Créée en 1992 par le dessinateur suisse Zep (Philippe Chappuis) et publiée aux éditions Glénat à partir de janvier 1993, Titeuf est l’une des séries de bande dessinée jeunesse les plus vendues de la francophonie, avec plus de 20 millions d’albums écoulés et des traductions dans une vingtaine de langues. Elle met en scène un garçon de huit à dix ans, reconnaissable à sa mèche blonde rebelle, qui observe le monde des adultes avec la naïveté — et l’incompréhension — de son âge. Ses journées se partagent entre la cour de récré, les tentatives désespérées pour impressionner Nadia (la fille dont il est amoureux), les conversations avec ses copains Manu, Hugo et François sur les « mystères de la vie », et les situations embarrassantes que seul un enfant peut accumuler avec autant de constance. Titeuf n’hésite pas à aborder des sujets sensibles — divorce, sexualité, harcèlement — sous un angle humoristique, avec des expressions qui ont marqué toute une génération de lecteur·ice·s (« tchô », « c’est pô juste »). La BD a reçu l’Alph-Art jeunesse 9-12 ans au festival d’Angoulême en 1996 et a été déclinée en série animée, en film et en produits dérivés.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici des recommandations qui occupent le même terrain de jeu : l’humour, l’école, les tracas de l’enfance ou de la préadolescence. Toutes s’adressent à une tranche d’âge comparable à celle de Titeuf, c’est-à-dire grosso modo de 7 à 13 ans, avec des variations selon les séries et les éditeurs.
1. Le Petit Spirou (Tome & Janry, 1990)

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Pour situer le contexte : Spirou est un personnage historique de la BD belge, un jeune groom d’hôtel en uniforme rouge, héros d’aventures depuis 1938. Le Petit Spirou imagine son enfance — bien avant les aventures — et la transforme en série de gags. Créée par Tome (scénario) et Janry (dessin), d’abord esquissée en 1987 dans un album de Spirou et Fantasio, puis lancée comme série indépendante en 1990 aux éditions Dupuis, elle décroche dès le deuxième tome deux Alph-Art au festival d’Angoulême (humour et jeunesse).
Le cadre : l’école primaire et la maison. Le Petit Spirou, accompagné de son ami Vertignasse, passe l’essentiel de son temps à tenter de percer les secrets que les adultes refusent de lui expliquer — en particulier tout ce qui concerne les filles. Ses méthodes d’investigation incluent l’espionnage des vestiaires, la consultation de magazines interdits et les questions frontales qui mettent les adultes mal à l’aise. Autour de lui gravite une galerie de personnages mémorables : Mademoiselle Chiffre, la prof de maths dont le physique affole la classe, Monsieur Mégot, le prof de gym bedonnant qui s’essouffle en faisant la démonstration des exercices, ou l’abbé Langelusse, le prêtre de l’école, bonhomme et perpétuellement débordé. Les gags, construits en une planche, abordent sous couvert de rire la curiosité sexuelle enfantine, la rébellion face à l’autorité et la solidarité entre copains — des thèmes qui rappellent fortement Titeuf, même si Le Petit Spirou les a explorés avec quelques années d’avance.
Tranche d’âge conseillée : la série est classée « Tous publics » par Dupuis et généralement recommandée à partir de 7-8 ans, même si l’humour à double lecture gagne en sel avec l’âge — les adultes ne sont pas les derniers à en profiter.
2. L’Élève Ducobu (Zidrou & Godi, 1997)

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Ducobu est un cancre magnifique. Rondouillard, vêtu de son éternel pull rayé jaune et noir — des couleurs qui évoquent irrésistiblement la tenue de bagnard des Dalton dans Lucky Luke —, il est le pire élève que l’école Saint-Potache ait jamais accueilli. Son occupation principale : tricher. Il fabrique des antisèches miniatures, dresse des systèmes de poulies pour récupérer les réponses, programme des messages codés, envoie des signaux à ses complices — bref, il déploie pour copier sur sa voisine, la brillante Léonie Gratin (première de la classe, lunettes rondes, couettes rousses, robe à pois), une énergie et une ingéniosité qu’il refuse catégoriquement de consacrer à ses études. Face à lui, l’instituteur Gustave Latouche veille au grain, bonnet d’âne à portée de main.
Créée par Zidrou — instituteur dans la vraie vie, ce qui se sent dans la justesse des situations de classe — au scénario et Godi au dessin, la série est apparue en 1992 dans le journal belge Tremplin avant que le premier album ne paraisse au Lombard en 1997. Le ressort comique tient au décalage entre l’intelligence réelle de Ducobu et l’usage qu’il en fait : capable de concevoir un dispositif de triche d’une complexité redoutable, il reste incapable de retenir une seule date d’histoire. Malgré ses zéros et ses punitions, le personnage est attachant parce qu’il ne triche pas par cynisme mais par survie scolaire — et parce que, hors des interros, il se révèle généreux et loyal envers Léonie. La série a dépassé les deux millions d’exemplaires vendus et a été adaptée en quatre films au cinéma.
Tranche d’âge conseillée : généralement recommandée de 6 à 12 ans selon les libraires. L’humour est accessible dès le CP pour les bon·ne·s lecteur·ice·s.
3. Mortelle Adèle (Mr Tan & Miss Prickly, 2012)

