Persepolis est une bande dessinée autobiographique en noir et blanc de Marjane Satrapi, publiée en quatre tomes entre 2000 et 2003 chez L’Association. L’autrice y retrace son enfance à Téhéran lors de la révolution islamique de 1979, son adolescence en exil à Vienne, puis son retour en Iran et son départ définitif pour la France en 1994.
Adapté en film d’animation en 2007 — récompensé par le prix du jury au Festival de Cannes —, ce récit s’est écoulé à plus de quatre millions d’exemplaires dans le monde. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Femme, vie, liberté (Marjane Satrapi, 2023)

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Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini meurt sous les coups de la police des mœurs iranienne pour un voile mal ajusté. Son décès déclenche un soulèvement sans précédent, porté par le slogan « Femme, vie, liberté ». Marjane Satrapi a réuni dix-sept dessinateurs et dessinatrices — parmi lesquels Joann Sfar, Coco, Lewis Trondheim et Mana Neyestani — ainsi que trois spécialistes (un politologue, un grand reporter et un historien) pour raconter cet événement majeur en bande dessinée.
En vingt-cinq chapitres, l’ouvrage alterne récits graphiques et textes de contextualisation pour éclairer les causes et les enjeux du mouvement. On y retrouve le regard incisif et l’engagement de Satrapi, cette fois non plus tourné vers ses propres souvenirs mais vers la jeunesse iranienne d’aujourd’hui. Pour qui a été touché·e par Persepolis, ce roman graphique constitue son prolongement naturel, ancré dans l’actualité la plus brûlante.
2. Ces lignes qui tracent mon corps (Mansoureh Kamari, 2025)

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Mansoureh Kamari, Iranienne réfugiée en France depuis 2011, signe ici son premier roman graphique. Elle y raconte son enfance et son adolescence à Téhéran sous le joug d’un patriarcat institutionnalisé : les interdictions (rire, chanter, danser, aimer), les agressions sexuelles répétées, la possibilité légale d’être mariée à neuf ans. Le récit s’ouvre sur une scène où l’autrice, dans le présent, pose nue comme modèle dans un cours de dessin à Paris — un geste de liberté impensable dans le pays qu’elle a fui.
Entièrement composé dans des tons de gris, de noir et de blanc, rehaussé de touches de rouge et de chair, l’album oppose la noirceur d’une enfance volée à la lumière d’une émancipation conquise. Comme Persepolis, il s’agit d’un témoignage autobiographique sur la condition des femmes en Iran, mais d’une génération postérieure. Le trait, d’une rare délicatesse, porte le récit avec une force silencieuse.
3. Shadi : une histoire du vol PS752 (Shaghayegh Moazzami, Touka Neyestani & Mana Neyestani, 2025)

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Le 8 janvier 2020, le vol PS752 de Ukraine International Airlines est abattu par deux missiles de l’armée iranienne peu après son décollage de Téhéran. Les 176 passagers périssent, dont Shadi, une jeune Iranienne installée à Toronto, de passage en Iran pour les fêtes et sur le point d’épouser Nima, fils de Touka Neyestani. Trois auteurs et autrices proches de la victime — les frères Neyestani, dessinateurs de presse en exil, et Shaghayegh Moazzami, illustratrice et amie de Shadi — unissent leurs voix et leurs styles graphiques pour lui rendre hommage.
L’album alterne souvenirs intimes, deuil et dénonciation de l’opacité du régime, qui a d’abord nié toute responsabilité. Comme dans Persepolis, le récit personnel se tisse à la critique politique ; ici, trois perspectives et trois écritures graphiques distinctes composent un requiem à plusieurs voix contre le silence imposé par la République islamique.
4. Iranienne : Rebelle et fière au pays des Mollahs (Éric Darbré, Zainab Fasiki & Aran de Shahdad, 2024)

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À Téhéran, Raya, 19 ans, cumule tout ce que le régime des mollahs abhorre : elle est lesbienne, punk, tatouée et amoureuse de la fête et du rock. Un terrible dilemme s’impose à elle : rester en Iran et se trahir, ou fuir à l’étranger et abandonner sa terre natale. Scénarisé par Éric Darbré et Aran de Shahdad, mis en images par la dessinatrice marocaine Zainab Fasiki, ce récit nourri de faits réels retrace les années qui ont précédé le soulèvement de 2022.
Là où Persepolis racontait l’Iran des années 1980 à travers les yeux d’une enfant, Iranienne dépeint la jeunesse contemporaine confrontée au même carcan théocratique, quarante ans plus tard. Le livre met en lumière les résistances souterraines — fêtes clandestines, réseaux LGBTQIA+, culture underground — et souligne, avec une franchise sans détour, que le fossé entre le régime et sa population n’a jamais été aussi profond.
5. Le Piano oriental (Zeina Abirached, 2015)

