Mortelle Adèle est une série de bande dessinée jeunesse française créée par Antoine Dole, alias Mr Tan, et illustrée par Miss Prickly (tomes 1 à 7), puis par Diane Le Feyer à partir du tome 8. Publiée depuis 2012, la série met en scène Adèle, une fillette rousse à couettes qui dit tout ce qu’elle pense, fait exactement ce qu’on lui interdit, et considère son entourage — parents, chat, camarades de classe — comme un terrain d’expérimentation permanent. Ses créateurs la situent dans la lignée de Mafalda, la petite Argentine de Quino qui démontait les absurdités du monde adulte dans les années 1960, et de Mercredi Addams, la fille impassible de la famille Addams. Au quotidien, Adèle soumet Ajax, son chat (qu’elle prend pour un bébé lion), à des expériences farfelues, s’efforce de briser le cœur de Geoffroy, son soupirant attitré, et livre une guerre ouverte à Jade et ses copines. La série a dépassé les 18 millions de lecteurs·ices en France et s’adresse principalement aux enfants de 7 à 12 ans, même si l’éditeur indique officiellement « à partir de 8 ans » et que des lecteurs·ices plus jeunes s’y plongent volontiers.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations : des histoires drôles, des personnages qui n’en font qu’à leur tête, et des bêtises assumées. Toutes les BD présentées ci-dessous s’adressent à la même tranche d’âge que Mortelle Adèle, globalement entre 6 et 12 ans.
1. Ajax (Mr Tan et Diane Le Feyer, 2017)

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Ajax, c’est le chat d’Adèle. Dans Mortelle Adèle, on le voit surtout subir ; dans cette série dérivée, le point de vue bascule : on suit désormais le quotidien vu par le matou lui-même. Ajax passe ses journées à esquiver les « expériences » de sa maîtresse, à protéger son territoire quand elle est à l’école et à chercher désespérément un coin tranquille pour dormir. Il est flanqué de Fizz, un hamster convaincu d’être un grizzli, et de Snow, une chatte nettement plus futée que lui. Le ressort comique principal tient à l’aveuglement total d’Ajax : il refuse obstinément d’admettre qu’Adèle essaie de se débarrasser de lui, et interprète chaque mauvais traitement comme une preuve d’affection.
Les histoires sont courtes, avec peu de texte par page, ce qui en fait une lecture adaptée aux enfants qui commencent à lire seul·e·s. Le dessin est signé Diane Le Feyer, la même illustratrice que Mortelle Adèle à partir du tome 8 : les fans retrouveront donc un univers graphique familier. La série a également donné naissance à La petite grande chaventure d’Ajax, des albums au format plus long dans lesquels le chat se retrouve seul, loin de chez lui, et doit se débrouiller sans l’aide (ni les tortures) de sa maîtresse.
Tranche d’âge : dès 6-7 ans selon les libraires et les retours de parents. Une lecture un peu plus précoce que Mortelle Adèle — adaptée aux lecteurs·ices en CP-CE1.
2. Shaker Monster (Mr Tan et Mathilde Domecq, 2016)

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Justin et Gwen sont frère et sœur, et ils passent leur temps à se disputer. Leur quotidien bascule lorsque Justin déniche, dans un vieux carton de Papi, un objet brillant en forme de shaker : le Shaker Monster. Le principe est simple : on y glisse n’importe quel ingrédient, on secoue, et un petit monstre en sort. Le problème, c’est que ces créatures ont des pouvoirs imprévisibles, et que la maison se retrouve rapidement sens dessus dessous. Justin et Gwen, qui n’arrivent déjà pas à s’entendre pour choisir un programme télé, doivent alors coopérer pour rattraper les dégâts — de préférence avant que les parents ne rentrent.
Chaque tome introduit de nouvelles créatures : Darwin, un monstre qui dévore les encyclopédies et devient intarissable de savoir, PassPass le passe-muraille, ou encore Prout, dont le nom résume les aptitudes. Mr Tan, au scénario, exploite la rivalité fraternelle comme moteur comique : les plans de Justin tournent mal parce que Gwen refuse de coopérer, et les plans de Gwen tournent mal parce que Justin n’écoute jamais. Mathilde Domecq, au dessin, donne aux monstres des bouilles rondes et expressives dans des couleurs franches et saturées. La série, publiée chez Gallimard, compte 4 tomes.
Tranche d’âge : 7 à 13 ans selon Gallimard Jeunesse ; dès 7 ans selon la plupart des libraires.
3. Anatole Latuile (Anne Didier, Olivier Muller et Clément Devaux, 2007)

