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Que lire après « Chanson douce » de Leïla Slimani ?

Que lire après « Chanson douce » de Leïla Slimani ?

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Publié en 2016 aux éditions Gallimard, Chanson douce est le deuxième roman de Leïla Slimani. Largement inspiré de l’affaire Yoselyn Ortega, un fait divers survenu à New York en 2012, le récit s’ouvre sur l’assassinat de deux enfants en bas âge par leur nounou, Louise, puis revient en arrière pour comprendre comment cette femme, en apparence irréprochable, en est arrivée là. Le roman a reçu le prix Goncourt dès le premier tour de scrutin, le Grand Prix des lectrices de Elle en 2017, et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Il a été traduit dans une quarantaine de langues et adapté au cinéma en 2019 par Lucie Borleteau, avec Karin Viard et Leïla Bekhti.

Si Chanson douce vous a laissé·e avec cette sensation tenace que le danger couve toujours là où on ne le cherche pas, vous vous demandez peut-être quoi lire ensuite. Voici d’autres livres qui interrogent la maternité, la violence domestique, la faillite des institutions et ce qui se joue, en silence, derrière les portes closes des familles ordinaires.


1. La maladroite (Alexandre Seurat, 2015)

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Diana a huit ans. Elle a disparu. Ceux qui ont croisé sa route — grand-mère, tante, instituteurs, médecin scolaire, assistantes sociales, gendarmes — prennent tour à tour la parole pour raconter ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont soupçonné, et surtout ce qu’ils n’ont pas réussi à empêcher. Car Diana n’était pas maladroite. Les bleus, les brûlures, le visage gonflé : tout le monde avait compris, ou presque. Mais entre les signalements restés sans suite, les parents manipulateurs qui déménagent dès que le doute s’installe, et la machine administrative qui se renvoie la balle, personne n’a pu — ou voulu — intervenir à temps.

Inspiré de l’affaire Marina Sabatier, ce premier roman d’Alexandre Seurat adopte la forme d’un roman choral où chaque voix porte sa part de culpabilité et d’impuissance. Pas de pathos, pas de voyeurisme : le texte est sec, sobre, dépouillé de tout effet de style. C’est précisément cette retenue qui rend la lecture si éprouvante. On referme ces 120 pages — avalées en moins de deux heures, la gorge serrée — avec une question qui ne lâche pas : et vous, qu’auriez-vous fait ?


2. Il faut qu’on parle de Kevin (Lionel Shriver, 2003)

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La veille de ses seize ans, Kévin pénètre dans son lycée et tue neuf personnes à l’arbalète. Deux ans après le massacre, sa mère Eva écrit à Franklin, son mari dont elle est séparée, une série de lettres sans réponse où elle revient sur leur vie de couple, la grossesse, la naissance de cet enfant qu’elle n’a jamais su aimer — et qui, dès le berceau, semblait s’acharner à lui rendre la pareille. Au fil de cette correspondance à sens unique, Eva pèse sa part de responsabilité dans la cruauté de son fils, sans jamais parvenir à une conclusion nette.

Lionel Shriver dynamite ici deux tabous : celui de l’innocence de l’enfant et celui de l’amour maternel inconditionnel. Kévin est-il né fondamentalement mauvais, ou bien l’ambivalence d’Eva a-t-elle nourri sa monstruosité ? Le roman se garde bien de trancher, et c’est ce qui le rend si redoutable. Récompensé par l’Orange Prize en 2005 et adapté au cinéma par Lynne Ramsay avec Tilda Swinton, c’est le genre de livre qui s’incruste dans la tête pendant des semaines — d’autant que la dernière page réserve un coup de grâce que l’on n’avait pas vu arriver.


3. Entre toutes les mères (Ashley Audrain, 2021)

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Blythe Connor n’a qu’une obsession : ne pas reproduire ce qu’elle a subi. Sa mère l’a abandonnée, sa grand-mère avant elle était déjà défaillante — une lignée de femmes abîmées dont elle veut rompre le cycle. Lorsque sa fille Violet naît, Blythe est prête à tout lui donner. Mais Violet est un bébé qui ne sourit jamais, qui hurle en sa présence et se blottit tendrement dans les bras de son père, Fox. Très vite, Blythe se demande si le problème vient de sa fille. Ou d’elle. Personne ne veut l’entendre — Fox met ses doutes sur le compte de l’épuisement, et le monde autour d’elle refuse de voir ce qu’elle perçoit.

