Des souris et des hommes (Of Mice and Men) est un court roman de John Steinbeck paru en 1937. George Milton et Lennie Small, deux ouvriers agricoles itinérants dans la Californie de la Grande Dépression, partagent un rêve modeste — posséder un jour leur propre lopin de terre — et une amitié que tout, autour d’eux, conspire à détruire.
En moins de deux cents pages, Steinbeck raconte ce que la pauvreté, la solitude et la violence font aux gens ordinaires, et pourquoi un homme simple comme Lennie n’a pas sa place dans le monde tel qu’il est. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.
1. Les Raisins de la colère (John Steinbeck, 1939)

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Récompensé par le prix Pulitzer en 1940, Les Raisins de la colère suit la famille Joad, chassée de ses terres en Oklahoma par la sécheresse et la mécanisation agricole, sur la route 66 vers une Californie qui se révèle tout sauf la terre promise. Le roman clôt ce que la critique a nommé la « trilogie du travail » de Steinbeck, aux côtés d’En un combat douteux et de Des souris et des hommes.
Steinbeck y montre des banques qui saisissent les fermes, des propriétaires californiens qui paient une misère parce qu’il y a toujours un plus affamé derrière, et des familles entières qui dorment dans des fossés au bord de la route. Le livre alterne chapitres narratifs centrés sur les Joad et passages documentaires plus larges, où la tragédie d’une seule famille devient celle de centaines de milliers de déracinés.
L’œuvre a suscité des réactions violentes à sa parution — interdite dans plusieurs villes de Californie, qualifiée de pamphlet communiste — avant de s’imposer durablement, et d’inspirer un film de John Ford avec Henry Fonda dès 1940.
2. Tortilla Flat (John Steinbeck, 1935)

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Tortilla Flat a offert à Steinbeck sa première reconnaissance publique. Dans le quartier pauvre de Monterey, en Californie, Danny, de retour de la Première Guerre mondiale, hérite de deux maisons. Ses amis paisanos — Pilon, Pablo, Jesus Maria — s’installent chez lui et forment une communauté fraternelle entre beuveries et élans de générosité.
Steinbeck structure son récit comme une parodie des légendes arthuriennes : la maison de Danny est un Camelot de fortune, ses compagnons des chevaliers sans le sou. Sous l’humour affleure une mélancolie profonde — Danny finit par ne plus supporter sa vie de propriétaire et sombre dans l’autodestruction. Au fond, c’est un roman sur l’amitié comme seule richesse possible quand on ne possède rien d’autre, et sur ce qui se passe quand même cette amitié ne suffit plus.
3. Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes, 1966)

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Charlie Gordon a 33 ans et un quotient intellectuel très bas. Il accepte de subir une opération expérimentale, déjà réussie sur une souris nommée Algernon, pour décupler ses capacités mentales. Le roman, constitué des comptes rendus rédigés par Charlie, retrace son ascension intellectuelle — puis l’inévitable déclin, lorsqu’Algernon commence à régresser.
Le procédé fait toute la force du livre : l’orthographe, la syntaxe et la profondeur des réflexions de Charlie évoluent au fil des pages, au rythme exact de son intelligence. Truffés de fautes au départ, ses écrits deviennent sophistiqués avant de retourner, peu à peu, à leur état initial — et le lecteur·ice voit le déclin arriver avant Charlie lui-même.
D’abord publié en nouvelle en 1959 (prix Hugo), puis développé en roman en 1966 (prix Nebula), le livre pose une question qui ne lâche pas : l’intelligence rend-elle plus heureux, ou simplement plus conscient de sa propre misère ? Comme Lennie, Charlie est un homme simple face à un monde qui ne sait pas quoi faire de la différence.
4. La vie devant soi (Romain Gary, 1975)

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Publié sous le pseudonyme d’Émile Ajar — ce qui permit à Romain Gary de recevoir un second prix Goncourt, exploit unique dans l’histoire du prix —, ce roman raconte le quotidien de Momo, jeune garçon d’origine maghrébine, et de Madame Rosa, ancienne prostituée juive rescapée d’Auschwitz, qui élève dans son appartement de Belleville les enfants que des prostituées lui confient.
Le lien entre Momo et Madame Rosa constitue le cœur du livre : un gamin arabe musulman et une vieille juive marquée par l’horreur des camps, qui n’ont aucune raison de s’aimer — et qui s’aiment totalement. Le récit est porté par la voix de Momo, mélange d’argot, de naïveté et de formules involontairement poétiques.
Sous le burlesque, le roman affronte la vieillesse, la déchéance physique et la question de ce qu’on doit aux gens qu’on aime quand ils ne peuvent plus vivre dignement — des préoccupations proches de celles qui hantent Des souris et des hommes.
5. Le cœur est un chasseur solitaire (Carson McCullers, 1940)