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Anatole Latuile a les cheveux en pétard et ne tient pas en place. C’est un écolier dont chaque idée débouche sur une bêtise, et qui entraîne sa bande de copains — Jason Bombix, Ulysse Saint Georges, Henriette Bichon — dans des plans toujours voués à l’échec. L’objectif du jour peut être d’allonger la récréation, d’esquiver un contrôle surprise, de récupérer un objet confisqué ou de monter un spectacle dans la cour. Madame Goulominoff, sa maîtresse, et Monsieur Auzaguet, le directeur, passent leur temps à éponger les dégâts. Ce qui rend la série attachante, c’est que les plans d’Anatole ne sont jamais malveillants : ses intentions sont bonnes, mais son enthousiasme dérape systématiquement.
Prépubliée dans le magazine J’aime lire depuis 2005, la série est écrite par Anne Didier et Olivier Muller, qui sont frère et sœur, et dessinée par Clément Devaux. Les albums se composent d’histoires courtes de cinq à six pages, chacune construite autour d’un plan foireux et de sa chute. Le million d’exemplaires vendus a été franchi en 2020, et la série a été adaptée en dessin animé sur France Télévisions. On la compare souvent à Tom-Tom et Nana (voir plus bas), et la parenté est évidente : mêmes éditions Bayard, même magazine d’origine, même principe d’enfants débrouillards dont les initiatives finissent en catastrophe.
Tranche d’âge : 7 à 11 ans selon l’éditeur BD Kids (Bayard). Accessible dès 6 ans pour les lecteurs·ices à l’aise avec la lecture autonome.
4. Tom-Tom et Nana (Jacqueline Cohen et Bernadette Després, 1977)

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Tom-Tom, 9 ans, et sa sœur Nana, 6 ans, sont les enfants d’Adrien et Yvonne Dubouchon, qui tiennent un restaurant baptisé À la bonne fourchette. Le restaurant, avec ses habitués excentriques (Monsieur Henri, Madame Kelleur…), est le théâtre de l’essentiel de l’action. Tom-Tom et Nana y sèment le chaos dès la sortie de l’école : projets de décoration qui virent au désastre, tentatives de cuisine qui enfument l’établissement, disputes entre frère et sœur qui embarquent tout le voisinage. Les parents, perpétuellement dépassés, oscillent entre exaspération et résignation.
Créée par Jacqueline Cohen au scénario et Bernadette Després au dessin, la série a été publiée pour la première fois dans J’aime lire en 1977, au tout premier numéro du magazine. Elle totalise 34 tomes et plus de 16 millions d’exemplaires vendus, ce qui en fait l’une des BD jeunesse les plus lues en France. Bernadette Després, décédée en novembre 2024 à l’âge de 83 ans, dessinait dans un style volontairement proche du dessin d’enfant — des personnages aux proportions libres, aux expressions exagérées, dans des décors bourrés de détails. La série a cessé de paraître en 2009, lorsque la scénariste Jacqueline Cohen a décidé d’arrêter, mais les albums sont régulièrement réédités. Elle a aussi été adaptée en dessin animé, diffusé sur France 3 à la fin des années 1990.
Tranche d’âge : 7-10 ans historiquement (c’est la cible du magazine J’aime lire), mais accessible dès 6 ans. La série fonctionne aussi en lecture partagée avec un adulte pour les plus jeunes.
5. Les cavaliers de l’apocadispe (Libon, 2018)