Ce premier roman d’Ashley Audrain, traduit en français par Julia Kerninon, fonctionne comme un thriller intime où le suspense ne repose pas sur un crime, mais sur une question plus vertigineuse : Blythe est-elle une mère qui perd pied, ou la seule à voir clair ? Le récit alterne entre le présent et les souvenirs d’enfance de l’héroïne, brouille la frontière entre perception et réalité, et pousse le lecteur à se ranger d’un côté — pour mieux le faire douter la page suivante. Le titre original, The Push, en dit plus long que sa traduction française : il y a bien un geste, au cœur de ce roman, dont tout dépend. On n’en dira pas davantage.


4. Des murmures (Ashley Audrain, 2024)

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Un quartier résidentiel, quatre couples voisins, un barbecue d’automne chez les Loverly — et la chute d’un garçon de dix ans qui va tout faire basculer. Ashley Audrain quitte le huis clos mère-enfant d’Entre toutes les mères pour un récit choral où chaque chapitre adopte le point de vue de l’une des quatre femmes du voisinage. Whitney, mère de trois enfants et femme de carrière, qui refuse de disparaître derrière ses enfants. Blair, entièrement absorbée par sa petite fille au point de laisser tout le reste s’effondrer. Rebecca, dont le couple sans enfants se fissure. Et Mara, la plus âgée, qui observe depuis sa fenêtre les drames qu’elle a appris à reconnaître.

Structuré comme un polar — on reconstitue, chapitre après chapitre, ce qui s’est passé la nuit de l’accident —, le roman creuse l’écart entre ce que ces femmes montrent au voisinage et ce qu’elles vivent réellement. La comparaison avec Desperate Housewives est inévitable, mais Audrain opère à un tout autre niveau — plus corrosif, plus cruel, sans filet de sécurité comique. Un thriller domestique qui rappelle que les signaux d’alerte ignorés — ces fameux murmures — précèdent toujours la catastrophe.


5. Le Cinquième Enfant (Doris Lessing, 1988)

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Harriet et David Lovatt forment un couple modèle dans l’Angleterre des années 1960. À contre-courant de leur époque, ils rêvent d’une grande famille et s’y emploient avec méthode dans leur vaste maison de banlieue. Quatre naissances, des Noëls joyeux, une tribu épanouie. Puis arrive Ben, le cinquième. Dès la grossesse, Harriet sent que quelque chose ne va pas : l’enfant qu’elle porte la déchire de l’intérieur, littéralement. À la naissance, Ben est anormalement grand, vorace, d’une force et d’une agressivité qui sidèrent tout l’entourage. Les médecins le déclarent « normal ». Harriet, elle, le compare à un troll.

Doris Lessing, prix Nobel de littérature 2007, signe ici une fable glaçante sur la différence, l’instinct maternel et l’effondrement d’une famille face à l’impensable. Toute la force du roman tient à son ambiguïté : Ben est-il un enfant malade, un être venu d’un autre âge, ou simplement le révélateur des limites de l’amour parental ? La famille se disloque, les proches fuient, et Harriet se retrouve seule face à un dilemme impossible — sacrifier Ben ou sauver le reste de sa famille. En à peine 200 pages, Lessing fait voler en éclats le mythe de la famille idéale avec une concision implacable. Le New York Times l’a rangé aux côtés de Frankenstein et de 1984. On comprend pourquoi.


6. La deuxième femme (Louise Mey, 2020)

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Sandrine ne s’aime pas. Elle se trouve trop grosse, trop fade, trop transparente. Alors quand « l’homme qui pleure » à la télévision — un père éploré dont l’épouse a disparu — finit par poser les yeux sur elle et lui ouvrir la porte de sa maison, de sa vie, de son fils Mathias, Sandrine n’en revient pas de sa chance. Elle se glisse dans cette absence, remplace la femme disparue, fait de son mieux pour mériter cette place qui n’est pas la sienne. Jusqu’au jour où la première femme réapparaît. Vivante. Et où le vernis de l’homme parfait se craquelle.