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Adèle est une petite fille rousse à couettes, vêtue d’un uniforme d’écolière, dont le passe-temps favori est de semer le chaos autour d’elle avec un sang-froid imperturbable. Concrètement : elle mène des expériences douteuses sur son chat Ajax (qu’elle est persuadée d’avoir adopté comme bébé lion), brise méthodiquement le cœur de Geoffroy (le garçon qui s’entête à vouloir être son amoureux), et fait tourner ses parents en bourrique — le tout sans jamais perdre son air satisfait. On pense à Mafalda, l’héroïne argentine de Quino — une gamine philosophe qui remettait en question le monde des adultes dans les années 1960-1970 —, et à Mercredi Addams, la fille morbide et impassible de la célèbre Famille Addams. Sauf qu’Adèle est ancrée dans le quotidien d’une écolière française d’aujourd’hui, entre cantine, récré et devoirs.
La série est née de l’imagination d’Antoine Dole (alias Mr Tan), qui a inventé le personnage à 14 ans alors qu’il subissait du harcèlement scolaire au collège — Adèle, qui ose dire et faire tout ce que lui n’osait pas, lui a servi à reprendre pied. Miss Prickly a conçu l’univers graphique et dessiné les sept premiers tomes ; Diane Le Feyer a repris l’illustration à partir du tome 8, en 2014. En mars 2024, la série revendiquait 18 millions de lecteur·ice·s et occupait régulièrement le haut des classements de ventes de BD en France. Dans la fiction, Adèle fonde le « Club des Bizarres », un groupe où les enfants rejetés par les « populaires » — ceux qui n’ont pas les bons vêtements, les bons centres d’intérêt ou le bon comportement — se retrouvent et s’entraident, chacun revendiquant sa différence au lieu de la subir.
Tranche d’âge conseillée : le site officiel indique « à partir de 8 ans ». Oxybul classe la série de 8 à 12 ans, tandis que certains libraires la proposent dès 7 ans. L’humour noir demande un certain recul ; pour les enfants les plus sensibles, 8-9 ans semble un point d’entrée raisonnable.
4. Kid Paddle (Midam, 1996)

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Kid Paddle a environ neuf ans, une casquette verte vissée sur la tête, et trois passions dans la vie : les jeux vidéo, les films d’horreur et les monstres. Il hante la salle d’arcade Citygame (sous l’œil hostile de Mirador, le surveillant), accumule les heures devant sa console à la maison et regarde en boucle des films de série B peuplés de créatures gluantes. Le gag récurrent de la série : Kid perçoit la réalité à travers le filtre de ses jeux. Un contrôle de maths devient une mission de survie, une balade en forêt se transforme en chasse aux Blorks (les monstres récurrents de son univers), et sa sœur Carole — fan de poneys et de paillettes, à l’exact opposé de ses centres d’intérêt — est traitée comme un boss de fin de niveau.
Créée par le Belge Midam (Michel Ledent) en 1993 dans les pages du magazine Spirou, la série a vu son premier album paraître chez Dupuis en mars 1996. Elle a depuis dépassé les 12 millions d’albums vendus et engendré une série dérivée, Game Over, entièrement muette, qui met en scène le Petit Barbare — l’avatar que Kid incarne dans ses jeux — mourant de façon spectaculaire à chaque planche avant de ressusciter à la suivante. Un dessin animé a été diffusé dans une vingtaine de pays. L’humour est volontiers « trash » et potache — monstres visqueux, explosions, effets gore assumés —, mais le tout reste dans un registre cartoon, jamais réellement inquiétant.
Tranche d’âge conseillée : la série est classée « Tous publics » par Dupuis et généralement recommandée à partir de 8-9 ans. Les plus jeunes peuvent être déstabilisé·e·s par l’univers gore, même parodique. Les ados et les adultes qui ont grandi une manette à la main s’y retrouveront sans peine.
5. Journal d’un dégonflé (Jeff Kinney, 2007)

