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Que lire après « La carte postale » d'Anne Berest ?

Que lire après « La carte postale » d’Anne Berest ?

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Publié en août 2021 chez Grasset, La carte postale est le huitième livre d’Anne Berest. Tout part d’un fait réel : en janvier 2003, une carte postale anonyme arrive dans la boîte aux lettres de la famille Berest. D’un côté, une photo de l’opéra Garnier ; de l’autre, quatre prénoms — Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques —, ceux des aïeux maternels de l’autrice, déportés à Auschwitz en 1942. Vingt ans après, Anne Berest décide d’en retrouver l’expéditeur. Avec l’aide de sa mère, la linguiste Lélia Picabia, elle retrace l’histoire des Rabinovitch : leur fuite de Russie, leur passage par la Lettonie et la Palestine, leur arrivée à Paris, puis la guerre et la déportation. Seule la grand-mère de l’autrice, Myriam, a échappé aux camps. Le livre est à la fois une enquête, un roman familial et une réflexion sur ce que signifie le mot « juif » dans une vie laïque. Il a reçu le prix Renaudot des lycéens 2021 et le Grand Prix des Lectrices de Elle 2022.

Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques pistes.


1. Finistère (Anne Berest, 2025)

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Après avoir consacré La carte postale à sa lignée maternelle, Anne Berest s’est tournée vers l’autre versant de son arbre généalogique : la branche paternelle, bretonne et finistérienne. Le récit suit trois générations d’hommes — son arrière-grand-père Eugène Bérest, son grand-père (également prénommé Eugène) et son père Pierre — depuis Saint-Pol-de-Léon au début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. On y croise la création des premières coopératives paysannes dans le pays de Léon, l’Occupation allemande, la destruction de Brest, Mai 68.

Mais le vrai sujet du livre, c’est Pierre Berest : scientifique, ancien militant d’extrême gauche, père pudique et peu bavard. Anne Berest a appris sa maladie grave juste après la publication de La carte postale, et cette urgence pèse sur chaque page. Finistère est un message adressé à un père dont elle n’a jamais réussi à combler la distance. Ni règlement de comptes, ni idéalisation : un portrait d’homme à la fois admiré et imparfaitement connu.


2. Les Disparus (Daniel Mendelsohn, 2007)

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Depuis l’enfance, Daniel Mendelsohn sait que son grand-oncle Shmiel Jäger, sa femme Ester et leurs quatre filles ont été tués pendant la Shoah, quelque part dans l’est de la Pologne. Personne dans la famille n’en dit davantage. Plus tard, il découvre des lettres désespérées que Shmiel avait envoyées en 1939 à son frère installé en Amérique pour le supplier de l’aider à fuir. Des lettres restées sans réponse. Déterminé à donner un visage à ces six disparus, Mendelsohn entreprend entre 2001 et 2005 un périple dans une douzaine de pays, de l’Australie à l’Ukraine, à la rencontre des derniers témoins de la ville de Bolechów (aujourd’hui Bolekhiv).

Le livre, plus de neuf cents pages, se construit par strates : chaque voyage, chaque rencontre apporte une pièce, corrige une hypothèse, ouvre une question. Chaque chapitre est structuré en écho à un passage de la Genèse, et ce va-et-vient entre récit biblique et enquête contemporaine donne au texte sa singularité. Mendelsohn ne cherche pas seulement à savoir comment les siens sont morts : il veut reconstituer comment ils ont vécu. C’est ce renversement de perspective qui rend le livre si fort, et qui lui a valu le prix Médicis étranger 2007.


3. Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (Ivan Jablonka, 2012)

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De Matès et Idesa Jablonka, ses grands-parents paternels assassinés à Auschwitz en 1943, Ivan Jablonka ne possède presque rien : ni lettres, ni photos, ni tombe. Nés dans le shtetl de Parczew en Pologne, tous deux avaient rejeté très jeunes le judaïsme orthodoxe de leurs parents pour embrasser la cause communiste. Pourchassés par la police polonaise, ils avaient fui vers la France dans les années 1930, où ils avaient vécu dans la clandestinité : comme étrangers illégaux d’abord, comme juifs sous Vichy ensuite.

Pour retrouver leur trace, Jablonka a écumé une vingtaine de dépôts d’archives sur trois continents et rencontré les derniers témoins de cette époque. Ce qui frappe, c’est la coexistence dans le même livre de la rigueur de l’universitaire et de l’émotion du petit-fils : Jablonka cite ses sources, expose ses doutes méthodologiques, et n’en produit pas moins un récit qui serre la gorge. Le livre pose aussi une question dont il a l’honnêteté de ne pas esquiver la réponse : que peut-on vraiment savoir de deux vies ordinaires broyées par le siècle ?


4. Retour à Lemberg (Philippe Sands, 2017)

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Tout commence par une invitation à donner une conférence à l’université de Lviv, en Ukraine. Philippe Sands, avocat franco-britannique spécialisé en droit international, découvre alors que cette ville (tour à tour nommée Lemberg, Lwów, Lvov ou Lviv selon les régimes qui l’ont gouvernée) est un point de convergence inattendu entre sa propre histoire familiale et celle du droit pénal international. Il y fait tenir ensemble les parcours de quatre hommes : Leon Buchholz, son grand-père, qui y a passé son enfance avant de fuir ; Hersch Lauterpacht, juriste juif à l’origine du concept de « crime contre l’humanité » ; Raphael Lemkin, autre juriste juif, inventeur du mot « génocide » ; et Hans Frank, gouverneur nazi de la Pologne, qui a annoncé depuis cette même ville la mise en place de la « Solution finale ».

