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Que lire après Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski ?

Que lire après « Crime et Châtiment » de Fiodor Dostoïevski ?

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Crime et Châtiment est un roman de Fiodor Dostoïevski publié en 1866. On y suit Raskolnikov, un étudiant désargenté de Saint-Pétersbourg, qui assassine une usurière pour mettre à l’épreuve une théorie : certains individus supérieurs auraient le droit de transgresser la loi morale. Le meurtre commis, la théorie s’effondre. Rongé par la culpabilité, Raskolnikov est peu à peu acculé à l’aveu, puis au bagne.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. Les Carnets du sous-sol (Fiodor Dostoïevski, 1864)

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Publié deux ans avant Crime et Châtiment, ce court récit met en scène un fonctionnaire pétersbourgeois retiré dans son « sous-sol » — amer, d’une lucidité féroce et pétri de contradictions. La première partie est un monologue philosophique rageur où le narrateur s’en prend à la raison triomphante, au progrès et à l’utilitarisme de son époque. Il revendique le droit à l’irrationalité, au caprice, à la souffrance volontaire.

La seconde partie, intitulée « À propos de neige fondue », est une plongée rétrospective. Le narrateur y revient sur des épisodes humiliants de sa jeunesse : un dîner avec d’anciens camarades qui le méprisent, puis une nuit avec Liza, une jeune prostituée qu’il tente d’abord de sauver avant de l’écraser par cruauté. Tout ce qui nourrira les grands romans de Dostoïevski est déjà là, en condensé : l’orgueil blessé, l’humiliation volontaire, la cruauté envers ceux qu’on voudrait aimer.


2. Les Frères Karamazov (Fiodor Dostoïevski, 1880)

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Dernier roman de Dostoïevski, achevé peu avant sa mort, Les Frères Karamazov est construit autour du meurtre de Fiodor Pavlovitch Karamazov, un père débauché et vulgaire. Ses trois fils légitimes — Dmitri, l’impulsif ; Ivan, l’intellectuel athée ; Aliocha, le novice mystique — portent chacun une vision inconciliable de la foi, de la culpabilité et du libre arbitre.

Le célèbre poème du « Grand Inquisiteur » cristallise cette tension : Ivan y imagine le Christ de retour sur terre, confronté à un cardinal qui justifie l’Inquisition au nom du bonheur des masses. Drame familial, enquête criminelle et affrontement philosophique sur l’existence de Dieu cohabitent dans le roman sans que l’un ne prenne le pas sur les autres.


3. L’Étranger (Albert Camus, 1942)

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Meursault, un modeste employé de bureau à Alger, apprend la mort de sa mère sans manifester d’émotion particulière. Quelques jours plus tard, sur une plage écrasée de soleil, il tue un homme « à cause du soleil ». La première moitié du roman suit son quotidien avec une neutralité déconcertante ; la seconde relate son procès, où il est moins jugé pour son crime que pour son incapacité à se conformer aux codes sociaux — il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère.

Premier volet du « cycle de l’absurde » avec Le Mythe de Sisyphe et Caligula, L’Étranger pose une question voisine de celle de Dostoïevski, mais retournée : chez Raskolnikov, la culpabilité précède le jugement ; chez Meursault, c’est la société qui fabrique la culpabilité à partir d’une indifférence qu’elle ne tolère pas.


4. Le Procès (Franz Kafka, 1925)

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Joseph K., fondé de pouvoir dans une banque, est arrêté chez lui sans qu’on lui communique le motif de son inculpation. Commence alors une errance juridique absurde : des audiences se tiennent dans des greniers, les avocats semblent impuissants, les juges restent inaccessibles. Joseph K. ne connaîtra jamais la nature de son accusation.

Publié à titre posthume par Max Brod — contre la volonté expresse de Kafka, qui souhaitait la destruction de ses manuscrits —, Le Procès a donné naissance à l’adjectif « kafkaïen ». Le roman inverse exactement la situation de Crime et Châtiment : Raskolnikov connaît son crime et cherche le châtiment ; Joseph K. subit un châtiment sans jamais connaître son crime.


