L’Épouvanteur est une série de dark fantasy pour la jeunesse écrite par l’auteur britannique Joseph Delaney (1945–2022) et publiée en France chez Bayard Jeunesse à partir de 2005. Seize tomes au total (treize pour la saga d’origine, trois pour la suite directe), auxquels s’ajoutent des hors-série. On y suit les aventures de Thomas Ward, septième fils d’un septième fils — un motif issu du folklore britannique et irlandais, où cette lignée confère des pouvoirs surnaturels. À treize ans, Tom devient l’apprenti de John Gregory, l’Épouvanteur du Comté : autrement dit, l’homme chargé de protéger cette région fictive du nord de l’Angleterre contre les gobelins, les sorcières, les spectres et toutes les créatures dites de « l’Obscur ». Au fil des tomes, les enjeux passent de missions locales (entraver un gobelin dans une cave, piéger une sorcière dans une fosse) à une guerre ouverte contre des forces qui menacent le monde entier. La série a été adaptée — très librement — au cinéma en 2014 sous le titre Le Septième Fils.
Si vous venez de refermer le dernier tome et que vous cherchez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine : des récits sombres, de jeunes héros à qui l’on confie des responsabilités d’adultes, et un pied solidement ancré dans le surnaturel. Tous les titres présentés ci-dessous s’adressent à une tranche d’âge comparable à celle de L’Épouvanteur, généralement située entre 10 et 14 ans selon les éditeurs et les libraires.
1. Frère Wulf – Tome 1 : L’Enlèvement de l’Épouvanteur (Joseph Delaney, 2020)

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La recommandation la plus évidente, puisqu’on reste dans le Comté. Frère Wulf est la série dérivée que Joseph Delaney a lancée en 2020 (publiée en France par Bayard Jeunesse en 2021). Le narrateur n’est plus Tom Ward mais Beowulf, dit Wulf, un jeune moine de quatorze ans envoyé par son abbaye pour espionner William Johnson, un Épouvanteur aux méthodes jugées douteuses par l’Église. Sa mission officielle : compiler les activités de Johnson pour monter un dossier à charge. Mais quand Johnson disparaît, enlevé par une puissante créature de l’Obscur, Wulf abandonne l’espionnage et court frapper à la porte de la maison de Chipenden — celle de Tom Ward.
On retrouve ici Tom et Alice quelques années plus tard, mais vus à travers le regard d’un novice qui découvre le métier d’Épouvanteur. L’intérêt de ce premier tome tient en bonne partie au conflit entre l’Église, qui considère les Épouvanteurs comme des hérétiques, et ces derniers, qui font le sale travail que personne d’autre n’ose faire. Wulf est pris entre les deux : formé au monastère, il doit pourtant recourir à des pratiques que sa foi condamne pour survivre face à l’Obscur — et il se découvre des capacités qu’il ne s’explique pas. La série compte quatre tomes ; le dernier (L’Avènement de l’obscur) a été achevé par Blaise Jacob après le décès de Delaney en 2022. Idéal si vous n’êtes pas prêt·e à quitter cet univers.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 11-12 ans selon les libraires, dans la continuité directe de L’Épouvanteur.
2. Arena 13 (Joseph Delaney, 2015)

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Toujours signé Delaney, mais dans un registre radicalement différent. Ici, pas de Comté ni de sorcières. Arena 13 se situe dans un futur post-apocalyptique où l’humanité, vaincue par des machines douées de conscience, survit dans un territoire isolé appelé Midgard (un nom emprunté à la mythologie nordique, où il désigne le monde des humains). Ce territoire est cerné par une barrière de brouillard infranchissable : quiconque la traverse disparaît ou perd la raison. Toute la vie se concentre dans la seule ville du pays, Gindeen, réputée pour ses arènes où des combats se succèdent du matin au soir. Dans la treizième d’entre elles, la plus redoutée, le sang coule pour de bon.
Leif, un jeune orphelin de seize ans, n’a qu’une obsession : devenir le meilleur combattant de l’Arène 13 et affronter Hob, une créature non-humaine qui règne en tyran sur Gindeen — il enlève des femmes, provoque en duel des guerriers qui ne peuvent refuser, et les tue. La mère de Leif a été l’une de ses victimes. Pour avoir une chance de le défier, Leif doit d’abord convaincre Tyron, le plus réputé des entraîneurs, de le prendre comme apprenti. On retrouve la structure maître-apprenti chère à Delaney, mais transposée dans un univers de science-fiction où les combattants sont assistés par des lacres, des créatures artificielles de métal qui se battent à leurs côtés dans l’arène. La trilogie (trois tomes, publiés chez Bayard Jeunesse) ne fait pas dans la demi-mesure : les combats sont brutaux, les personnages meurent, et Gindeen n’offre aucun refuge.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 13 ans (Fnac, Bayard Jeunesse). Le ton est nettement plus dur que dans L’Épouvanteur.
3. Lockwood & Co – Tome 1 : L’Escalier hurleur (Jonathan Stroud, 2013)

