Publié en 1885, Bel-Ami est le deuxième roman de Guy de Maupassant. Il retrace l’ascension fulgurante de Georges Duroy, ancien sous-officier désargenté, dans le Paris de la IIIe République. Grâce à son charme, à son absence totale de scrupules et à l’appui des femmes qu’il séduit, Duroy gravit les échelons du journalisme, de la finance et de la politique.
Satire acerbe de la société parisienne, le roman dresse un portrait sans concession de l’arrivisme, de la corruption et du règne des apparences. Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce classique, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Belle-Amie (Harold Cobert, 2019)

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Harold Cobert relève un pari audacieux : écrire la suite de Bel-Ami. Dix ans après son mariage triomphal avec Suzanne Walter, Georges Du Roy de Cantel dirige La Vie française et rêve désormais d’une carrière politique. Du journalisme à l’Assemblée nationale, il manœuvre entre scandales financiers et luttes de pouvoir pour se hisser jusqu’au ministère.
Le roman s’ancre dans le contexte de la IIIe République, entre l’affaire du canal de Panama et la collusion des milieux de la presse, de la politique et de la finance. Cobert reproduit le style de Maupassant et y ajoute une dimension féministe : Suzanne milite pour les droits des femmes, et la mystérieuse Salomé pourrait bien causer la chute de celui que les femmes avaient élevé. Une suite fidèle à l’esprit du maître, qui résonne avec les turpitudes de notre époque.
2. Illusions perdues (Honoré de Balzac, 1843)

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Dans cette fresque monumentale de La Comédie humaine, Balzac suit le parcours de Lucien de Rubempré, jeune poète provincial qui monte à Paris avec des rêves de gloire littéraire. Broyé par les mécanismes du journalisme et de l’édition, il découvre que le talent seul ne suffit pas : seules l’intrigue et la compromission mènent au sommet.
Comme Georges Duroy, Lucien est un ambitieux d’origine modeste, prêt à se corrompre pour réussir. Mais là où Duroy triomphe par le cynisme, Lucien est rongé par ses propres illusions. Balzac dépeint avec la même férocité que Maupassant les rouages d’une société où l’argent et les apparences dictent les destins. Le Paris corrompu des journaux et des salons sert de décor commun aux deux romans, séparés par un demi-siècle mais unis par une même lucidité impitoyable.
3. Le Rouge et le Noir (Stendhal, 1830)

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Julien Sorel, fils de charpentier, nourrit une ambition féroce dans la France de la Restauration. Tour à tour précepteur, séminariste et secrétaire d’un aristocrate, il gravit les échelons de la société grâce à son intelligence et à ses liaisons avec Mme de Rênal puis Mathilde de La Mole. Son ascension, comme celle de Duroy, repose sur la séduction et sur le calcul.
Les deux personnages incarnent le même type de l’arriviste : un homme issu du peuple qui refuse son destin et instrumentalise ses relations amoureuses pour s’élever. Stendhal confère toutefois à Julien une profondeur psychologique et un idéalisme dont Duroy est dépourvu. Le Rouge et le Noir dissèque les tensions entre classes sociales et la mécanique du paraître avec une acuité qui annonce directement les thèmes de Bel-Ami, cinquante-cinq ans plus tard.
4. L’Éducation sentimentale (Gustave Flaubert, 1869)

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Frédéric Moreau arrive à Paris avec des rêves de grandeur. Amoureux éperdu de Mme Arnoux, il erre entre les salons de la bourgeoisie, les milieux artistiques et les cercles politiques sans jamais parvenir à donner un sens à son existence. Flaubert signe ici le roman de l’échec et de la velléité, miroir inversé de l’ascension de Duroy.
Là où Maupassant met en scène un arriviste qui réussit, Flaubert dépeint un homme incapable de saisir les occasions que la vie lui présente. Les deux romans partagent cependant une même vision désenchantée de la société parisienne : un monde où l’argent corrompt, où les idéaux se diluent et où les sentiments ne servent que de monnaie d’échange. Le cynisme de l’un répond à la passivité de l’autre, dans un même constat d’amertume.
5. Au bonheur des Dames (Émile Zola, 1883)

