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Que lire après « XIII » de Jean Van Hamme et William Vance ?

Que lire après « XIII » de Jean Van Hamme et William Vance ?

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Publiée à partir de 1984 aux éditions Dargaud, XIII est une série de bande dessinée belge scénarisée par Jean Van Hamme et dessinée par William Vance. On y suit un homme amnésique, blessé par balle à la tempe, dont le seul indice d’identité est le chiffre romain XIII tatoué sous sa clavicule gauche. Accusé de l’assassinat du président des États-Unis William Sheridan, il doit à la fois échapper à de mystérieux tueurs et reconstituer, pièce par pièce, l’identité qu’il a perdue. Inspirée du roman La Mémoire dans la peau de Robert Ludlum et de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, la série a dépassé les trois millions d’exemplaires vendus sur les dix-neuf albums du premier cycle, achevé en 2007 avec Le Dernier Round.

Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques pistes.


1. XIII Mystery (divers auteurs, supervisé par Jean Van Hamme, 2008)

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La série mère regorge de personnages secondaires dont on ne sait presque rien — ou trop peu. C’est précisément le point de départ de XIII Mystery : une collection de quatorze albums indépendants, chacun confié à un duo scénariste-dessinateur différent, sous la supervision de Jean Van Hamme.

Chaque tome se consacre à un personnage de l’univers de XIII et remonte le fil de son histoire, en amont ou en parallèle de l’intrigue principale. On découvre ainsi comment un orphelin de Berlin-Est est devenu le tueur à gages connu sous le nom de la Mangouste (tome 1, par Xavier Dorison et Ralph Meyer), les origines soviétiques d’Irina (tome 2, par Éric Corbeyran et Philippe Berthet), ou encore la jeunesse de Jones dans le ghetto de Chicago (tome 3, par Yann et Éric Henninot).

La qualité varie d’un album à l’autre — c’est le risque inhérent à la rotation des équipes —, mais les meilleurs tomes tiennent la comparaison avec la série mère. Le premier volume offre un récit glaçant sur la fabrication d’un tueur ; Steve Rowland (par Fabien Nury) éclaire les rouages de la conspiration des XX, le complot au cœur de la série mère ; Billy Stockton (par Laurent-Frédéric Bollée) retrace la dérive d’un gamin broyé par la violence. Le quatorzième et dernier album, Traquenards et sentiments (2024), voit Van Hamme reprendre lui-même la plume pour six nouvelles illustrées par autant de dessinateurs. Pour les lecteur·ices de XIII qui veulent rester dans cet univers, c’est le prolongement le plus naturel.


2. XIII Trilogy (Yann, Olivier TaDuc, 2023)

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Si XIII Mystery offrait un album par personnage, XIII Trilogy pousse le concept plus loin : chaque mini-série de trois albums se consacre à un seul protagoniste. La première trilogie — et la seule publiée à ce jour — est dédiée à Jones, le major au prénom inconnu, pilote hors pair et fidèle alliée de XIII.

Scénarisé par Yann (déjà aux commandes de Little Jones dans XIII Mystery), le récit se situe dans les années 1970, bien avant la rencontre de Jones avec l’amnésique tatoué. On la retrouve en formation de pilote de chasse à l’école de la Navy de Patuxent River, sur la côte Est des États-Unis. En parallèle, son frère Marcus, évadé de prison, rejoint des activistes amérindiens — les Red Power Warriors — qui s’emparent de l’îlot d’Alcatraz et défient les autorités fédérales. L’affaire remonte jusqu’au général Ben Carrington, tuteur de Jones et futur personnage clé de XIII, qui est chargé de résoudre la crise.

Olivier TaDuc livre un dessin rigoureux, fidèle à l’identité visuelle de XIII — décors précis, scènes d’action lisibles, visages expressifs. Le scénario de Yann croise le parcours individuel de Jones avec plusieurs épisodes réels de l’histoire américaine, transposés dans l’univers de la série : le mouvement pour les droits civiques, la guerre d’Asie (équivalent fictif du Vietnam), l’occupation d’Alcatraz par des militants autochtones en 1969. Une deuxième trilogie, consacrée cette fois au président Sheridan, est annoncée pour 2026.