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Carson McCullers n’avait que 23 ans lorsqu’elle a publié ce premier roman. Dans une petite ville du sud des États-Unis, à la fin des années 1930, cinq personnages gravitent autour de John Singer, un sourd-muet vers lequel chacun se tourne pour confier ses peines — sans jamais se soucier des siennes.
Mick, l’adolescente pauvre, rêve de musique ; Jake, le révolutionnaire incompris, noie ses frustrations dans l’alcool ; le docteur Copeland, médecin noir, se bat pour des causes que personne ne soutient. Tous cherchent désespérément quelqu’un qui les comprenne, et tous croient l’avoir trouvé en Singer — qui, lui, n’a personne. Ce roman sur l’impossibilité d’être entendu rejoint Des souris et des hommes par sa peinture d’une Amérique où les solitaires se croisent sans jamais vraiment se rejoindre.
6. Blaze (Stephen King, 2007)

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Écrit en 1973, laissé dans un tiroir pendant plus de trente ans, Blaze a été publié sous le pseudonyme de Richard Bachman. Clayton Blaisdell Jr., surnommé Blaze, est un colosse dont le handicap mental résulte des violences paternelles. Petit escroc à la dérive, il décide de mener seul le kidnapping d’un bébé issu d’une famille fortunée — un plan conçu par George, son compère décédé, dont il continue à entendre la voix.
Le récit alterne entre la cavale de Blaze avec le nourrisson auquel il s’attache, et des retours sur son enfance en orphelinat, entre brimades et rares moments de fraternité. Stephen King a clairement présenté ce roman comme un hommage à Des souris et des hommes. La parenté est limpide : Blaze est un Lennie livré à lui-même, sans George pour le protéger — et la question n’est pas de savoir s’il va échouer, mais quand et comment.
7. Dites-leur que je suis un homme (Ernest J. Gaines, 1993)

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Louisiane, fin des années 1940. Jefferson, un jeune Noir illettré, est accusé du meurtre d’un épicier blanc auquel il a simplement assisté. Son avocat, pour plaider l’irresponsabilité, le compare à un porc devant un jury entièrement blanc. Condamné à mort, Jefferson se mure dans le silence. Sa marraine supplie Grant Wiggins, instituteur de la communauté noire, de lui rendre visite en prison pour lui redonner sa dignité d’homme avant l’exécution.
Le face-à-face entre les deux hommes — l’un résigné, l’autre rongé par ses propres doutes — constitue le nœud du roman. Ernest J. Gaines, surnommé le « Faulkner noir », ne fait pas de discours : il montre un monde où un homme noir doit apprendre à se tenir debout dans une société qui a tout organisé pour qu’il reste à genoux. Le livre a reçu le National Book Critics Circle Award à sa parution.
8. Le vieil homme et la mer (Ernest Hemingway, 1952)

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Santiago, un vieux pêcheur cubain, n’a rien pris depuis quatre-vingt-quatre jours. Seul en mer, il accroche enfin un marlin gigantesque et engage avec lui un combat de plusieurs jours, au bout de ses forces. Le livre — très court, presque sans dialogues, réduit à un homme, un poisson et l’océan — a valu à Hemingway le prix Pulitzer en 1953 et a contribué à son Nobel de littérature l’année suivante.
Santiago ramène finalement sa prise au port, mais les requins l’ont dévorée en chemin : il ne reste qu’un squelette immense, inutile. Santiago n’a rien gagné, et pourtant il n’a pas perdu. Le parallèle avec Des souris et des hommes tient en une phrase : dans les deux cas, un homme s’acharne pour un rêve dont le lecteur·ice sait, bien avant lui, qu’il est condamné.
9. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (Harper Lee, 1960)

