La Dernière allumette est un roman de Marie Vareille paru en mars 2024 aux éditions Charleston. On y suit Abigaëlle, recluse depuis plus de vingt ans dans un couvent en Bourgogne, qui a oublié l’essentiel de sa vie passée — y compris l’événement qui l’a poussée à se retirer du monde. De loin, elle observe son grand frère Gabriel, artiste encensé par la critique, dont la rencontre avec Zoé, une jeune femme solaire, va réveiller une angoisse : Gabriel, qui a grandi dans un foyer ravagé par la violence, est-il condamné à reproduire ce qu’il a subi ? Le roman s’articule autour de la violence intrafamiliale et de sa transmission d’une génération à l’autre, dans une construction narrative qui alterne passé et présent, et réserve plus d’un retournement. Le livre a reçu le Prix Poche Relay 2025 et a été finaliste du Prix Maison de la Presse.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations dans la même veine — des livres qui abordent l’emprise, la violence domestique et la reconstruction de celles et ceux qui en réchappent.
1. Désenchantées (Marie Vareille, 2022)

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La disparition de Sarah Leroy, quinze ans, a secoué la petite bourgade de Bouville-sur-Mer, sur la Côte d’Opale, et ému la France entière. Vingt ans plus tard, personne ne sait toujours ce qui lui est arrivé. Un homme a été condamné, mais il clame son innocence depuis le premier jour. Fanny, journaliste, est envoyée rouvrir ce dossier — et ce n’est pas un hasard : elle a grandi là-bas, et sa propre sœur Angélique était la meilleure amie de Sarah. Accompagnée de Lilou, sa belle-fille de quatorze ans (qui s’incruste dans le reportage au titre d’un stage de troisième et se révèle bien meilleure enquêtrice que prévu), Fanny va devoir replonger dans une histoire qu’elle avait préféré oublier. Car l’affaire Sarah Leroy, c’est aussi celle d’une bande de filles qui se faisaient appeler les « Désenchantées », en hommage à la chanson de Mylène Farmer, et dont les serments d’amitié dissimulaient de lourds secrets.
Marie Vareille change ici de registre et s’essaie à l’affaire non résolue, avec une intrigue chorale qui alterne entre les années 2000 et le présent. Derrière l’enquête, le roman creuse la question de la solidarité entre filles — ce qui la renforce, ce qui la brise —, ainsi que le harcèlement scolaire et la mémoire sélective des petites villes. Inutile de préciser que le dénouement n’est pas celui qu’on attend.
2. La Vie rêvée des chaussettes orphelines (Marie Vareille, 2019)

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En apparence, Alice va très bien. En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, accumule les crises d’angoisse et fait tout pour garder les gens à distance. Fraîchement débarquée à Paris depuis les États-Unis, elle accepte un emploi dans une start-up au projet improbable : réunir les chaussettes dépareillées du monde entier via une application. Oui, vous avez bien lu. Le PDG, Christophe, enchaîne les idées loufoques et les faillites avec un enthousiasme intact, et les collègues d’Alice ne tardent pas à bousculer les barrières qu’elle a dressées entre elle et le reste du monde.
Le roman alterne entre le présent parisien d’Alice et les pages de son journal intime, qui dévoilent par fragments un passé douloureux à Londres : un mari, une sœur très proche, un désir d’enfant contrarié, et un drame dont la nature exacte reste longtemps floue. Ce va-et-vient installe un vrai suspense psychologique, car ce qu’on croit avoir compris sur Alice — y compris sur qui elle est vraiment — se révèle, au bout du compte, spectaculairement faux. Prix des lectrices Charleston 2020 et Prix des Petits mots des libraires 2021, ce livre parle de deuil et de reconstruction, et parvient à faire rire et pleurer à quelques pages d’intervalle.
3. La Vraie Vie (Adeline Dieudonné, 2018)

