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Que lire après « L'art de la joie » de Goliarda Sapienza ?

Que lire après « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza ?

L’art de la joie est un roman de Goliarda Sapienza, rédigé entre 1967 et 1976, publié à titre posthume en 1998 en Italie et traduit en français en 2005 aux éditions Viviane Hamy. Le livre retrace la vie de Modesta, née le 1er janvier 1900 en Sicile, qui s’arrache à la misère de son enfance pour conquérir, au fil du XXe siècle, une liberté absolue — intellectuelle, politique, amoureuse.

Refusé par tous les éditeurs italiens du vivant de l’autrice, le roman est aujourd’hui considéré comme un monument de la littérature féministe et un formidable hymne à l’émancipation. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. L’Université de Rebibbia (Goliarda Sapienza, 1983)

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En 1980, Goliarda Sapienza est incarcérée à Rebibbia, la plus grande prison pour femmes d’Italie, après un vol de bijoux difficile à interpréter — acte de désespoir ou provocation ? Moralement éreintée par le refus systématique des éditeurs italiens de publier L’art de la joie, elle transforme cet enfermement en une paradoxale leçon de liberté. Aux côtés de prostituées, de toxicomanes et de militantes d’extrême gauche, elle redécouvre la solidarité féminine et le désir éperdu du monde.

Avec ironie et acuité, Sapienza compare la prison à une « grande université célèbre » où les masques sociaux tombent et où la nature profonde de chacune se révèle. Ce récit autobiographique prolonge les thèmes chers à L’art de la joie — la condition des femmes, le refus des conventions, la quête de sens —, ici ancrés dans le réel le plus brut de l’Italie des années de plomb.


2. L’Amie prodigieuse (Elena Ferrante, 2011)

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Naples, fin des années 1950. Elena et Lila grandissent dans un quartier populaire où la violence est quotidienne et où les destins semblent tracés d’avance. Toutes deux brillantes, elles empruntent pourtant des chemins opposés : Elena poursuit ses études, tandis que Lila, retirée de l’école par sa famille, rejoint l’atelier de cordonnerie paternel. Leur amitié, faite d’admiration réciproque, de jalousie et de rivalité, constitue le fil rouge d’une tétralogie qui traverse un demi-siècle d’histoire italienne.

Comme L’art de la joie, cette saga est un roman d’apprentissage au féminin, ancré dans le sud de l’Italie, où l’émancipation par le savoir se heurte au poids du patriarcat et du déterminisme social. Elena Ferrante y dissèque avec une précision chirurgicale les mécanismes de domination de classe et de genre, dans une langue ample et addictive.


3. Elles (Alba de Céspedes, 1949)

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Rome, années 1930. Alessandra grandit entre un père taciturne et une mère pianiste qui a sacrifié sa carrière de concertiste pour un mariage oppressif. Envoyée dans un village des Abruzzes, la jeune fille refuse de se couler dans le moule imposé par la tradition. De retour dans la capitale au début de la Seconde Guerre mondiale, elle épouse Francesco, un professeur antifasciste, dans l’espoir de trouver un homme capable de la considérer comme son égale. Sa déception sera immense.

Paru la même année que Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, ce roman est un précurseur direct de la lignée littéraire dans laquelle s’inscrit L’art de la joie : même ancrage dans l’Italie du XXe siècle, même dissection du couple comme lieu de domination, même aspiration féminine à l’autonomie intellectuelle et affective. Elena Ferrante elle-même cite Alba de Céspedes parmi ses références essentielles.


4. Le pays des autres (Leïla Slimani, 2020)

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En 1944, Mathilde, jeune Alsacienne, tombe amoureuse d’Amine, un soldat marocain venu libérer la France. Après la guerre, elle le suit à Meknès, au Maroc, où le couple s’installe sur des terres arides et ingrates. Mathilde se retrouve vite isolée, étrangère aux yeux de la communauté locale comme des colons français. L’histoire couvre la décennie qui précède l’indépendance du Maroc, en 1956, et entrelace la montée des tensions nationalistes avec l’intimité d’un couple que tout sépare.

Premier volet d’une trilogie inspirée de l’histoire familiale de l’autrice, ce roman partage avec L’art de la joie un souffle romanesque ample et la peinture de femmes prises en étau entre histoire collective et aspirations personnelles. Leïla Slimani y décrit sans manichéisme les logiques de domination — coloniale, conjugale, patriarcale — avec une écriture précise et dépouillée de tout lyrisme superflu.


5. Fille, femme, autre (Bernardine Evaristo, 2019)

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Douze femmes, majoritairement noires, âgées de dix-neuf à quatre-vingt-treize ans, prennent tour à tour la parole dans ce roman choral qui balaie plus d’un siècle d’histoire britannique. Dramaturge lesbienne, banquière issue d’une cité, enseignante désabusée, personne non binaire, immigrée nigériane : chacune cherche sa place dans une société qui la marginalise en raison de son genre, de sa couleur de peau ou de sa classe sociale.

Couronné du Booker Prize 2019, ce texte fait écho à L’art de la joie par sa volonté de déconstruire les assignations identitaires et par son refus de tout carcan. Si Modesta incarne à elle seule la multiplicité des possibles, Bernardine Evaristo distribue cette liberté à une constellation de personnages dont les voix se croisent, se contredisent et s’épaulent, dans une écriture au phrasé libre, proche du vers, sans ponctuation finale.


6. Le Pouvoir (Naomi Alderman, 2016)

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Et si les femmes se découvraient soudain la capacité de générer de l’électricité du bout de leurs doigts, suffisante pour blesser ou tuer ? Tel est le postulat de cette dystopie féministe qui renverse brutalement les rapports de force entre les sexes.

À travers quatre personnages — une adolescente fille de mafieux, une sénatrice américaine, une orpheline devenue prophétesse et un journaliste nigérian —, Naomi Alderman observe ce qui arrive quand la domination change de camp. Le constat est implacable : les femmes au pouvoir reproduisent les mêmes abus que les hommes.

Là où L’art de la joie interrogeait la liberté individuelle comme acte de résistance au sein d’un monde patriarcal, Le Pouvoir pose la question de manière plus radicale encore : le problème est-il le genre de ceux qui dominent, ou la domination elle-même ? Adoubé par Margaret Atwood, ce roman se lit comme le négatif de La Servante écarlate.


7. Chroniques du pays des mères (Élisabeth Vonarburg, 1992)

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Sur une Terre dévastée par des catastrophes passées, un virus a déséquilibré les naissances : les hommes sont devenus extrêmement rares. Le Pays des Mères s’est édifié sur cette base, avec une société quasi exclusivement féminine, une grammaire où le féminin l’emporte et une religion repensée au féminin. Lisbeï, la protagoniste, se croyait promise au titre de « Mère », mais la découverte de sa stérilité la pousse sur la voie de l’archéologie et de la remise en cause des mythes fondateurs de sa civilisation.

Ce roman de science-fiction québécois, primé au Philip K. Dick Award, rejoint L’art de la joie dans sa manière de lier le destin d’une femme à une réflexion sur les structures du pouvoir et de la culture. Sans manichéisme, Élisabeth Vonarburg montre qu’une société matriarcale n’est pas exempte de dogmatisme et que toute émancipation passe par la confrontation avec les récits qui façonnent l’ordre établi.

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