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Dans le Londres imaginé par Jonathan Stroud, un fléau surnaturel frappe la Grande-Bretagne depuis une soixantaine d’années : les fantômes envahissent les rues à la nuit tombée, et leur simple contact peut tuer. Ce phénomène, baptisé le Problème, a conduit à la création d’agences de chasseurs de fantômes. Leur méthode : identifier la Source — l’objet physique qui rattache le spectre au monde des vivants (un os, un bijou, un vêtement) — et la neutraliser à l’aide de sel, de limaille de fer, de chaînes d’argent et de rapières. Particularité cruciale : seuls les enfants et les adolescents possèdent les capacités sensorielles (la Vue, l’Ouïe, le Toucher) nécessaires pour détecter les revenants. Les adultes, eux, n’y voient rien — ce qui ne les empêche pas de diriger les grosses agences depuis leur bureau.
Lucy Carlyle, dotée d’un Talent rare — l’Ouïe, qui lui permet de percevoir les voix des morts —, rejoint la petite agence indépendante de l’intrépide Anthony Lockwood et du méticuleux George Cubbins. Là où les firmes comme Fittes ou Rotwell fonctionnent avec des dizaines d’agents et des protocoles rigides, Lockwood & Co n’a ni superviseur adulte, ni budget confortable, ni filet de sécurité. Leur première mission commune les envoie dans le sinistre manoir de Combe Carey pour traquer le fantôme du sanguinaire Duc Rouge. Ce qui devait être un simple contrat va tourner à l’enquête criminelle. La série compte cinq tomes (dont quatre traduits en français chez Albin Michel, collection Wiz), et l’humour pince-sans-rire du trio — très britannique, très thé-et-biscuits entre deux chasses nocturnes — empêche le récit de sombrer dans la gravité permanente. Une adaptation en série Netflix a vu le jour en 2023.
Tranche d’âge conseillée : « dès 13 ans » sur le site d’Albin Michel pour le tome 1 ; « à partir de 11 ans » pour les tomes suivants. Pas besoin de dormir la lumière allumée. Ou peut-être juste la première nuit.
4. La Trilogie de Bartiméus – Tome 1 : L’Amulette de Samarcande (Jonathan Stroud, 2003)

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Avant Lockwood & Co, Jonathan Stroud s’était fait connaître avec cette trilogie devenue un classique de la fantasy jeunesse — plus d’un million et demi d’exemplaires vendus dans le monde, des traductions dans trente-six langues. Le cadre : un Londres du XXIe siècle gouverné par une caste de magiciens. Leur pouvoir ne vient pas d’eux-mêmes mais des esprits qu’ils invoquent et asservissent par des formules rituelles — du modeste foliot (peu puissant, corvéable) au redoutable afrit, sans oublier les djinns, esprits de rang intermédiaire. Les gens ordinaires, appelés « plébéiens », n’ont aucun accès à la magie et vivent sous la coupe de cette élite. Le monde de Bartiméus est, en creux, une satire politique : une minorité au pouvoir y exploite à la fois les esprits qu’elle réduit en esclavage et le peuple qu’elle prétend gouverner — le tout drapé dans le langage rassurant de l’intérêt général.
Nathaniel, apprenti magicien de douze ans, aussi doué qu’orgueilleux, décide de se venger de Simon Lovelace, un magicien influent du Parlement qui l’a humilié en public. Pour cela, il invoque le djinn Bartiméus — un esprit vieux de cinq millénaires, qui a servi des maîtres aussi illustres que Ptolémée d’Alexandrie (un magicien de l’Égypte antique dont le destin joue un rôle central dans les tomes suivants). L’objectif : dérober à Lovelace l’Amulette de Samarcande, un artefact aux pouvoirs protecteurs considérables. Mais la mission dérape, et le duo — un gamin prétentieux et un djinn qui ne supporte pas qu’on lui donne des ordres — se retrouve au cœur d’un complot dirigé contre les plus hautes sphères du gouvernement. La grande singularité du livre tient à la narration : les chapitres de Bartiméus, écrits à la première personne et truffés de notes de bas de page où le djinn commente l’action avec un sarcasme corrosif, contrastent avec le récit plus sobre autour de Nathaniel. C’est cette alternance de tons — le djinn gouailleur d’un côté, l’apprenti crispé de l’autre — qui donne au roman sa couleur particulière. La trilogie est complétée par un quatrième volume, L’Anneau de Salomon, un préquel situé à l’époque du roi Salomon, un millénaire avant l’intrigue principale.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 11 ans (Albin Michel, collection Wiz) ; « dès 13 ans » en édition poche (Fnac). Un livre que les adultes relisent souvent avec autant de plaisir — voire plus — que la première fois.
5. Chroniques des Temps Obscurs – Tome 1 : Frère de Loup (Michelle Paver, 2004)

