Créée en 1977 par Jacqueline Cohen (scénario) et Bernadette Després (dessin) pour le magazine J’aime lire — mensuel de Bayard Presse destiné aux enfants de 7 à 10 ans, qui revendique aujourd’hui 2,7 millions de lecteur·ice·s —, Tom-Tom et Nana est l’une des BD jeunesse françaises les plus lues. Pendant plus de trente ans et 34 tomes, la série a raconté les catastrophes domestiques provoquées par Tom-Tom et Nana Dubouchon, un frère et une sœur qui sèment le chaos dans le restaurant familial À la bonne fourchette : repas sabotés, clients exaspérés, parents au bord de la crise de nerfs, bêtises qui dégénèrent en réaction en chaîne. Quinze millions d’exemplaires vendus, un dessin animé, et un Fauve d’honneur décerné à Bernadette Després en 2019 au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (le plus grand festival de BD d’Europe) : la série a accompagné des générations de lecteur·ice·s, souvent dès le CP.
Si vous êtes à la recherche de lectures dans le même esprit, voici des recommandations dans la même veine. Toutes s’adressent à un lectorat du même âge que celui de Tom-Tom et Nana, soit globalement les 6-10 ans, avec quelques variations selon les éditeurs.
1. Anatole Latuile (Anne Didier, Olivier Muller et Clément Devaux, 2005)

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Publiée dans J’aime lire depuis 2005 avant d’être éditée en albums chez BD Kids (la collection BD de Bayard Jeunesse) à partir de 2011, Anatole Latuile raconte le quotidien d’un écolier aux cheveux en pétard qui a une idée de bêtise par seconde — et qui les met toutes à exécution. Flanqué de ses copains Jason Bombix, Ulysse Saint Georges et Henriette Bichon, Anatole transforme la cour de récréation en champ de bataille, au grand dam de son institutrice, madame Goulominoff, et du directeur, monsieur Auzaguet. Les scénarios sont signés par Anne Didier et Olivier Muller, un duo frère-sœur que l’on retrouvera plus loin dans cette liste.
Là où Tom-Tom et Nana se déployait dans un cadre familial, Anatole Latuile se concentre sur l’école : anticiper un contrôle surprise, récupérer un objet confisqué, allonger la récréation de quelques minutes, échapper à une punition. Chaque histoire démarre par un plan d’Anatole — par exemple, regarder en cachette une série télé chez la voisine, ou participer à un week-end canoë sans y être invité — qui dérape inévitablement. La série a franchi le million d’exemplaires vendus en 2020.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 6 ou 7 ans selon les sources. BD Kids et la Fnac indiquent 7 ans ; certains libraires descendent à 6 ans.
2. Ariol (Emmanuel Guibert et Marc Boutavant, 1999)

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Ariol est un petit âne bleu à lunettes. Son meilleur ami, Ramono, est un cochon. Son instituteur, monsieur Le Blount, est un grand chien. Et Pétula, la fille dont il est amoureux en secret, est une génisse aux taches de rousseur. Tous les personnages sont des animaux anthropomorphes (ils marchent debout, portent des vêtements, vont à l’école), mais leurs préoccupations sont celles de n’importe quel enfant de huit ans : les copains, les disputes, les collections de cartes du Chevalier Cheval (le super-héros préféré d’Ariol), les vacances chez Papi Atole et Mami Annette. Créée en 1999 pour J’aime lire, la série est éditée chez Bayard Jeunesse (collection BD Kids) et compte plus de vingt tomes.
Ce qui distingue Ariol, c’est l’attention portée aux détails minuscules de l’enfance : un genou écorché sur lequel on souffle, un concert de chorale où tout déraille, un trajet en voiture interminable. Emmanuel Guibert — scénariste multi-récompensé, Grand Prix du Festival d’Angoulême 2020 — puise dans ses propres souvenirs d’enfance et a souvent dit qu’Ariol, c’était lui. Marc Boutavant (également créateur de Mouk) dessine ce petit monde avec des couleurs vives et un trait rond, à mi-chemin entre l’album illustré et la BD classique. La série s’est écoulée à plus de 2,6 millions d’exemplaires et a été adaptée en dessin animé et en spectacle musical (l’Ariol Show).
Tranche d’âge conseillée : 7 à 10 ans selon Bayard Jeunesse et la plupart des libraires.
3. La Cantoche (Nob, 2016)

