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Que lire après « L'amie prodigieuse » d'Elena Ferrante ?

Que lire après « L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante ?

L’amie prodigieuse est une tétralogie d’Elena Ferrante publiée entre 2011 et 2014, vendue à plus de quinze millions d’exemplaires dans le monde. Sur six décennies, la saga retrace l’amitié tumultueuse d’Elena Greco et Raffaella Cerullo dans un quartier pauvre de Naples.

Classée au premier rang des meilleurs livres du XXIe siècle par le New York Times en 2024, elle a aussi été adaptée en série par HBO et la RAI. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques romans du même acabit.


1. La vie mensongère des adultes (Elena Ferrante, 2020)

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Naples, années 1990. Giovanna a douze ans lorsqu’elle surprend son père dire qu’elle ressemble de plus en plus à sa tante Vittoria, une femme que la famille tient à distance depuis des années. Cette phrase, reçue comme une gifle, pousse l’adolescente à retrouver cette tante sulfureuse et à découvrir, quartier après quartier, un Naples que ses parents lui avaient dissimulé.

Le roman reprend les grands motifs de la saga napolitaine — les mensonges familiaux, la fracture entre Naples-le-haut et Naples-le-bas, l’émancipation par la lucidité — mais les resserre autour d’un seul fil : le passage de l’enfance à l’âge adulte. L’écriture, plus sèche que dans L’amie prodigieuse, avance au rythme des désillusions de Giovanna.


2. La Malnata (Beatrice Salvioni, 2023)

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Monza, 1935. Francesca, fille de la bourgeoisie locale, se lie d’amitié avec Maddalena, surnommée « la Malnata » — la mal-née — par le voisinage. L’une est docile et protégée ; l’autre, fille d’ouvrier, refuse les règles que le régime fasciste impose aux femmes. Leur lien, aussi intense que celui d’Elena et Lila, devient un acte de résistance silencieuse dans une Italie en marche vers la guerre d’Abyssinie.

Premier roman de Beatrice Salvioni, publié simultanément dans vingt-huit pays, La Malnata partage avec la saga de Ferrante la structure du duo féminin asymétrique : deux filles que tout sépare socialement, unies par une admiration réciproque et une rivalité sourde. Le contexte historique — la montée du fascisme, le conformisme provincial — fonctionne ici comme un étau qui donne à cette amitié sa dimension politique.


3. D’acier (Silvia Avallone, 2010)

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Piombino, Toscane, été 2001. Anna et Francesca ont treize ans, grandissent dans un quartier HLM à l’ombre de l’aciérie qui fait vivre — et mourir — toute la ville. Leur amitié, charnelle et exclusive, est le seul espace de liberté dans un quotidien de violence domestique, de pères alcooliques et de mères résignées.

Comme L’amie prodigieuse, le roman de Silvia Avallone ancre un duo féminin dans un territoire industriel en déclin. Mais là où Ferrante couvre six décennies, Avallone condense tout en un seul été : celui où l’enfance bascule. L’aciérie n’est pas un simple décor ; elle impose son rythme, sa chaleur, sa brutalité aux corps et aux destins. Premier roman de l’autrice, D’acier a été vendu à plus de 350 000 exemplaires en Italie et adapté au cinéma par Stefano Mordini en 2012.


4. L’art de la joie (Goliarda Sapienza, 2005)

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Sicile, 1900. Modesta naît dans la misère et traverse le XXe siècle avec une détermination farouche : celle de ne jamais renoncer à la joie, au désir et à la pensée libre. Sur près de huit cents pages, le roman suit cette femme insoumise — tour à tour paysanne, aristocrate, amante, antifasciste — qui refuse chaque étiquette que son époque tente de lui coller.

Goliarda Sapienza a travaillé à ce texte de 1967 à 1976 sans jamais trouver d’éditeur italien de son vivant. Le manuscrit, publié à titre posthume, a d’abord été reconnu en Allemagne et en France avant de conquérir l’Italie. Il y a, entre L’art de la joie et L’amie prodigieuse, une parenté évidente : même ancrage dans le sud de l’Italie, même souffle romanesque au long cours, même volonté de raconter l’émancipation féminine à travers l’Histoire.


5. Elles (Alba de Céspedes, 2022)

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Rome et Abruzzes, années 1940. Alessandra est une jeune femme tiraillée entre sa mère pianiste, son père distant et un pays qui s’enfonce dans la guerre. Sur près de six cents pages, Alba de Céspedes déploie un roman sur la condition féminine en Italie — le poids des conventions, la résistance politique, la quête d’une voix propre.

Publié pour la première fois en 1949 sous le titre Dalla parte di lei, le livre a longtemps été classé comme simple « roman d’amour » avant d’être réhabilité par Gallimard en 2022. Alba de Céspedes — intellectuelle, résistante, fondatrice de la revue Mercurio — est aujourd’hui considérée comme une devancière d’Elena Ferrante. On retrouve dans Elles la même attention aux structures de domination et le même regard sans complaisance sur les rapports entre hommes et femmes dans la société italienne.


6. Celle qui est revenue (Donatella Di Pietrantonio, 2018)

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Abruzzes, 1975. Une adolescente de treize ans est renvoyée sans explication chez sa famille biologique, dans un village rural et pauvre, après avoir grandi en ville chez des parents adoptifs. Celle que l’on surnomme « l’arminuta » — la revenue, en dialecte — doit apprendre à exister dans un monde dont elle ignore les codes, aux côtés de frères et sœurs qu’elle ne connaît pas.