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Greg Heffley a douze ans, un grand frère (Rodrick) qui le persécute, un petit frère (Manu) qui le dénonce à la moindre occasion, un meilleur ami (Robert) dont le comportement enfantin et les goûts embarrassants le désespèrent, et des parents qui oscillent entre incompréhension et lassitude. Le jour où sa mère lui offre un journal intime, Greg s’empresse de le rebaptiser « carnet de bord » — un garçon n’écrit pas dans un journal intime, merci bien. Ce carnet devient le fil conducteur de ses mésaventures de collégien américain : tentatives ratées pour devenir populaire, plans foireux pour éviter les corvées, malentendus en série avec les filles et humiliations publiques en cours de sport. Le tout raconté avec une mauvaise foi désarmante — Greg est convaincu d’être un génie incompris — et illustré de dessins au trait volontairement rudimentaire, comme griffonnés dans les marges d’un cahier.
Journal d’un dégonflé (Diary of a Wimpy Kid en anglais) n’est pas une BD au sens strict, mais un roman illustré : du texte courant entrecoupé de dessins, à mi-chemin entre le journal intime et la bande dessinée — un format qui plaît aux enfants rebutés par les romans classiques sans illustrations, mais qui veulent plus de texte qu’une BD. Publié d’abord en ligne en 2004 (où il a attiré 50 millions de visiteurs), puis en livre à partir de 2007 chez l’éditeur américain Abrams, la série est traduite en 65 langues et dépasse les 250 millions d’exemplaires dans le monde. En France, elle est publiée aux éditions du Seuil depuis 2008-2009. Greg est un anti-héros gaffeur, paresseux et passablement égocentrique, mais on rit de lui parce qu’on reconnaît, dans ses fiascos de collégien, des situations que tout le monde a vécues au moins une fois.
Tranche d’âge conseillée : la Fnac classe la série « Roman junior dès 9 ans ». Plusieurs libraires recommandent la lecture à partir de 10-11 ans. Le format texte + illustrations convient bien aux enfants de 9 à 13 ans.
6. Captain Biceps (Zep & Tébo, 2004)

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Captain Biceps, c’est Zep (le créateur de Titeuf) au scénario et Tébo au dessin qui s’attaquent aux super-héros de comics. Le principe est limpide : Captain Biceps est le héros le plus costaud de tous les temps — et le plus bête. Moulé dans un costume rouge et jaune, doté de muscles grotesques et d’une cervelle inversement proportionnelle, il affronte, planche après planche, des parodies à peine déguisées des icônes du genre : Hulk, Batman, Spider-Man, Wolverine, Wonder Woman… Il les bat tous, invariablement, mais par des moyens si absurdes que la victoire tourne systématiquement au fiasco comique — le genre de héros capable de sauver la situation puis de détruire accidentellement la ville entière en fêtant sa victoire. Chaque gag tient en une planche, avec un titre qui pastiche les couvertures de comics américains (« Captain Biceps contre Méga-Truc ») et un slogan pompeux (« Plus terrifiant que la peur… et plus mortel que la mort »).
La série est prépubliée dans le mensuel Tchô ! à partir de 2003, puis compilée en albums chez Glénat dès 2004. Sept tomes sont parus à ce jour, et 78 épisodes animés ont été diffusés sur France 3 et France 4. Pour les lecteur·ice·s de Titeuf, c’est l’occasion de retrouver l’humour de Zep dans un tout autre registre : moins de cour de récré, plus de capes et de collants, mais le même goût pour l’absurde et les chutes qui prennent le contrepied de ce qu’on attendait.
Tranche d’âge conseillée : publiée dans la collection « Tchô ! » de Glénat (la même que Titeuf), la série s’adresse à un public comparable, soit environ 7 à 12 ans. Connaître un peu l’univers des super-héros enrichit la lecture, mais les gags fonctionnent très bien sans cette culture préalable.
7. Elliot au collège (Théo Grosjean, 2023)

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Elliot fait sa rentrée en sixième. Il est anxieux — pas un peu, mais au point que son angoisse se matérialise sous la forme d’une grosse mascotte orange, une créature ronde et envahissante qui le suit partout et lui souffle sans relâche les pires scénarios possibles. « Tu vas t’asseoir sur le banc des populaires et ils vont te massacrer », « Tout le monde a vu que tu portais un slip de bain à la piscine », « Si tu parles à cette fille, tu vas bégayer et toute la classe va se moquer de toi ». Le décalage entre la banalité des situations (une cantine bondée, un exposé à préparer, un message envoyé au mauvais destinataire) et la catastrophe apocalyptique que l’angoisse y projette constitue le moteur comique de la série.
Théo Grosjean, déjà connu pour L’Homme le plus flippé du monde (sa série Instagram suivie par plus de 180 000 personnes, éditée chez Delcourt), transpose ici ses propres souvenirs de collégien dans une série publiée chez Dupuis depuis janvier 2023, après prépublication dans le journal Spirou. Son ambition : suivre Elliot année après année, un tome par classe, en faisant évoluer les thèmes au rythme du personnage. Le tome 1 couvre la sixième (nouveaux repères, premiers amis) ; le tome 2, la cinquième (réseaux sociaux, jalousie, premier amour). Chaque planche fonctionne comme un gag autonome avec sa chute, mais l’ensemble dessine un récit suivi où les personnages secondaires — Hari le meilleur ami, Églantine la timide, Bastien la terreur de la récré — révèlent peu à peu leurs propres failles et leurs propres angoisses. Les sujets contemporains (TikTok, pression scolaire, harcèlement, handicap) sont traités sans lourdeur moralisatrice, ce qui a valu à la série le prix BD Polis en 2024.
Tranche d’âge conseillée : classée « Tous publics » par Dupuis, la série est recommandée à partir de 9-10 ans environ. Elle parlera tout particulièrement aux collégien·ne·s — et aux adultes qui n’ont pas oublié à quel point une rentrée en sixième pouvait ressembler à un saut dans le vide.