Publiée depuis 2018 aux éditions Glénat (collection Vents d’Ouest), Sorceline narre les aventures d’une jeune fille impétueuse, admise en stage de cryptozoologie — autrement dit l’étude des créatures légendaires dont l’existence n’est pas reconnue — sur l’île de Vorn, sous la tutelle du professeur Archibald Balzar. Entre gorgones pétrifiées, petites fées détraquées et camarades qui disparaissent en laissant derrière eux des débris de verre, la série embrasse apprentissage de la magie, mystères familiaux et bestiaire fantastique. Le scénario est signé Sylvia Douyé, journaliste scientifique reconvertie dans la BD jeunesse, et les illustrations sont l’œuvre de Paola Antista, dessinatrice italienne formée à l’académie Disney. La série a remporté le prix des lecteurs du Journal de Mickey.
Si vous avez dévoré les tomes de Sorceline et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici cinq BD et un manga dans la même veine : magie, créatures extraordinaires et secrets à élucider. Tous les titres présentés ci-dessous s’adressent à une tranche d’âge comparable — globalement de 8 à 12 ans, avec des variations selon les éditeurs — et raviront autant les jeunes lecteur·ice·s que les adultes qui n’ont jamais tout à fait rangé leur baguette.
1. Le Grimoire d’Elfie (Audrey Alwett, Christophe Arleston et Mini Ludvin, 2021)

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Elfie a onze ans, une passion pour les origamis et une vie chamboulée par la mort de sa mère. Avec sa sœur Magda, elle vivote chez une tante acariâtre jusqu’au jour où Louette, leur aînée tout juste majeure, débarque aux commandes d’un bus anglais à impériale reconverti en librairie ambulante. Oui, vous avez bien lu. Le trio de sœurs orphelines prend alors la route à travers les régions de France — Bretagne, Provence, Alsace, Pyrénées, Marais poitevin, Corse… —, et chaque étape apporte son lot d’énigmes locales, de rancœurs villageoises à démêler et de rencontres inattendues. Mais le vrai bouleversement survient quand Elfie hérite d’un grimoire qui exige d’être nourri par ses écrits — et qui, en retour, lui révèle des talents de sorcière insoupçonnés.
Publiée chez Drakoo (un label fondé par Christophe Arleston, par ailleurs créateur de Lanfeust de Troy), cette série est co-scénarisée par Audrey Alwett, connue pour Princesse Sara et le roman Magic Charly. Chaque tome fonctionne comme une histoire complète — on peut les lire dans le désordre sans être perdu·e —, même si un fil familial court d’un album à l’autre : la quête d’Elfie pour comprendre la magie de sa mère défunte. Le dessin de Mini Ludvin, formée au cinéma d’animation et grande admiratrice du studio Ghibli, se reconnaît à son trait chaleureux et à la fluidité de sa narration visuelle — un héritage direct de ses dix années passées dans l’animation. La série a remporté, entre autres, le Grand Prix des lecteurs du Journal de Mickey 2021 et le Prix Passerelles 2022 et 2025.
Âge conseillé : 8-12 ans sur les plateformes de vente, recommandé par la critique pour les 9-13 ans. Autrement dit, dès le CE2 et bien au-delà.
2. Les Sortilèges de Zora (Judith Peignen et Ariane Delrieu, 2021)

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Zora a douze ans, un corbeau nommé Edgar, et une grand-mère — Babouchka — qui aimerait bien qu’elle mène une vie normale. Problème : Zora est une sorcière, elle en est fière, et la normalité l’ennuie profondément. Réfugiées sur le toit d’un immeuble parisien dans une maison invisible aux yeux des Nonsorciers (c’est le terme en vigueur dans cet univers pour désigner les gens dépourvus de pouvoirs), la petite-fille et son aïeule se livrent une guerre de volontés. Babouchka finit par envoyer Zora au collège du quartier, en prenant soin de brider ses pouvoirs. Zora doit alors concilier deux mondes : celui du collège, avec ses amitiés naissantes, ses moqueries de couloir et ses premiers coups de cœur, et celui de la magie, qu’elle refuse d’abandonner même quand les conséquences deviennent dangereuses — pour elle comme pour la communauté des sorcières.
Éditée chez Glénat (collection Vents d’Ouest, la même que Sorceline), cette série de Judith Peignen aborde de front la question de la différence : Zora, avec son look atypique et ses réflexes de sorcière, détonne parmi ses camarades de classe, et le récit ne fait pas l’impasse sur les moqueries ni sur la tentation de masquer ce qu’on est pour avoir la paix. L’ensemble reste léger et drôle — les scènes avec Babouchka et ses amies sorcières âgées valent le détour. À noter : la série existe aussi en version roman chez Rageot, pour celles et ceux qui préfèrent la lecture sans cases ni bulles.
Âge conseillé : à partir de 9 ans (Ricochet-jeunes), dès 7 ans selon certains blogs spécialisés. Une fourchette comparable à celle de Sorceline.
3. Enola et les animaux extraordinaires (Joris Chamblain et Lucile Thibaudier, 2015)

