Lightfall est une série de bande dessinée jeunesse créée par l’auteur et illustrateur américain Tim Probert, publiée à partir de 2020 chez HarperAlley (et en français dès 2021 chez Gallimard BD, dans une traduction de Fanny Soubiran). L’histoire se déroule sur la planète Irpa, un monde sans soleil, éclairé par huit lumières suspendues dans le ciel. Béa, une adolescente sujette à de fortes crises d’anxiété, vit avec son grand-père — un Cochon-Sorcier (c’est-à-dire, littéralement, un cochon qui pratique la magie) chargé de veiller sur la Flamme éternelle, la source de lumière d’Irpa. Le jour où il disparaît en ne laissant qu’un mot cryptique, Béa doit surmonter ses peurs pour partir à sa recherche. Elle est accompagnée de Cad, le dernier des Galduriens — un peuple de guerriers que tout le monde croyait éteint — et de son chat Nimm. Ce qui s’annonçait comme une simple recherche devient une quête pour empêcher l’extinction de toute lumière sur la planète.
Récompensée par le Prix Jeunesse Ville de Saint-Malo en 2021 et le Prix des libraires du Québec en 2022, la série consacre autant de pages aux batailles et aux créatures qu’aux crises d’angoisse de Béa — un choix encore peu fréquent en BD jeunesse — et déploie des planches aux couleurs chaudes où chaque nouveau lieu d’Irpa (forêts bioluminescentes, villages perchés, océans souterrains) semble avoir été pensé dans ses moindres détails.
Si vous vous demandez quoi lire après Lightfall, voici quelques suggestions. Toutes partagent avec la série de Tim Probert un certain nombre d’ingrédients : de jeunes héros et héroïnes lancé·es dans des aventures qui les dépassent, des mondes fictifs dotés de leur propre géographie, de leurs peuples et de leurs règles, et un ton qui ne prend pas son jeune public de haut. Toutes s’adressent à une tranche d’âge comparable (grosso modo 8-13 ans, selon les éditeurs et les libraires), même si, comme souvent avec les meilleures histoires jeunesse, les adultes n’ont aucune raison de s’en priver.
1. Amulet (Kazu Kibuishi, 2008)

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Après la mort de leur père dans un accident de voiture, Emily et son petit frère Navin emménagent avec leur mère dans la vieille demeure de leur arrière-grand-père Silas. La première nuit tourne au cauchemar : leur mère est enlevée par une créature à tentacules, et les deux enfants découvrent un passage vers Alledia, un monde parallèle peuplé de robots, d’animaux parlants et d’elfes guerriers. Emily met la main sur une amulette magique qui fait d’elle la nouvelle gardienne de la pierre, au cœur d’une prophétie annonçant la chute du tyrannique roi elfe. Avec l’aide de Miskit (un lapin-robot qui ne mâche pas ses mots), de Léon le renard et du prince Trellis — fils du roi elfe, qui choisit de se retourner contre son propre père —, Emily va devoir apprendre à maîtriser un pouvoir qui, mal contrôlé, pourrait la transformer en monstre (au tome 7, elle perd effectivement le contrôle et se mue en oiseau de feu).
La série compte neuf tomes et constitue l’une des sagas les plus populaires de la BD jeunesse nord-américaine, régulièrement classée sur la liste des best-sellers du New York Times. Comme dans Lightfall, les premiers tomes posent un univers accessible et coloré, mais l’intrigue se complexifie progressivement : des personnages que l’on croyait alliés révèlent des intentions troubles, la pierre elle-même semble avoir sa propre volonté, et les frontières entre « bons » et « méchants » s’estompent. Emily, comme Béa, est une enfant ordinaire sur qui pèse un fardeau immense — sauver un monde qu’elle ne connaissait pas la veille — et qui doit composer avec la peur concrète de perdre le contrôle : pour Emily, c’est le pouvoir de la pierre qui menace de la submerger ; pour Béa, ce sont ses crises d’anxiété qui paralysent son corps au pire moment.
Tranche d’âge conseillée : la plupart des éditeurs et libraires recommandent la série à partir de 8 à 10 ans (Scholastic indique 9-12 ans), bien que certains passages — notamment la scène d’ouverture, où l’on assiste à la mort du père — puissent impressionner les plus jeunes.
2. 5 Mondes (Mark Siegel, Alexis Siegel, Boya Sun, Xanthe Bouma et Matt Rockefeller, 2017)