5. La Métamorphose (Franz Kafka, 1915)

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Gregor Samsa, voyageur de commerce dévoué à sa famille, se réveille un matin transformé en un monstrueux insecte. Kafka pose ce fait dès la première phrase, sans la moindre explication, et n’y reviendra jamais. La nouvelle ne s’intéresse pas aux causes de la métamorphose : seules comptent ses conséquences.

Gregor, devenu inutile, se voit peu à peu rejeté par les siens. Son père le blesse à coups de pommes, sa mère ne supporte plus sa vue, et sa sœur Grete — la seule qui le nourrissait encore — finit par exiger qu’on se débarrasse de lui. Dès lors que Gregor ne rapporte plus d’argent, sa famille ne le reconnaît plus comme l’un des siens. La question que pose Kafka est brutale : un individu a-t-il une valeur en dehors de sa fonction ?


6. Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde, 1890)

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Dans le Londres victorien, le jeune et beau Dorian Gray pose pour le peintre Basil Hallward, qui fixe sur la toile sa jeunesse dans ce qu’elle a de plus éclatant. Sous l’influence de Lord Henry Wotton, esthète cynique et hédoniste, Dorian formule un vœu : que le tableau vieillisse à sa place. Le pacte se réalise. Dorian conserve sa beauté intacte pendant des décennies, tandis que la toile absorbe les traces de ses vices et de ses crimes.

Unique roman d’Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray a provoqué un scandale dès sa parution pour son amoralité supposée. Le portrait joue ici le rôle exact qu’occupe la culpabilité chez Raskolnikov : un témoin intérieur qu’on ne peut ni détruire ni faire taire. Dorian peut mentir au monde entier, mais pas à la toile qui vieillit dans son grenier.


7. Le Maître et Marguerite (Mikhaïl Boulgakov, 1966-1967)

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À Moscou, dans les années 1930, le Diable débarque sous les traits du professeur Woland, accompagné d’une suite grotesque — dont un chat géant nommé Béhémoth. Séances de magie noire, disparitions d’apparatchiks, incendie d’un restaurant officiel : le pouvoir soviétique, si sûr de son athéisme, ne sait pas quoi faire du surnaturel. Parallèlement, le roman enchâsse un second récit : celui de Ponce Pilate face à Yeshoua (Jésus), écrit par un auteur persécuté, « le Maître », dont la compagne Marguerite ira jusqu’à conclure un pacte avec Satan pour le sauver.

Boulgakov a travaillé sur ce roman pendant douze ans, jusqu’à sa mort en 1940. Le texte n’a été publié qu’en 1966-1967, dans une version censurée, et la version intégrale n’est parue qu’en 1973. Satire du régime stalinien, le livre est aussi — et surtout — une réflexion sur la lâcheté comme péché cardinal. Pilate, qui sait Yeshoua innocent, le condamne par peur ; c’est cette même lâcheté que Woland vient débusquer chez les Moscovites, deux mille ans plus tard.


8. Résurrection (Léon Tolstoï, 1899)

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Tolstoï a écrit Résurrection à soixante-dix ans, après une crise morale et religieuse qui avait failli lui faire abandonner la littérature. L’intrigue repose sur une coïncidence cruelle : le prince Nekhlioudov, juré dans un tribunal, reconnaît parmi les accusées Maslova, une ancienne domestique qu’il a séduite, mise enceinte et abandonnée des années plus tôt. Devenue prostituée, elle est condamnée au bagne pour un meurtre qu’elle n’a pas commis.

Nekhlioudov, dévasté par le remords, entreprend de la faire libérer et la suit jusqu’en Sibérie. Mais Tolstoï ne se contente pas d’une histoire de rachat individuel : le roman devient une mise en accusation méthodique de l’appareil judiciaire, de l’Église et du système pénitentiaire de la Russie tsariste. La description de la liturgie orthodoxe, d’une irrévérence froide et calculée, a contribué à faire excommunier Tolstoï en 1901.


