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Quelles sont les meilleures BD autour du théâtre ?

Quelles sont les meilleures BD autour du théâtre ?

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De Molière à Marivaux, de Racine à Rostand, de Beckett à Koltès, le théâtre français a produit certains des textes les plus célèbres du répertoire mondial — Le Cid, Phèdre, Cyrano de Bergerac, En attendant Godot… Le théâtre et la bande dessinée partagent d’ailleurs un cousinage : tous deux découpent l’action en séquences, reposent sur un équilibre entre texte et image, et ne fonctionnent que si le rythme — celui des répliques ou celui des cases — est juste.

Il n’est donc pas surprenant que le neuvième art se soit emparé du monde des planches — dans tous les sens du terme — pour en raconter les coulisses, les légendes et les dérives. Voici huit bandes dessinées qui vous feront entrer dans le théâtre par la porte des artistes.


1. Edmond (Léonard Chemineau, Alexis Michalik, 2018)

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Paris, décembre 1897. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans, mais il accumule déjà les échecs et les dettes. Sa dernière pièce, La Princesse lointaine, a fait un four malgré la présence au casting de la célèbre actrice Sarah Bernhardt. Quand l’occasion se présente de convaincre Constant Coquelin — la plus grande vedette masculine du théâtre français de l’époque — de monter une nouvelle comédie héroïque en vers, Edmond fonce. Petit détail : la pièce n’existe pas encore. Il a quelques semaines pour l’écrire. Entre les caprices des actrices, les exigences de producteurs corses peu commodes, la jalousie de son épouse et les aventures sentimentales de son meilleur ami, la genèse de Cyrano de Bergerac prend des allures de vaudeville à grande vitesse.

Adaptée de la pièce de théâtre éponyme d’Alexis Michalik — récompensée par cinq Molières en 2017 —, cette BD signée Léonard Chemineau parvient à transposer sur papier l’énergie d’un spectacle conçu pour la scène. La mise en page s’adapte à l’intensité de l’intrigue : cases classiques pour les scènes de dialogue, pleines pages pour la célèbre scène du balcon, doubles pages pour le dénouement. L’humour de coulisses est permanent et le rythme ne faiblit jamais — on tourne les pages comme on enchaînerait les actes. De quoi donner envie de relire Cyrano, et pourquoi pas de foncer voir la pièce.

Âge conseillé : classée en BD ado-adultes par les librairies. Convient à partir de 13-14 ans environ.


2. Des vies multiples – Carnets d’une jeune actrice (Vincent Farasse, Rosalie Stroesser, 2025)

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Jeanne veut devenir comédienne. Pour cela, elle tente d’intégrer une école de théâtre réputée. Dès les auditions, le constat est brutal : les candidat·es sont légion et la sélection, impitoyable. Une fois admise, elle découvre un quotidien fait d’exercices physiques et vocaux, de répétitions sans fin et de cours où l’on doit accepter de se rendre vulnérable devant les autres. Autour d’elle, un groupe de jeunes de 18 à 24 ans partage les mêmes galères : logements précaires, petits boulots alimentaires, auditions décevantes — et malgré tout, une foi tenace dans leur vocation.

Premier volume d’une série, cet album en noir et blanc est l’un des rares à s’intéresser de près à la formation théâtrale. Lui-même auteur, metteur en scène et pédagogue formé à l’ENSATT (l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, à Lyon), Vincent Farasse connaît intimement le milieu qu’il décrit. Il n’en gomme ni la précarité ni les petites lâchetés, mais n’en noircit pas non plus l’enthousiasme. Rosalie Stroesser, dont le trait avait déjà séduit dans Shiki, 4 saisons au Japon (2023), dessine des corps en mouvement, des visages fatigués après les exercices, des regards tendus pendant les auditions — un dessin qui colle à la physicalité du métier de comédien·ne. Un album sur ce que signifie, très concrètement, vouloir vivre du théâtre quand on a vingt ans et pas grand-chose d’autre que sa détermination.

Âge conseillé : tout public selon l’éditeur (Actes Sud BD), mais les thématiques parlent surtout aux adolescent·es et aux adultes.


3. En scène ! (Raina Telgemeier, 2013)

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Callie adore le théâtre de son collège. Hélas, sa voix est une catastrophe naturelle — ce qui compromet sérieusement toute velléité de monter sur scène. Qu’à cela ne tienne : elle se porte volontaire pour concevoir les décors de la prochaine production. Mais entre une équipe technique qui peine à s’accorder, des ventes de billets en berne et l’arrivée de deux frères jumeaux — Justin et Jesse, charmeurs et imprévisibles —, les coulisses se révèlent au moins aussi agitées que la scène.

