Lucky Luke est une série de bande dessinée de western humoristique créée par le dessinateur belge Morris en 1946 dans l’Almanach 1947 du journal Spirou.
La série met en scène un cow-boy solitaire, « l’homme qui tire plus vite que son ombre », accompagné de son fidèle cheval Jolly Jumper. Au fil de ses aventures — dont les plus célèbres sont écrites par René Goscinny à partir de 1955 —, Lucky Luke rétablit la justice dans le Far West face aux bandits et aux frères Dalton.
Avec Astérix et Tintin, la série figure parmi les piliers de la bande dessinée franco-belge. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. L’Homme qui tua Lucky Luke (Matthieu Bonhomme, 2016)

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En 2016, pour les 70 ans du personnage, Matthieu Bonhomme réalise un rêve d’enfant : dessiner sa propre aventure de Lucky Luke. Loin de l’humour parodique de la série classique, cet album ancre le cow-boy solitaire dans un western crépusculaire aux accents fordiens. Dans la bourgade boueuse de Froggy Town, Luke mène une enquête sur un vol d’or en compagnie de l’ambigu Doc Wednesday, confronté à la fratrie brutale des Bone.
Le titre, référence directe au film L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford, donne le ton : Bonhomme transpose Lucky Luke dans un registre mature, où le héros est faillible, privé de son arme et rongé par le manque de tabac. Le dessin semi-réaliste restitue avec force la poussière et la tension des saloons grâce à des aplats fidèles à la palette de Morris. L’album fournit aussi une explication élégante à l’abandon de la cigarette. Un hommage respectueux et émancipé, couronné par le prix du public à Angoulême 2017.
2. Wanted, Lucky Luke ! (Matthieu Bonhomme, 2021)

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Cinq ans après son premier coup d’éclat, Matthieu Bonhomme renoue avec le cow-boy le plus célèbre de la BD franco-belge. Cette fois, la tête de Lucky Luke est mise à prix pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Le récit prend la forme d’un road-movie à travers le territoire apache, où Luke escorte trois sœurs — Angie, Bonnie et Cherry — et leur troupeau jusqu’à la ville fantôme de Liberty.
Là où L’Homme qui tua Lucky Luke s’articulait autour d’une enquête sombre, Wanted adopte un rythme de film d’action et convoque une galerie de méchants issus des premiers albums de Morris : Joss Jamon et sa bande, un fils de Phil Defer assoiffé de vengeance, un cousin méconnu des Dalton. Bonhomme y aborde avec finesse la question sentimentale, jusque-là terrain interdit pour le « poor lonesome cowboy ». Le dessin conserve sa mise en scène cinématographique, entre cadres larges et gros plans expressifs. Un second volet plus lumineux, où l’humour reprend ses droits.
3. Les Tuniques Bleues (Raoul Cauvin & Louis Salvérius, 1968)

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Née en 1968 dans le journal Spirou — précisément pour combler le vide laissé par le départ de Lucky Luke vers Pilote —, Les Tuniques Bleues suit le sergent Chesterfield, militariste zélé, et le caporal Blutch, déserteur dans l’âme, tous deux enrôlés dans le 22ᵉ de cavalerie nordiste en pleine guerre de Sécession. Le duo antagoniste fonctionne sur le même ressort comique que Luke et les Dalton : l’absurdité des situations.
Louis Salvérius impose d’emblée un style nerveux hérité de l’animation, avant que Willy Lambil ne lui succède après sa disparition en 1972. Sous la plume de Raoul Cauvin, la série oscille entre satire antimilitariste et comédie grand public, avec un ancrage historique solide. Là où Lucky Luke parodie la conquête de l’Ouest et s’amuse de ses légendes, Les Tuniques Bleues démonte les rouages du conflit fratricide américain. Plus de 21 millions d’albums vendus témoignent de la longévité de ce western en uniforme.
4. Gus (Christophe Blain, 2007)

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Avec Gus, Christophe Blain — déjà remarqué pour Isaac le pirate et futur auteur du phénomène éditorial Le Monde sans fin — s’empare du western pour le détourner à sa manière. Gus, Clem et Gratt sont trois hors-la-loi qui attaquent banques et trains, mais leur préoccupation principale reste la séduction. Chaque chapitre tourne autour de leurs histoires de cœur, dans un savant mélange de Sergio Leone et de Woody Allen.
Le trait nerveux et vif de Blain, servi par des couleurs éclatantes, donne au récit une énergie peu commune. On y retrouve un écho à Lucky Luke dans le goût pour les saloons, les poursuites à cheval et les personnages hauts en couleur — Blain cite d’ailleurs Morris parmi ses influences, jusqu’à glisser des clins d’œil à la bande de Joss Jamon. Mais là où Morris reste dans le registre de la parodie familiale, Blain transplante dans le Far West les malentendus sentimentaux contemporains, avec une sincérité et une drôlerie qui n’appartiennent qu’à lui.
5. Lincoln (Olivier Jouvray & Jérôme Jouvray, 2002)

