Entre avril 1764 et juin 1767, un animal non identifié sème la mort dans le Gévaudan, vaste territoire montagneux du Massif central qui correspond à l’actuel département de la Lozère et au sud de la Haute-Loire. La bête — c’est le nom que lui donnent les contemporains — s’en prend aux femmes, aux enfants, aux bergers isolés sur les pâturages de la Margeride et de l’Aubrac. Les victimes se comptent par dizaines : au minimum 80 à 130 morts, et des centaines de blessé·es. L’animal cible la tête et le cou, paraît résister aux coups de feu, ne craint pas la présence de groupes armés. Le roi Louis XV dépêche successivement ses meilleurs chasseurs — le normand Denneval, réputé le plus grand louvetier du royaume, puis François Antoine, son porte-arquebuse personnel (c’est-à-dire le responsable de ses armes de chasse) —, mais les battues gigantesques, qui mobilisent parfois plusieurs milliers de rabatteurs, échouent les unes après les autres. L’affaire est embarrassante : le roi le plus puissant d’Europe se révèle incapable de protéger ses propres sujets contre un animal.
En septembre 1765, Antoine abat un grand loup sur le domaine de l’abbaye des Chazes et l’envoie empaillé à Versailles. La cour s’empresse de proclamer la fin de l’affaire. Les attaques cessent d’ailleurs pendant quelques semaines, ce qui semble confirmer le succès. Mais les massacres reprennent dès décembre 1765 — preuve que le loup tué par Antoine n’était pas, ou pas seul, responsable des carnages. Cette fois, la cour et la presse nationale se désintéressent du Gévaudan. C’est dans l’indifférence générale qu’un modeste paysan, Jean Chastel, met à mort la bête le 19 juin 1767 dans le bois de la Ténazeyre. La dépouille est envoyée à Versailles, mais le trajet dure plusieurs jours en plein été : quand elle arrive, la carcasse est dans un tel état de putréfaction qu’on ne peut que l’enterrer, sans naturalisation ni examen approfondi. Après la mort de la bête, plus aucune attaque n’est signalée dans la région — mais personne n’a jamais pu déterminer avec certitude ce qu’elle était.
Depuis, les hypothèses se multiplient : loup anthropophage, hybride de chien et de loup, hyène échappée d’une ménagerie, voire animal dressé par un criminel. L’affaire est devenue l’une des plus fameuses énigmes de l’histoire de France, qui continue d’alimenter livres, documentaires et fictions — des gravures du XVIIIe siècle au film Le Pacte des loups de Christophe Gans (2001). Voici les principaux ouvrages qui lui sont consacrés.
1. La Bête du Gévaudan : Mythe et réalités (Jean-Marc Moriceau, 2008)

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Professeur émérite à l’université de Caen-Normandie et président de l’Association d’histoire des sociétés rurales, Jean-Marc Moriceau est le principal historien universitaire à s’être emparé de l’affaire du Gévaudan. Avant de s’y consacrer, il avait publié Histoire du méchant loup. 3 000 attaques sur l’homme en France (XVe–XXe siècle) (2007), un ouvrage dans lequel il établissait, preuves d’archives à l’appui, que certains loups de la France d’Ancien Régime avaient bel et bien tué et dévoré des êtres humains — un fait longtemps contesté par les défenseurs du loup. Ici, il resserre l’enquête sur les trois années de terreur du Gévaudan. Moriceau a travaillé plus de dix ans dans les fonds d’archives de la Lozère, de la Haute-Loire, du Cantal, du Puy-de-Dôme et de l’Hérault — les cinq départements touchés par les attaques — ainsi qu’aux Archives nationales à Paris. Il s’appuie aussi sur la base de données de son propre site, Homme et loup, 2 000 ans d’histoire, qui recense plus de 3 500 cas documentés d’attaques de loups sur l’homme en France.
