Les Mondes d’Aldébaran est une saga de bande dessinée de science-fiction créée par Leo (Luiz Eduardo de Oliveira), publiée chez Dargaud depuis 1994. Structurée en sept cycles — Aldébaran, Bételgeuse, Antarès, Survivants, Retour sur Aldébaran, Neptune et Bellatrix —, la série suit les aventures de Kim Keller à travers plusieurs exoplanètes colonisées par l’humanité. Avec plus de trois millions d’exemplaires vendus, la saga s’est imposée comme une référence du planet opera francophone. Son succès tient à un mélange simple, mais redoutablement efficace : des bestiaires inventifs, des écosystèmes imaginés dans le moindre détail et une vraie réflexion sur la place de l’humain au sein du vivant.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations.
1. Centaurus (Léo, Rodolphe et Zoran Janjetov, 2015)

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Ils sont 9 800 à bord d’un gigantesque vaisseau-monde, dernier espoir d’une humanité à l’agonie. Après 403 ans de voyage, ces rescapés arrivent en vue de Vera, satellite de l’étoile Proxima du Centaure. Une équipe d’éclaireurs est envoyée en reconnaissance, mais la liaison avec le vaisseau est vite coupée. Sur place, les surprises ne sont pas du genre agréable : faune hostile, paysages dignes du Jurassique, et la présence d’habitants que personne n’avait prévus au programme.
Avec Centaurus, Leo retrouve ses complices habituels — Rodolphe au co-scénario, Zoran Janjetov au dessin — pour une série en cinq tomes publiée chez Delcourt. Le récit fonctionne sur deux fronts parallèles : d’un côté, l’équipe au sol qui affronte une planète aussi belle que mortelle ; de l’autre, la vie à bord du vaisseau cylindrique, avec ses jeux de pouvoir, ses secrets et ses sabotages. C’est cette double tension — survivre dehors, se déchirer dedans — qui donne au récit son rythme. Les lecteurs et lectrices de Leo reconnaîtront sa recette (un groupe de personnages bien typés, des mystères à tiroirs, des créatures inventées de toutes pièces), mais le cadre du vaisseau-arche, sorte de ville fermée où vingt générations se sont succédé sans jamais connaître autre chose, apporte une vraie singularité à l’ensemble.
2. Terres lointaines (Léo et Icar, 2009)

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Sur la planète Altaïr-3, dans un futur lointain, Paul Clauden débarque avec sa mère et sa sœur Daphné pour retrouver un père aux abonnés absents. Très vite, le jeune homme se lance à sa recherche sur un continent voisin, accompagné d’un compagnon pour le moins inattendu : un Stepanerk, sorte de crabe humanoïde géant doté d’une intelligence redoutable et d’une force physique à l’avenant. La quête familiale se double bientôt d’un mystère plus vaste : une civilisation extraterrestre a disparu d’Altaïr-3 dans des circonstances inexpliquées.
Terres lointaines est une série en cinq tomes publiée chez Dargaud, scénarisée par Leo et dessinée par Icar. Le récit joue sur un registre plus intime que les Mondes d’Aldébaran : l’intrigue repose d’abord sur la recherche d’un père, sur les liens familiaux malmenés par la distance et les secrets. Le Stepanerk, véritable mascotte de la série — sorte de philosophe à pinces aussi protecteur qu’imprévisible —, vole régulièrement la vedette aux personnages humains. En toile de fond, la colonisation d’Altaïr-3 soulève des questions familières aux habitué·e·s de Leo : que se passe-t-il quand l’humanité s’installe sur un monde qu’elle ne comprend pas ? Ici, la réponse passe par des ruines énigmatiques, une civilisation disparue et un écosystème qui n’a pas fini de livrer ses secrets — le tout porté par un dessin plus réaliste et plus anguleux que celui de Leo, qui donne à la série une identité graphique à part.
3. Aquablue (Thierry Cailleteau et Olivier Vatine, 1988)