Le roman de Donatella Di Pietrantonio, récompensé par le prix Campiello en 2017, rejoint la saga de Ferrante par sa manière de lier intime et social. Le déracinement de la protagoniste — arrachée à une classe pour être rendue à une autre — rappelle la tension qui structure tout L’amie prodigieuse : la conscience aiguë que l’on n’appartient jamais tout à fait au monde d’où l’on vient ni à celui vers lequel on s’élève.


7. Le Train des enfants (Viola Ardone, 2021)

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Naples, 1946. Amerigo a sept ans lorsque sa mère, trop pauvre pour le nourrir, le confie à l’un des « trains du bonheur » organisés par le Parti communiste italien. Il arrive à Modène, chez Derna, une femme du Nord qui lui fait découvrir l’abondance, l’école et le violon. Mais il faudra rentrer à Naples, et ce retour ne sera pas sans déchirements.

Ce programme historique, mal connu hors d’Italie, a concerné près de 70 000 enfants entre 1946 et 1952. Viola Ardone en fait la matière d’un roman d’apprentissage raconté à hauteur d’enfant, dans une langue simple et précise. Comme chez Ferrante, Naples est ici un personnage à part entière : la ville du manque, de l’attachement viscéral, du conflit permanent entre partir et rester. La deuxième partie du livre, située des décennies plus tard, prolonge le dilemme avec une gravité retenue.


8. Fabriquer une femme (Marie Darrieussecq, 2024)

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Pays basque, années 1980. Rose et Solange grandissent ensemble dans une amitié déséquilibrée qui va les accompagner jusqu’à l’âge adulte. L’une deviendra psychologue, l’autre actrice. Le roman suit leurs trajectoires sur fond d’années Mitterrand, d’épidémie de sida et de chute du mur de Berlin.

Vingtième roman de Marie Darrieussecq, Fabriquer une femme est celui qui se rapproche le plus du modèle de Ferrante : un duo féminin indissociable dont les destins divergent progressivement, ancré dans une époque et ses mutations. Mais là où Ferrante met en scène la violence de classe, Darrieussecq s’attache aux injonctions contradictoires qui pèsent sur les corps et les identités féminines. Le titre lui-même pose la question : que signifie devenir femme quand les modèles se dérobent ?


9. La huitième vie (Nino Haratischwili, 2017)

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Géorgie, de 1917 à 2007. Six générations d’une même famille traversent les soubresauts du XXe siècle — révolution bolchévique, terreur stalinienne, Seconde Guerre mondiale, chute de l’URSS, guerre civile géorgienne. Le fil conducteur : une recette de chocolat aux propriétés presque maléfiques, transmise de mère en fille.

Sur près de 1 200 pages, Nino Haratischwili — dramaturge géorgienne qui écrit en allemand — tisse une fresque où l’intime et l’historique ne se séparent jamais. La narratrice, Niza, raconte l’histoire de sa lignée à sa nièce Brilka, dans un geste de transmission qui rappelle celui d’Elena Greco dans L’amie prodigieuse. Les femmes de cette saga subissent l’Histoire mais s’efforcent de la survivre. Le souffle romanesque, l’ampleur chronologique et la galerie de personnages féminins font de ce livre un pendant caucasien à la tétralogie napolitaine.


10. Le pays des autres (Leïla Slimani, 2020)

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Meknès, Maroc, 1946. Mathilde, jeune Alsacienne, épouse Amine, soldat marocain rencontré pendant la Libération. Elle le suit au Maroc, sur une terre aride qu’il faut défricher, dans une société dont elle ne maîtrise ni la langue ni les codes. Autour d’eux, la lutte pour l’indépendance gronde.

Premier tome d’une trilogie inspirée de l’histoire des grands-parents de Leïla Slimani, Le pays des autres aborde le couple mixte, la décolonisation et la condition féminine avec une précision quasi documentaire. Comme dans L’amie prodigieuse, le destin individuel est inséparable du contexte politique : chaque choix intime — rester, partir, se taire, résister — prend son sens dans l’Histoire en cours.

L’écriture de Slimani, nette et sans fioritures, donne à ses personnages une épaisseur qui dépasse le cadre du récit familial. La trilogie se poursuit avec Regardez-nous danser (2022) et s’achève avec J’emporterai le feu (2025).


11. Mon amie de plume (Yiyun Li, 2025)

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France rurale, années 1950. Agnès et Fabienne grandissent dans un village de l’après-guerre. Fabienne, insoumise et imaginative, entraîne la discrète Agnès dans un projet fou : écrire un livre à deux. Le manuscrit est publié sous le seul nom d’Agnès, qui connaît un succès immédiat. La trahison qui en découle brise leur lien. Des décennies plus tard, à l’annonce de la mort de Fabienne, Agnès revient sur cette amitié.

Lauréat du PEN/Faulkner Award, ce roman de Yiyun Li — autrice sino-américaine installée à Princeton — porte en lui un écho net de la saga de Ferrante : deux filles que sépare un rapport asymétrique au talent et à la reconnaissance, la question de savoir à qui appartient une histoire. L’écriture, sobre et ciselée, préfère les silences aux éclats. Le regard est celui d’une narratrice hantée par une absence, comme Elena Greco l’était par celle de Lila.

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