Déjà connue pour Souriez ! et Sœurs, Raina Telgemeier signe ici son premier récit de fiction. Le montage du spectacle scolaire sert de toile de fond à des enjeux typiquement adolescents : premiers émois amoureux, quête d’identité, acceptation de la différence. L’un des jumeaux, Justin, est ouvertement homosexuel ; l’autre, Jesse, se cherche encore. Le sujet est abordé sans lourdeur ni mise en scène dramatique, comme un élément naturel de la vie du groupe. Le récit est découpé en actes — clin d’œil à la forme théâtrale — et le graphisme, coloré et lisible, fera le bonheur des jeunes lecteur·ices qui aiment le théâtre ou que l’idée d’y mettre les pieds intimide encore un peu.

Âge conseillé : à partir de 9 ans selon Cultura et les librairies spécialisées.


4. Lucernaire, bonjour ! (Céline Ena, 2021)

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Si vous avez déjà poussé la porte du théâtre du Lucernaire, dans le quartier de Montparnasse à Paris, vous avez peut-être croisé Céline Ena derrière le guichet de la billetterie. Depuis plus de vingt-cinq ans, elle y vend des billets, répond au téléphone, gère les retardataires furieux et encaisse les questions les plus saugrenues sans ciller. Pendant le confinement de 2020, privée de son poste d’observation favori, elle a décidé de mettre en dessins les meilleures anecdotes patiemment consignées dans un petit cahier au fil des années.

Le résultat tient à la fois de la BD et du recueil de saynètes illustrées. Lucernaire, bonjour ! croque avec un humour vif et tendre la faune des spectateur·ices de théâtre. Les retardataires qui exigent d’entrer en pleine représentation, les indécis·es qui demandent « un spectacle où on se fend bien la gueule », les parents convaincus du génie de leur progéniture, les habitué·es qui prétendent connaître personnellement le directeur… Chaque chapitre fonctionne comme un petit sketch, et l’ensemble compose — sans en avoir l’air — un portrait sociologique du public parisien. Le trait est simple, efficace, et la notice biographique de l’autrice mérite qu’on s’y attarde : titulaire d’une maîtrise de lettres classiques, formée au métier de comédienne, elle y qualifie son parcours de « brillante carrière de caissière ». Tout ici est vrai, nous assure-t-elle — et si vous en doutez, vous pouvez aller en discuter avec elle au guichet. À vos risques et périls.

Âge conseillé : aucune restriction d’âge ; accessible dès l’adolescence, mais les adultes amateurs de théâtre y trouveront un plaisir particulier.


5. Kageki Shojo !! (Kumiko Saiki, 2012-en cours)

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Direction le Japon. Il existe à Takarazuka, près d’Osaka, une troupe de théâtre et de comédie musicale composée exclusivement de femmes, fondée en 1913, qui joue à guichets fermés depuis plus d’un siècle. Les artistes y interprètent tous les rôles — féminins comme masculins — après une formation rigoureuse de deux ans. C’est cette institution, à peine transposée sous le nom d’académie Kôka Kageki, qui sert de cadre au manga de Kumiko Saiki. Deux nouvelles élèves occupent le devant de la scène. Enjouée et surmotivée, Sarasa Watanabe rêve d’incarner un jour Lady Oscar — l’héroïne du manga La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda, aristocrate déguisée en homme pendant la Révolution française, et rôle fétiche de la troupe Takarazuka depuis des décennies. Ex-idol qui a quitté le monde du spectacle dans des circonstances douloureuses, Ai Narada cherche quant à elle un refuge loin du regard des hommes.

La série va bien plus loin que ce cadre initial ne le suggère. Kumiko Saiki aborde le poids de la hiérarchie, les traumatismes enfouis, les inégalités de genre et la pression du milieu artistique. Chaque personnage a une histoire propre, souvent difficile, que la série prend le temps de déplier au fil des tomes pour éclairer ses choix présents. La narration alterne scènes graves et moments de comédie franche — Sarasa, en particulier, est un personnage irrésistible dont l’énergie débordante suffit à relancer n’importe quelle page. À noter : il est recommandé de commencer par le volume Saison 0 (qui compile les deux premiers chapitres de la série originale) pour saisir le contexte. Publié en France par Noeve Grafx depuis 2021.

Âge conseillé : 12 ans et plus, selon Manga News et l’éditeur.


6. Acting Class (Nick Drnaso, 2023)

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Dix Américain·es ordinaires — fragilisé·es, isolé·es, mal à l’aise dans leur quotidien — s’inscrivent à un atelier de théâtre gratuit. Le professeur, un certain John Smith (nom aussi banal que suspect), propose d’abord de simples jeux d’improvisation. Rien de bien méchant. Mais au fil des séances, les exercices deviennent plus immersifs : les décors imaginaires persistent après la fin du cours, la frontière entre le rôle et la vie réelle se brouille, et John Smith, de professeur bienveillant, glisse vers une figure de gourou dont personne ne comprend tout à fait les intentions. Jusqu’où les élèves iront-ils ?