9. La Mort d’Ivan Ilitch (Léon Tolstoï, 1886)

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Ivan Ilitch Golovine est un haut magistrat pétersbourgeois qui a fait exactement ce qu’on attendait de lui : de bonnes études, un beau mariage, une carrière sans éclat mais sans faute. Un jour, une blessure banale — une chute lors de l’installation d’un rideau — se révèle fatale. Il comprend peu à peu qu’il va mourir.

Ce texte d’une centaine de pages retrace les derniers mois d’un homme qui découvre, face à la mort, que toute son existence a été vide. Ses collègues pensent déjà à sa succession, sa femme s’inquiète de la pension, ses médecins esquivent. Seul Guérassime, un jeune paysan, lui témoigne une compassion sincère. Tolstoï ne ménage personne : ni Ivan Ilitch, qui a vécu dans le conformisme et le déni, ni son entourage, incapable de regarder la mort en face tant qu’elle ne le concerne pas directement.


10. Monsieur Ripley (Patricia Highsmith, 1955)

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Tom Ripley, jeune Américain sans le sou et sans scrupules, est envoyé en Italie par un riche homme d’affaires pour convaincre son fils, Dickie Greenleaf, de rentrer aux États-Unis. Fasciné par le mode de vie de Dickie — ses journées oisives, la lumière italienne, l’argent facile —, Tom décide de prendre sa place. Il l’assassine, usurpe son identité et adopte sa vie.

Le renversement par rapport à Crime et Châtiment est total : là où Raskolnikov s’effondre sous le poids de la culpabilité, Ripley, lui, prospère après le meurtre. Aucun remords, aucune fièvre, aucune confession — seulement le plaisir d’une vie volée. Highsmith a repris ce personnage dans quatre romans ultérieurs, et le cinéma s’en est emparé à plusieurs reprises — René Clément avec Plein soleil (1960), Anthony Minghella avec Le Talentueux Mr. Ripley (1999). Si le personnage reste aussi durablement en mémoire, c’est qu’il incarne une possibilité que Dostoïevski refuse à Raskolnikov : celle de tuer et de s’en tirer.


11. La Déchéance d’un homme (Osamu Dazai, 1948)

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Publié en feuilleton en 1948, quelques semaines avant le suicide de son auteur, ce roman est le testament littéraire d’Osamu Dazai. Le narrateur, Yôzô Oba — double à peine dissimulé de Dazai —, revient sur sa vie depuis l’enfance : fils d’une famille aisée du nord du Japon, il se sent dès son plus jeune âge étranger au monde des humains et adopte un masque de bouffon pour survivre en société.

Arrivé à Tokyo, il sombre dans l’alcool et les liaisons autodestructrices ; il tente plusieurs fois de mettre fin à ses jours. Le titre original, Ningen Shikkaku, signifie littéralement « disqualifié en tant qu’être humain ». Réédité sans interruption au Japon, adapté en film, en manga et en anime, le livre doit sa force à la même matière que Crime et Châtiment : la conscience d’un homme qui se sait incapable de vivre selon les règles communes, mais qui, contrairement à Raskolnikov, ne cherche ni justification théorique ni rédemption.


12. Chronique d’une mort annoncée (Gabriel García Márquez, 1981)

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Dans un petit village caribéen de Colombie, au lendemain d’un mariage fastueux, le marié Bayardo San Román renvoie sa femme Angela Vicario : elle n’est pas vierge. Sommée par ses frères de nommer le responsable, Angela désigne Santiago Nasar, un jeune homme de 21 ans. Les frères Vicario annoncent publiquement leur intention de le tuer. Tout le village est au courant — sauf la victime.

Le roman, construit à la manière d’une enquête journalistique rétrospective, reconstitue les heures qui précèdent le meurtre. García Márquez, prix Nobel de littérature en 1982, s’est inspiré d’un fait divers réel. Tout le paradoxe du livre tient en une phrase : une mort connue de tous, que personne n’empêche. Les frères Vicario eux-mêmes espèrent qu’on les arrête — mais entre l’honneur familial, la fatalité et la petite lâcheté de chaque villageois, personne n’intervient. Le crime a lieu précisément parce que tout le monde comptait sur quelqu’un d’autre pour l’empêcher.