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La cantine de l’école : lieu de retrouvailles, de batailles de purée et de négociations serrées avec le cuisinier pour éviter les brocolis. La Cantoche, lancée en 2016 chez BD Kids après une prépublication dans J’aime lire, s’empare de ce décor sous la forme de gags courts (une blague par page, en quatre dessins). L’auteur, Nob — de son vrai nom Bruno Chevrier, également connu pour les séries Mamette et Dad — y met en scène le rapport des enfants à la nourriture au sens large : la cantine, bien sûr, mais aussi le pique-nique en classe verte, le goûter d’anniversaire ou le barbecue de fin d’année.
Contrairement aux autres BD de cette liste, La Cantoche n’a pas de personnage principal. Pas de héros récurrent, pas de fil narratif d’un tome à l’autre : on suit une galerie d’élèves anonymes — des bavards, des timides, des goinfres, des capricieux — que l’on retrouve d’une page à l’autre sans avoir besoin de se souvenir de leur histoire. Le format très court — une page suffit pour comprendre et rire — en fait une porte d’entrée idéale pour les enfants qui commencent tout juste à lire seul·e·s. Au fil des tomes, Nob glisse aussi des questions sur le gaspillage alimentaire, le potager scolaire ou les menus végétariens, sans que cela prenne le pas sur l’humour.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 6 ans selon BD Kids et la plupart des libraires. Le site spécialisé BDthèque situe le lectorat entre 6 et 10 ans.
4. Émile et Margot (Anne Didier, Olivier Muller et Olivier Deloye, 2011)

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On retrouve ici les scénaristes d’Anatole Latuile — Anne Didier et Olivier Muller — dans un registre différent. Émile et Margot, publiée chez BD Kids depuis 2011 (après une prépublication dans Mes premiers J’aime lire, le magazine de Bayard pour les 5-7 ans), met en scène un prince et une princesse qui vivent dans un château entouré de monstres aussi farfelus qu’attachants. Leur gouvernante, la redoutable mademoiselle Niquelle-Crome, leur interdit formellement de fréquenter ces créatures. Évidemment, Émile et Margot n’en font qu’à leur tête.
Le dessin d’Olivier Deloye, vif et coloré, peuple chaque page de monstres aux noms parlants — les Charivari, les Dekoij’meumêle — qui servent de compagnons de jeu (et de bêtises) aux deux enfants. Concrètement : on confie ses punitions à un monstre, on achète ses pansements à la pharmonstrie, on visite l’intérieur d’un tableau enchanté, on adopte un bébé Charivari sans prévenir la gouvernante. Les thématiques restent proches de Tom-Tom et Nana — la complicité entre frère et sœur, la désobéissance joyeuse, les plans qui tournent mal — mais transposées dans un univers de conte, avec château, couronnes et créatures impossibles.
Tranche d’âge conseillée : 6 à 9 ans selon Leclerc et BD Kids. La mention « à partir de 6 ans » revient fréquemment chez les libraires.
5. Akissi (Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, 2010)

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Changement de décor : bienvenue à Yopougon, quartier populaire d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Akissi, publiée chez Gallimard BD depuis 2010, est née de l’imagination de Marguerite Abouet, déjà connue pour la série à succès Aya de Yopougon (huit tomes, 500 000 exemplaires, un film d’animation). Akissi met en scène la « petite sœur » d’Aya : une gamine casse-cou qui se bat avec les chats du quartier pour garder son poisson, tente d’empêcher son petit singe Boubou de finir dans une marmite, tient tête à son grand frère Fofana, et redoute les coups de chicotte — c’est-à-dire les coups de baguette — du terrible Monsieur Adama, son instituteur.
L’intérêt d’Akissi tient autant à son humour qu’à son cadre géographique, inhabituel dans la BD jeunesse francophone. Les histoires, inspirées des souvenirs d’enfance de Marguerite Abouet à Abidjan dans les années 1980, montrent un quotidien ivoirien avec ses tresses, ses allocos (des bananes plantain frites, l’un des en-cas préférés d’Akissi), ses figurines de Spectreman (un super-héros japonais des années 1970, très populaire en Afrique de l’Ouest) et ses marchés de rue. Le dessin de Mathieu Sapin, rond et coloré, convient bien à un jeune lectorat. La série est d’ailleurs recommandée par le ministère de l’Éducation nationale pour le cycle 2 (CP-CE2). Onze tomes sont parus à ce jour, auxquels s’ajoute une série dérivée, Akissi de Paris, qui suit l’héroïne devenue adolescente dans un collège parisien.
Tranche d’âge conseillée : 6 à 10 ans selon Gallimard Jeunesse pour la série originale. Akissi de Paris, qui aborde des thématiques adolescentes (immigration, intégration), est recommandé à partir de 12 ans.
6. Cédric (Raoul Cauvin et Laudec, 1986)