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Cinq planètes — les cinq « mondes » — forment un système connecté, autrefois maintenu en équilibre par des phares magiques. Plusieurs de ces phares se sont éteints, provoquant un dérèglement climatique à l’échelle interplanétaire : sécheresses, pénuries d’eau, extinction progressive des hommes-plantes (un peuple végétal qui dépend directement de cet équilibre). Oona Lee est une apprentie « danseuse de sable » sur Mon Domani : dans cet univers, la danse du sable est une forme de magie où le mouvement du corps active des pouvoirs liés à la matière. Problème : Oona est la pire élève de sa classe. Quand elle apprend qu’une danseuse de sable est la seule à pouvoir rallumer les phares, elle se retrouve malgré elle au centre de la mission. Ses compagnons de route ne sont pas moins improbables : An Tzu, un gamin des rues atteint d’une maladie qui le ronge de l’intérieur, et Jax Amboy, star de starball (le sport le plus populaire des cinq mondes, une sorte de jeu d’arène aérien) qui cache un secret concernant sa propre identité.
La série mélange fantasy et science-fiction avec une décontraction assumée : vaisseaux spatiaux, robots et incantations magiques cohabitent dans le même univers. La menace centrale — un effondrement écologique planétaire — fait écho à des préoccupations bien terrestres, mais le scénario des frères Siegel n’en fait jamais un cours magistral ; c’est l’aventure qui prime, la réflexion vient par-dessus. L’ensemble, complet en cinq tomes chez Gallimard BD, est l’œuvre d’un collectif de cinq auteur·ices : les frères Siegel au scénario, et trois dessinateur·ices (Sun, Bouma, Rockefeller) dont les styles différents sont attribués à des planètes distinctes, ce qui donne à chaque monde une identité visuelle propre. Les lecteur·ices de Lightfall retrouveront ici un enjeu quasi identique : rallumer une lumière qui s’éteint pour empêcher un monde de sombrer.
Tranche d’âge conseillée : Gallimard Jeunesse recommande la série pour les 9 à 13 ans. Certains libraires l’indiquent dès 9 ans.
3. Bergères Guerrières (Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, 2017)

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Cela fait dix ans que les hommes du village sont partis pour la Grande Guerre. Dix ans sans nouvelles. Pour protéger les troupeaux et la communauté, les femmes ont fondé l’ordre des Bergères Guerrières : des combattantes d’élite qui chevauchent… des boucs. (Oui, des boucs. Et non, ce n’est pas ridicule — enfin, un peu, mais c’est ce qui fait le charme de la chose.) La jeune Molly a enfin l’âge de commencer sa formation. Accompagnée de Barbe Noire, son bouc de combat, et de Liam, un garçon qui rêve lui aussi de devenir Bergère guerrière malgré l’interdit, elle affronte ses premières épreuves. Mais une créature de magie noire, la Malbête, rôde dans la lande et attaque les apprenties. Pour comprendre d’où vient cette menace, Molly et ses alliés devront se rendre chez les Hurluberlus, un peuple de sorciers botanistes, et y rencontrer Sarah, une enfant dotée d’un pouvoir singulier : celui de communiquer avec la Malbête.
Le dessin d’Amélie Fléchais — qui a travaillé comme concept artist sur Le Chant de la Mer, le film d’animation du studio irlandais Cartoon Saloon — joue sur les rondeurs et les couleurs pastel, avec des brumes et des paysages de lande qui évoquent l’Écosse ou l’Irlande. Ce parti pris graphique colle à l’inspiration celtique de l’ensemble, et produit un contraste saisissant lorsque la Malbête ou la magie noire surgissent dans ce décor feutré. Le scénario de Jonathan Garnier inverse les rôles habituels (ici, ce sont les garçons qui sont cantonnés aux tâches domestiques et aux champs), mais il ne s’arrête pas à cette idée de départ : l’intrigue se ramifie, la menace qui pèse sur le village s’avère liée à des secrets plus anciens que l’ordre lui-même, et chaque personnage — Molly la téméraire, Liam le têtu, Sarah la solitaire — évolue au fil des tomes. La série, complète en quatre tomes chez Glénat, a reçu le Fauve Jeunesse au Festival d’Angoulême 2022 (catégorie 8-12 ans).
Tranche d’âge conseillée : généralement recommandée dès 8 ans par les libraires. Le Fauve Jeunesse la situe dans la catégorie 8-12 ans.
4. Zita, la fille de l’espace (Ben Hatke, 2010)

