1Q84 est le douzième roman de Haruki Murakami, publié en trois tomes entre 2009 et 2010 au Japon, puis en 2011 et 2012 en France chez Belfond. On y suit les destins croisés de Tengo et Aomamé dans un Tokyo de 1984 où la réalité se dédouble : un monde parallèle éclairé par deux lunes, hanté par une secte et par d’énigmatiques « Little People ».
Le roman croise thriller, histoire d’amour et fantastique, et constitue à ce jour l’un des plus grands succès de librairie de l’auteur japonais. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Kafka sur le rivage (Haruki Murakami, 2002)

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Kafka Tamura, quinze ans, fuit Tokyo et la malédiction proférée par son père — une réécriture du mythe d’Œdipe transposée dans le Japon contemporain. En parallèle, le vieux Nakata, amnésique et analphabète mais doté du don de parler aux chats, prend la route vers l’ouest sans savoir ce qui l’attend. Leurs trajectoires convergent à Takamatsu, dans une bibliothèque mystérieuse dirigée par l’insaisissable Mademoiselle Saeki.
Le roman repose sur une alternance de chapitres où le réalisme le plus quotidien côtoie des événements surnaturels — pluies de poissons, forêts qui avalent les hommes, frontières poreuses entre le monde des vivants et celui des morts. L’atmosphère onirique et la structure en récits parallèles rappellent directement 1Q84. Murakami y déploie ses obsessions récurrentes — la solitude, la musique, la violence souterraine — avec une liberté narrative qui en fait l’un de ses romans les plus ambitieux.
2. La Cité aux murs incertains (Haruki Murakami, 2023)

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Un adolescent de dix-sept ans tombe amoureux d’une jeune fille qui lui parle d’une cité étrange, entourée de murs infranchissables, où l’on perd son ombre en y pénétrant. Quand elle disparaît, il la suit dans ce lieu hors du temps et y devient « liseur de rêves anciens » dans une bibliothèque où les vieux rêves sont conservés dans des crânes de licorne. Cette première partie, mélancolique et feutrée, laisse place à un retour dans le monde réel, où le narrateur dirige une petite bibliothèque de campagne peuplée de personnages excentriques.
Ce roman, en gestation depuis quarante ans (il reprend et réécrit La Fin des temps, publié en 1985), condense tous les motifs de l’univers murakamien : la frontière poreuse entre rêve et réalité, la quête identitaire, l’amour impossible, la mélancolie du temps qui passe. C’est aussi un hommage appuyé aux livres eux-mêmes et à celles et ceux qui les gardent — une ode à la lecture comme refuge face à l’étrangeté du monde.
3. Cristallisation secrète (Yōko Ogawa, 1994)

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Sur une île sans nom, les choses disparaissent. Non pas physiquement, mais de la mémoire collective : un matin, les habitants ne savent plus ce qu’est un parfum, un oiseau, une photographie. Ils se débarrassent alors des objets devenus incompréhensibles — roses jetées à la rivière, livres brûlés dans de grands autodafés.
Seuls quelques individus conservent leurs souvenirs intacts, et sont traqués pour cela par une police secrète impitoyable. La narratrice, romancière de métier, assiste avec une docilité troublante à l’érosion de son propre monde. Quand son éditeur s’avère être l’un de ceux qui se souviennent, elle le cache dans une pièce secrète de sa maison.
Yōko Ogawa construit une allégorie du totalitarisme d’une douceur glaçante : pas de cris, pas de révolte spectaculaire, mais un effacement progressif qui rend le récit d’autant plus oppressant. Les lecteur·ices de 1Q84 retrouveront ici cette même sensation d’un réel qui se dérobe sous les pieds.
4. La Végétarienne (Han Kang, 2007)

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Yŏnghye, femme ordinaire aux yeux de son mari, se réveille une nuit et vide le réfrigérateur de toute viande. Ce refus, né d’un rêve sanglant, déclenche une réaction en chaîne au sein de sa famille et de la société coréenne. Le roman se déploie en trois parties, chacune narrée par un regard différent — le mari, le beau-frère artiste, la sœur aînée — tandis que Yŏnghye elle-même reste muette, de plus en plus absente.
Han Kang ne signe pas un plaidoyer pour le végétarisme : le refus de la chair est ici le détonateur d’une réflexion sur la violence ordinaire, sur le poids des conventions et sur ce qui arrive lorsqu’un individu refuse, silencieusement mais absolument, de se conformer. La transformation de Yŏnghye — qui aspire à devenir végétale, à s’enraciner — tient à la fois de la fable et du cauchemar.
La prose de Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, rappelle par sa précision poétique et par ses glissements entre satire sociale et conte fantastique les premiers romans de Murakami.
5. Auprès de moi toujours (Kazuo Ishiguro, 2005)