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Dans la petite ville fictive de Maycomb, en Alabama, au milieu des années 1930, Scout Finch, six ans, raconte les événements qui entourent le procès de Tom Robinson, un homme noir accusé à tort du viol d’une femme blanche. Son père, l’avocat Atticus Finch, accepte de le défendre malgré l’hostilité de la communauté. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, le roman s’est vendu à plus de quarante millions d’exemplaires.
Le regard de Scout — candide et acéré — permet d’aborder le racisme et les préjugés de classe sans jamais verser dans la leçon de morale. En parallèle, l’enfance de Scout et de son frère Jem se déroule à l’ombre de Boo Radley, leur mystérieux voisin reclus, figure de l’incompris que la communauté préfère craindre plutôt que comprendre.
Les deux romans, chacun à sa façon, racontent l’Amérique rurale des années 1930 — l’Alabama chez Lee, la Californie chez Steinbeck — et partagent une même colère froide devant le sort réservé à ceux qui n’ont ni le pouvoir ni la parole.
10. La route (Cormac McCarthy, 2006)

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Un père et son fils traversent à pied un monde ravagé par une catastrophe indéterminée. Les villes sont en cendres, la végétation a disparu, des bandes de survivants se livrent au cannibalisme. Ils poussent un caddie sur des routes couvertes de cendres, en direction du sud. Récompensé par le prix Pulitzer en 2007, La route est l’un des romans les plus sombres de la littérature américaine contemporaine.
Le lien entre le père et l’enfant est la seule chose qui tient encore. Leur dialogue, réduit à l’essentiel, et leur obstination à « porter le feu » — c’est-à-dire à rester humains dans un monde qui ne l’est plus — donnent au livre sa force d’étau. McCarthy pousse la question posée par Des souris et des hommes jusqu’à son point extrême : que reste-t-il de l’humanité lorsque tout a été détruit, sinon la fidélité d’un être envers un autre ?
11. L’Étranger (Albert Camus, 1942)

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Meursault, modeste employé de bureau à Alger, apprend la mort de sa mère et assiste aux funérailles sans manifester de chagrin. Peu après, sur une plage écrasée de soleil, il tue un Arabe — presque par hasard, sans motif identifiable. Lors de son procès, c’est moins le meurtre que son indifférence aux conventions sociales qui le condamne.
Publié la même année que l’essai Le Mythe de Sisyphe, L’Étranger forme avec celui-ci le diptyque de l’absurde chez Camus : un monde privé de sens, un homme qui refuse d’en feindre un. Le rapprochement avec Des souris et des hommes ne tient pas au motif du meurtre — Meursault tue par indifférence, Lennie par maladresse — mais à ce qui suit : dans les deux cas, un acte irréversible révèle la fragilité absolue d’une existence que rien ne protège.
12. Germinal (Émile Zola, 1885)

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Étienne Lantier, ouvrier au chômage, arrive dans le bassin minier du nord de la France et se fait embaucher à la mine du Voreux. Il découvre des conditions de travail effroyables : journées interminables dans l’obscurité, salaires misérables, enfants envoyés au fond dès douze ans. Révolté, il organise une grève qui s’étend à tout le bassin avant d’être écrasée dans le sang.
Treizième volume des Rougon-Macquart, Germinal est le grand roman de la lutte ouvrière dans la littérature française. Zola s’est rendu sur place, a descendu dans les puits et a recueilli les témoignages des mineurs. Le parallèle avec l’univers de Steinbeck est direct : mêmes travailleurs broyés par une machine économique qui ne les considère pas comme des êtres humains, même espoir collectif sans cesse contrarié, même volonté de rendre justice — par la fiction — à des vies ignorées par l’Histoire.
13. Un enfant du pays (Richard Wright, 1940)

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Dans le Chicago des années 1930, Bigger Thomas, un jeune Noir de 20 ans, vit avec sa famille dans un taudis du South Side. Embauché comme chauffeur par une riche famille blanche, il tue accidentellement la fille de son employeur. Ce meurtre involontaire déclenche une spirale de peur, de fuite et de violence qui le mène à la peine de mort.
Wright ne cherche pas à faire de Bigger un héros sympathique. Son personnage est brut, pétri de rage, souvent antipathique — et c’est précisément le pari du livre : montrer que Bigger n’est pas né ainsi, qu’il est le produit d’un système ségrégationniste qui lui a interdit, dès la naissance, toute vie digne de ce nom. Comme chez Steinbeck, la violence individuelle n’est jamais séparée de la violence sociale qui l’a engendrée.
Paru la même année que Le cœur est un chasseur solitaire, Un enfant du pays a ouvert la voie à des auteurs comme James Baldwin et Ralph Ellison.