Princesse Sara est une série de bande dessinée française publiée chez Soleil (collection Blackberry) depuis 2011. Scénarisée par Audrey Alwett et illustrée par Nora Moretti, elle s’inspire très librement du roman La Petite Princesse de Frances Hodgson Burnett — dont est également tiré le célèbre anime des années 1980. La série transpose l’histoire de la jeune Sara Crewe dans une Angleterre victorienne revisitée où la technologie à vapeur et les automates font partie du quotidien (ce qu’on appelle le steampunk) : envoyée de l’Inde au pensionnat londonien de Miss Minchin, Sara passe du statut de princesse adulée à celui de servante maltraitée lorsque son père meurt ruiné. À partir du cinquième tome, Audrey Alwett prolonge le récit bien au-delà du roman d’origine et suit une Sara devenue adulte dans des intrigues qui la mènent de Pondichéry à Venise en passant par le Japon. Avec plus de 600 000 exemplaires vendus, la série est devenue une référence de la BD jeunesse francophone. La tranche d’âge conseillée oscille selon les sources entre 10 et 13 ans, ce qui n’empêche pas de nombreux adultes de la lire avec autant de plaisir.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions qui partagent un ou plusieurs ingrédients avec Princesse Sara : des héroïnes qui ne se laissent pas marcher dessus, des cadres historiques travaillés, de l’aventure, et — régulièrement — de très belles robes. Toutes les BD présentées ci-dessous s’adressent à un lectorat comparable, généralement entre 9 et 13 ans, avec quelques variations selon les éditeurs et les libraires.
1. Princesse Sara Légende (Audrey Alwett et Nora Moretti, 2018)

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Princesse Sara Légende est un diptyque publié chez Soleil en octobre 2018, qui reprend le premier cycle de la BD — les quatre tomes consacrés à l’enfance de Sara, de son arrivée au pensionnat jusqu’à la résolution de ses malheurs — sous forme de récit en prose accompagné d’illustrations. Coécrit par Audrey Alwett et Faustine Fürihousse, l’ouvrage raconte les mêmes événements que la BD — l’arrivée de Sara au pensionnat de Miss Minchin, la mort de son père, sa déchéance, puis son sauvetage — mais dans un format qui se lit comme un roman illustré plutôt que comme une bande dessinée. Les dessins de Nora Moretti, dans le style caractéristique de la série (traits d’inspiration manga, couleurs douces, robes détaillées), ponctuent le texte à intervalles réguliers.
Le second tome couvre la période la plus difficile de la vie de Sara — celle où, privée de tout, elle survit comme servante dans le pensionnat qui l’accueillait autrefois en princesse. Le passage au texte permet d’accéder plus directement aux pensées et aux doutes de Sara, là où la BD les traduisait par le dessin et les expressions des visages. Pour qui a lu les quinze tomes de la série et n’est pas prêt·e à quitter cet univers, Princesse Sara Légende offre une manière différente de redécouvrir l’histoire. Celles et ceux qui préfèrent la lecture en prose pourront aussi y trouver leur compte, et éventuellement remonter vers la BD ensuite.
Tranche d’âge conseillée : même public que la BD, soit environ 10-13 ans.
2. Elinor Jones (Algésiras et Aurore, 2010)

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Comme Princesse Sara, Elinor Jones est publiée dans la collection Blackberry chez Soleil, une collection qui regroupe des séries à tendance romantique dans des cadres historiques. En trois tomes (Le Bal d’hiver, Le Bal de printemps, Le Bal d’été), Algésiras et Aurore installent un huis clos dans l’Angleterre victorienne : la jeune Elinor est embauchée comme couturière dans la prestigieuse maison Tiffany, dont la réputation repose sur les bals somptueux organisés chaque saison pour la noblesse anglaise. Elinor travaille sous les ordres de Bianca, l’héritière de la maison — une adolescente au talent indiscutable mais au caractère difficile, qui supporte mal qu’une autre couturière attire l’attention.
L’apparence élégante de la série ne doit pas tromper : au fil des tomes, les sujets abordés se révèlent bien plus graves qu’on ne l’attendrait. Il y est question de deuil, d’anorexie, de pression familiale et de place des femmes dans une société rigidement hiérarchisée. Le dénouement du troisième tome surprend et invite à relire les deux premiers avec un œil neuf — certains comportements d’Elinor, jusque-là difficiles à comprendre, prennent alors tout leur sens. Le dessin d’Aurore, influencé par le manga (on pense à Candy ou Georgie), accorde un soin particulier aux tenues, aux coiffures et aux décors intérieurs — chaque planche est riche en détails vestimentaires d’époque.
Tranche d’âge conseillée : 12 ans et plus selon Manga-news. D’autres sources estiment la lecture possible dès 9-10 ans — mais les thèmes abordés dans le dernier tome (notamment l’anorexie) justifient une certaine prudence.
3. Le Jardin secret (Maud Begon et Frances Hodgson Burnett, 2021)