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Publié deux ans avant Bel-Ami, ce roman de Zola retrace la montée en puissance d’un grand magasin parisien, sous la houlette de l’ambitieux Octave Mouret. Séducteur et homme d’affaires redoutable, Mouret manipule le désir des femmes — clientes comme employées — pour bâtir son empire commercial. Sa parenté avec Georges Duroy saute aux yeux.
Les deux hommes partagent un même sens de la conquête, une même habileté à instrumentaliser les sentiments d’autrui. Mais si Duroy opère dans les coulisses de la presse et de la politique, Mouret agit dans l’arène du commerce et de la modernité capitaliste. Zola décrit avec la même précision que Maupassant les rouages d’un monde où la réussite se mesure à l’argent et où la morale pèse peu face à l’ambition. Deux portraits complémentaires du Paris de la fin du XIXe siècle.
6. Les Liaisons dangereuses (Choderlos de Laclos, 1782)

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Le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil orchestrent des intrigues amoureuses avec une froideur calculatrice au sein de l’aristocratie du XVIIIe siècle. Ce roman épistolaire décompose les mécanismes de la manipulation sentimentale : chaque lettre est une arme, chaque liaison un pion dans une stratégie de domination.
Georges Duroy aurait pu être un disciple de Valmont. Les deux hommes se servent de la séduction comme d’un levier de pouvoir, avec un mépris similaire pour ceux qu’ils instrumentalisent. Mais Laclos va plus loin que Maupassant dans la dissection de cette cruauté : la correspondance entre Valmont et Merteuil dévoile les coulisses du stratagème avec une lucidité implacable. La séduction comme arme sociale : ce thème, central dans Bel-Ami, trouvait déjà son expression la plus achevée un siècle plus tôt, dans ce chef-d’œuvre épistolaire.
7. Le Maître des âmes (Irène Némirovsky, 1939)

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Dario Asfar, jeune médecin d’origine greco-italienne, survit à peine dans le Nice des années 1920. Méprisé comme « métèque », il découvre qu’en pervertissant les principes de la psychanalyse, il peut asservir la bourgeoisie fortunée à ses traitements. Son ascension est alors fulgurante — et destructrice.
Comme Duroy, Asfar est un homme issu de la marge qui refuse sa condition et se hisse au sommet par la ruse. Némirovsky dissèque avec une précision chirurgicale les mécanismes de l’arrivisme et le prix moral de la réussite. L’étranger ambitieux face à une société qui le rejette : ce thème confère au roman une dimension supplémentaire, celle du déracinement.
Publié en feuilleton en 1939, Le Maître des âmes reste un récit d’une force redoutable sur l’ambition corrompue, d’autant plus poignant quand on connaît le destin tragique de son autrice, déportée à Auschwitz en 1942.
8. 99 francs (Frédéric Beigbeder, 2000)

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Octave Parango, publicitaire cynique et cocaïnomane, gagne 13 000 euros par mois et méprise tout ce qu’il touche. Dans cette autofiction corrosive, Beigbeder — lui-même ancien de l’agence Young & Rubicam — dénonce la machine publicitaire et la société de consommation avec un mélange de dégoût et de jubilation.
Le parallèle avec Bel-Ami est immédiat : un siècle sépare les deux récits, mais Octave et Duroy évoluent dans des systèmes de manipulation comparables. Là où Duroy instrumentalise la presse, Octave fabrique des désirs et des mensonges à coups de slogans. Les deux personnages prospèrent dans un monde fondé sur le cynisme et les apparences, tout en étant eux-mêmes broyés par la machine qu’ils servent. Un Bel-Ami transposé dans le Paris de l’an 2000, où la publicité a remplacé le journalisme comme instrument de pouvoir.
9. La Carte et le Territoire (Michel Houellebecq, 2010)

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Prix Goncourt 2010, ce roman suit le parcours de Jed Martin, artiste dont les photographies de cartes routières Michelin et les portraits de personnalités lui valent une renommée internationale. Houellebecq y interroge la marchandisation de l’art et le rapport entre la représentation et le réel, dans une prose neutre qui dissimule une profonde mélancolie.
Le lien avec Bel-Ami passe par la question de la valeur et de la réussite dans un monde gouverné par l’argent. Duroy vendait du vent dans les colonnes d’un journal ; Jed Martin voit ses toiles atteindre des sommes astronomiques sans rapport avec leur contenu.
Houellebecq, qui se met lui-même en scène comme personnage du roman, livre une satire de la France contemporaine où règnent solitude, spéculation et perte de sens — des maux que Maupassant, en son temps, avait déjà diagnostiqués sous d’autres formes.