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On remonte très loin dans le temps — six mille ans, pour être précis. Michelle Paver situe son récit dans une Europe du Nord préhistorique, couverte de forêts denses, bien avant l’écriture et les premières cités. Les humains vivent regroupés en clans totémiques — chaque clan est lié à un animal dont il porte le nom (Clan du Corbeau, Clan du Loup, Clan du Phoque…). Les gens chassent, pêchent, taillent le silex, et les rituels rythment la vie quotidienne : on remercie l’esprit d’un cerf après l’avoir tué, on marque les étapes de la vie par des cérémonies, et les Mages (des chamans) servent d’intermédiaires avec le monde des esprits.
Torak, douze ans, voit son père tué par un ours possédé par un démon. Seul au monde, il découvre qu’il est Celui-qui-écoute, un titre prophétique qui le désigne comme le seul capable de trouver la Montagne de l’Esprit du Monde et de rétablir l’équilibre rompu. En plus de ce rôle, Torak possède une aptitude rarissime : il sait « parler loup », c’est-à-dire communiquer avec les loups dans leur propre langage. Son premier allié est précisément un louveteau orphelin, avec lequel il se reconnaît frère de meute. Il sera ensuite rejoint par Renn, une jeune fille du Clan du Corbeau — fine archère, tête dure et dotée d’une intuition aiguë pour détecter la magie. La série originale compte six tomes (publiés chez Hachette Jeunesse) ; Paver y a ajouté trois volumes supplémentaires à partir de 2020. Ce qui frappe dans ces livres, c’est le degré de concret : Paver décrit avec précision comment on fabrique un arc, comment on dépèce un cerf après avoir remercié son esprit, comment on s’oriente en forêt par la mousse sur les arbres. Ce souci du réel — nourri par un travail de documentation sur les sociétés de chasseurs-cueilleurs (Iñupiat d’Alaska, San d’Afrique australe, Aïnous du Japon) — ancre solidement l’histoire dans un quotidien crédible, ce qui rend d’autant plus saisissantes les irruptions du surnaturel.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 10 ans (Hachette Jeunesse, Rakuten) ; certains libraires indiquent « dès 12 ans » (Cultura). Accessible dès les dernières années de primaire.
6. Skully Fourbery (Derek Landy, 2007)

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Terminons sur une note plus légère — enfin, aussi légère que peut l’être un roman dont le héros est un squelette en costume trois-pièces. Skully Fourbery (Skulduggery Pleasant en VO) est l’invention de l’Irlandais Derek Landy : à la fois enquête policière, fantasy urbaine et comédie à l’humour noir assumé.
Stephanie Edgley, douze ans, vient d’hériter de la propriété de son oncle, un écrivain excentrique décédé dans des circonstances suspectes. Lors de la lecture du testament, un individu emmitouflé fait son entrée : long manteau, écharpe, lunettes noires, chapeau. Sous cet accoutrement se cache Skully Fourbery, détective privé et magicien… mort depuis quatre cents ans. Revenu à l’état de squelette ambulant, il a conservé ses pouvoirs d’Élémentaliste (maîtrise du feu, de l’air et de l’eau) ainsi qu’un ego à la mesure de son âge canonique — il conduit une Bentley et fait tailler ses costumes sur mesure. Skully révèle à Stephanie que son oncle a été assassiné et que le coupable est lié à Scelerian Serpine, un sorcier qui veut mettre la main sur le Sceptre des Anciens, une arme capable de détruire quiconque d’un simple éclair. Stephanie, qui prendra le nom de Valkyrie Caïne pour se protéger (dans cet univers, connaître le vrai nom d’une personne confère un pouvoir absolu sur elle), s’improvise associée du squelette pour résoudre l’affaire.
Le moteur du récit, c’est le duo : Skully, imperturbable et cinglant, face à une Stephanie pragmatique qui refuse de se laisser impressionner — ni par les vampires (qui n’ont ici rien de séduisant : ce sont des monstres difformes et féroces), ni par son partenaire osseux. En VO, la série dépasse aujourd’hui les quinze tomes ; quatre ont été traduits en français chez Gallimard Jeunesse (traduction de Jean Esch).
Tranche d’âge conseillée : de 11 à 13 ans selon Gallimard Jeunesse. L’humour facilite l’entrée dans le récit, mais les enjeux — et la noirceur — montent progressivement au fil des tomes.