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Publié chez Dargaud en deux tomes (2021 et 2022), Le Jardin secret est l’adaptation en BD du roman du même nom de Frances Hodgson Burnett — oui, la même autrice que La Petite Princesse, dont est tirée Princesse Sara. On y suit Mary Lennox, une fillette de dix ans, capricieuse et renfrognée, qui se retrouve orpheline après une épidémie de choléra aux Indes britanniques, au début du XXe siècle. Envoyée en Angleterre chez un oncle qu’elle n’a jamais vu, elle débarque au manoir de Misselthwaite, une demeure austère plantée au milieu de la lande du Yorkshire. Son oncle, Mr Craven, est un homme brisé par le deuil de son épouse et refuse de voir l’enfant. Livrée à elle-même, Mary explore le domaine et finit par découvrir un jardin muré, laissé à l’abandon depuis dix ans. Avec l’aide de Martha, sa femme de chambre, de Ben, un vieux jardinier bourru, et surtout de Dickon, le frère de Martha — un garçon qui semble capable de parler aux animaux —, Mary entreprend de redonner vie à ce jardin en secret. Ce faisant, c’est elle-même qui se transforme.
Maud Begon assure seule le scénario, le dessin et la mise en couleurs. Les planches consacrées au jardin au fil des saisons sont particulièrement réussies : on passe de tons gris et bruns en hiver à des doubles pages éclatantes de fleurs et de verdure au printemps, ce qui rend visuellement la renaissance du lieu (et de Mary avec lui). L’évolution physique de l’héroïne est elle aussi traduite par le dessin : son visage s’arrondit, ses joues prennent des couleurs, sa posture se redresse — autant de détails que seule la BD peut rendre visibles sans avoir besoin de les formuler dans le texte. Le lien avec Princesse Sara est évident : même époque, même autrice d’origine, même trajectoire d’une enfant déracinée qui doit apprendre à vivre — et à aimer — dans un environnement d’abord hostile.
Tranche d’âge conseillée : les avis divergent. Certaines librairies jeunesse la recommandent dès 7 ans, tandis que des plateformes numériques comme Vivlio la classent à partir de 12 ans. Un compromis raisonnable se situe autour de 8-10 ans : l’histoire est accessible, mais les premières pages sur l’épidémie et la solitude de Mary peuvent impressionner les plus jeunes.
4. Jane Eyre (Lee SunNeko et Charlotte Brontë, 2017)

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Cet album unique de plus de 300 pages, publié chez nobi nobi! dans la collection Les Classiques en Manga, condense l’intégralité du roman de Charlotte Brontë (paru en 1847) en un seul volume au format manga, qui se lit de droite à gauche comme dans l’édition japonaise. On y retrouve le parcours de Jane, orpheline maltraitée par sa tante Mrs Reed et ses cousins, puis envoyée dans le pensionnat de Lowood — un établissement sinistre et insalubre où le typhus fait des ravages. Rescapée de l’épidémie, Jane y reste comme enseignante avant de trouver un poste de gouvernante au manoir de Thornfield. Elle y fait la connaissance de Mr Rochester, le propriétaire des lieux : un homme bien plus âgé qu’elle, taciturne et imprévisible, mais avec lequel elle noue une relation faite d’attirance et de confrontations franches — Jane n’hésite jamais à lui tenir tête. Leur histoire d’amour sera bouleversée par un secret que le manoir dissimule.
Lee SunNeko opte pour un trait élégant et lumineux, plus doux que sombre, qui adoucit l’atmosphère gothique du roman. Plusieurs lecteur·ices ont noté que les personnages sont représentés comme trop « beaux » — Charlotte Brontë insistait sur la banalité physique de Jane et le visage ingrat de Rochester —, mais cette adaptation a le mérite de rendre accessible l’un des grands classiques de la littérature anglaise à un jeune public. Pour qui a aimé l’Angleterre victorienne et les pensionnats de Princesse Sara, Jane Eyre propose un récit plus mature, centré sur une héroïne qui refuse de se soumettre — à sa tante, à son pensionnat, aux conventions de classe, et même à l’homme qu’elle aime lorsque la situation l’exige.
Tranche d’âge conseillée : nobi nobi! recommande la collection Les Classiques en Manga dès 7 ans de façon générale, mais Jane Eyre est spécifiquement indiqué à partir de 11 ans par l’éditeur. Manga-news et Nautiljon mentionnent respectivement 12+ et 10+. Les thèmes de la maltraitance, de l’injustice sociale et de la passion amoureuse justifient un âge plancher autour de 10-12 ans.
5. Les Enquêtes d’Enola Holmes (Serena Blasco et Nancy Springer, 2015)

