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Que lire après « Sillage » de Jean-David Morvan et Philippe Buchet ?

Que lire après « Sillage » de Jean-David Morvan et Philippe Buchet ?

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Sillage est une série de bande dessinée de science-fiction française créée par le scénariste Jean-David Morvan et le dessinateur Philippe Buchet, publiée aux éditions Delcourt depuis 1998. On y suit les aventures de Nävis, seule représentante de l’espèce humaine à bord d’un gigantesque convoi spatial multiracial — le Sillage — qui parcourt la galaxie à la recherche de planètes à coloniser. Incapable d’être sondée par les races télépathiques du convoi, Nävis devient agent spécial de la Constituante, l’assemblée politique qui gouverne Sillage. Au fil de ses missions, elle se heurte à la corruption politique du convoi, aux inégalités entre les peuples qui le composent et aux menaces extérieures, sans jamais cesser de chercher d’autres humains. Récompensée à deux reprises au Festival d’Angoulême (prix Jeunesse en 2006 et Essentiel Jeunesse en 2008), la série compte à ce jour plus de vingt albums et a engendré plusieurs séries dérivées.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir dévoré les albums du convoi, voici quelques suggestions dans la même veine — du space opera au planet opera, sans oublier les spin-offs de l’univers sillagien lui-même.


1. Sillage – Premières armes (Pierre-Mony Chan, Jean-David Morvan et Philippe Buchet, 2014)

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Avant de devenir l’agent casse-cou que l’on connaît, Nävis a dû faire ses preuves. Sillage – Premières armes se situe chronologiquement entre les tomes 2 et 3 de la série-mère, à l’époque où la jeune humaine vient d’être recrutée par la Constituante et s’apprête à effectuer ses toutes premières missions en tant qu’agent spécial.

Le premier album, Esprit d’équipe, la propulse sur une planète au climat politique instable, où elle doit superviser des élections en compagnie d’autres agents en formation. Le second, Vitesse de croisière, l’envoie en mission d’infiltration sous couverture — en tant que barmaid sur un vaisseau de croisière interstellaire — pour enquêter sur de mystérieuses disparitions de cargos.

Débarrassé du poids dramatique accumulé par la série principale au fil des tomes, le récit retrouve le ton léger et aventureux des débuts de Sillage. Au dessin, Pierre-Mony Chan (connu pour sa série Cross Fire chez Soleil) succède à Buchet avec un style d’influence manga assumée, vif et soigné. Morvan, comme à son habitude, profite du cadre SF pour glisser quelques commentaires à peine déguisés sur la mondialisation et l’exploitation économique des pays émergents. Pour celles et ceux qui regrettent la Nävis des débuts, insubordonnée et un brin gaffeuse, ces deux albums sont un vrai plaisir.


2. Les Chroniques de Sillage (Jean-David Morvan, Philippe Buchet et collectif, 2004)

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Six recueils, cinq histoires courtes par volume, une trentaine de dessinateurs et dessinatrices : tel est le principe des Chroniques de Sillage. Morvan et Buchet conservent la main sur les scénarios, mais confient chaque récit de huit planches à un·e artiste différent·e — parmi lesquels José-Luis Munuera, Bengal, Alessandro Barbucci ou Sylvain Savoia.

Le narrateur n’est autre que Bobo, le fidèle Migreur de Nävis (un être artificiel, sorte de golem bleu à la force colossale). Incapable de vieillir, il profite de sa longévité pour coucher sur le papier les épisodes oubliés de la vie de sa compagne d’aventures. Ces récits courts viennent combler les blancs entre les albums de la série-mère : on y découvre l’enfance de Juaiz Rammasz (futur compagnon d’armes de Nävis), le secret de la fabrication de Snivel (son robot domestique), ou encore les répercussions de la crise sanitaire des Ftoross, un peuple du convoi décimé par une épidémie et exploité par les laboratoires pharmaceutiques. Le troisième tome se démarque : il propose une véritable aventure à suivre sur cinq chapitres, liée au cinquième album de Sillage, autour du trafic de Tellurane, un médicament rare au prix prohibitif.