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Orphelin élevé par les prostituées d’un saloon, Lincoln est en colère contre le monde. Odieux, manipulateur, doté d’un esprit acéré, il se fait chasser de son village avant de croiser Dieu en personne — sous les traits d’un paysan quelconque — qui lui confère l’immortalité et tente, sans grand succès, de le transformer en justicier. Le duo improbable arpente ensuite le Far West, puis New York, puis les tranchées de 14-18, dans un tourbillon de mauvais coups et de réflexions existentielles.
Créée par les frères Jouvray (Olivier au scénario, Jérôme au dessin, Anne-Claire aux couleurs), la série mêle western parodique et humour noir philosophique avec une liberté de ton jubilatoire. Le dessin aux couleurs saturées colle à l’énergie d’un anti-héros qui ne respecte ni Dieu ni Diable. Si Lucky Luke incarne le cow-boy irréprochable et modeste, Lincoln en est le négatif absolu — grossier, égoïste, cynique —, et c’est justement ce qui rend leur parenté si savoureuse.
6. Undertaker (Xavier Dorison & Ralph Meyer, 2015)

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Jonas Crow est croque-mort. À bord de son corbillard, flanqué d’un vautour nommé Jed, il sillonne l’Ouest américain pour enterrer les morts — une clientèle qui, dans cette contrée, ne manque jamais. Dès le premier diptyque, Crow doit convoyer le cercueil d’un mineur millionnaire qui a avalé ses pépites d’or avant de mourir, ce qui déchaîne la convoitise de toute une ville. Un point de départ aussi macabre que brillant, caractéristique de l’imagination de Xavier Dorison.
Le dessin de Ralph Meyer, d’un réalisme âpre rehaussé par les couleurs ocre de Caroline Delabie, inscrit la série dans la lignée directe de Blueberry. Chaque diptyque aborde un thème contemporain — l’accaparement des ressources, le fanatisme religieux, le sort des peuples autochtones — à travers le prisme du western. Meyer cite Impitoyable et Jeremiah Johnson parmi ses inspirations. Salué par Le Point comme « le meilleur western en BD depuis Blueberry », Undertaker dépasse les 900 000 exemplaires vendus.
7. Blueberry (Jean-Michel Charlier & Jean Giraud, 1963)

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Parue pour la première fois en 1963 dans Pilote, Blueberry constitue la référence absolue du western réaliste en bande dessinée. Jean-Michel Charlier et Jean Giraud (connu aussi sous le pseudonyme de Mœbius) y suivent Mike S. Blueberry, lieutenant teigneux et indiscipliné de la cavalerie américaine, à travers les guerres indiennes, la construction du chemin de fer et les intrigues politiques de l’Ouest.
La série se distingue par deux innovations majeures : la construction scénaristique sur plusieurs albums — là où le standard de l’époque se limitait à l’histoire courte — et le vieillissement du héros, marqué par les combats, l’alcool et les erreurs. Le dessin de Giraud, d’abord proche du style de son maître Jijé, évolue vers une maîtrise graphique qui en fait l’un des plus grands dessinateurs du 9ᵉ art. Là où Lucky Luke caricature joyeusement la conquête de l’Ouest, Blueberry la restitue dans toute sa brutalité, avec un point de vue antimilitariste qui réhabilite les peuples amérindiens.
8. Comanche (Greg & Hermann, 1969)

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Lorsque Comanche apparaît dans le journal Tintin fin 1969, deux westerns réalistes dominent déjà la BD franco-belge : Blueberry dans Pilote et Jerry Spring dans Spirou. Le défi pour Greg et Hermann est de se frayer un chemin. Leur choix : ancrer le récit dans un ranch du Wyoming, le 666, tenu par une jeune propriétaire au caractère bien trempé et par l’énigmatique Red Dust, cow-boy roux venu de nulle part.
Greg instille dans ses scénarios une dimension psychologique alors peu courante dans le genre, tandis que Hermann forge un graphisme nerveux, marqué par le cinéma de Sam Peckinpah. Les dix premiers tomes — ceux du duo originel, avant le départ d’Hermann vers Jeremiah — restent un sommet de la BD de western, entre histoires de ranch, conflits avec les Cheyennes et duels au revolver. Si Lucky Luke se moque avec tendresse des conventions du genre, Comanche les prend au sérieux sans jamais se prendre au piège de la solennité.
9. Jerry Spring (Jijé, 1954)

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Premier western réaliste de la bande dessinée franco-belge, Jerry Spring voit le jour en 1954 dans Spirou, sous la plume de Joseph Gillain dit Jijé — celui-là même qui forma Morris, Franquin et plus tard Jean Giraud. Jerry Spring est un cow-boy solitaire qui parcourt les déserts du Sud-Ouest américain avec son compagnon mexicain Pancho. Il défend les opprimés — Amérindiens, paysans mexicains, communauté noire — avec un sens aigu de la justice qui préfigure les héros du genre.
La filiation avec Lucky Luke est directe : Morris et Jijé ont partagé un appartement, puis traversé ensemble l’Atlantique en 1948 pour étudier la BD aux États-Unis. Là où Morris choisit la voie de l’humour, Jijé emprunte celle du réalisme et de l’aventure. Son trait fougueux, sa maîtrise du noir et blanc et ses décors grandioses — déserts écrasés de soleil, sierras mexicaines, nuits étoilées du Range — ont posé les fondations de tout le western franco-belge : Blueberry, Comanche, Buddy Longway en descendent en droite ligne.