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Caché au cœur d’un Muséum d’Histoire Naturelle se trouve le cabinet d’Enola, vétérinaire spécialisée dans les animaux des contes et légendes. Phénix grippé ? Gargouille qui fait des fugues ? Licorne agressive ? Kraken déprimé ? Enola répond présente. Accompagnée de son chat Maneki et équipée des inventions farfelues du génial Archibald — dont un hélicoléoptère (mi-hélicoptère, mi-coléoptère : le nom dit tout) —, elle parcourt le monde pour diagnostiquer et soigner des créatures fantastiques.
Publiée aux éditions de la Gouttière, cette série est signée Joris Chamblain, l’auteur des Carnets de Cerise (récompensé par le Fauve jeunesse au festival d’Angoulême 2014, l’un des prix les plus convoités de la BD francophone), et Lucile Thibaudier. Chaque tome se concentre sur un animal différent et fonctionne comme un « cas clinique fantastique » : Enola doit identifier le mal qui touche la créature, comprendre son comportement, puis trouver un remède — souvent en découvrant que le vrai problème n’est pas celui qu’on croyait. Comme dans Sorceline, l’enjeu n’est pas de vaincre les créatures mais de les comprendre et de les soigner, ce qui change agréablement des récits où le dragon est juste là pour être terrassé.
Âge conseillé : dès 7 ans selon l’éditeur, 8 ans selon la plupart des blogs jeunesse, et tout à fait appréciable jusqu’à 10-11 ans — voire au-delà pour les amoureux·ses de bestiaires fantastiques.
4. Hooky (Míriam Bonastre Tur, 2015)

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Dani et Dorian Wytte sont jumeaux, issus d’une grande famille de sorciers, et — point de départ de tous leurs ennuis — ils ont raté le bus pour l’école de magie. Par peur de la réaction de leurs parents, ils décident de se trouver un professeur particulier en catimini, ce qui les entraîne de catastrophe en catastrophe. Car le monde des sorciers est au bord de la rupture : une prophétie annonce l’avènement d’un Roi-Sorcier, les familles magiques rivalisent d’influence, et les humains ordinaires voient la sorcellerie d’un très mauvais œil. Heureusement, les jumeaux s’entourent d’une bande d’alliés dépareillés — Nico, gamin des rues espiègle ; Monica, princesse romantique ; Marc, beau ténébreux ; et Maître Pendragon, mentor distrait — qui compensent à peu près leur talent inégalé pour s’attirer des ennuis.
À l’origine, Hooky est un webtoon, c’est-à-dire une BD numérique conçue pour être lue en défilant verticalement sur écran, publiée sur la plateforme WEBTOON entre 2015 et 2020 (plus de 110 millions de vues). Son autrice, l’Espagnole Míriam Bonastre Tur, cite Harry Potter et Avatar, le dernier maître de l’air parmi ses influences. L’édition française, publiée chez Dupuis depuis 2023, adapte le format en six tomes papier. Un détail malin hérité du webtoon : chaque personnage dispose de bulles de dialogue d’une couleur différente (rose pour Dani, bleu pour Dorian, vert pour Nico…), ce qui rend la lecture très fluide même dans les scènes de groupe. L’histoire commence comme une comédie d’aventure, puis se tend progressivement : les tomes suivants abordent la persécution des sorciers par les humains, les trahisons familiales et le prix du pouvoir, avec des batailles, des pertes et des retournements qui pèsent sur le groupe d’amis.
Âge conseillé : 8-12 ans sur le marché anglophone, classé « Tous Publics » chez Dupuis. Quelques scènes plus intenses méritent toutefois la vigilance des parents pour les plus jeunes lecteur·ice·s.
5. Le Garçon sorcière (Molly Knox Ostertag, 2020)