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Seul rescapé du naufrage du vaisseau L’Étoile Blanche, le jeune Nao est recueilli sur une planète-océan inconnue : Aquablue. Élevé par les paisibles pêcheurs autochtones, il y mène une existence presque idyllique — jusqu’au jour où débarquent les représentants de la Texec, un consortium terrien bien décidé à pomper les ressources énergétiques de la planète, quitte à en détruire l’écosystème. Nao, qui se découvre héritier de l’empire financier Morgenstern, se retrouve au cœur d’un bras de fer entre industriels sans scrupules et peuples indigènes.
Lancée chez Delcourt en 1988 — soit vingt et un ans avant la sortie d’Avatar de James Cameron —, Aquablue est l’une des pionnières de la science-fiction écologique en bande dessinée franco-belge. Son premier cycle (cinq tomes, les quatre premiers dessinés par Vatine) pose les fondations d’une saga aux thèmes résolument humanistes et anticolonialistes : une planète exploitée pour ses ressources, un peuple autochtone menacé, un héros pris entre deux mondes. Les ressemblances avec le film de Cameron sont si frappantes (peuple à la peau bleue, planète paradisiaque convoitée par une multinationale, héros humain qui prend fait et cause pour les indigènes) que Delcourt et Cailleteau ont traîné la Fox en justice en 2011 — le tribunal a rejeté la demande, mais le parallèle reste saisissant. La série doit aussi beaucoup à ses seconds rôles — Cybot, le robot-nurse à l’humour acide, Carlo et Rabah, fidèles compagnons d’infortune —, qui donnent au récit sa chaleur et son rythme. Un rythme que les tomes suivants, après le départ de Vatine au dessin, auront du mal à retrouver.
4. Aâma (Frederik Peeters, 2011)

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Verloc Nim se réveille amnésique sur la planète Ona(ji). Un singe-robot nommé Churchill lui remet son journal intime, et Verloc replonge dans les pages de sa propre existence : un homme brisé, qui a perdu sa librairie, sa femme, sa fille Lilja, et à peu près tout le reste. Son frère Conrad, agent de la très puissante Muy-Tang Corporation, l’entraîne sur cette planète lointaine pour récupérer une substance mystérieuse — l’aâma —, censée abolir la frontière entre l’humain et la technologie. Le voyage tourne évidemment au cauchemar.
Quatre tomes chez Gallimard, un prix de la série à Angoulême en 2013, et une approche qui tranche avec le tout-venant de la BD de SF. Frederik Peeters, auteur suisse connu pour le récit autobiographique Pilules bleues et la saga spatiale Lupus, refuse ici les conventions du genre : pas de héros conquérants ni de batailles galactiques, mais un père en miettes et une planète où la substance aâma a fait muter la faune et la flore de manière incontrôlable — les paysages se recomposent d’un chapitre à l’autre, jusqu’à devenir méconnaissables. Peeters cite parmi ses influences les films Stalker et Solaris d’Andreï Tarkovski, ainsi que les romans de Stanislas Lem et des frères Strougatski — de la SF où l’environnement étranger n’est pas un simple décor d’aventures, mais un moyen de révéler ce que les personnages portent en eux. C’est exactement ce que fait Aâma : sous ses dehors de récit d’aventures, la série parle avant tout de la relation entre deux frères, du lien d’un père avec sa fille, et de ce que signifie rester humain dans un monde saturé de technologie. Visuellement, Peeters se permet tout : pages oniriques, séquences hallucinatoires, planches quasi abstraites dans le dernier tome. On est loin des conventions graphiques du genre, et c’est ce qui fait le prix de la série.
5. Renaissance (Fred Duval et Emem, 2018)

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En 2084, la Terre est fichue. Montée des eaux, épidémies, guerres : l’humanité se compte désormais en décennies de survie. C’est alors qu’intervient la Fédération des Intelligences Mammifères, une organisation intergalactique qui décide de prendre les choses en main — presque pacifiquement. Swänn, jeune extraterrestre originaire de la planète Näkän, se porte volontaire avec Sätie, son épouse, pour participer à cette opération de sauvetage baptisée « Renaissance ». Envoyé au Texas, il fait la connaissance de Liz Hamilton et découvre une espèce humaine pas franchement reconnaissante envers ses sauveurs.
La série compte six tomes répartis en deux cycles chez Dargaud, et repose sur un renversement de perspective assez rare en SF : le récit adopte le point de vue de l’extraterrestre, pas celui de l’humain. C’est à travers les yeux de Swänn que l’on redécouvre notre propre monde, ses violences et ses contradictions. Fred Duval, scénariste aguerri (Carmen Mc Callum, Travis), pose une question simple en apparence : quand une civilisation avancée vient sauver une planète de la catastrophe, qui décide des règles ? Les Näkän interdisent les armes, restructurent les villes, imposent leur médecine — et les humains, sans surprise, supportent mal cette tutelle, fût-elle bienveillante. Côté graphisme, Emem s’appuie sur le travail de design de Fred Blanchard (qui a conçu l’ensemble de la « grammaire visuelle » extraterrestre : architecture, véhicules, costumes, créatures) pour installer un contraste net entre la civilisation näkän, tout en courbes organiques et en harmonie, et une Terre hérissée de barricades et de feux de puits de pétrole. Le point de départ de la série — une planète ravagée par le dérèglement climatique, sauvée in extremis par une intervention extérieure — se lit autrement en 2026 qu’en 2018.
6. Le Cycle de Cyann (François Bourgeon et Claude Lacroix, 1993)