Moriceau ne laisse aucune place au doute : la bête du Gévaudan relève de Canis lupus. Il s’agit, selon lui, d’un ou de plusieurs grands loups devenus anthropophages — c’est-à-dire ayant pris l’habitude de s’attaquer à l’homme plutôt qu’au bétail — et dont le profil est cohérent avec celui d’autres « bêtes féroces » signalées dans d’autres régions françaises à la même époque. Moriceau reconstitue la chronologie des attaques au jour le jour, croise les témoignages des curés de paroisse, des subdélégués de l’intendance (les représentants locaux du pouvoir royal) et des intendants de province, et replace l’affaire dans le contexte d’une France rurale profonde, pauvre et sous-administrée, où de jeunes enfants gardent seuls le bétail dans des pâturages isolés — proies faciles pour un prédateur opportuniste. Il s’appuie notamment sur la longue lettre du subdélégué Étienne Lafont à l’intendant de Languedoc, dans laquelle les témoins affirment avoir observé l’animal « de fort près » et n’y avoir vu « qu’un loup secondé vraisemblablement par d’autres ».
Certain·es lui reprochent d’écarter trop rapidement les éléments qui résistent à cette lecture : le comportement atypique de la bête (son absence de crainte des hommes armés, sa capacité à disparaître pendant des semaines puis à frapper à des dizaines de kilomètres de distance), les cas de victimes retrouvées décapitées ou dévêtues — ce que le loup ne fait jamais —, et surtout l’unanimité des témoins oculaires à décrire un animal qui ressemblait à un loup sans en être tout à fait un : tête jugée « monstrueuse », marque blanche au poitrail, oreilles anormalement longues, pattes avant couleur de chevreuil. Ces objections n’y changent rien : par l’ampleur de sa documentation et la rigueur de sa méthode, c’est la référence académique incontournable sur le sujet.
2. La Bête du Gévaudan : véritable fléau de Dieu (abbé Pierre Pourcher, 1889)

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C’est la pierre d’angle de toute la bibliographie sur la bête. En 1889, l’abbé Pierre Pourcher, curé de Saint-Martin-de-Boubaux en Lozère, imprime lui-même sur sa propre presse, à son domicile, un volume monumental de plus de mille pages dans un format de poche (le « in-12 », d’environ 14 × 10 cm, qui donne un objet étonnamment épais), tiré à un nombre infime d’exemplaires — peut-être cent ou deux cents — sur un papier de médiocre qualité. Pourcher y a rassemblé, avec une patience considérable, tous les documents d’époque qu’il a pu réunir à la Bibliothèque nationale, aux archives de l’Hérault et auprès des érudits locaux : lettres de l’intendant, rapports des chasseurs royaux, actes de sépulture, instructions de l’évêque de Mende au clergé de son diocèse, articles de la Gazette de France. Le plus vaste recueil de sources d’époque — c’est-à-dire de documents produits au moment même des événements, par opposition aux interprétations ultérieures — jamais publié sur l’affaire, et qui le reste à ce jour.
L’interprétation que Pourcher fait de ces documents est, elle, inséparable de sa foi. Pour cet ecclésiastique, la bête est un fléau envoyé par Dieu pour punir l’impiété des habitants du Gévaudan : Dieu « se sert des plus petites choses pour punir l’orgueil de l’homme ». Cette lecture théologique, propre à un curé de campagne de la fin du XIXe siècle, ne résiste guère à l’examen rationnel. Pourcher reconnaît d’ailleurs lui-même, avec une franchise qui l’honore, que les « bêtes » abattues en Gévaudan tiennent davantage du loup que du diable. C’est là tout le paradoxe : la grille d’interprétation de l’auteur a vieilli, mais la masse de documents qu’il a exhumés garde une valeur irremplaçable. Quiconque veut étudier la période 1764-1767 doit passer par Pourcher — non pour épouser sa thèse, mais pour accéder aux sources qu’il a patiemment compilées. Réédité en fac-similé à plusieurs reprises (2000, 2006).
