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Que lire après « Maus » d'Art Spiegelman ?

Que lire après « Maus » d’Art Spiegelman ?

Publiée en deux tomes en 1986 et 1991, Maus d’Art Spiegelman est une bande dessinée autobiographique dans laquelle l’auteur recueille le témoignage de son père Vladek, juif polonais rescapé d’Auschwitz. Les Juifs y sont représentés sous les traits de souris et les nazis sous ceux de chats.

Spiegelman y déploie un récit à la croisée du documentaire et de l’intime, couronné par le prix Pulitzer en 1992 — une première pour une bande dessinée. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Les mémoires de la Shoah (Annick Cojean, Théa Rojzman & Tamia Baudouin, 2025)

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En 1995, la grand reporter du Monde Annick Cojean part recueillir, à travers toute l’Europe et les États-Unis, les témoignages de survivants des camps, de leurs enfants — mais aussi de descendants de nazis. Ce travail journalistique de terrain, récompensé par le prix Albert Londres en 1996, est adapté trente ans plus tard en bande dessinée par Théa Rojzman au scénario et Tamia Baudouin au dessin, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah.

Comme Maus, cet album repose sur la force brute de la parole des témoins et sur la question centrale de la transmission intergénérationnelle du traumatisme. Les rencontres entre enfants de victimes et enfants de bourreaux y sont retranscrites avec une sensibilité qui rappelle les allers-retours temporels chers à Spiegelman. Le dessin de Baudouin saisit l’horreur sans détour, sans jamais trahir la dignité des voix qui s’expriment.


2. Je n’ai pas oublié… Histoires de la Shoah par balles (Pierre-Roland Saint-Dizier & Christophe Girard, 2024)

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Un journaliste accompagne en Pologne un groupe d’étudiants d’Albi, dans le cadre d’un partenariat avec l’association Yahad-In Unum fondée par le père Patrick Desbois. Leur mission : retrouver les derniers témoins des fusillades de masse perpétrées par les Einsatzgruppen en Europe de l’Est — la « Shoah par balles », responsable de la mort de près de deux millions de victimes.

Construit sur deux temporalités — le récit du terrain aujourd’hui et les reconstitutions des massacres d’hier —, l’album de Saint-Dizier et Girard partage avec Maus cette double structure narrative qui tisse passé et présent. Là où Spiegelman enregistrait la parole de son père, ici ce sont des témoins polonais, nonagénaires pour la plupart, qui livrent ce qu’ils ont vu enfants. Leurs mots, mis en images par Christophe Girard avec pudeur et exactitude historique, documentent un pan longtemps occulté du génocide.


3. Le vase de cristal : Mémoires de famille (Astrid Goldsmith, 2026)

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Lorsque sa grand-mère Gisela, juive allemande, décède à Fribourg, c’est à Astrid qu’incombe la tâche de vider son appartement. Avec son père, elle prend la route en van et découvre, sous les tapis mangés par les mites et les photographies jaunies, les récits de survie, les rancœurs étouffées et les secrets de famille longtemps enfouis — entre Allemagne nazie et Afrique coloniale.

Ce premier roman graphique d’Astrid Goldsmith, réalisatrice britannique de films d’animation et lauréate du prix Observer/Jonathan Cape 2021, dialogue de façon très naturelle avec Maus. Les deux récits partagent un même moteur narratif : un enfant de la génération d’après qui fouille l’histoire familiale pour en démêler les silences et les non-dits. Goldsmith le fait avec un humour ironique et désabusé qui n’est pas sans rappeler celui de Spiegelman, et qui pose la question de la mémoire et de l’attachement aux objets du passé.


4. La Muette : Drancy, un camp aux portes de Paris (Valérie Villieu & Simon Géliot, 2025)

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Le 20 août 1941, la police française arrête plus de 4 000 hommes juifs dans le 11e arrondissement de Paris et les emprisonne dans la cité de la Muette, à Drancy. En trois ans, 67 000 hommes, femmes et enfants transiteront par ce camp avant d’être déportés vers les camps de la mort. À travers les destins croisés de Béno, Nissim, Jean, Chil et Chana, Valérie Villieu et Simon Géliot retracent pour la première fois en bande dessinée le quotidien de cet enfer aux portes de la capitale.