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Sur la planète Ôlh, une épidémie de fièvres pourpres décime les hommes mais épargne les femmes. Cyann Olsimar, héritière d’une puissante famille de sOndeurs — une caste dirigeante qui tire son pouvoir du contrôle de la technologie de téléportation entre les mondes —, est chargée par son père de mener une expédition vers la colonie perdue d’ilO. Plus capricieuse qu’autoritaire, plus séductrice qu’amante, Cyann est loin d’être une héroïne conventionnelle — et c’est précisément ce qui la rend inoubliable. Son périple à travers plusieurs planètes, et probablement à travers le temps, va la confronter à des civilisations radicalement différentes, à des luttes de pouvoir féroces et, accessoirement, à elle-même.
Série en six tomes — dont la publication s’est étalée sur plus de vingt ans, de Casterman à Vents d’Ouest puis Delcourt —, Le Cycle de Cyann est signé par François Bourgeon — surtout connu pour Les Passagers du vent, fresque historique sur la traite négrière au XVIIIᵉ siècle — et son complice Claude Lacroix. Le passage de la marine à voile à la SF n’a rien entamé de son ambition : l’univers qu’ils ont bâti est d’une densité rare — faune, flore, systèmes politiques, cultes religieux, technologies — tout a été pensé, inventé, documenté (un album hors-série, La Clé des confins, s’y consacre entièrement). Graphiquement, Bourgeon met le même soin dans une frondaison extraterrestre que dans le gréement d’un navire du XVIIIᵉ : architectures improbables, végétations luxuriantes, costumes, bestiaire — chaque case est un monde en soi. L’héroïne, elle, évolue tout au long des six tomes : la petite aristocrate capricieuse du premier album n’a plus grand-chose à voir avec la femme endurcie du sixième. Un voyage long, ardu, qui demande de la patience — mais c’est l’une des rares BD de SF qui donne véritablement le sentiment d’avoir vécu dans un autre monde une fois le dernier tome posé.
7. Sillage (Jean-David Morvan et Philippe Buchet, 1998)

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Croiseurs, barges, vaisseaux-gîtes et bidons-nefs : ils sont des milliers à former Sillage, un immense convoi spatial multiracial en quête de planètes à coloniser. À son bord cohabitent des dizaines d’espèces aux origines et croyances les plus variées — mais aucun être humain. Jusqu’au jour où le convoi recueille Nävis, une enfant sauvage élevée seule sur une planète forestière. Unique humaine de la galaxie (du moins, c’est ce que tout le monde croit), elle est aussi la seule créature dont l’esprit ne peut être sondé par les races télépathes de Sillage. Cette particularité fait d’elle une agente de terrain idéale pour la Constituante, le gouvernement du convoi.
Vingt-quatre tomes au compteur chez Delcourt, et la série ne montre pas de signe d’essoufflement. Jean-David Morvan a construit chaque album comme une aventure indépendante — l’un lorgne vers la SF rétro-industrielle, l’autre vers le récit de fantasy sur une planète primitive, un troisième vers le thriller politique — sans jamais perdre le fil d’une trame de fond autour des origines de Nävis. L’humour, omniprésent (jusque dans les noms des personnages), côtoie des thématiques sérieuses : inégalités sociales, corruption, manipulation médiatique, rejet de l’autre. Philippe Buchet, au dessin, fait le reste : son trait précis et ses créatures inventées album après album — pas une espèce ne ressemble à la précédente — sont pour beaucoup dans le plaisir de lecture. Si vous cherchez un équivalent en BD de ce que Star Wars peut offrir au cinéma — mais avec une héroïne nettement plus futée que Luke Skywalker —, Sillage est une valeur sûre.
8. Orbital (Sylvain Runberg et Serge Pellé, 2006)