3. La Bête du Gévaudan (abbé François Fabre, 1901)

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Né à Saugues en 1854, l’abbé François Fabre est le second pilier de l’historiographie de la bête. Passionné d’archives locales — celles de la collégiale Saint-Médard, de l’hôpital Saint-Jacques, de la municipalité de Saugues —, il découvre aux archives de Clermont-Ferrand une série de documents qui avaient échappé à Pourcher, notamment sur les chasses menées en province d’Auvergne. Il les publie dès 1901 dans un premier ouvrage, rapidement épuisé, puis en propose une édition augmentée en 1930, à l’initiative d’André Mellerio, qui y ajoute un complément historique et une notice iconographique. C’est cette version, rééditée en 2002 par Jean Richard — animateur du musée de la Bête à Saugues — avec un tableau chronologique des victimes et une bibliographie exhaustive, qui circule aujourd’hui.
Fabre procède en chroniqueur : il reconstitue la traque pas à pas, confronte les correspondances officielles, reproduit les courriers échangés entre les différents protagonistes de l’affaire — intendants, subdélégués, officiers de louveterie (les fonctionnaires chargés de la destruction des loups), évêque de Mende. Contrairement à Pourcher, il s’abstient de toute envolée théologique. Sa conviction personnelle — la bête serait un ou plusieurs loups devenus anthropophages — n’est pas étayée par un argumentaire serré, et Fabre a la sagesse de ne pas orienter son lecteur·ice vers une conclusion définitive. Il en résulte une mise à plat factuelle des événements, sans prise de parti dogmatique, à partir de laquelle chacun·e peut se forger sa propre lecture. Avec Pourcher, Fabre forme le socle documentaire sur lequel tous les auteurs ultérieurs se sont appuyés.
4. La Bête du Gévaudan : L’innocence des loups (Michel Louis, 1992)

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Michel Louis est l’homme qui a fait basculer le débat. Fondateur et directeur du parc zoologique d’Amnéville (Moselle), il aborde l’affaire non en historien mais en spécialiste des grands prédateurs — et c’est cette perspective zoologique qui donne à sa thèse son caractère singulier. Publié en 1992 dans la collection « Vérités et légendes » chez Perrin, le bouquin a connu un succès durable (rééditions en 1997, 2000, 2003 et 2011) et un net regain de notoriété après la sortie du film Le Pacte des loups en 2001 : le scénariste Stéphane Cabel s’est en partie appuyé sur la thèse de Michel Louis pour construire l’intrigue du film, qui met en scène un animal dressé pour tuer, protégé par une cuirasse et manipulé par un complot aristocratique.
L’argument central tient en une formule : le loup est innocent. Selon Michel Louis, le comportement de la bête — son audace face aux groupes armés, son absence totale de crainte de l’homme, ses attaques ciblées sur la tête — ne correspond en rien à l’éthologie du loup, animal naturellement farouche. Il avance que derrière la « bête » se cacherait un hybride de chien et de loup, dressé pour tuer et équipé d’une protection en cuir — une sorte d’armure cousue sur le corps de l’animal, qui expliquerait à la fois son aspect inhabituel (un pelage d’apparence bizarre, une silhouette que personne ne reconnaît) et sa résistance apparente aux balles. L’auteur désigne deux responsables : Antoine Chastel — fils de Jean, celui-là même qui finira par abattre la bête en 1767 — et le comte Jean-François de Morangiès, un noble local que Michel Louis dépeint comme un personnage violent et pervers. La seconde partie fonctionne comme une enquête policière, où l’auteur accumule indices et présomptions pour étayer ce scénario criminel.
Les historiens n’ont cependant jamais validé cette thèse, faute de preuves documentaires. Les accusations contre Morangiès et Antoine Chastel reposent en grande partie sur la tradition orale et sur des déductions que certain·es jugent fragiles. Jean Richard, président de l’association du musée de la Bête à Saugues, a contesté ces accusations ; Moriceau, de son côté, rappelle que Morangiès participait aux battues et était bien vu de la population — un portrait sensiblement différent de celui qu’en dresse Michel Louis. L’ouvrage a néanmoins joué un rôle décisif : il a contraint les tenants de la thèse du loup à préciser leurs arguments, et il a posé la question — toujours irrésolue — qui hante l’affaire depuis l’origine : un être humain a-t-il pu se cacher derrière la bête ?