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Un lotissement de banlieue belge, des pavillons gris alignés comme des pierres tombales. Dans l’un d’eux, quatre chambres : celle de la narratrice (dont on ne connaîtra jamais le prénom), celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres — une pièce entière dédiée aux trophées de chasse du père. La mère, terrifiée par ce mari violent, s’efface un peu plus chaque jour. Les enfants jouent dans les carcasses de voitures de la décharge voisine. Jusqu’au jour où un accident atroce — l’explosion d’un siphon à crème qui tue le marchand de glaces sous leurs yeux — fait basculer Gilles dans un mutisme dont il ne sort plus.
Sa sœur, dix ans et une détermination féroce, se met alors en tête de construire une machine à remonter le temps (comme dans Retour vers le futur, le film qui l’obsède) pour annuler la scène traumatique et rendre son frère à la vie d’avant. Ce premier roman, couronné par le Prix du roman Fnac 2018 et le Prix Renaudot des lycéens, tient à la fois du récit d’enfance, du conte cruel et du thriller domestique. L’humour noir qui traverse le texte — grincements acides d’une gamine qui observe le monde des adultes avec autant de lucidité que d’incompréhension — ne rend les scènes de violence que plus difficiles à encaisser. Un projet d’adaptation cinématographique a été annoncé, confié à la réalisatrice Marie Monge.
4. Ceci n’est pas un fait divers (Philippe Besson, 2023)

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Cinq mots. Il suffit de cinq mots pour faire s’effondrer une vie : « Papa vient de tuer maman. » C’est Léa, treize ans, témoin du meurtre, qui les prononce au téléphone à son grand frère de dix-neuf ans, apprenti danseur à l’Opéra de Paris. À Blanquefort, en Gironde, leur père a poignardé leur mère — dix-sept coups de couteau. Le frère prend le premier train, abandonne du jour au lendemain sa carrière et sa vie parisienne, et consacre tout à Léa, qui s’enfonce dans un état de choc dont personne ne sait si elle sortira.
Inspiré de faits réels, ce roman prend le parti de raconter le féminicide du point de vue des enfants — ces victimes dont on ne parle plus une fois les caméras éteintes. Philippe Besson ne verse jamais dans le sensationnalisme : les chapitres sont courts, le ton sobre, et toute la place est laissée au chagrin, à la colère et aux questions sans réponse. Le titre dit tout : pour les statistiques, c’est un fait divers ; pour Léa et son frère, c’est la fin de tout ce qu’ils connaissaient.
5. Et tu te soumettras à la loi de ton père (Marie-Sabine Roger, 2008)

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Dans cette famille, on ne pose pas de questions. On prie, on se tait, on courbe l’échine. Le père, catholique intégriste, régente le foyer d’une main glaciale ; la religion, sous son emprise, ne se décline qu’en interdits et en punitions. La mère s’enfonce dans un silence de plus en plus pesant. Les aînés sont partis — ils ont fui dès qu’ils ont pu. Reste une fillette d’une dizaine d’années, et son petit frère Fabien, un enfant handicapé qui ne grandit pas, ne tient pas sa tête, et que le père considère comme un châtiment de Dieu. La fillette, elle, refuse d’y croire.
Ce court récit (à peine 140 pages) prend la forme d’un monologue adressé directement au père. La narratrice y consigne tout : les interdits absurdes, les silences qui étouffent, les questions qu’on lui interdit de formuler, mais aussi sa colère et, progressivement, sa révolte. Page après page, elle apprend à penser contre son père, à opposer à ses certitudes ses propres doutes — et à comprendre que partir est la seule option. Marie-Sabine Roger — à qui l’on doit aussi La Tête en friche, adapté au cinéma par Jean Becker avec Gérard Depardieu — y parle d’emprise domestique exercée au nom de la foi, et de ce qu’il en coûte de choisir la liberté quand on a grandi dans la soumission.
6. Les Loyautés (Delphine de Vigan, 2018)

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Théo, douze ans, vit en garde alternée entre un père dépressif et au chômage, qui sombre doucement dans l’apathie, et une mère amère et agressive, qui traque sur son fils les traces de son passage chez l’ex-mari. Coincé entre ces deux mondes, Théo ne dit rien — ni à l’un, ni à l’autre. Avec son ami Mathis, il se réfugie dans l’alcool, qu’ils boivent en cachette au collège, d’abord par curiosité, puis par besoin. Hélène, leur professeure, perçoit les signaux d’alarme ; elle porte elle-même les cicatrices d’une enfance violentée et s’est juré de ne jamais fermer les yeux sur un enfant en danger. Cécile, la mère de Mathis, voit de son côté son couple se fissurer au moment précis où son fils aurait le plus besoin de stabilité.
En deux cents pages très denses, Delphine de Vigan fait tenir ensemble ces quatre voix prises au piège de leurs loyautés contradictoires : Théo protège ses deux parents par le silence, Mathis protège Théo par le secret, Hélène se bat contre l’institution scolaire qui refuse de l’écouter, Cécile découvre que l’homme qu’elle a épousé n’est pas celui qu’elle croyait. Ce que le roman montre avec une justesse implacable, ce sont les violences qui ne laissent pas de traces visibles : les mots qui abîment, les absences qui détruisent, les non-dits qui empoisonnent. La tension monte jusqu’à un dénouement ouvert, qui laisse le lecteur·ice dans le même état d’impuissance que les personnages eux-mêmes.
7. La Deuxième Femme (Louise Mey, 2020)