Lauterpacht et Lemkin ont tous deux étudié le droit à Lemberg avant la guerre. Ils se sont retrouvés, des années plus tard, au procès de Nuremberg, chacun porteur d’une conception opposée de la justice face aux crimes de masse : le premier défendait la protection des individus, le second celle des groupes. Sands parvient à rendre ce débat juridique aussi tendu qu’un roman d’espionnage, ce qui, sur le papier, ne devrait pas fonctionner et qui, en pratique, fonctionne très bien. Prix du Meilleur livre étranger 2017.


5. Le Lièvre aux yeux d’ambre (Edmund de Waal, 2011)

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C’est par un objet qu’Edmund de Waal, céramiste britannique, entre dans l’histoire de sa famille : une collection de 264 netsukes, ces miniatures japonaises sculptées en bois ou en ivoire, dont il a hérité. Ces figurines — parmi lesquelles un lièvre aux yeux d’ambre qui donne son titre au livre — servent de guide à sept générations d’Ephrussi, banquiers juifs originaires d’Odessa dont la fortune rivalisait avec celle des Rothschild. La famille a essaimé entre Vienne et Paris ; Charles Ephrussi, patriarche et collectionneur, ami des impressionnistes, a d’ailleurs inspiré à Proust le personnage de Swann.

De tout cela, l’Anschluss et le pillage nazi n’ont laissé que les netsukes, sauvés par une domestique qui les avait cachés dans un matelas. Le récit suit ces objets d’un continent à l’autre : du Paris de la Belle Époque à la Vienne de Schnitzler et Hofmannsthal, puis au Tokyo de l’après-guerre. De Waal montre, avec une précision de céramiste, comment un petit lièvre en bois peut contenir à lui seul l’histoire d’une famille, de ses palais viennois à leur confiscation.


6. Les Enfants de Cadillac (François Noudelmann, 2021)

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Le titre est trompeur : il ne s’agit pas d’une histoire de voitures américaines, mais de l’hôpital psychiatrique de Cadillac, en Gironde, où a fini ses jours Chaïm Noudelmann, grand-père de l’auteur. En 1911, Chaïm fuit les persécutions antisémites en Lituanie et s’engage dans l’armée française pour obtenir la nationalité. Grièvement blessé par une arme chimique pendant la Grande Guerre, il sombre dans la folie et passe vingt ans interné avant de mourir dans l’anonymat. L’un de ces « fous » que la France a abandonnés.

Vient ensuite Albert, le père de l’auteur, fait prisonnier et dénoncé comme juif pendant la Seconde Guerre mondiale, qui rejoindra la France à pied depuis la Pologne au péril de sa vie. Puis François Noudelmann lui-même, philosophe installé à New York, qui interroge sa propre identité à la lumière de ces deux vies. Qu’est-ce qu’être le descendant d’hommes qui voulaient être français avant d’être juifs, et que la France a maltraités précisément parce qu’ils étaient juifs ? C’est cette question, posée sans pathos ni dogmatisme, qui donne au livre sa force : celle d’un essai sur l’appartenance doublé d’un récit de famille.


7. Tombeaux. Autobiographie de ma famille (Annette Wieviorka, 2022)

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Pendant des décennies, Annette Wieviorka, directrice de recherche honoraire au CNRS, a étudié l’histoire de la Shoah et des Juifs au XXe siècle. Jamais celle de sa propre famille. C’est le décès d’une tante sans descendance, pendant le confinement de 2020, qui l’a poussée à franchir le pas. Le livre retrace deux lignées : les Wieviorka et les Perelman, tous venus de Pologne à Paris dans les années 1920. D’un côté, Wolf, intellectuel yiddish, poète et journaliste, qui sera assassiné à Auschwitz en 1945 ; de l’autre, Chaskiel, tailleur discret. L’un écrit, l’autre coud.

L’historienne s’appuie sur des archives publiques, des documents familiaux et les écrits de Wolf Wieviorka, notamment Déracinés, son recueil publié en yiddish en 1937. On traverse un siècle entier : la pauvreté de l’installation, l’effort d’intégration, l’engagement politique (communiste pour les uns, bundiste pour les autres), puis la guerre, les rafles, Auschwitz, et le difficile retour à la vie. Le livre se conclut sur un secret de famille lié à un avortement clandestin en 1946, rappel que la République restaurée n’a pas cessé de légiférer sur le corps des femmes. Prix Femina 2022, Tombeaux porte bien son nom : c’est une sépulture de papier pour ceux qui n’en ont pas eu d’autre.


8. Dora Bruder (Patrick Modiano, 1997)

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En 1988, Patrick Modiano tombe sur un entrefilet dans un numéro de Paris-Soir daté du 31 décembre 1941 : un avis de recherche pour une jeune fille de 15 ans, Dora Bruder, « 1 m 55, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux ». Ses parents, domiciliés au 41, boulevard Ornano, la cherchent. Elle a fugué. À partir de ces quelques lignes, Modiano entame une enquête patiente pour retracer le parcours de cette adolescente juive dans le Paris de l’Occupation.

Les résultats sont maigres : des fiches administratives, des registres, des dates d’internement. Dora a été placée dans un pensionnat catholique du Saint-Cœur-de-Marie, dont elle s’est échappée. Arrêtée, internée à la caserne des Tourelles puis au camp de Drancy, elle a été déportée à Auschwitz en septembre 1942. De sa vie intérieure, de ses rêves, de ses raisons de fuir, rien ou presque n’a survécu. Et c’est ce presque-rien que Modiano refuse d’accepter. Phrases courtes, silences, déambulations dans un Paris dont chaque rue garde la trace de ce qui a été effacé : l’écriture de Modiano, qui a toujours tourné autour de l’absence, est ici au plus près de son sujet. Une promenade porte aujourd’hui le nom de la jeune fille dans le 18e arrondissement.