Après Beverly (Fauve Révélation à Angoulême en 2018) et Sabrina (premier roman graphique nommé pour le Man Booker Prize, l’un des grands prix littéraires britanniques), Nick Drnaso confirme avec Acting Class sa place parmi les voix majeures de la BD américaine contemporaine. L’album a figuré dans la sélection officielle du festival d’Angoulême 2024. Le dessin — trait net, aplats de couleurs ternes, visages presque interchangeables — peut dérouter au premier abord. Mais cette froideur graphique est délibérée : les personnages, privés de traits distinctifs, deviennent difficiles à différencier — et donc à aimer —, ce qui installe un malaise sourd, page après page. Le théâtre, ici, n’est pas un divertissement : c’est le terrain d’une manipulation dont les mécanismes rappellent ceux de l’emprise sectaire. Une lecture qui ne laisse personne indifférent. Traduit par Renaud Cerqueux chez Presque Lune.

Âge conseillé : adultes. Les thématiques (manipulation psychologique, angoisse, perte de repères) ne conviennent pas aux jeunes lecteur·ices.


7. Divine – Vie(s) de Sarah Bernhardt (Marie Avril, Eddy Simon, 2020)

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Surnommée « la Voix d’or » par Victor Hugo et « la Divine » par la presse, Sarah Bernhardt (1844-1923) reste la plus grande tragédienne française du XIXe siècle. Jean Cocteau a forgé pour elle l’expression de « monstre sacré » — une formule restée dans le vocabulaire du spectacle pour désigner un·e artiste dont le talent et la personnalité écrasent tout sur leur passage. Eddy Simon et Marie Avril ne tentent pas de couvrir l’ensemble de cette vie : ils se concentrent sur neuf années décisives (1871-1880). En 1871, la guerre contre la Prusse vient de ravager Paris ; Sarah a transformé le théâtre de l’Odéon en hôpital de fortune pour soigner les blessés. La paix revenue, elle doit relancer sa carrière sur les planches. C’est Victor Hugo qui lui offre le rôle de la reine dans sa pièce Ruy Blas — et ce triomphe lance la décennie qui fera d’elle une légende.

La structure de l’album emprunte au théâtre : chaque chapitre s’ouvre sur une affiche, à la manière d’un titre de pièce, et le récit progresse en actes. Le trait délicat et les couleurs douces de Marie Avril évoquent par endroits le style Art nouveau d’Alphonse Mucha, l’affichiste tchèque qui réalisera d’ailleurs plusieurs affiches pour Sarah Bernhardt dans les années 1890. La devise de Sarah Bernhardt — « Quand même » — traverse le livre comme un fil rouge : quand même femme, quand même audacieuse, quand même libre. Un album qui rend justice à un destin hors norme sans verser dans l’adulation béate. Publié chez Futuropolis.

Âge conseillé : adolescent·es et adultes ; la BD est classée en BD adulte par les libraires, mais reste accessible dès 14-15 ans.


8. Sacha Guitry (Noël Simsolo, Paolo Martinello, 2017-2018)

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Auteur de plus de cent pièces de théâtre, acteur, metteur en scène, cinéaste et roi autoproclamé du bon mot : Sacha Guitry (1885-1957) est l’un de ces personnages dont la vie ressemble à une pièce qu’il aurait pu écrire lui-même. Ce diptyque publié chez Glénat (tome 1 : Le Bien-aimé ; tome 2 : Le Mal-aimé) couvre l’intégralité de cette trajectoire, depuis l’enfance à Saint-Pétersbourg — où le petit Sacha, fils du célèbre comédien Lucien Guitry, fait ses débuts sur scène devant le tsar Nicolas II — jusqu’à la Libération et ses règlements de comptes.

Cinéaste et historien du cinéma, Noël Simsolo avait déjà consacré un essai à Guitry en 1988. Il maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Le premier tome couvre la Belle Époque et les Années folles : on y croise Sarah Bernhardt, Colette, Alphonse Allais, Georges Feydeau, Jean Cocteau — un demi-siècle de vie culturelle parisienne vu depuis l’un de ses épicentres. Le second tome aborde la période la plus controversée : pendant l’Occupation allemande (1940-1944), Guitry continue de jouer et de recevoir, et côtoie des officiers nazis sous prétexte de « sauver la culture française ». À la Libération, cette proximité mondaine avec l’occupant lui vaut une arrestation et un procès, même s’il sera finalement acquitté. Paolo Martinello soutient le récit par un dessin qui oscille entre réalisme et légère caricature, dans une palette de bruns et de rouges qui rappelle les velours et les dorures des théâtres parisiens.

Âge conseillé : adultes et adolescent·es à partir de 15-16 ans, en raison du contexte historique (Seconde Guerre mondiale, Occupation, épuration) qui nécessite quelques repères.