Le résultat, par nature inégal — c’est la loi du collectif —, offre un patchwork graphique où chaque artiste s’approprie Nävis à sa manière. Le plaisir vient autant de ces variations visuelles que des informations disséminées sur les personnages secondaires. Réservées en priorité aux fans du convoi, ces chroniques permettent tout de même de mieux comprendre comment fonctionne l’univers sillagien — et pourquoi ses habitants se comportent comme ils le font.


3. Nävis (José-Luis Munuera et Jean-David Morvan, 2004)

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Et si l’on remontait encore plus loin ? Nävis raconte l’enfance de l’héroïne de Sillage, bien avant l’arrivée du convoi sur sa planète. La petite fille de six ans y grandit sous la surveillance de Nsob, son robot-précepteur aux airs de nounou intransigeante, et se lie d’amitié avec Houyo, une jeune tigrours au tempérament vif. Ensemble, elles se chamaillent, se posent les grandes questions de l’enfance — comment naissent les bébés ? à quoi servent les garçons ? — et se retrouvent régulièrement dans des situations périlleuses.

Publié en cinq albums (Houyo, Girodouss, Latitzoury, Il vous reste de l’énergie ?, Princesse Nävis), ce préquel assume pleinement son positionnement jeunesse. Le ton est plus léger, plus comique, et chaque tome fonctionne comme un récit autonome — la petite Nävis y apprend, à sa façon très directe, ce que sont la mort, la naissance, la peur et l’amitié. Le dessin de José-Luis Munuera (par ailleurs dessinateur de Spirou et Fantasio pendant plusieurs tomes) s’éloigne nettement du trait de Buchet : un style cartoon très expressif, idéal pour rendre les mimiques d’une gamine de six ans face à un monde qu’elle ne comprend pas toujours. Ses créatures animalières, en particulier, profitent pleinement de ce style rond et mobile — on les croirait échappées d’un dessin animé Pixar transplanté dans la jungle.

Pour les lecteur·ices adultes, l’intérêt réside aussi dans les indices disséminés ici et là sur les origines de Nävis et sur les circonstances du crash de son vaisseau. La série a d’ailleurs reçu le Prix Saint-Michel Jeunesse en 2007 pour son troisième tome. Un bon moyen de faire découvrir l’héroïne à un jeune public avant de l’orienter vers la série principale.


4. Orbital (Sylvain Runberg et Serge Pellé, 2006)

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Deux agents diplomatiques, un humain et une extraterrestre, chargés de maintenir la paix dans une galaxie où les conflits ne cessent de couver : Orbital plaira aux lecteur·ices de Sillage pour des raisons très concrètes. Ici aussi, les humains sont des citoyens de seconde zone dans une civilisation interstellaire qui se passe très bien d’eux. Ici aussi, les enjeux politiques comptent autant que les fusillades.

Caleb Swany, terrien, et Mézoké Izzua, Sandjarr, forment le premier binôme humain-alien de l’Office Diplomatique Intermondial (ODI), basé sur la station Orbital — une cité gigantesque dissimulée dans une brèche entre plusieurs espaces-temps, inaccessible sans technologie quantique. Leur duo n’a rien d’anodin : les humains et les Sandjarr se sont longtemps fait la guerre, et leur réconciliation, encore récente, reste fragile. Chaque mission les confronte à un conflit interplanétaire différent, où la diplomatie pèse souvent moins lourd que les intérêts économiques ou religieux.

Le dessin de Serge Pellé, réalisé en couleurs directes (feutres à alcool, gouache, pastels — pas de colorisation numérique), confère à chaque planche une texture picturale rare en BD, souvent comparée aux travaux d’Enki Bilal ou de Moebius. Chaque album lui demande environ douze mois de travail, ce qui explique le rythme de parution espacé de la série — mais aussi la richesse de ses décors planétaires et de son bestiaire alien. Côté scénario, Sylvain Runberg construit un univers où la Confédération galactique, loin d’être un havre de paix, reproduit les mêmes jeux de pouvoir, les mêmes instrumentalisations religieuses et les mêmes logiques impérialistes que ceux de notre propre histoire. Souvent comparée à Valérian et Laureline de Christin et Mézières, la série s’en éloigne par un ton nettement plus sombre : ici, les gentils ont des arrière-pensées et les méchants ont parfois de bonnes raisons.