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Sandrine ne s’aime pas. Elle trouve son corps trop gros, son visage trop fade. Rabaissée toute son enfance par un père sexiste, elle n’a jamais connu l’amour. Alors, quand un homme récemment endeuillé — sa femme a disparu, présumée morte — lui fait une place dans sa vie, dans sa maison, auprès de son fils Mathias, Sandrine s’y installe avec une reconnaissance absolue. Elle fait de son mieux pour redonner le sourire à ce père et à son petit garçon. La sienne, désormais, cette famille. Jusqu’au jour où la première femme réapparaît, vivante, amnésique.
On ne dira rien de plus sur l’intrigue, car la force de ce roman tient à la manière dont Louise Mey renverse toute la perspective du récit — et ce qui semblait être une histoire d’amour se révèle être tout autre chose. Un détail formel dit beaucoup : le mari n’est jamais désigné par son prénom dans le roman, uniquement par « l’homme » ou « son homme ». Tout est raconté depuis la tête de Sandrine — ses doutes, ses justifications, son besoin viscéral d’être aimée —, et c’est cette immersion totale qui rend la lecture si étouffante. Finaliste du Prix Landerneau 2020 et lauréat du Prix Robin Cook, ce roman noir répond, de la manière la plus concrète qui soit, à celles et ceux qui demandent pourquoi les victimes de violences conjugales ne « partent pas, tout simplement ».
8. Les Blessures du silence (Natacha Calestrémé, 2018)

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Amandine, mère de trois filles, a disparu. Son mari évoque un suicide, ses parents affirment qu’elle a été tuée, ses collègues parient sur une fuite avec un amant. Autant de versions contradictoires qui ne collent pas entre elles. Le major Yoann Clivel (personnage récurrent de l’autrice, dont c’est ici la quatrième enquête) va devoir démêler les fils d’une affaire où chaque témoin raconte une histoire différente — et où le mari, derrière sa façade de père de famille respectable, s’avère bien plus inquiétant que prévu.
Natacha Calestrémé, journaliste et réalisatrice, a écrit ce roman après le décès d’une proche victime de harcèlement conjugal, et deux années de recherche auprès de psychiatres et de psychologues sur les mécanismes de l’emprise et de la perversion narcissique. Le livre a une particularité : l’autrice y intègre, au fil de l’intrigue, des outils concrets (qu’elle appelle des « protocoles ») pour aider les victimes à identifier et à se défaire de ces relations destructrices. Elle qualifie cette démarche de « polar guérisseur » — un polar qui informe autant qu’il divertit. Le roman a été adapté en téléfilm sur France 2 sous le titre Des blessures invisibles.
9. L’Enfant réparé (Grégoire Delacourt, 2021)

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Grégoire Delacourt est surtout connu pour La Liste de mes envies (2012), best-seller vendu à plus d’un million d’exemplaires et adapté au théâtre. Mais derrière cette carrière de romancier à succès, un traumatisme d’enfance jamais nommé travaillait en sourdine, et laissait sa trace dans chacun de ses livres sans qu’il en ait pleinement conscience. En 2019, l’écriture de Mon père — le récit fictif d’un homme confronté au prêtre qui a abusé de son fils — a fait sauter le verrou. Dans L’Enfant réparé, Delacourt raconte enfin, à la première personne, ce qu’il avait mis des décennies à admettre : il a lui-même été victime de violences sexuelles dans l’enfance, au sein d’une famille où personne ne parlait, où l’on enfouissait tout, où son corps d’enfant était assommé au Valium pour qu’il se tienne tranquille.
Ce récit autobiographique retrace le long chemin qui a mené Delacourt du silence à la parole — via la psychanalyse, via l’écriture, via une phrase lue dans Libération qui l’a frappé de plein fouet : « Il y a un enfant mort chez Delacourt, et cet enfant c’est lui. » L’Enfant réparé est l’histoire d’un homme qui découvre, livre après livre, la vérité sur sa propre vie, dans une famille où le silence tenait lieu de loi et où nommer ce qui s’était passé a pris une vie entière. Un témoignage qui rappelle qu’il n’y a pas d’âge pour se reconnaître victime — ni pour commencer à se reconstruire.