3. Largo Winch (Jean Van Hamme, Philippe Francq, 1990)

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XIII a son amnésique ; Largo Winch a son milliardaire en jean. Autre création majeure de Jean Van Hamme, cette série de business-thriller publiée aux éditions Dupuis suit les aventures de Largo Winczlav, un orphelin yougoslave secrètement adopté par Nerio Winch, un magnat de la finance. À vingt-six ans, après l’assassinat de son père adoptif, Largo hérite d’un empire financier de dix milliards de dollars — et de tous les ennemis qui vont avec.

La série existait d’abord sous forme de romans, publiés par Van Hamme entre 1977 et 1980 aux éditions Mercure de France. L’adaptation en BD, lancée en 1990 avec le dessinateur Philippe Francq, en a fait un best-seller (le dixième tome s’est vendu à près de 500 000 exemplaires). Les albums sont organisés en diptyques — chaque histoire se déploie sur deux tomes consécutifs — et envoient Largo de la Turquie aux Philippines, de la Birmanie à Monaco, dans des intrigues où la haute finance croise le trafic d’armes, la corruption politique et l’espionnage industriel.

Le ton diffère de XIII : là où l’amnésique subit les événements, Largo les provoque autant qu’il les endure. Contestataire, bagarreur, allergique aux costumes-cravates malgré sa fortune, il apporte une touche de désinvolture et d’humour que XIII ne se permettait guère. Van Hamme a scénarisé les vingt premiers tomes avant de passer la main à Éric Giacometti (puis à Jérémie Guez). L’ensemble a aussi été décliné en série télévisée et en trois longs-métrages, avec Tomer Sisley dans le rôle-titre.


4. Lady S. (Jean Van Hamme, Philippe Aymond, 2004)

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Avec Lady S., Van Hamme s’attaque à un territoire rarement occupé par la BD franco-belge : l’espionnage au féminin dans les milieux diplomatiques. Publiée dans la collection « Repérages » des éditions Dupuis, la série met en scène Susan Fitzroy — de son vrai nom Shania Rivkas — fille adoptive de l’ambassadeur américain James Fitzroy.

Derrière la façade respectable se cache une histoire nettement moins lisse. Née de parents juifs estoniens assassinés par des agents du KGB après l’effondrement de l’URSS, la jeune Shania a survécu grâce à un adolescent marginal, Anton, qui lui a appris à voler et à cambrioler. Recueillie ensuite par le diplomate Fitzroy, elle a reconstruit sa vie — jusqu’à ce que son passé la rattrape et la contraigne à adopter une troisième identité : celle de Lady S., espionne pour le compte de la CIA.

Le titre du premier album, Na Zdorovié, Shaniouchka !, donne le ton : un pied dans l’ex-bloc soviétique, l’autre dans les ambassades occidentales. L’héroïne n’est pas un simple prétexte à scènes d’action ; c’est une femme prise entre trois identités, trois loyautés — et Van Hamme prend le temps de montrer ce que cette situation lui coûte. Le dessin de Philippe Aymond, net et lumineux, accorde autant de soin aux intérieurs d’ambassade qu’aux séquences d’action. Van Hamme a scénarisé les neuf premiers tomes avant de céder la place à Aymond, qui a poursuivi la série seul. L’ensemble compte dix-sept albums.


5. Alpha (Pascal Renard, Mythic, Youri Jigounov, 1996)

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Le nom de Youri Jigounov ne sera pas inconnu aux lecteur·ices de XIII : c’est lui qui a repris le dessin de la série mère à partir du tome 20, après le retrait de William Vance pour raisons de santé. Mais bien avant XIII, le dessinateur russe (né à Moscou en 1967) avait lancé Alpha, une série d’espionnage publiée aux éditions du Lombard dans la collection « Troisième Vague ».

Le héros, Dwight Delano Tyler (nom de code Alpha), est un agent de la CIA spécialisé dans les opérations sensibles. Le premier cycle, scénarisé par Pascal Renard, se déroule dans la Russie des années 1990 : un pays où l’État se délite, où les anciens agents du KGB recyclent leurs compétences au service des mafias, et où un simple échange de dollars contre des roubles peut déclencher une cascade de meurtres. Les intrigues sont denses, parfois labyrinthiques — il n’est pas rare de devoir relire un album pour en saisir tous les ressorts. Après la mort prématurée de Renard en 1996, à seulement trente-cinq ans, Mythic a repris le scénario. Son approche est plus directe et nerveuse, mais le cadre géopolitique reste aussi solide.