5. Gévaudan : petites histoires de la grande bête (Benoît Baud’huin et Alain Bonet, 2018)

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Préfacé par Alexandre Astier (le créateur de Kaamelott), cet ouvrage inverse les priorités : là où la plupart des études se concentrent sur l’identité de la bête ou sur les rivalités entre chasseurs, Baud’huin et Bonet choisissent de raconter l’affaire du point de vue des victimes. Alain Bonet, qui mène des recherches sur le sujet depuis 2001, est l’auteur de la « chronodoc » — une base de données en ligne qui rassemble la plus vaste documentation en accès libre sur l’affaire, consultée et citée par de nombreux chercheurs. Vétérinaire de formation et fin connaisseur de la chasse, Benoît Baud’huin a pour sa part arpenté les archives locales et les lieux mêmes des attaques, où il a mis au jour des témoignages inédits ou peu connus.
Agression par agression, nom par nom, les deux auteurs reprennent les sources avec une rigueur critique, sans interprétation imposée. Ils reconstituent les circonstances de chaque attaque, redonnent une identité et un contexte aux bergers, aux enfants, aux femmes qui ont affronté la bête — parfois avec un courage remarquable. On apprend par exemple que des groupes de jeunes pâtres, armés de bâtons ferrés et de baïonnettes de fortune, ont repoussé l’animal à plusieurs reprises au péril de leur vie. L’attachement des auteurs pour ce petit peuple du Gévaudan — paysans, bergers, villageoises — transparaît à chaque page, sans jamais verser dans le sentimentalisme. Ce sont des gens dont la seule trace dans l’histoire tient à leur rencontre avec la bête, et dont personne, avant Baud’huin et Bonet, n’avait pris la peine de raconter la vie.
6. La Bête des Cévennes et la Bête du Gévaudan en 50 questions (Jean-Paul Chabrol, 2018)

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Professeur agrégé d’histoire et spécialiste des Cévennes et de la Lozère, Jean-Paul Chabrol adopte une approche comparative. Il met en regard la célèbre bête du Gévaudan (1764-1767) avec un épisode bien moins connu : la bête des Cévennes, qui a sévi entre 1809 et 1817 dans le sud du même territoire. Les deux affaires présentent des similitudes frappantes — attaques ciblées sur les femmes et les enfants, échec répété des battues, panique collective — mais la mémoire qu’elles ont laissée est radicalement inégale : la première est devenue un mythe planétaire, la seconde est tombée dans l’oubli. Pourquoi ? Chabrol avance que la bête du Gévaudan a bénéficié (si l’on ose dire) d’une conjonction de facteurs médiatiques et politiques : la couverture de la Gazette de France et du Courrier d’Avignon, l’implication personnelle du roi, l’humiliation de la couronne. La bête des Cévennes, elle, est survenue sous l’Empire puis la Restauration — une époque où il n’y avait plus de monarque absolu à ridiculiser, plus de presse d’Ancien Régime pour amplifier le scandale, et où les autorités locales ont géré l’affaire sans qu’elle remonte jusqu’à Paris.
Le format en 50 questions-réponses rend la lecture accessible sans sacrifier la rigueur de l’analyse. Chabrol aborde la chronologie des attaques, le profil des victimes, les moyens de défense de la population, le rôle de la presse, et restitue le contexte politique, civil et ecclésiastique du Gévaudan au XVIIIe siècle — un aspect trop souvent négligé dans les études antérieures. Il consacre également des pages à ce que les spécialistes appellent la « légende noire » des Chastel : l’ensemble des soupçons, alimentés par la tradition orale puis par des auteurs comme Michel Louis, selon lesquels la famille Chastel — et en particulier Antoine, le fils du tueur de la bête — aurait été impliquée dans les massacres. Chabrol, comme Moriceau, conclut à la responsabilité du loup, ce qui lui vaut les mêmes objections — mais la comparaison entre les deux affaires renouvelle un dossier que l’on croyait épuisé, en montrant que la fabrication d’une légende tient autant aux circonstances médiatiques et politiques qu’à la réalité des faits.
