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Que lire après « Anna Karénine » de Léon Tolstoï ?

Que lire après « Anna Karénine » de Léon Tolstoï ?

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Anna Karénine est un roman de Léon Tolstoï, publié en feuilleton dans Le Messager russe entre 1875 et 1877, puis en volume en 1878. On y suit deux lignes parallèles : celle d’Anna Karénine, femme de la haute société pétersbourgeoise qui abandonne mari et fils pour le comte Vronski, et celle de Constantin Lévine, propriétaire terrien en quête de sens, dont le mariage avec Kitty Stcherbatskï trace un chemin inverse, vers le bonheur domestique et la foi.

Des salons de Saint-Pétersbourg aux champs de la Russie centrale, Tolstoï confronte le désir individuel aux règles d’un monde qui ne tolère pas qu’on les enfreigne. Le roman s’ouvre sur l’une des phrases les plus célèbres de la littérature — « Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon » — et se referme sur un suicide qui ramène le récit à son point de départ : la gare, le train, et la rencontre fatale entre Anna et Vronski.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations : des histoires de femmes (et d’hommes) aux prises avec leur époque, leur milieu ou leurs propres contradictions.


1. Madame Bovary (Gustave Flaubert, 1857)

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On rapproche souvent Anna Karénine et Emma Bovary — Tolstoï lui-même s’y est prêté, même s’il estimait son héroïne très supérieure à la « rêveuse de province » de Flaubert. Emma Rouault, fille de paysan élevée au couvent, a nourri son imaginaire de romans sentimentaux. Lorsqu’elle épouse Charles Bovary, officier de santé d’une médiocrité attendrissante, elle comprend vite que la vie conjugale en Normandie ne ressemblera jamais aux passions qu’elle a lues. Ses liaisons successives avec le cynique Rodolphe Boulanger puis le fade Léon Dupuis ne lui apportent qu’un répit éphémère, tandis que les dettes s’accumulent chez l’usurier Lheureux.

Mais le nerf du roman n’est pas seulement le destin d’Emma — c’est le regard sans merci que Flaubert pose sur l’ensemble de ses personnages. Personne n’est épargné : ni le pharmacien Homais et sa bêtise encyclopédique, ni les amants qui décampent dès que la situation se complique, ni Emma elle-même, dont l’idéalisme finit par se confondre avec de l’aveuglement. Le roman a valu à Flaubert un procès pour « outrage à la morale publique » — qu’il a gagné — et a légué à la langue française le mot « bovarysme » : cette tendance à se rêver une vie que le réel s’obstine à refuser. Après la tragédie d’Anna, l’insatisfaction chronique d’Emma offre un écho à la fois familier et troublant.


2. Effi Briest (Theodor Fontane, 1896)

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Grand classique de la littérature allemande — Thomas Mann le considérait comme le plus grand roman de cette tradition —, Effi Briest reste injustement méconnu en France. Effi a dix-sept ans lorsqu’elle épouse le baron Geert von Innstetten, ancien prétendant de sa propre mère, un homme de quarante ans aussi rigide que son code d’honneur. Installée dans la petite ville de Kessin, au bord de la Baltique, la jeune femme s’ennuie dans une maison à moitié vide, hantée par l’histoire d’un mystérieux Chinois dont le fantôme semble rôder. Elle entame une liaison sans grand amour avec le major Crampas, un séducteur de passage.

La singularité du roman tient à ce que la liaison elle-même est presque invisible dans le texte. Fontane escamote les scènes d’intimité et ne laisse filtrer l’adultère qu’à travers des indices, des rendez-vous manqués, des retours de promenade suspects. Sept ans plus tard, lorsque Innstetten découvre par hasard de vieilles lettres compromettantes, il ne ressent même plus de jalousie — mais les conventions exigent un duel, et le rituel social s’enclenche comme une mécanique absurde. Le baron tue Crampas, répudie Effi, lui retire leur fille Annie. Rejetée par la bonne société, puis par ses propres parents, Effi dépérit et meurt à vingt-neuf ans. Le roman se clôt sur une question que le père Briest adresse à sa femme, et qu’il préfère ne pas approfondir : dans quelle mesure sont-ils, eux, responsables du drame ?


3. Middlemarch (George Eliot, 1871-1872)

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Si Anna Karénine est un grand roman de la société russe, Middlemarch en est l’équivalent pour l’Angleterre provinciale des années 1830 — avec un humour plus acéré et une ironie qui n’épargne personne, pas même les personnages qu’on aime. George Eliot (pseudonyme masculin de Mary Anne Evans, adopté pour échapper à la condescendance réservée aux autrices de son époque) y suit plusieurs intrigues entrelacées dans une petite ville fictive des Midlands. Au centre, Dorothea Brooke, jeune femme éprise d’absolu et d’altruisme, épouse le révérend Casaubon, un érudit desséché qu’elle admire pour son intellect. Elle déchante vite : Casaubon est un puits de savoir stérile, incapable de mener à bien son grand projet de synthèse universelle, et surtout incapable de la moindre chaleur humaine.