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Zeina Abirached, autrice franco-libanaise née à Beyrouth en 1981, tisse ici un double récit en noir et blanc. D’un côté, l’histoire d’Abdallah Kamanja, pianiste libanais et aïeul de l’autrice, qui dans le Beyrouth des années 1960 tente de mettre au point un piano capable de jouer les quarts de ton propres à la musique orientale. De l’autre, le parcours de Zeina elle-même, entre deux langues et deux cultures, au moment de son installation à Paris.
L’instrument, qui n’a existé qu’en un seul exemplaire avant que la guerre civile ne ravage le Liban, fonctionne comme une métaphore de la coexistence entre Orient et Occident. Le graphisme, saturé d’arabesques et d’onomatopées, donne au livre une dimension presque musicale. Les lecteur·ices de Persepolis y retrouveront des thèmes familiers — l’exil, la double culture, la quête d’identité — traités avec une grâce et une inventivité graphique remarquables.
6. L’Arabe du futur (Riad Sattouf, 2014)

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Série autobiographique en six tomes (2014-2022), L’Arabe du futur retrace l’enfance et l’adolescence de Riad Sattouf, fils d’une mère bretonne et d’un père syrien. Le récit mène le lecteur de la Libye de Kadhafi à la Syrie d’Hafez al-Assad, sans oublier la Bretagne. Chaque pays est associé à une couleur dominante — jaune pour la Libye, rose pour la Syrie, bleu pour la France — qui ancre immédiatement l’émotion dans un lieu.
Avec plus de 3,5 millions d’exemplaires écoulés et le Fauve d’or à Angoulême en 2015, cette série s’est imposée comme l’une des grandes réussites du roman graphique contemporain. Comme Satrapi, Sattouf adopte un regard d’enfant pour raconter la complexité du monde arabe et les tiraillements identitaires liés à la double culture. L’humour omniprésent, parfois caustique, côtoie des scènes d’une grande dureté et confère à l’ensemble une tonalité très proche de celle de Persepolis.
7. L’Odyssée d’Hakim (Fabien Toulmé, 2018)

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En trois tomes publiés entre 2018 et 2020, Fabien Toulmé relate l’histoire vraie d’Hakim, un jeune horticulteur syrien contraint de tout quitter — famille, entreprise, pays — après le déclenchement de la guerre civile en 2011. De la Syrie à la Turquie, puis de la traversée de la Méditerranée jusqu’à la France, le récit retrace pas à pas un parcours de réfugié d’une durée de près de trois ans, avec ses impasses, ses dangers et ses rares moments de répit.
Lauréate du prix France Info de la BD d’actualité, cette trilogie met un nom et un visage sur le mot « réfugié ». Là où Persepolis montrait ce que signifie grandir sous un régime autoritaire, L’Odyssée d’Hakim raconte ce qui se passe quand la fuite devient la seule option. Le trait sobre et les couleurs douces de Toulmé servent un propos d’une grande humanité, sans pathos.
8. Peau d’homme (Hubert & Zanzim, 2020)

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Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, jeune femme de bonne famille, est promise à Giovanni, un beau marchand. Grâce à un secret transmis de mère en fille — une « peau d’homme » —, elle peut se transformer en Lorenzo, un jeune homme d’une beauté stupéfiante, et ainsi découvrir incognito le monde masculin. Elle apprend alors que Giovanni est homosexuel, et l’histoire bascule dans un jeu de quiproquos aux résonances très contemporaines.
Paru quelques mois après le décès de son scénariste Hubert, ce roman graphique a reçu huit prix en 2020, dont le Grand Prix RTL de la BD. Sous les atours d’une fable Renaissance, il interroge les inégalités entre les sexes, le poids de la morale religieuse et la liberté d’aimer. Comme Persepolis, il emprunte le détour de l’histoire pour questionner les normes de son époque — avec une verve et une intelligence qui ne laissent pas indemne.