorsque le confinement est déclaré, Catherine se retrouve prisonnière de son propre foyer.
Le titre au pluriel n’est pas anodin : plusieurs formes d’emprise se superposent dans ce récit. Des références à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll jalonnent le texte, soulignant la perte de repères de l’héroïne. Comme La Doublure, ce roman montre comment l’amour peut se transformer en prison dorée.
6. L’Âge de détruire (Pauline Peyrade, 2023)

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Prix Goncourt du premier roman 2023, ce texte âpre et tendu met en scène la relation toxique entre une mère et sa fille. Elsa a sept ans lorsque sa mère achète un appartement. Dans ce nouveau logement, les choses étranges s’accumulent : une chambre avec deux lits jumeaux, des injonctions incompréhensibles, une possessivité étouffante.
Le roman se divise en deux parties : l’enfance d’Elsa, puis son retour vingt ans plus tard, lorsque sa mère décide de vendre. L’écriture sensorielle de Pauline Peyrade, dramaturge reconnue, s’attache aux objets et aux lieux pour dire la violence sourde qui circule de génération en génération.
Comme La Doublure, ce récit dépeint une emprise insidieuse où la victime peine à identifier ce qui lui arrive. L’atmosphère oppressante rappelle les huis clos les plus réussis du genre. Un texte qui laisse une empreinte durable.
7. Tenir debout (Mélissa Da Costa, 2024)

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Si vous avez aimé la noirceur de La Doublure, vous serez peut-être curieux·se de découvrir un autre versant de l’écriture de Mélissa Da Costa. François, comédien adulé du théâtre parisien, s’apprête à quitter sa femme pour Éléonore, jeune ouvreuse de vingt-quatre ans. Mais un accident de moto brise net cet élan : François se retrouve paraplégique.
Le récit alterne les points de vue des deux protagonistes pour montrer comment un couple tout juste formé affronte l’impensable. La reconstruction est au cœur de ce roman qui n’épargne rien des épreuves : le déni, la colère, le désespoir, la violence parfois.
Contrairement à La Doublure, il ne s’agit pas ici d’emprise mais de résilience. Pourtant, on retrouve cette capacité de l’autrice à sonder les profondeurs de l’âme humaine, ses zones d’ombre comme ses élans de lumière.