5. Aquablue (Thierry Cailleteau et Olivier Vatine, 1988)

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Parue en 1988, Aquablue est l’une des premières BD de science-fiction à placer l’écologie au cœur de son intrigue — bien avant que le sujet ne devienne omniprésent dans le genre. Les ressemblances avec le film Avatar de James Cameron (2009) ont d’ailleurs suscité des débats nourris : un peuple autochtone en harmonie avec sa planète, des envahisseurs venus exploiter ses ressources, un humain qui choisit le camp des indigènes… La justice, saisie par les auteurs, a cependant conclu à l’absence de plagiat.

Nao, orphelin rescapé du naufrage d’un vaisseau spatial, est recueilli tout bébé par les habitants d’une planète-océan paradisiaque. Élevé parmi des pêcheurs amphibiens avec pour seul compagnon technologique le robot-nurse Cybot, il grandit en symbiose avec son monde d’adoption — jusqu’au jour où un consortium terrien, la Texec, débarque pour exploiter les ressources en eau de la planète, sans se soucier des conséquences climatiques ni du sort des autochtones. Nao, qui se révèle être l’héritier de la fortune Morgenstern (le magnat dont le vaisseau a jadis fait naufrage), est propulsé malgré lui en première ligne d’un bras de fer entre intérêts financiers et survie écologique.

Le premier cycle (cinq albums), intégralement dessiné par Olivier Vatine, reste le sommet de la série. Son trait doux, ses visages expressifs et ses couleurs aquatiques ont défini l’identité visuelle d’Aquablue. Le départ de Vatine après le quatrième tome (suite à une brouille avec le scénariste) a provoqué un changement radical d’atmosphère graphique : Ciro Tota, au style plus anguleux et nerveux, a pris le relais, suivi par d’autres dessinateurs et même un nouveau scénariste, Régis Hautière. Malgré ces turbulences, les thèmes fondateurs d’Aquablue — colonialisme, prédation des ressources naturelles, résistance d’un peuple indigène face à une puissance militaro-industrielle — n’ont pas pris une ride en plus de trente-cinq ans. Récompensée par le prix Alph’Art Jeunesse à Angoulême dès 1989, la série a posé un jalon que beaucoup de récits de SF écologique ont depuis cherché à égaler.


6. UCC Dolorès (Didier Tarquin, 2019)

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Connu comme le dessinateur de Lanfeust de Troy aux côtés du scénariste Christophe Arleston, Didier Tarquin signe ici sa première série en solo — scénario et dessin — épaulé par Lyse Tarquin aux couleurs et au co-scénario. Le résultat ? Un space opera à la sauce western, quelque part entre Firefly, Albator et la guerre de Sécession transposée dans les étoiles. (Si vous n’avez pas vu Firefly de Joss Whedon : imaginez un équipage de bric et de broc à bord d’un vaisseau cabossé, aux confins d’une galaxie où la loi n’arrive pas.)

Sœur Mony, orpheline de 18 ans fraîchement sortie du couvent des Nouveaux Pionniers, hérite d’un croiseur de guerre confédéré : l’UCC Dolorès, ancien vaisseau du redoutable colonel McMonroe. Incapable de piloter l’engin, elle recrute Kash, vétéran taciturne aux biceps convaincants, et découvre à bord Tork, un mystérieux mécanicien en combinaison intégrale qui prétend être là depuis toujours. Le trio improbable — la nonne candide, la brute au cœur tendre et l’énigmatique mécano — prend la route de la Frontière, poursuivi par des écumeurs et par l’Église des Nouveaux Pionniers, tous avides de mettre la main sur le légendaire Glaive de Tassili.

Tarquin, libéré des contraintes de pagination serrée de Lanfeust, s’offre ici des planches amples, parfois spectaculaires, où les décors spatiaux et les paysages de la Frontière occupent toute la place. Les influences s’empilent sans complexe — Dune, Star Wars, Cowboy Bebop, Long John Silver — mais l’ensemble tient grâce à un rythme de lecture très soutenu et à des personnages dont on veut connaître le passé. Car tout le monde ment ou cache quelque chose à bord du Dolorès : Kash, Tork, la Mère supérieure, et peut-être Mony elle-même. Sept tomes sont parus depuis 2019.