Ce roman graphique de plus de 300 pages, préfacé par l’historienne Annette Wieviorka, s’inscrit dans la lignée de Maus par sa rigueur documentaire et sa volonté de donner un visage à chaque victime. Le dessin en gris bleuté de Géliot accentue le huis clos irrespirable, tandis que le scénario met en lumière la complicité active de l’État français — un sujet absent de Maus, mais qui prolonge la réflexion sur les mécanismes de la persécution.


5. Les Enfants de Buchenwald (Dominique Missika & Anaïs Depommier, 2025)

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En avril 1945, les troupes américaines libèrent Buchenwald et y découvrent près d’un millier d’enfants juifs, pour la plupart orphelins. En juin, 426 d’entre eux sont accueillis en Normandie, au préventorium d’Écouis, sous l’égide de l’OSE (association d’aide à l’enfance juive). L’historienne Dominique Missika et la dessinatrice Anaïs Depommier suivent le destin de quatre adolescents fictifs — Zeev, Fischel, Chaïm et Aron — inspirés de témoignages réels, dont celui d’Elie Wiesel.

Si Maus racontait la survie dans les camps et ses séquelles psychologiques sur la génération suivante, Les Enfants de Buchenwald se concentre sur l’immédiat après : comment redevenir enfant quand on a traversé l’indicible ? C’est cette question — celle de la reconstruction, du réapprentissage de la confiance et des émotions — qui donne toute sa force à ce récit. Les visages dessinés par Depommier portent à eux seuls le poids du traumatisme.


6. Quand la nuit tombe – Lisou (Marion Achard & Toni Galmés, 2024)

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En septembre 1943, Lisou, sa sœur Mylaine et leurs parents se cachent dans un chalet près de Grenoble pour fuir les nazis. En février 1944, la famille est rattrapée : Mylaine est arrêtée, mais grâce à son sacrifice, Lisou parvient à s’enfuir et à prévenir ses parents, absents ce jour-là. Marion Achard raconte ici l’histoire de ses propres grandes-tantes, parentes de Simone Veil, dans ce premier volet d’un diptyque récompensé par le Grand prix des Lecteurs du Journal de Mickey 2024.

Comme Maus, cette bande dessinée est un récit mémoriel de nature familiale : une autrice recueille les souvenirs d’une aînée pour les préserver. Le regard de Lisou, alors âgée de dix ans, ancre le récit à hauteur d’enfant. Les aquarelles de Toni Galmés, empreintes d’une douceur qui contraste avec la brutalité des événements, rappellent que la bande dessinée peut aborder les sujets les plus graves avec une délicatesse qui les rend accessibles à tous les publics.


7. L’Odyssée d’Hakim (Fabien Toulmé, 2018)

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Hakim est un jeune horticulteur syrien qui possède sa propre pépinière lorsque la guerre civile éclate en 2011. Contraint de fuir après avoir été torturé, il entame un périple de plusieurs années — de Damas à la Turquie, de la Grèce à la France — pour mettre sa famille en sécurité. Fabien Toulmé a recueilli son témoignage et en a tiré une trilogie lauréate du prix France Info de la BD d’actualité et de reportage.

Le parallèle avec Maus est structurel : dans les deux cas, un auteur de bande dessinée se fait le dépositaire de la parole d’un homme dont la vie a été fracassée par l’Histoire. Toulmé, comme Spiegelman, refuse le pathos et privilégie un ton sobre, ponctué d’humour, pour rendre compte d’une réalité que les médias réduisent trop souvent à des chiffres. L’Odyssée d’Hakim rappelle que le statut de réfugié peut frapper n’importe qui et que derrière chaque exilé se trouve un être humain à part entière.

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