Publié en 1954 par l’Américain Richard Matheson, Je suis une légende tient en moins de deux cents pages, mais son onde de choc a été considérable : George A. Romero a reconnu s’en être directement inspiré pour La Nuit des morts-vivants, et le roman a contribué à redéfinir la figure du vampire autant que celle du zombie. Si vous cherchez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans le même esprit.
1. Salem (Stephen King, 1975)

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Deuxième roman publié de Stephen King, Salem transpose la figure du vampire dans une petite bourgade du Maine des années 1970. L’écrivain Ben Mears y retourne sur les traces de son enfance et découvre qu’un mal ancien hante la sinistre Marsten House. L’arrivée de l’antiquaire Barlow — personnage d’une courtoisie glaçante — coïncide avec une série de disparitions et de morts inexpliquées.
King ne cache pas sa dette envers le Dracula de Bram Stoker : il en reprend la mécanique de contagion — un vampire en engendre d’autres — et la transpose à l’échelle d’une communauté rurale qui se décompose sous nos yeux. Mais Salem est aussi un portrait social acide d’une petite ville américaine minée par ses secrets. Le vampirisme n’y fait qu’accélérer une pourriture déjà bien installée.
2. Laisse-moi entrer (John Ajvide Lindqvist, 2004)

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Dans une banlieue glacée de Stockholm au milieu des années 1980, Oskar, douze ans, subit quotidiennement le harcèlement de ses camarades. Tout change lorsqu’Eli, une enfant étrange qui ne sort que la nuit, emménage dans l’appartement voisin. Entre eux naît un lien intense : deux solitaires qui se reconnaissent.
Loin de tout romantisme, Laisse-moi entrer ancre le mythe vampirique dans un réalisme social cru. Lindqvist dresse le tableau d’une Suède ordinaire gangrenée par l’alcoolisme, l’isolement et la violence. Le surnaturel n’est pas tant une menace extérieure qu’un symptôme — la monstruosité d’Eli ne fait que rendre visible celle, plus banale, du monde qui l’entoure. Tomas Alfredson en a tiré un film remarquable en 2008, Morse, suivi d’une version américaine en 2010.
3. Le Passage (Justin Cronin, 2010)

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Premier volume d’une trilogie, Le Passage couvre deux époques. Dans un futur proche, une expérience militaire américaine sur un virus d’origine inconnue donne naissance à douze créatures vampiriques quasi invincibles. L’épidémie ravage la civilisation.
Près d’un siècle plus tard, une poignée de survivants vit retranchée dans une colonie fortifiée, sous des projecteurs qui ne doivent jamais s’éteindre. Leur quotidien vole en éclats lorsqu’une adolescente muette, Amy, se présente aux portes du camp. Elle semble liée aux créatures d’une manière que personne ne s’explique.
Stephen King a salué le livre comme un récit « à couper le souffle » lors de sa parution, et la comparaison n’est pas usurpée : Cronin a le souffle d’un conteur de saga, capable de faire tenir ensemble virologie militaire, western post-apocalyptique et quête quasi biblique.
4. Celle qui a tous les dons (M.R. Carey, 2014)

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Chaque matin, la petite Melanie est sanglée sur un fauteuil roulant sous la menace d’un fusil avant d’être conduite en classe. Brillante et curieuse, elle ignore la raison de ce traitement. Le lecteur·ice, lui·elle non plus, ne comprend pas immédiatement — et c’est là toute la force de l’ouverture du roman.
Celle qui a tous les dons se déroule dans une Angleterre dévastée par un champignon parasite (inspiré du bien réel Ophiocordyceps) qui transforme les infecté·e·s en « affamé·e·s ». Le titre renvoie au mythe de Pandore, et le parallèle n’est pas décoratif : Melanie, mi-enfant mi-monstre, porte en elle à la fois la menace et l’espoir. Carey pose une question nette — qui mérite d’être sauvé ? — et y répond par une conclusion d’une logique implacable. Adapté au cinéma en 2016 sous le titre The Last Girl.
5. La Route (Cormac McCarthy, 2006)

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Un père et son fils traversent à pied une Amérique recouverte de cendres, où la végétation a disparu et les derniers survivants se sont parfois tournés vers le cannibalisme. On ne saura jamais ce qui a provoqué la catastrophe. Le roman, récompensé par le prix Pulitzer 2007, se concentre entièrement sur le lien entre ces deux êtres anonymes — désignés seulement comme « l’homme » et « le petit ».
McCarthy dépouille le récit post-apocalyptique de toute ornementation. Les phrases sont brèves, la ponctuation réduite au minimum, les dialogues à peine balisés. Ce dépouillement radical n’est pas un artifice : il épouse l’état d’un monde vidé de tout repère. La Route n’est pas vraiment un roman de survie. C’est un livre sur ce qu’un père peut encore transmettre à son fils quand il ne reste rien — et sur ce qui subsiste d’humanité quand tout le reste a été consumé.
6. Le Fléau (Stephen King, 1978)