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Adaptée des romans de Nancy Springer par Serena Blasco, cette série publiée chez Jungle (collection Miss Jungle) met en scène Enola Holmes, la sœur cadette — fictive — de Sherlock et Mycroft Holmes. Le jour de ses quatorze ans, en 1888, Enola découvre que sa mère a disparu en ne lui laissant qu’un recueil de botanique et un carnet de messages codés. Ses deux frères aînés, qu’elle n’a presque pas vus depuis des années, débarquent au domaine familial et décident de l’envoyer en pension pour faire d’elle une jeune fille « convenable ». Enola refuse, s’enfuit à Londres et commence à mener l’enquête seule — en se forgeant des identités grâce à des déguisements ingénieux et en déchiffrant les indices floraux laissés par sa mère.
La série compte 9 tomes (les six premiers dessinés par Serena Blasco, les suivants par Lucie Arnoux). Chaque album se conclut sur le « carnet secret » d’Enola, rempli de croquis, d’annotations et de codes à déchiffrer — un bonus qui prolonge la lecture de manière ludique. Au-delà de l’intrigue policière, la série traite de la condition des femmes à l’époque victorienne : obligation de porter le corset, risque d’internement pour les femmes jugées « hystériques », interdiction d’exercer certains métiers. Ces questions traversent chaque enquête sans jamais alourdir le récit. Le personnage a aussi été porté à l’écran par Netflix (deux films avec Millie Bobby Brown), ce qui a largement contribué à le faire connaître au-delà du lectorat BD.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 9-10 ans selon la plupart des sources (blogs spécialisés, librairies, avis Fnac). Le côté enquête et les thèmes abordés la rendent également captivante pour des lecteur·ices plus âgé·es.
6. Les Colombes du Roi-Soleil (Roger Seiter, Mayalen Goust et Anne-Marie Desplat-Duc, 2011)

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Adaptation en BD de la série de romans historiques à succès d’Anne-Marie Desplat-Duc (Flammarion, 16 tomes publiés entre 2005 et 2023, 500 000 exemplaires vendus), Les Colombes du Roi-Soleil se déroule sous le règne de Louis XIV. Le cadre : la Maison royale de Saint-Louis, un pensionnat fondé à Saint-Cyr (près de Versailles) par Madame de Maintenon — la dernière épouse du roi — pour éduquer les filles de la noblesse appauvrie par les guerres. Quatre jeunes pensionnaires occupent le devant de la scène : Charlotte, impulsive et frondeuse ; Louise, réservée et talentueuse chanteuse (qui cache un lourd secret de naissance) ; Hortense, pieuse et discrète ; et Isabeau, passionnée de sciences. Chaque tome les accompagne au moment où l’une d’elles quitte Saint-Cyr pour affronter le monde extérieur — la cour de Versailles, l’Angleterre, les routes de l’exil protestant, voire le Nouveau Monde.
Le scénariste Roger Seiter, spécialiste de la BD historique, inscrit chaque histoire dans son contexte d’époque et ne se contente pas d’un décor de carton-pâte : on y croise la révocation de l’édit de Nantes (la décision de Louis XIV d’interdire le protestantisme en France, qui poussa des centaines de milliers de huguenots à l’exil), l’affaire des Poisons (un vaste scandale d’empoisonnements et de sorcellerie qui éclaboussa la cour dans les années 1670-1680), ou encore les représentations théâtrales de Racine devant le roi. Les planches de Mayalen Goust, réalisées dans une technique mixte (crayon, aquarelle et retouche numérique), rendent justice aux costumes, aux intérieurs et à l’atmosphère de Versailles. La série BD compte 4 tomes (plus des intégrales parues à partir de 2022), chacun centré sur une héroïne différente — ce qui permet de les lire de façon relativement indépendante.
Les lecteur·ices de Princesse Sara retrouveront ici ce qui fait le sel de la série d’Alwett et Moretti : un pensionnat où se nouent amitiés et rivalités, des jeunes filles qui refusent le destin qu’on leur assigne, et un arrière-plan historique qui nourrit l’histoire autant qu’il la décore. Le siècle et le pays changent — on passe du Londres victorien à la France de Louis XIV — mais le plaisir de lecture est du même ordre.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 9 ans selon Flammarion pour les romans, 11 ans et plus pour la BD selon les fiches éditeur. BDfugue la classe dans sa sélection « lecteurs confirmés, 9-12 ans ».
7. Complots à Versailles (Carbone, Annie Jay et Giulia Adragna, 2019)