Le dessin de Jigounov — précis, froid, d’un réalisme quasi photographique — colle parfaitement à cet univers. Ses décors urbains (Paris, Moscou, Londres) sont reconstitués avec un soin maniaque, et ses personnages féminins, notamment Sheena Ferguson (l’adjointe d’Alpha à partir du tome 4), sont des agents opérationnels à part entière, pas des faire-valoir. La série a ensuite été confiée à Emmanuel Herzet et Alain Queireix, mais les onze premiers tomes dessinés par Jigounov restent les plus aboutis.


6. Bruno Brazil (Greg, William Vance, 1967)

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Avant XIII, il y avait Bruno Brazil. Née en 1967 dans les pages du journal Tintin, la série constitue la première grande collaboration de William Vance dans le registre de l’espionnage contemporain. Le scénario est signé Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert), alors rédacteur en chef du magazine — un homme qui avait l’habitude de signer de faux noms pour éviter qu’on l’accuse de favoritisme.

Bruno Brazil est un agent de la W.S.I.O. (World Security International Office), une agence de renseignement internationale. D’abord conçu comme un agent solitaire à la James Bond, il s’entoure dès le deuxième album d’une équipe de spécialistes et de marginaux, le Commando Caïman : Gaucho Moralès, Whip Rafale, Texas Bronco, Billy Brazil (son propre frère), Big Boy Lafayette et Le Nomade. Chacun a sa spécialité, chacun a sa personnalité — et surtout, chacun peut mourir. C’est là toute l’audace de Greg : dans une époque où les héros de BD étaient par convention immortels, il n’a pas hésité à décimer son équipe au fil des albums. La mort de Big Boy Lafayette a provoqué des lettres d’insultes de lecteurs — adressées par erreur à Vance plutôt qu’au scénariste.

Onze albums ont été publiés entre 1969 et 1977, avant que Greg, parti aux États-Unis pour le compte de Dargaud, ne laisse la série en suspens — et Vance libre de se tourner vers un certain Jean Van Hamme. En 2019, Le Lombard a relancé le titre sous le nom Les Nouvelles Aventures de Bruno Brazil, avec Laurent-Frédéric Bollée au scénario et Philippe Aymond au dessin. Mais les albums originaux méritent d’être lus en premier : c’est là que Vance a forgé le style graphique — découpage cinématographique, sens du mouvement, goût pour les décors américains — qu’il a ensuite perfectionné dans XIII.


7. I.R.$ (Stephen Desberg, Bernard Vrancken, 1999)

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L’argent, dit-on, n’a pas d’odeur. Larry B. Max n’est pas de cet avis. Agent spécial de l’I.R.S. (Internal Revenue Service, l’administration fiscale des États-Unis), il traque les circuits d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent pour démanteler les connexions entre grandes fortunes et crime organisé. Sa première enquête le conduit à fouiller les comptes d’un milliardaire américain dont la fortune remonte aux biens volés à des familles juives par le régime nazi. La suivante l’envoie au Mexique, face aux cartels de la drogue.

Publiée aux éditions du Lombard dans la collection « Troisième Vague », la série doit beaucoup à la biographie de son scénariste. Stephen Desberg, Belge de nationalité américaine, est lui-même contribuable de l’IRS — ce qui lui donne une connaissance concrète de la machine fiscale qu’il transforme en moteur d’intrigue. Bernard Vrancken, au dessin, propose un style qui a considérablement évolué au fil des vingt-trois tomes publiés — d’un réalisme sage à un graphisme plus contrasté et cinématographique.