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Une erreur informatique dans un laboratoire militaire américain suffit à libérer une souche de grippe au taux de contamination de 99,4 %. En quelques semaines, la civilisation s’effondre. Les rares survivants, immunisés, se regroupent peu à peu en deux camps antagonistes : l’un guidé par Mère Abigaël, centenaire habitée par des visions, l’autre rallié à Randall Flagg, figure du mal à l’état pur.
Fresque de plus de mille pages dans sa version intégrale (révisée en 1990), Le Fléau est souvent considéré comme le chef-d’œuvre de Stephen King. King y bâtit un pendant post-apocalyptique du Seigneur des anneaux — Stu Redman en Frodon, Las Vegas en Mordor. Mais sa première partie, consacrée à la propagation du virus et à l’effondrement de l’ordre social, reste la plus saisissante : d’une précision clinique, elle montre comment une simple chaîne de contamination suffit à faire s’écrouler tout un monde.
7. Station Eleven (Emily St. John Mandel, 2014)

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Le soir où l’acteur Arthur Leander meurt sur scène en pleine représentation du Roi Lear, à Toronto, une grippe foudroyante venue de Géorgie commence à se propager. En deux semaines, 99 % de la population mondiale succombe. Vingt ans plus tard, la Symphonie Itinérante — une troupe d’acteurs et de musiciens — parcourt la région des Grands Lacs pour jouer Shakespeare et Beethoven devant de petites communautés de rescapé·e·s.
Finaliste du National Book Award et lauréat du prix Arthur C. Clarke en 2015, Station Eleven prend le contrepied des récits post-apocalyptiques fondés sur la violence. Ce qui intéresse Mandel, c’est ce qui persiste : la mémoire, l’art, les connexions fortuites entre des personnes qui ne savent pas encore ce qu’elles se doivent. Sa construction narrative, qui entrelace plusieurs temporalités et destins, donne à l’ensemble la texture d’un puzzle mélancolique.
8. Silo (Hugh Howey, 2011)

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Dans un futur indéterminé, quelques milliers de personnes vivent dans un bunker souterrain de 144 étages. L’air extérieur est réputé mortel et d’antiques caméras retransmettent un paysage de ruines. Quiconque exprime le désir de sortir est condamné à l’exil : on l’envoie dehors nettoyer les capteurs, et on le regarde mourir.
D’abord publié en autoédition sur Amazon, Silo s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires avant d’être traduit dans le monde entier et adapté en série par Apple TV+ en 2023. Thriller politique autant que dystopie claustrophobe, il repose sur un mécanisme simple : quand Juliette, mécanicienne venue des niveaux inférieurs, accède au poste de shérif, ses découvertes remettent en cause les fondements mêmes de la vie dans le silo. Et si le danger ne venait pas de l’extérieur, mais de ceux qui prétendent vous en protéger ?
9. World War Z (Max Brooks, 2006)

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Présenté comme un recueil de témoignages collectés pour le compte de l’ONU après une guerre mondiale contre les zombies, World War Z ne ressemble à aucun autre roman du genre. Pas de héros unique ni de fil narratif linéaire : un enquêteur parcourt le globe et recueille les récits de survivant·e·s — médecins, militaires, civils, politiques — depuis le village chinois où l’épidémie a débuté jusqu’aux zones encore non sécurisées.
L’idée vient de La Bonne Guerre de Studs Terkel, recueil d’entretiens réels sur la Seconde Guerre mondiale. Brooks en reprend la méthode pour livrer une satire géopolitique à peine déguisée : déni gouvernemental, trafic de faux vaccins, réponses militaires inadaptées, exodes de masse. Les zombies y sont presque secondaires. L’adaptation cinématographique de 2013 avec Brad Pitt n’a conservé que le titre ; le livre vaut mieux que ça.
10. La Fin des hommes (Christina Sweeney-Baird, 2021)

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En 2025, une maladie foudroyante se répand sur tous les continents. Sa particularité : elle ne tue que les hommes. En l’espace de quelques mois, la moitié de l’humanité disparaît. On y suit une multitude de voix féminines — médecin urgentiste à Glasgow, historienne à Londres, analyste du renseignement aux États-Unis — confrontées à un monde brutalement déséquilibré.
Achevé en 2019, avant la pandémie de Covid-19, ce premier roman frappe par la justesse de son anticipation : réactions gouvernementales tardives, déni initial, chaînes de contamination incontrôlables. Mais l’intérêt du livre tient surtout à ce qui vient après la catastrophe : que deviennent les structures sociales, économiques et familiales lorsque la moitié de la population s’efface ? Le format choral dilue parfois l’intensité, mais il permet à Sweeney-Baird de montrer un effondrement sous tous ses angles — intime, politique et collectif.