En parallèle, le jeune médecin Tertius Lydgate, venu à Middlemarch pour y réformer la pratique médicale, s’engage dans un mariage désastreux avec la vaniteuse Rosamond Vincy, qui sabotera méthodiquement ses ambitions. Autour de ces deux couples gravitent des dizaines de personnages — le banquier Bulstrode et ses secrets, Fred Vincy et la sage Mary Garth, le cousin Will Ladislaw — qui forment une communauté où personne n’existe indépendamment des autres. Le sous-titre du roman, « Étude de la vie de province », dit l’essentiel : c’est un monde complet, où les mariages ratés, les héritages contestés et les réputations fragiles dessinent la comédie (et la tragédie) de l’ordinaire. Virginia Woolf voyait dans Middlemarch l’un des rares romans anglais écrits pour des adultes.


4. Tess d’Urberville (Thomas Hardy, 1891)

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Le sous-titre original de Tess d’UrbervilleA Pure Woman Faithfully Presented (« Une femme pure, fidèlement présentée ») — constituait à lui seul une provocation dans l’Angleterre victorienne. Tess Durbeyfield est une jeune paysanne du Wessex, ce comté fictif du sud de l’Angleterre où Hardy a situé presque tous ses romans. Lorsque son père, un charretier paresseux et volontiers ivre, apprend qu’il descend de l’illustre lignée normande des d’Urberville, il envoie Tess « réclamer sa parenté » auprès d’une riche famille du voisinage. Mais ces d’Urberville-là ont simplement acheté le nom ; et leur fils Alec, séducteur sans scrupules, abuse de Tess lors d’une nuit dans les bois.

L’enfant issu de cette violence meurt en bas âge. Tess tente de reconstruire sa vie et rencontre Angel Clare, fils de pasteur, lettré et pétri de principes, qui l’épouse. Mais lors de leur nuit de noces — l’une des scènes les plus cruelles du roman victorien —, Tess lui confie son passé, et Angel, incapable de concilier ses principes avec la réalité, l’abandonne. Hardy refuse de condamner son héroïne : c’est la société qui est coupable, avec son double standard moral qui pardonne tout aux hommes et rien aux femmes. Le roman se termine dans la violence, à Stonehenge, au petit matin — et Hardy n’accorde aucune consolation à personne. Roman Polanski en a tiré un film, Tess (1979), dédié à la mémoire de Sharon Tate.


5. Le Temps de l’innocence (Edith Wharton, 1920)

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Edith Wharton connaissait de l’intérieur le monde qu’elle décrit dans Le Temps de l’innocence : la haute bourgeoisie new-yorkaise des années 1870, un milieu aussi codifié qu’un ballet et aussi féroce qu’un tribunal. Newland Archer, jeune homme de bonne famille, est fiancé à la respectable May Welland — blonde, sportive, irréprochable et à peu près aussi surprenante qu’un emploi du temps. Tout bascule avec le retour d’Europe de la comtesse Ellen Olenska, cousine de May, séparée d’un mari violent dans des conditions jugées scandaleuses par le clan familial.

Newland est fasciné par Ellen : elle a vécu, elle pense par elle-même, elle a lu autre chose que des traités de bienséance. Mais entre la passion et la convention, Archer ne choisit jamais vraiment — et c’est précisément ce non-choix qui fait le sujet du livre. Wharton ne raconte pas un adultère : elle raconte une libération avortée, étouffée dans l’œuf par les dîners, les loges à l’opéra et les arrangements silencieux d’une tribu qui protège les siens — et les enferme. Le dénouement, situé des décennies plus tard, est l’un des plus poignants du roman américain : un homme vieilli, assis devant l’immeuble d’Ellen à Paris, qui mesure enfin ce que lui a coûté le confort d’une vie conforme. Wharton a reçu pour ce livre le prix Pulitzer en 1921, première femme à obtenir cette distinction.