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Ludo, Jé et Olive sont trois copains d’école dont l’ambition principale est de s’amuser le plus possible en se faisant gronder le moins possible. Résultat : ils se font gronder en permanence. Leur club porte un nom qu’ils ont choisi eux-mêmes mais qu’ils peinent à prononcer correctement — « apocadispe » au lieu d’« apocalypse » —, ce qui donne le titre de la série. Au programme : sécher les cours pour explorer un manoir inhabité, fabriquer une fusée dans le jardin, allumer un feu dans une usine de produits chimiques (mauvaise idée), dessiner un zizi sur la Joconde lors d’une visite au Louvre, ou commander des tonnes de mousse au chocolat à la cantine. Les trois compères démarrent chaque plan sûrs de leur coup, et finissent invariablement en désastre.
Les histoires, prépubliées dans le journal Spirou depuis 2008, tiennent en quatre à six pages. Libon (de son vrai nom Ivan Terlecki) signe seul scénario et dessin. Son humour repose sur la surenchère : les personnages s’enfoncent dans leurs mauvaises idées avec un entêtement méthodique, et chaque tentative de réparation aggrave la situation. Le dessin joue le même jeu — les personnages, dessinés sous les traits d’animaux (un perroquet, un poulet…), ont des têtes ahuries et des expressions de panique qui portent le comique autant que les dialogues. La série, publiée en album chez Dupuis, rappelle Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé, en plus absurde et nettement moins retenu.
Tranche d’âge : dès 8 ans selon l’éditeur Dupuis, mais la série est estampillée « Tous publics » et fait rire aussi les adultes — ces derniers y trouveront un second degré que les enfants ne saisissent pas forcément.
6. La Cantoche (Nob, 2016)

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La cantine scolaire : ce lieu où l’on retrouve les copains, où l’on négocie avec le chef cuisinier, et où l’on découvre dans son assiette des plats dont l’identification reste parfois un défi. C’est le décor unique de La Cantoche, série de gags signée Nob (Bruno Chevrier), également connu pour Dad (une BD sur un père célibataire) et Mamette (une grand-mère espiègle). Ici, pas de héros récurrent : les protagonistes changent d’une planche à l’autre — un gamin qui tente de troquer ses haricots verts contre un dessert, une élève qui se déclare « dessertarienne » pour esquiver le plat principal, un premier de la classe qui manifeste avec une pancarte « Je m’en fiche, je mange chez moi ».
Chaque gag tient en quatre cases, soit une page — un format idéal pour les jeunes lecteurs·ices, qui peuvent picorer les histoires dans n’importe quel ordre. Batailles de purée, glissades sur sol mouillé, courses d’orientation en forêt où l’on retrouve son chemin grâce à l’odeur du gratin de chou-fleur… Nob raconte des situations que tous les enfants scolarisé·e·s reconnaissent. La série, publiée par BD Kids (Bayard) et prépubliée dans J’aime lire, compte une dizaine de tomes.
Tranche d’âge : dès 6-7 ans pour les lecteurs·ices autonomes, grâce au format court et très visuel. Le thème de la cantine est universel dès la maternelle (en lecture accompagnée) et jusqu’au CM2.
7. Émile et Margot (Anne Didier, Olivier Muller et Olivier Deloye, 2011)

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Émile et Margot sont prince et princesse, mais leur quotidien ressemble davantage à celui de deux enfants turbulents qu’à un conte de fées. Âgés de 6 et 7 ans, ils vivent dans un château isolé au fin fond de la forêt de Monstrie, une région peuplée de créatures bizarres mais globalement bienveillantes. Le Pimpompin, avec son gros nez qui clignote, est leur compagnon le plus fidèle ; le Chautoutou est un chien volant ; le Dekoi-J’memêle, comme son nom l’indique, se mêle de tout ce qui ne le regarde pas. L’ennemi juré de ce petit monde n’est pas un dragon mais Mademoiselle Niquelle-Crome, la gouvernante du château, obsédée par le ménage, la discipline et l’éradication de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un monstre.
Chaque épisode de six pages met en scène une nouvelle créature et une nouvelle catastrophe domestique : un Monstre-Croque-Dent qui sème la panique chez le dentiste du château, un Attrape-Songe qui dérègle les rêves, un Médicamonstre acheté à la « Pharmonstrie »… Les noms des monstres et des lieux sont eux-mêmes des jeux de mots que les enfants prennent plaisir à décortiquer au fil des relectures. La série est écrite par Anne Didier et Olivier Muller (le même duo frère-sœur qu’Anatole Latuile) et illustrée par Olivier Deloye. Prépubliée dans Mes premiers J’aime lire depuis 2010, elle vise un public un peu plus jeune qu’Anatole Latuile : le texte est aéré, les mots simples, et le cadre fantaisiste — château, monstres, magie — parle aux enfants dès les premières pages.
Tranche d’âge : 6-9 ans selon BD Kids (Bayard). C’est l’une des séries les mieux adaptées aux lecteurs·ices débutant·e·s, et plusieurs parents rapportent un déclic de lecture dès le CP.