L’intérêt de I.R.$ réside dans son ancrage dans l’actualité économique et politique américaine. Chaque diptyque reflète les préoccupations de son époque : ère Clinton, post-11 Septembre, crise des subprimes de 2008 (les prêts immobiliers toxiques qui ont fait vaciller l’économie mondiale), montée en puissance chinoise, présidence Trump. Le quotidien économique Les Échos ne s’y est pas trompé : le journal a prépublié un album de la série en feuilleton durant l’été 2002 — une première pour un journal financier. Pour les lecteur·ices de XIII qui apprécient les intrigues à tiroirs sur fond géopolitique, I.R.$ offre un angle original : ici, l’arme fatale n’est pas un fusil à lunette, mais un audit fiscal.


8. Léna (Pierre Christin, André Juillard, 2006)

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Changement de registre. Avec Léna, on quitte les fusillades et les poursuites automobiles pour un espionnage sans éclat de voix, où la tension passe par les silences et les non-dits. Publiée chez Dargaud dans la collection « Long Courrier », cette courte série de trois albums réunit deux vétérans de la BD : Pierre Christin, le scénariste de Valérian (avec Jean-Claude Mézières) et de Partie de chasse (avec Enki Bilal), et André Juillard, connu pour Blake et Mortimer et Les Sept Vies de l’Épervier.

Léna est une femme dont on ne sait presque rien au départ. On la suit dans un voyage à travers l’Europe de l’Est — Berlin, Budapest, la Roumanie — pour une mission dont on ne comprend la nature exacte que tardivement. Elle rencontre d’anciens cadres du régime communiste, des contacts à demi-oubliés, les restes du monde divisé par la guerre froide entre bloc occidental et bloc soviétique. Le récit avance lentement : peu d’action, beaucoup de dialogues, et la voix intérieure de Léna qui commente chaque étape — comme si elle rédigeait un journal intime en pleine opération clandestine. Le deuxième album la propulse en Australie puis au cœur d’un réseau islamiste ; le troisième, Dans le brasier (2020), prend la forme d’un huis clos autour d’une conférence secrète sur le Proche-Orient.

Ce n’est pas un XIII bis, et c’est précisément l’intérêt. Le dessin de Juillard appartient à la tradition de la ligne claire — un trait net et épuré, héritier d’Hergé et d’Edgar P. Jacobs —, aux antipodes du style plus chargé et plus musclé de Vance. Christin, de son côté, préfère la nuance psychologique au rebondissement spectaculaire. Le résultat est un récit d’espionnage introspectif, ancré dans la géopolitique réelle, qui plaira à celles et ceux qui cherchent autre chose après l’adrénaline de XIII.


9. Velvet (Ed Brubaker, Steve Epting, 2013)

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Et si Miss Moneypenny avait été meilleure espionne que James Bond ? C’est, en substance, la question que pose Ed Brubaker avec Velvet, un comics publié chez Image Comics entre 2013 et 2016, et traduit en français aux éditions Delcourt dans la collection « Contrebande ».

L’histoire se déroule en 1973, au cœur de la guerre froide. Velvet Templeton est la secrétaire personnelle du directeur d’ARC-7, une agence d’espionnage britannique si secrète que la plupart des services de renseignement en ignorent l’existence. Quand le meilleur agent de l’agence — et accessoirement son ex-amant — est assassiné à Paris, Velvet fouille les archives pour remonter la piste du tueur. Elle tombe dans un piège qui fait d’elle la principale suspecte, et n’a d’autre choix que de reprendre du service pour prouver son innocence. Car cette quadragénaire discrète possède un passé opérationnel que personne ne soupçonnait.

Brubaker, qui avait déjà réinventé Captain America avec Steve Epting — grâce à une dose massive d’espionnage dans le fameux arc du Soldat de l’Hiver —, maîtrise parfaitement les codes du genre. Le récit rappelle les romans de John le Carré (l’espionnage comme jeu de dupes bureaucratique, loin du glamour de James Bond) et le strip de presse britannique Modesty Blaise (une ex criminelle devenue aventurière), avec un sens du suspense digne d’Alfred Hitchcock : la pression ne cesse de monter, et le lecteur en sait toujours un peu moins que ce qu’il croit. Epting, de son côté, restitue les années 1970 avec un soin obsessionnel — voitures, mobilier, coupes de cheveux, architecture — dans une palette de couleurs chaudes signée Elizabeth Breitweiser. En quinze numéros (collectés en trois tomes ou en intégrale), Velvet boucle son histoire sans temps mort ni remplissage.