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Cédric est un classique de la BD franco-belge — cette tradition de bandes dessinées nées en Belgique et en France, publiées dans des magazines comme Spirou (hebdomadaire belge fondé en 1938, qui a révélé entre autres Gaston Lagaffe, Les Schtroumpfs et Lucky Luke). Créée en 1986 par Raoul Cauvin (scénario) et Laudec (dessin), la série est éditée chez Dupuis. Elle raconte la vie de Cédric Dupont, un garçon de huit ans secrètement amoureux de Chen, sa camarade de classe d’origine chinoise. Problème : il ne parvient jamais à lui déclarer sa flamme, systématiquement trahi par le destin, par son rival Nicolas d’Aulnay des Charentes du Ventou (un fils de famille riche, premier de la classe), ou par sa propre maladresse.
La série tire sa force de ses personnages secondaires : Robert, le père de Cédric, vendeur de tapis et cible permanente des moqueries de son beau-père ; Pépé Jules, le grand-père maternel, retraité et veuf, qui prend un malin plaisir à humilier son gendre (qu’il appelle « le vendeur de carpettes ») et dont les fous rires incontrôlables sont devenus l’un des running gags de la série ; Christian, le meilleur copain, toujours partant pour les mauvais coups. Raoul Cauvin, disparu en 2021, construisait ses gags en plusieurs pages plutôt qu’en une seule planche — un format qui lui permettait d’accumuler les quiproquos avant une chute souvent inattendue. Avec plus de trente-six tomes et des adaptations en dessin animé et en romans (Bibliothèque rose), Cédric reste l’une des BD familiales les plus lues dans l’espace francophone.
Tranche d’âge conseillée : 6 ans et plus selon les éditions Dupuis. Le Journal de Mickey, qui a également publié la série, la destinait aux 7-14 ans.
7. Les Blagues de Toto (Thierry Coppée, 2004)

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Dans les cours de récréation françaises et belges, « Toto » est un personnage de blagues orales — l’équivalent du « Little Johnny » anglophone : un gamin qui pose des questions idiotes à sa maîtresse et donne des réponses absurdes aux contrôles. Thierry Coppée, ancien instituteur de métier, a eu l’idée de lui donner un visage et un univers en bande dessinée. Publiée chez Delcourt depuis 2004, la série donne à Toto une famille (des parents divorcés, une petite sœur, un beau-père), une maîtresse (Madame Jolibois), un meilleur copain (Yassine), une amoureuse (Olive) et un premier de la classe agaçant.
Chaque album couvre une année scolaire — de la rentrée de septembre aux vacances d’été — et se partage entre quinze pages de gags à l’école et quinze pages à la maison. Le format est celui du gag en une planche : une page, une blague, une chute. C’est de l’humour direct, fondé sur les jeux de mots, les quiproquos et les répliques absurdes que les enfants adorent se raconter entre eux. Le succès est considérable : la série a été adaptée en dessin animé (M6, en 2D puis en images de synthèse) et en film avec Guillaume de Tonquédec et Ramzy Bédia (2020).
Tranche d’âge conseillée : 6 à 9 ans selon les libraires. En pratique, la série est lue de la grande section de maternelle (pour les images) jusqu’au CM2.
8. L’Élève Ducobu (Zidrou et Godi, 1992)

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Ducobu est un cancre professionnel. Rondouillard, vêtu de son éternel pull rayé jaune et noir, il passe l’essentiel de son temps à l’école Saint-Potache à inventer des moyens de copier sur sa voisine, Léonie Gratin — première de la classe, deux tresses rousses, grandes lunettes rondes et farouchement opposée aux tricheurs. Entre les deux, l’instituteur Gustave Latouche, inflexible et redouté, distribue les zéros et les bonnets d’âne. Créée en 1992 par Zidrou (scénario) et Godi (dessin) dans l’hebdomadaire belge Tremplin, la série est publiée en albums chez Le Lombard depuis 1997.
Zidrou — lui-même ancien instituteur, comme Thierry Coppée un peu plus haut dans cette liste — a fait de la triche le moteur comique de la série. Chaque gag repose sur un nouveau stratagème de Ducobu pour obtenir les réponses de Léonie : antisèches improbables, gadgets bricolés, ruses psychologiques, le tout invariablement déjoué. Mais la série ne se réduit pas à ce mécanisme : au fil des albums, une vraie complicité se noue entre Ducobu et Léonie, qui finissent par devenir amis malgré leurs différences. Avec plus de vingt-huit tomes et des adaptations en romans (Pocket Jeunesse) et en films au cinéma, la série a fait de Ducobu un personnage familier de la BD jeunesse francophone — au point de générer deux séries dérivées, l’une consacrée à Léonie et l’autre à l’instituteur Latouche.
Tranche d’âge conseillée : Le Lombard classe la série en « jeunesse » sans préciser d’âge. En pratique, les libraires et bibliothécaires la recommandent à partir de 7 ou 8 ans. Le Journal de Mickey, qui a également publié la série, la destinait à un lectorat à partir de 7 ans.