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Tirée du roman éponyme d’Annie Jay (Hachette Jeunesse), cette série publiée chez Jungle (collection Miss Jungle) se situe elle aussi à la cour de Louis XIV, mais sous un angle plus policier que les Colombes du Roi-Soleil. En 1676, Pauline, fille de la noblesse, est nommée demoiselle de la reine Marie-Thérèse et découvre le château de Versailles — un lieu où chaque courtisan surveille ses rivaux, flatte le roi et manœuvre pour obtenir des faveurs. Elle est accompagnée de sa meilleure amie Cécile, fille d’un père espagnol et d’une mère française, qui ne mâche pas ses mots et n’a aucune patience pour les courbettes. Les deux amies se retrouvent rapidement mêlées à des affaires dangereuses qui dépassent les simples querelles de cour.
La série, scénarisée par Carbone et illustrée par Giulia Adragna, compte 4 tomes. Chaque volume propose un mystère à part entière — empoisonnements, enlèvements, disparitions suspectes —, tout en faisant avancer l’histoire personnelle de Cécile, qui découvre au fil des tomes ses origines espagnoles et accède au titre de comtesse d’Altafuente. On croise ici aussi l’ombre de Madame de Montespan et de l’affaire des Poisons (déjà évoquée plus haut), et les costumes d’époque sont abondamment détaillés dans les planches. Le caractère bien trempé de Cécile — franche, têtue, prompte à l’action — plaira à celles et ceux qui aiment les héroïnes de Princesse Sara : pas le genre à attendre qu’on vienne les sauver.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 9 ans selon Cultura et les librairies spécialisées. Le public visé est (pré)adolescent, une lecture bien adaptée aux 9-12 ans.
8. La Rose écarlate (Patricia Lyfoung, 2005)

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Dans la France du XVIIIe siècle, Maud de la Roche est une jeune femme de dix-huit ans qui manie l’épée aussi bien que la répartie. Lorsque son père est assassiné sous ses yeux, elle quitte le Périgord pour Paris, recueillie par son grand-père, le comte de la Roche. Le jour, elle endure tant bien que mal la vie mondaine que celui-ci voudrait lui imposer (et notamment un mariage arrangé). La nuit, elle enfile un masque et devient la Rose écarlate, une justicière qui vole les nobles corrompus pour redistribuer aux pauvres. Ses chemins croisent bientôt ceux du Renard, un bandit masqué qui poursuit le même but — et dont l’identité civile n’est autre que le jeune comte Guilhem de Landrey, que Maud fréquente… sans le savoir.
Publiée chez Delcourt à partir de 2005, la série principale compte 21 tomes répartis en trois grands cycles (plus une série dérivée, La Rose écarlate – Missions, qui raconte des aventures parallèles). Avec plus d’un million d’exemplaires vendus, c’est l’une des BD jeunesse françaises les plus lues de ces vingt dernières années. Patricia Lyfoung y mêle des influences franco-belges et manga dans un style graphique coloré et vif. L’aventure de cape et d’épée côtoie la romance (Maud et Guilhem) et l’enquête (qui a tué le père de Maud, et pourquoi ?), le tout entrecoupé de scènes d’humour qui empêchent la série de se prendre trop au sérieux.
Patricia Lyfoung est décédée le 15 janvier 2025 à l’âge de 47 ans, quelques semaines après la parution du dernier tome. Pionnière d’un style hybride entre BD européenne et manga, elle a ouvert la voie à de nombreux auteur·ices qui, après elle, ont adopté cette esthétique croisée. Une série d’animation adaptée de la BD est diffusée depuis février 2026 sur Canal+ Kids.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 10-12 ans selon la majorité des sources. Lirado la recommande pour les 12-15 ans, Histoire d’en Lire à partir de 12 ans, tandis que de nombreux parents signalent que leurs enfants de 9-10 ans l’ont lue sans difficulté. Les scènes de combat et la thématique de la vengeance justifient cependant un âge plancher autour de 10 ans.