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Au vingt-troisième siècle, les humains ont enfin rejoint la grande Confédération intergalactique — 781 races, plus de 8 000 ans d’existence. Autant dire que l’espèce humaine, dernière arrivée et encore perçue comme primitive, ne fait pas l’unanimité. Caleb Swany, premier humain nommé agent de l’Office Diplomatique Intermondial (ODI), est associé à Mézoké Izzua, un·e Sandjarr dont on ne connaît ni le genre ni le passé — l’ambiguïté est volontaire et jamais levée. Le binôme a valeur de symbole : Humains et Sandjarrs se sont livré une guerre quelques années plus tôt. Ensemble, ils sont envoyés régler les conflits qui secouent la Confédération — de l’exploitation illégale de mines sur la lune Senestam aux complots qui menacent l’équilibre galactique.
En neuf tomes chez Dupuis, Orbital a eu le temps de se tailler une place à part grâce à son ancrage géopolitique. Là où d’autres séries de SF optent pour l’aventure pure, Runberg s’intéresse aux mécanismes de la diplomatie, aux rapports de force entre civilisations et aux traumatismes de la guerre. L’auteur cite comme influence majeure le cycle de La Culture de l’Écossais Iain Banks, une série de romans où une civilisation utopique se heurte aux limites de son propre idéalisme — et Orbital hérite de cette tension entre bons sentiments et realpolitik. La comparaison avec Valérian et Laureline est inévitable — le tandem de choc, les missions aux quatre coins de la galaxie —, mais le ton d’Orbital est plus sombre, plus préoccupé par les conséquences politiques de chaque conflit. Serge Pellé accompagne cette gravité d’un trait fluide et de couleurs lumineuses qui donnent aux scènes d’espace et aux planètes visitées un souffle de grand spectacle. Les flashbacks, répartis sur l’ensemble de la série, révèlent par couches successives le passé de Caleb et de Mézoké — leur enfance, la guerre qui a opposé leurs peuples, les cicatrices qui en découlent. C’est cette profondeur psychologique, rare dans le genre, qui fait du duo bien plus qu’un simple prétexte à missions spatiales.
9. Nausicaä de la Vallée du Vent (Hayao Miyazaki, 1982)

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Mille ans après les « Sept Jours de Feu » — un cataclysme qui a anéanti la civilisation industrielle —, l’humanité survit en marge de la Mer de la Décomposition (fukai), une immense forêt toxique peuplée d’insectes géants, dont les redoutables Ômus. La princesse Nausicaä règne sur la Vallée du Vent, un petit royaume protégé des spores par les courants marins. Lorsque l’empire Tolmèque envahit la Vallée pour s’emparer d’un Dieu-Guerrier — arme de destruction héritée de l’ancien monde —, Nausicaä se retrouve au cœur d’un conflit qui dépasse de loin les frontières de son royaume. Guidée par son empathie et sa volonté de comprendre la fukai plutôt que de la détruire, elle va tenter d’arrêter l’escalade de la violence.
Publié entre 1982 et 1994 dans le magazine japonais Animage et édité en sept tomes chez Glénat pour la version française, ce manga — seule bande dessinée japonaise de cette liste — va beaucoup plus loin que le film d’animation de 1984 (lequel ne couvrait que les deux premiers tomes, sur sept). L’intrigue prend une tout autre envergure : les personnages de Kushana et Kurotawa gagnent en profondeur, de nouveaux peuples apparaissent (les Dorks, le peuple de la forêt, les Maîtres-vers), et les questions éthiques se complexifient jusqu’à un dénouement qui n’a rien d’un happy end classique. Miyazaki y déploie une réflexion sur la coexistence entre l’humain et le vivant qui fait directement écho aux préoccupations écologiques de Leo. Si vous n’avez vu que le film, le manga est une révélation. Si vous ne connaissez ni l’un ni l’autre, commencez par le manga.