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Zita et son ami Joseph jouent tranquillement dans les bois quand ils découvrent un étrange appareil tombé d’un astéroïde. Un bouton rouge, une pression fatale, et voilà Joseph propulsé à l’autre bout de la galaxie. Ni une ni deux, Zita emprunte le même chemin et débarque sur Sciptorius, une planète peuplée de créatures aussi bizarres que variées — et accessoirement menacée de destruction par un astéroïde géant. Elle dispose de trois jours pour retrouver Joseph et rentrer sur Terre, ce qui l’amène à constituer une équipe de bric et de broc : Gros Costaud (fidèle à son nom), Mulot (un rongeur silencieux mais débrouillard), Pipeau (un robot bavard et assez peu fiable) et le robot N°1, alias P.A.M.E.L.A., dont les canons sont aussi imposants que le débit de parole.
La trilogie de Ben Hatke (publiée en français chez Rue de Sèvres, puis rééditée chez Gallimard) repose sur un humour tendre et absurde : les personnages secondaires sont tour à tour menteurs, froussards ou maladroits, les plans partent de travers avec une régularité comique, et personne dans cette galaxie ne semble vraiment compétent — ce qui rend d’autant plus touchant le fait qu’ils essaient quand même. Le trait de Ben Hatke est volontairement simple et expressif : peu de texte, beaucoup d’action visuelle, des créatures étranges à chaque page. Zita n’est pas une guerrière ni une élue : c’est une gamine qui a fait une bêtise (appuyer sur le bouton) et qui assume les conséquences. C’est cette culpabilité initiale qui la pousse en avant — un ressort proche de celui de Béa dans Lightfall, dont la quête naît d’un sentiment de responsabilité envers son grand-père disparu.
Tranche d’âge conseillée : selon les sources, dès 8 ans (BDthèque, J’aime Lire) ou à partir de 10 ans (Decitre). La série reste très accessible aux jeunes lecteur·ices grâce à sa narration visuelle fluide et son texte limité.
5. Le Garçon sorcière (Molly Knox Ostertag, 2017)

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Aster, treize ans, vit en forêt avec sa famille élargie — un clan où la magie est affaire de tradition stricte. Les filles apprennent la sorcellerie (potions, sortilèges, enchantements). Les garçons, eux, doivent devenir des métamorphes : à l’adolescence, un esprit animalier est censé se manifester à chacun d’entre eux pour leur révéler l’animal en lequel ils pourront se transformer, afin de protéger le clan contre les démons. Quiconque déroge à cette répartition est banni. Le problème d’Aster, c’est qu’aucun esprit animalier ne s’est manifesté — et que ce qui le passionne, ce sont les sortilèges qu’il observe en cachette pendant les cours de ses cousines. Quand des garçons du clan commencent à disparaître, enlevés par un démon, Aster comprend que ses talents de sorcier interdits pourraient être la seule façon de les sauver. Avec l’aide de Charlie, une fille extérieure au clan qu’il rencontre par hasard (et qui, n’ayant aucune magie, porte un regard neuf sur les règles de la famille), il va devoir agir en secret.
Publié en français chez Kinaye (collection Graphic Kids), Le Garçon sorcière fonctionne sur deux niveaux. D’un côté, une aventure fantastique avec démons, sortilèges et sauvetage in extremis. De l’autre, une réflexion sur les rôles assignés — pourquoi un garçon ne pourrait-il pas pratiquer la sorcellerie ? — qui parle autant de genre que, plus largement, du droit de chacun·e à suivre sa propre voie plutôt que celle imposée par la tradition. La famille d’Aster est diverse (couples mixtes, couleurs de peau variées, modes de vie différents) : c’est visible dans les planches, mais le récit n’en fait pas un sujet — c’est simplement le monde dans lequel vivent ces personnages. La trilogie se poursuit avec La Fille de la mer, où Aster aide une créature marine rejetée par les sorcières, et Le Roi caché, qui confronte le clan à une menace liée à son propre passé.
Tranche d’âge conseillée : Scholastic indique 8 à 12 ans. Plusieurs sites spécialisés recommandent la série dès 9 ans.
6. La Cité sans nom (Faith Erin Hicks, 2016)

