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Que lire après « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan ?

Que lire après « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan ?

Publié en 1954 chez Julliard, Bonjour tristesse est le premier roman de Françoise Sagan, écrit alors qu’elle n’avait que dix-huit ans. Couronné par le prix des Critiques, il raconte l’été de Cécile, dix-sept ans, sur la Côte d’Azur avec son père et la maîtresse de celui-ci — un été dont l’insouciance se brise contre la cruauté d’une manipulation aux conséquences irréversibles.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Un certain sourire (Françoise Sagan, 1956)

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Dominique, étudiante en droit à la Sorbonne, traîne un ennui tenace aux côtés de Bertrand, son jeune amant. Tout change le jour où celui-ci lui présente son oncle Luc, quadragénaire marié, à la désinvolture magnétique. Entre attirance immédiate et crainte de blesser leurs proches, Dominique et Luc deviennent amants et s’échappent deux semaines à Cannes, avec la promesse de ne pas tomber amoureux.

Sagan déploie ici la même prose fluide et désabusée que dans Bonjour tristesse, mais avec une vulnérabilité nouvelle. Dominique n’est pas Cécile : elle doute, se perd, et son attachement à Luc la dépasse. La romancière met en lumière, avec une maturité remarquable pour ses vingt ans, l’écart entre le désir d’insouciance et la souffrance d’aimer sans retour. Un roman doux-amer, traversé par la mélancolie et la lucidité cruelle de la jeunesse.


2. La Chamade (Françoise Sagan, 1965)

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Lucile, trente ans, mène une existence oisive grâce à Charles, homme mûr et fortuné qui l’entretient avec tendresse. Lors d’un dîner mondain, elle rencontre Antoine, jeune éditeur sans le sou, et la passion qui s’ensuit la pousse à tout quitter. Le couple tente alors de vivre d’amour — mais les réalités matérielles finissent par rattraper les amants.

Souvent considéré comme l’un des romans les plus aboutis de Sagan, La Chamade pose une question redoutable : l’amour peut-il suffire au bonheur quand l’argent vient à manquer ? L’autrice y livre un portrait mordant de la bourgeoisie parisienne et de ses futilités, doublé d’une analyse psychologique d’une finesse rare. Le titre — terme militaire qui désigne le battement de tambour joué avant une reddition — résonne comme un aveu : celui du cœur qui capitule.


3. Le Diable au corps (Raymond Radiguet, 1923)

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Pendant la Première Guerre mondiale, un lycéen de quinze ans entame une liaison avec Marthe, dix-huit ans, dont le mari se bat sur le front. Ce qui débute comme une idylle adolescente prend vite un tour plus sombre : l’égoïsme du narrateur, sa possessivité et son immaturité précipitent le couple vers une issue tragique — Marthe mourra en couches, et l’enfant sera abandonné.

Radiguet avait à peine vingt ans à la publication de ce roman, et il mourut quelques mois plus tard, emporté par la fièvre typhoïde. Comme Sagan trente ans après lui, il provoqua un scandale littéraire : la guerre y devenait le terreau du désir, les conventions morales de l’époque volaient en éclats. La filiation entre les deux auteurs n’est d’ailleurs pas fortuite : l’éditeur René Julliard s’est précisément inspiré du tapage suscité par Le Diable au corps pour orchestrer le lancement de Bonjour tristesse.


4. L’Amant (Marguerite Duras, 1984)

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Dans l’Indochine française des années 1930, une adolescente de quinze ans, issue d’une famille de colons désargentée, noue une relation interdite avec un héritier chinois plus âgé. Leur liaison se heurte aux tabous raciaux, aux pressions familiales et à la brutalité de la société coloniale. Le récit, construit par fragments, mêle souvenirs et réinvention de soi avec une grande liberté narrative.

Couronné par le prix Goncourt, L’Amant fut un phénomène éditorial — plus d’un million et demi d’exemplaires vendus en quelques mois. L’écriture de Duras, elliptique et dépouillée, pèse chaque mot comme on pèse un silence. Le texte tient à la fois du roman d’initiation, de l’autofiction et de la confession, sans jamais se laisser enfermer dans un genre. Là où Sagan dissèque l’amour avec une ironie mondaine, Duras le met à nu avec une crudité brûlante.


5. Un été (Vincent Almendros, 2015)

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Pierre, le narrateur, embarque avec sa compagne Lone sur le voilier de son frère Jean, amarré dans la baie de Naples. À bord se trouve aussi Jeanne, la femme de Jean — et ancienne amante de Pierre. En moins de cent pages, cette croisière entre Capri et le Vésuve devient un huis clos suffocant où les désirs enfouis refont surface sous le soleil.

Almendros écrit à l’aquarelle : tout est suggéré, rien n’est appuyé. Les non-dits saturent l’atmosphère, les gestes furtifs remplacent les déclarations, et la tension érotique monte avec la chaleur. Le style, minimaliste et précis, rappelle celui des Éditions de Minuit dans ce qu’il a de plus épuré. La chute, concentrée dans les toutes dernières lignes, referme le piège avec une cruauté aussi sèche qu’imparable — digne des meilleures nouvelles de Maupassant.


6. Un jour ce sera vide (Hugo Lindenberg, 2020)

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Un garçon de dix ans passe l’été en Normandie chez sa grand-mère, entre la plage, les méduses échouées et les falaises des Vaches Noires. Sur le sable, il rencontre Baptiste, un enfant de son âge dont la famille incarne à ses yeux un bonheur inaccessible. Entre fascination et honte de ses propres origines, le narrateur tente de s’approcher de ce monde lumineux qui se refuse à lui.

Hugo Lindenberg signe ici un premier roman d’une sensibilité remarquable, récompensé par le prix du Livre Inter 2021 et le prix Françoise Sagan. L’écriture, ciselée et retenue, restitue avec justesse les émotions brutes de l’enfance — la peur de décevoir, le désir éperdu d’appartenance, le poids des silences familiaux hérités de l’Histoire. Le parallèle avec Bonjour tristesse tient ici au regard de l’enfance sur un monde adulte qu’elle ne comprend pas encore, mais dont elle pressent déjà la violence.


7. Aussi riche que le roi (Abigail Assor, 2021)

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Casablanca, années 1990. Sarah, adolescente française de seize ans, vit dans un dénuement extrême avec sa mère, à la lisière d’un bidonville. Au lycée français, où elle côtoie les enfants de l’élite marocaine, elle dissimule sa pauvreté et troque sa beauté contre des repas et des vêtements. Le jour où elle apprend que Driss — garçon taiseux aux yeux couleur thym — est l’un des plus fortunés de la ville, elle décide de le séduire.

Abigail Assor construit son récit en flashback, avec une écriture à la fois sensuelle et tranchante qui restitue la chaleur, les odeurs et la brutalité sociale de Casablanca. Le roman refuse le manichéisme : Sarah n’est ni victime ni prédatrice, et Driss, malgré sa fortune, reste prisonnier de son propre milieu. Un premier roman âpre et maîtrisé, à mi-chemin entre le conte défait et la chronique sociale.

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