Louise Mey ne nomme jamais le mari par son prénom — un choix d’une précision chirurgicale, qui réduit le personnage à une fonction. Car ce roman est avant tout une dissection de l’emprise conjugale : comment un manipulateur isole sa victime, la rabaisse, alterne tendresse et terreur jusqu’à ce qu’elle ne sache plus où commence la violence et où finit l’amour. On a parfois envie de secouer Sandrine, de lui hurler de fuir — et c’est justement là que le piège fonctionne, pour elle comme pour le lecteur. Finaliste du prix Landerneau 2020, ce thriller psychologique se referme sur une note de l’autrice qui donne les chiffres réels des violences conjugales en France. Après 300 pages en apnée, ce retour au réel fait l’effet d’un uppercut.


7. La Saison des feux (Celeste Ng, 2017)

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À Shaker Heights, banlieue huppée de Cleveland où tout est planifié jusque dans la couleur des boîtes aux lettres, la famille Richardson incarne la respectabilité américaine : père avocat, mère au foyer, quatre adolescents sans histoire. L’arrivée de Mia Warren — artiste photographe, bohème et mère célibataire — comme locataire d’une de leurs maisons va fissurer ce bel ordonnancement. Mia et sa fille Pearl sont tout ce que les Richardson ne sont pas — nomades, libres, imprévisibles. Les adolescents des deux familles se fréquentent, et chacun finit par convoiter ce que l’autre possède. La mèche est allumée.

Le roman s’ouvre sur l’incendie de la maison Richardson — Izzy, la benjamine rebelle, a mis le feu — puis repart un an en arrière pour retracer l’enchaînement qui a conduit à ce geste. Sous couvert de comédie de mœurs, Celeste Ng radiographie les lignes de fracture de la société américaine : classe sociale, race, adoption, avortement, et cette question lancinante — qu’est-ce qui fait de quelqu’un une mère ? La tension monte sans à-coups jusqu’à l’embrasement final. Adapté en mini-série par Hulu avec Reese Witherspoon et Kerry Washington.


8. La Clé du sang (Ruth Ware, 2019)

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Rowan Caine, vingt-sept ans, nourrice dans une crèche londonienne, tombe sur l’annonce parfaite : un couple d’architectes fortunés, Sandra et Bill Elincourt, cherche une nurse pour leurs quatre filles dans leur somptueuse demeure des Highlands écossais, Heatherbrae House. Le salaire est si élevé qu’il en devient suspect — mais Rowan décide de tenter sa chance. Dès son arrivée, le malaise s’installe : la maison, entièrement domotisée et truffée de caméras, réagit aux moindres gestes de ses occupants — et parfois sans raison apparente. Les portes se verrouillent seules, des bruits résonnent la nuit, les enfants se montrent hostiles, et les nurses précédentes ont toutes fui. Quand les parents s’absentent dès le lendemain, Rowan se retrouve seule avec quatre gamines qu’elle connaît à peine — dans une maison dont elle ne maîtrise ni la technologie, ni l’histoire.

La particularité du roman : on sait dès les premières pages que Rowan est en prison, accusée du meurtre d’une des fillettes. Le récit prend la forme d’une longue lettre à son avocat, dans laquelle elle retrace son arrivée à Heatherbrae House et tente de prouver son innocence. Ruth Ware joue sur la fiabilité de la narratrice — peut-on vraiment la croire ? — et entretient le doute jusqu’à un dénouement que peu de lecteurs auront vu venir. Le titre original, The Turn of the Key, fait référence au Tour d’écrou de Henry James, et ce n’est pas un hasard : même demeure isolée, même gouvernante confrontée à l’inexplicable, même vertige entre le rationnel et le surnaturel. Version 2.0, avec caméras de surveillance et assistants vocaux en prime.