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Siècle après siècle, des envahisseurs s’emparent de la même ville et la rebaptisent. Les habitants, eux, refusent de lui donner un nom qui finira de toute façon par changer : c’est la Cité sans nom. Kaidu, fils d’un général Dao (le dernier peuple à avoir conquis la cité), débarque pour faire ses classes de soldat — même s’il préfère les livres aux armes. Rate, une orpheline native de la cité, recueillie par des moines et qui ne mange pas tous les jours à sa faim, déteste les Dao et tout ce qu’ils représentent. Leur première rencontre est houleuse, mais une amitié improbable se noue : Rate apprend à Kaidu à courir et sauter de toit en toit à travers la ville (son terrain de jeu quotidien), tandis que Kaidu lui offre des repas réguliers. Quand Rate découvre qu’un complot menace la vie du dirigeant Dao, elle n’hésite pourtant pas à prévenir son ami : la paix fragile de la cité vaut plus que les rancœurs entre peuples.
Faith Erin Hicks, autrice canadienne, s’est inspirée de la Chine du XIIIe siècle pour bâtir son univers. À cette époque, la dynastie Yuan — fondée par les Mongols de Kublai Khan — régnait sur un empire traversé par la Route de la Soie, cette série de voies commerciales reliant la Chine à la Méditerranée. La Cité sans nom transpose cette réalité historique dans un cadre fictif : un port stratégique, au carrefour de plusieurs nations, que chaque conquérant veut s’approprier. Sa trilogie (publiée chez Rue de Sèvres : Menace sur l’empire Dao, Le Secret du cœur de pierre, La Terre déchirée) évite les oppositions simplistes entre « gentils » et « méchants ». Le général De Toutes Lames, que l’on s’attend à voir en tyran, s’avère un dirigeant plus poète que belliqueux, convaincu qu’il faut rassembler les peuples plutôt que les soumettre. En revanche, son propre fils, Erzi, nourrit des ambitions bien moins nobles. Les enjeux politiques — occupation, résistance, cohabitation entre peuples — sont traités avec suffisamment de clarté pour des lecteur·ices de dix ans, mais sans simplification excessive.
Tranche d’âge conseillée : la plupart des libraires recommandent la série dès 10 ans, bien que la narration visuelle claire et dynamique la rende accessible aux bon·nes lecteur·ices un peu plus jeunes.
7. Hooky (Míriam Bonastre Tur, 2015)

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Dani et Dorian Wytte sont jumeaux, descendants d’une prestigieuse lignée de sorciers, et ils ont raté le bus pour l’école de magie. Plutôt que de rentrer chez eux (et d’affronter la colère parentale), ils se rendent chez leur tante Hilde pour qu’elle leur enseigne la magie à sa place. Mauvaise idée : ladite tante trempe dans un complot qui pourrait relancer la guerre entre sorciers et humains ordinaires, et les jumeaux se retrouvent malgré eux accusés de trahison. S’ensuit une série de péripéties où Dani (enthousiaste mais catastrophique en sortilèges) et Dorian (plus doué mais plus réservé) croisent la route de Nico, un garçon non-magique et fauteur de troubles, de la princesse Monica qui a fugué pour retrouver son fiancé disparu, et de Pendragon, un professeur qui voit l’avenir — ce qui ne l’empêche pas d’être constamment dépassé par les événements.
Née comme webtoon (une BD numérique publiée en épisodes sur la plateforme WEBTOON, où elle a cumulé plus de 110 millions de vues), la série a été adaptée en version papier chez Dupuis en France (2023). L’autrice espagnole Míriam Bonastre Tur tire parti de ses origines numériques : les cases sont grandes et expressives, les couleurs franches, et chaque personnage a sa propre couleur de bulle de dialogue — un choix hérité du format vertical du webtoon, où il faut identifier immédiatement qui parle. Le récit multiplie les clins d’œil aux contes classiques (Hansel et Gretel, Raiponce, Le Magicien d’Oz), mais l’intrigue prend de l’ampleur au fil des trois tomes : la tension entre sorciers et non-sorciers s’intensifie, les jumeaux découvrent que leurs propres parents sont impliqués dans le conflit, et la question de savoir quel camp choisir quand sa famille se trouve du mauvais côté devient le vrai moteur de l’histoire. Le ton s’assombrit sans que l’humour ne disparaisse — un équilibre comparable à celui de Lightfall, où la légèreté de Cad contrebalance l’anxiété de Béa.
Tranche d’âge conseillée : indiquée 8 à 12 ans par la plupart des libraires. L’édition Dupuis la classe « Tous publics ». Certains passages des tomes ultérieurs sont un peu plus sombres, mais rien d’insurmontable pour un·e lecteur·ice habitué·e à Lightfall.