6. La Guerre et la Paix (Léon Tolstoï, 1865-1869)

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Lire Anna Karénine sans passer par La Guerre et la Paix, c’est un peu comme visiter Florence sans mettre les pieds aux Offices. Premier grand roman de Tolstoï, ce livre de plus de mille cinq cents pages suit trois familles de l’aristocratie russe — les Bolkonski, les Rostov et les Bézoukhov — à travers les guerres napoléoniennes, de 1805 à 1812, avec un épilogue qui pousse jusqu’en 1820. Le prince André Bolkonski, officier désabusé, cherche la gloire sur les champs de bataille et découvre qu’elle est creuse. Pierre Bézoukhov, héritier maladroit qui ne sait que faire de lui-même, erre de la franc-maçonnerie aux salons, du front à la captivité. Natacha Rostov, elle, ne cherche rien : elle est tout entière dans l’instant — au bal, à la chasse, dans l’amour — et c’est la guerre et les deuils qui finiront par lui donner de la profondeur sans éteindre son élan.

Là où Anna Karénine se concentre sur la sphère intime — le couple, l’adultère, le prix de la transgression —, La Guerre et la Paix embrasse l’Histoire elle-même. Tolstoï y développe une théorie provocatrice : les « grands hommes » ne décident de rien ; Napoléon croit diriger la bataille de Borodino, mais ses ordres arrivent trop tard et le chaos règne. À l’inverse, le vieux Koutouzov, qui somnole pendant les conseils de guerre, laisse les événements suivre leur cours — et c’est lui qui gagne. Le roman passe d’une charge de cavalerie à un bal de débutante, d’un conseil de guerre à une partie de chasse sur les terres des Rostov, sans qu’aucune couture ne soit visible.


7. Le Docteur Jivago (Boris Pasternak, 1957)

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La Guerre et la Paix couvrait la Russie des guerres napoléoniennes, Anna Karénine celle des années 1870 ; Le Docteur Jivago prend le relais au XXᵉ siècle, de la révolution de 1905 à l’après-guerre. Iouri Jivago, orphelin devenu médecin et poète, traverse les bouleversements de son époque sans jamais y adhérer ni s’en détourner complètement. Marié à Tonia Groméko, il retrouve sur un champ de bataille de la Première Guerre mondiale Lara Guichard, une femme marquée par un passé douloureux — séduite adolescente par l’avocat Komarovski, prédateur mondain — et devenue infirmière pour retrouver son mari disparu au front. Leur histoire d’amour, impossible et récurrente, les réunit et les sépare au gré de la guerre civile, des famines et des purges.

Boris Pasternak a achevé le roman en 1955, mais l’Union soviétique en a interdit la publication. Le manuscrit a franchi clandestinement la frontière pour paraître en Italie chez Feltrinelli en 1957 — la CIA elle-même a participé à sa diffusion, car elle y voyait une arme de guerre froide culturelle. L’attribution du prix Nobel de littérature à Pasternak en 1958 a provoqué la fureur du Parti, et l’auteur a été contraint de refuser la récompense. Mais le roman dépasse de loin la polémique politique : c’est le récit d’un homme qui tente de rester lui-même pendant que l’Histoire piétine tout autour de lui, porté par des descriptions de la Sibérie et de l’Oural qui comptent parmi les plus belles de la littérature russe. On y retrouve le souffle des grands romans russes — les destins individuels emportés par les soubresauts du siècle —, transposé dans une époque où la foi dans le progrès a viré au cauchemar.


8. Portrait de femme (Henry James, 1881)

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Henry James, ami de Tourgueniev et admirateur de Flaubert, a bâti Portrait de femme à partir d’une vision simple : une jeune Américaine, Isabel Archer, intelligente, libre, idéaliste, débarque en Europe. Qu’adviendra-t-il d’elle ? Accueillie en Angleterre par sa tante, Mrs. Touchett, dans le vieux manoir de Gardencourt au bord de la Tamise, Isabel refuse d’abord toutes les propositions qui s’offrent à elle : Lord Warburton, aristocrate accompli, et Caspar Goodwood, industriel américain tenace. Son cousin Ralph, malade et clairvoyant, convainc son père de lui léguer une fortune, persuadé que l’argent lui donnera les ailes qu’elle mérite.

C’est l’inverse qui se produit. La fortune attire l’intrigante Madame Merle, qui pousse Isabel dans les bras de Gilbert Osmond, un esthète sans le sou, collectionneur d’objets rares et d’êtres humains. Le mariage révèle un homme froid, manipulateur, qui veut faire d’Isabel un bibelot de plus dans sa vitrine. La prise de conscience est lente, douloureuse, et culmine dans un long chapitre sans action, entièrement intérieur, où Isabel, assise au coin du feu, comprend enfin l’étendue du piège. James ne propose pas de happy end : la dernière page laisse Isabel sur le seuil d’une porte, fidèle à ses principes mais privée de ses illusions. C’est le roman de la liberté gâchée par la naïveté — et, comme chez Tolstoï, celui d’une femme dont l’intelligence ne suffit pas à la protéger des gens qui l’entourent.