7. La Bête du Gévaudan à travers 250 ans d’images (Éric Mazel et Pierre-Yves Garcin, 2008)

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Éric Mazel — plus connu sous le nom de DJ Khéops, membre du groupe de rap IAM — se passionne depuis l’enfance pour la bête du Gévaudan et a constitué au fil des années une collection personnelle de plus de mille pièces liées à l’affaire : gravures d’époque, livres anciens, vignettes publicitaires, coupures de journaux illustrés, objets divers, documents d’archives. Historien de formation, Pierre-Yves Garcin l’accompagne dans la mise en perspective historique de cette collection.
La première partie propose une synthèse des faits et des hypothèses, qui permet au néophyte de se repérer dans l’affaire. La seconde — le cœur du projet — retrace l’histoire des représentations de la bête sur deux siècles et demi : des estampes coloriées diffusées dans toute l’Europe dès 1764 aux statues, stèles, ferronneries, musées et parcs animaliers qui jalonnent aujourd’hui la Lozère et le sud de la Haute-Loire — et même une aire d’autoroute à son effigie. La bête est progressivement devenue l’emblème et l’attraction touristique du territoire même qu’elle a ravagé. Certain·es lecteur·ices regretteront que l’ensemble tienne parfois davantage du catalogue illustré que de l’analyse critique, mais la documentation rassemblée est souvent inédite — et aucun autre livre ne couvre cette dimension mémorielle et visuelle de l’affaire.
8. La Bête du Gévaudan : Le verdict du dresseur (Daniel Jumentier, 2024)

Daniel Jumentier n’est ni historien, ni universitaire : c’est un éleveur et dresseur d’animaux, dont la connaissance des grands prédateurs repose sur des décennies de pratique quotidienne. Jumentier part de l’éthologie : « Gardons toujours en mémoire les règles inaliénables des prédateurs : agir… au plus vite… au moins dangereux… au plus profitable. » Appliqué à la bête du Gévaudan, ce principe élémentaire pose problème : un loup, prédateur prudent par nature, n’attaque pas des groupes d’adultes en plein village et ne s’en prend pas à des hommes armés quand des moutons se trouvent à proximité. Jumentier en conclut, comme Michel Louis avant lui, que la bête n’était pas un loup ordinaire.
La première partie retrace la chronologie des événements dans un registre légèrement romancé ; la seconde prend la forme d’un argumentaire documenté dans laquelle Jumentier développe sa propre thèse. Il s’inscrit dans la continuité de Michel Louis et intègre les travaux de l’historien Patrick Berthelot, qui a étudié les jeux de pouvoir entre notables, clergé et autorités royales dans le Gévaudan du XVIIIe siècle. Mais Jumentier y ajoute un angle d’analyse fondé sur la sélection génétique et les techniques de dressage — un terrain que personne n’avait pleinement investi avant lui. Sa conclusion la plus originale est que ce que l’on appelle « la bête du Gévaudan » recouvrirait en réalité trois séquences d’attaques distinctes — correspondant à des périodes, des zones géographiques et probablement des animaux différents —, dont la confusion en une seule affaire aurait brouillé toutes les pistes et engendré le mythe d’un monstre unique et insaisissable.
Les historiens de métier lui reprocheront sans doute l’absence d’un appareil critique académique (notes de bas de page, confrontation systématique des sources). Ce bouquin n’en a pas moins relancé le débat chez les passionné·es du sujet. Deux cent cinquante ans après les faits, la nature de la bête reste indéterminée.