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Kathy, Ruth et Tommy ont grandi à Hailsham, un pensionnat idyllique niché dans la campagne anglaise. Les enfants y sont choyés, encouragés à créer — dessins, poèmes, sculptures — et protégés du monde extérieur. Mais des fêlures apparaissent très tôt : des mots que les « gardiens » ne prononcent jamais, des visites inexpliquées de la mystérieuse « Madame » qui emporte leurs créations, des rumeurs que personne n’ose formuler.
Ishiguro procède par touches impressionnistes, laissant la vérité se deviner avant de se confirmer : ces enfants sont des clones, élevés dans le seul but de donner leurs organes. La force du roman tient à ce qu’il ne dénonce pas — il montre. La résignation de Kathy, sa douceur, sa façon de raconter ses souvenirs comme si tout cela était normal, est bien plus dévastatrice qu’un cri de révolte. Les lecteur·ices de 1Q84 trouveront ici la même manière de construire un monde en apparence familier dont l’inquiétante étrangeté ne se révèle que par fragments.
6. Cartographie des nuages (David Mitchell, 2004)

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Six récits imbriqués les uns dans les autres, du Pacifique Sud en 1849 à un futur post-apocalyptique, en passant par la Belgique des années 1930, la Californie des années 1970, l’Angleterre contemporaine et une Corée dystopique. Chaque histoire est interrompue en son milieu par la suivante ; la seconde moitié du roman les reprend dans l’ordre inverse, formant une architecture en miroir inspirée d’un sextuor musical.
Les récits sont reliés par des échos discrets — une tache de naissance, un manuscrit retrouvé, une composition musicale intitulée Cartographie des nuages — qui dessinent un motif récurrent : celui de la domination des forts sur les faibles, de la prédation comme constante de l’histoire humaine.
David Mitchell change de registre et de style à chaque section avec une virtuosité impressionnante. Le roman a été adapté au cinéma en 2012 par les Wachowski et Tom Tykwer, et reste l’une des constructions narratives les plus audacieuses de la littérature contemporaine.
7. La Mer de la tranquillité (Emily St. John Mandel, 2022)

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En 1912, un jeune Anglais exilé au Canada entend dans une forêt de l’île de Vancouver un air de violon accompagné d’un bruit mécanique inexplicable. En 2020, une écrivaine en tournée de promotion vit le début d’une pandémie. En 2203, une romancière s’apprête à partir en tournée depuis une colonie lunaire quand une épidémie éclate. En 2401, un enquêteur de l’Institut du Temps est chargé de remonter le fil de ces anomalies temporelles et de déterminer si le monde n’est qu’une simulation.
Emily St. John Mandel emprunte à David Mitchell sa structure en récits emboîtés, mais l’oriente vers une tonalité plus intime et mélancolique. Les personnages, déplacés d’une époque à l’autre, partagent tous un même sentiment de décalage avec le monde qui les entoure — un motif qui résonne avec les héros de Murakami. Le roman est remarquable par sa concision (moins de 300 pages) et par l’élégance avec laquelle il articule science-fiction, réflexion métaphysique et émotion.
8. Piranèse (Susanna Clarke, 2020)

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Le narrateur, surnommé Piranèse, habite un lieu qu’il appelle la Maison : un labyrinthe de vestibules et de salles ornées de milliers de statues, dont les niveaux inférieurs sont envahis par un océan et les étages supérieurs noyés dans les nuages. Il y recense méthodiquement les marées, les oiseaux, les squelettes de treize défunts — et rend visite deux fois par semaine à l’Autre, le seul être vivant qu’il connaisse.
Quand des indices suggèrent l’existence d’une troisième personne, Piranèse commence à douter de tout ce qu’il sait. La lecture de ses propres journaux révèle des entrées dont il n’a aucun souvenir, et la mécanique de l’emprise qui le retient prisonnier se dévoile avec une force croissante.
Inspiré des gravures de prisons imaginaires de Giovanni Battista Piranesi et salué par le Women’s Prize for Fiction 2021, ce roman est un labyrinthe littéraire au sens propre : une méditation lumineuse sur la mémoire, la manipulation et la beauté obstinée du monde.
9. Les Quinze premières vies d’Harry August (Claire North, 2014)

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Harry August meurt. Puis il renaît en 1919, au même endroit, dans les mêmes circonstances — avec tous les souvenirs de sa vie précédente. Il n’est pas le seul dans ce cas : il existe un réseau clandestin de « kalachakras » ou « ouroboriens », le Cercle Cronus, qui relie ces êtres pris dans une boucle temporelle et leur permet de transmettre des messages du futur vers le passé, d’enfant à vieillard, à travers les générations.
Au crépuscule de sa onzième vie, une fillette apparaît à son chevet pour lui délivrer un avertissement : la fin du monde se rapproche, vie après vie, et quelqu’un en est responsable. S’ensuit un duel intellectuel avec un autre ouroborien dont l’amitié se transforme en menace existentielle.
Claire North bâtit une intrigue dense et exigeante qui interroge le libre arbitre, la responsabilité morale et les limites de la connaissance. Le roman séduira les lecteur·ices de 1Q84 par sa manière de faire du temps un territoire aussi mouvant qu’incertain.