7. Les Mondes d’Aldébaran (Leo, 1994)

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Trente ans de publication, sept cycles, plus de vingt-six albums et trois millions d’exemplaires vendus : la saga de Luiz Eduardo de Oliveira, dit Leo, auteur brésilien installé en France, est l’une des plus vastes entreprises de la BD de science-fiction francophone. Depuis 1994, Leo construit cycle après cycle un univers de planet opera qui ne cesse de s’étendre : Aldébaran, Bételgeuse, Antarès, Survivants, Retour sur Aldébaran, Neptune et Bellatrix, tous publiés chez Dargaud.

Le point de départ : au cours du XXIe siècle, l’humanité a mis au point un moyen de dépasser la vitesse de la lumière (le « transfert Benevides ») et lancé des missions de colonisation vers des systèmes lointains. Le premier cycle s’ouvre sur Aldébaran-4, une planète coupée de tout contact avec la Terre depuis un siècle. Deux adolescents, Marc et Kim Keller, survivent à la destruction de leur village côtier par une créature marine colossale et se lancent dans un périple à travers une planète devenue hostile. Chaque cycle suivant transporte les personnages (dont Kim, véritable fil conducteur de la saga) sur une nouvelle planète, avec un nouvel écosystème à apprivoiser et de nouveaux dangers à affronter.

La grande force de Leo réside dans la création de ses bestiaires extraterrestres : chaque monde possède sa propre faune et sa propre flore, inventives et cohérentes d’un point de vue écologique. Pas de lézards bipèdes qui parlent comme des humains ni de chiens à six pattes — les créatures de Leo sont véritablement alien, c’est-à-dire radicalement différentes de tout ce que l’on connaît. Les théodores, les mantrices, les eleutères géants : autant d’espèces dont la biologie, le comportement et la place dans la chaîne alimentaire sont pensés avec soin. En parallèle, Leo ne perd jamais de vue la dimension humaine de son récit : les rapports de pouvoir entre colons, les dérives autoritaires des gouvernements isolés, les choix moraux dans des situations de survie. Le dessin, entièrement réalisé par l’auteur (scénario, trait et couleurs), a pu diviser — les expressions faciales des personnages manquent parfois de nuance — mais les paysages extraterrestres et le design des créatures font oublier cette limite. Si vous avez vingt-six albums de retard, réjouissez-vous : c’est autant de soirées de lecture en perspective.


8. Les Naufragés d’Ythaq (Christophe Arleston et Adrien Floch, 2005)

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Quand le scénariste de Lanfeust de Troy s’attaque au space opera, on retrouve sans surprise ses ingrédients de prédilection : de la fantasy médiévale, de l’humour, du mystère et un sens aigu du feuilleton. Les Naufragés d’Ythaq, publiés chez Soleil, comptent dix-sept tomes répartis en plusieurs cycles.

Le Brume-de-Comète, luxueux vaisseau de croisière de la Silver Star Line, s’écrase sur une planète absente de toutes les cartes spatiales. Parmi les rares rescapés : Granite Welgoat, astronavigatrice intrépide au réveil difficile (c’est d’ailleurs une punition pour retard qui l’a sauvée), Narvarth Bodyssey, technicien naïf et poète à ses heures, et Callista DeSargamore, passagère mondaine, manipulatrice et vénale. Le trio découvre sur Ythaq un monde aux allures médiévales où certains individus maîtrisent les quatre éléments : les glébeux (terre), les trempeurs (eau), les zéphyrs (vent) et les brasiers (feu). Granite, à sa propre stupéfaction, acquiert le pouvoir de brasier, le plus rare d’entre tous.

L’intrigue se complexifie lorsque les naufragés comprennent qu’Ythaq sert en réalité de terrain de jeu grandeur nature pour de mystérieuses entités — les Ythes — qui organisent une compétition séculaire entre les personnalités les plus puissantes de la galaxie. Le scénario d’Arleston emprunte à ses recettes éprouvées (un héros naïf coincé entre deux femmes au caractère opposé, un sage omniscient, un compagnon bourru — des échos de Lanfeust se font entendre), mais l’ensemble fonctionne grâce à un rythme soutenu et un sens du rebondissement qui ne faiblit guère. Le dessin d’Adrien Floch, coloré et énergique, porte l’aventure avec une régularité impressionnante (trois tomes en un an pour le premier cycle). Pour les amateur·ices de Sillage qui apprécient autant l’humour que l’action et les univers foisonnants, Les Naufragés d’Ythaq méritent le détour.