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Dans la famille d’Aster, treize ans, les règles sont limpides : les filles deviennent sorcières (elles jettent des sorts, protègent la communauté par des enchantements), les garçons deviennent métamorphes (ils peuvent se transformer en animaux pour chasser les démons qui rôdent autour du village). Toute entorse à cette tradition entraîne le bannissement. Le problème, c’est qu’Aster n’arrive pas à se métamorphoser — et que la sorcellerie le fascine. Quand un danger mystérieux commence à menacer les autres garçons de la communauté, Aster comprend qu’il pourrait aider… à condition d’oser pratiquer l’art qui lui est interdit. Charlie, une fille de son âge sans aucun lien avec la communauté magique, devient sa confidente et l’encourage à utiliser ses talents de sorcier au lieu de les cacher.
Publiée en France chez Kinaye (collection Graphic Kids), cette trilogie de l’Américaine Molly Knox Ostertag pose, sous couvert de magie, la question des rôles de genre : dans un monde où les capacités sont attribuées à la naissance selon qu’on est fille ou garçon, que se passe-t-il quand quelqu’un ne rentre pas dans la case prévue ? Le sujet est traité avec naturel, sans lourdeur didactique — Aster n’est pas un porte-étendard, c’est un gamin doux et curieux qui veut juste faire ce qui l’intéresse. L’univers familial est riche : un arbre généalogique ouvre chaque tome (et il est utile, vu le nombre de cousins), et la diversité des couples et des modes de vie au sein de la famille fait partie du décor sans être soulignée au marqueur.
Âge conseillé : 8-12 ans selon Scholastic, 8-15 ans selon certains blogs.
6. L’Atelier des sorciers (Kamome Shirahama, 2018)

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Coco a toujours cru que la magie était un don inné, réservé à quelques élus dès la naissance. Jusqu’au jour où elle surprend Kieffrey, un sorcier de passage dans son village, en train de dessiner un sort — littéralement. La magie, ici, s’exerce par le tracé de pentacles à l’encre sur du papier ou toute autre surface : chaque motif produit un effet précis, et la moindre erreur de trait peut avoir des conséquences désastreuses. Fascinée, Coco tente de reproduire un sort trouvé dans un livre acheté à un inconnu durant son enfance… et pétrifie accidentellement sa propre mère. Pour avoir une chance de réparer ce désastre, elle n’a d’autre choix que d’apprendre la magie. Kieffrey la prend alors comme apprentie dans son atelier, aux côtés de trois autres élèves : Tetia, Trice et la méfiante Agathe.
Prépublié au Japon depuis 2016 et édité en France par Pika depuis mars 2018, L’Atelier des sorciers est classé seinen — une catégorie de manga qui cible un lectorat jeune adulte et adulte. Mais pas de quoi s’alarmer : l’histoire est parfaitement lisible dès 9-10 ans, et c’est surtout la richesse graphique qui le distingue d’un manga jeunesse classique. Kamome Shirahama, diplômée des Beaux-Arts de Tokyo et illustratrice de couvertures pour Marvel et DC Comics, déploie des planches d’une finesse remarquable, où se croisent des influences Art nouveau, Art déco et manga traditionnel — un mélange qu’on ne voit nulle part ailleurs. Le système de magie fondé sur le dessin n’est pas qu’une trouvaille esthétique : il soulève des questions concrètes au fil des tomes — qui a le droit de pratiquer la magie ? Faut-il interdire certains sorts au nom de la sécurité collective, quitte à priver les gens de leur liberté ? Que faire quand les institutions censées protéger les sorciers dissimulent leurs propres secrets ? Autant de questions qui épaississent le récit au fil des tomes et l’éloignent du simple conte d’apprentissage.
Âge conseillé : 9-12 ans selon Lirado, 12 ans et plus selon d’autres sources, et très apprécié par un lectorat adulte. Un manga idéal pour celles et ceux qui ont envie d’un univers plus ample et plus ambitieux après Sorceline.