Les Enfants de la résistance est une série de bande dessinée belge en neuf tomes, publiée aux éditions Le Lombard entre 2015 et 2024. Scénarisée par Vincent Dugomier et dessinée par Benoît Ers, elle suit trois adolescents — François, Eusèbe et Lisa — dans un village de Bourgogne sous l’Occupation allemande.
La série est réputée pour sa rigueur historique et ses dossiers pédagogiques en fin d’album, qui lui ont valu un large succès auprès du jeune public comme des enseignant·es. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Le réseau Papillon (Franck Dumanche et Nicolas Otéro, 2018)

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En Normandie, en 1940, quatre adolescents — Gaston, Élise, Edmond et François — décident de tenir tête à l’occupant allemand. Leur première mission : empêcher le détournement d’un convoi de tableaux convoité par les dignitaires nazis. Construit autour d’un quatuor de gamins débrouillards, le récit aborde des aspects souvent méconnus de l’Occupation, comme le pillage du patrimoine artistique français ou le renseignement clandestin.
Le ton reste volontairement léger pour un lectorat jeune, sans jamais édulcorer les réalités de la période. Chaque tome se clôt par un dossier historique rédigé par un agrégé d’histoire, à la manière des appendices pédagogiques que l’on retrouve dans la série de Dugomier et Ers. Les lecteur·ices qui ont aimé suivre François, Eusèbe et Lisa retrouveront ici la même recette : des enfants confrontés à l’Histoire, un cadre rural sous tension et des péripéties fondées sur des faits authentiques.
2. La guerre de Catherine (Julia Billet et Claire Fauvel, 2017)

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Adaptée du roman éponyme de Julia Billet — lui-même inspiré de la jeunesse de sa propre mère —, cette BD suit Rachel Cohen, une adolescente juive contrainte d’abandonner son identité pour échapper aux persécutions. Rebaptisée Catherine, elle traverse la France de refuge en refuge, un Rolleiflex à la main, avec pour consigne de photographier ce qu’elle voit. Lauréat du Fauve Jeunesse au Festival d’Angoulême 2018, l’album se distingue par sa lumière et la douceur de son trait.
Là où Les Enfants de la résistance montre la guerre du point de vue de ceux qui se battent, La guerre de Catherine la saisit à travers le regard d’une jeune fille en fuite. Le dessin rond et aéré de Claire Fauvel contraste avec la gravité du propos et met en valeur l’humanité des adultes qui, au péril de leur vie, ont caché des enfants juifs pendant l’Occupation.
3. Spirou, l’espoir malgré tout (Émile Bravo, 2018)

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Émile Bravo réinscrit le célèbre groom de la BD belge dans la Belgique occupée des années 1940. En quatre tomes publiés entre 2018 et 2022 — qui prolongent le Journal d’un ingénu paru en 2008 —, Spirou croise la route de Felix et Felka, un couple de peintres juifs allemands exilés à Bruxelles dont l’art a été déclaré « dégénéré » par le régime nazi. Entre théâtre de marionnettes itinérant et tentatives pour protéger ses amis, le jeune héros affronte des dilemmes moraux que sa candeur ne suffit pas toujours à résoudre.
La série a été couronnée du Prix de la série au Festival d’Angoulême en 2022. Si Les Enfants de la résistance se concentre sur la France rurale, Bravo déplace le regard vers la Belgique et aborde un pan souvent négligé de l’histoire de la Shoah. Le dessin en ligne claire et l’humour discret n’empêchent jamais la gravité, et la question posée par l’auteur — « Comment aurions-nous traversé cette période ? » — résonne bien après la lecture.
4. Madeleine, résistante (Madeleine Riffaud, Jean-David Morvan et Dominique Bertail, 2021)

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Née en 1924, Madeleine Riffaud entre dans la Résistance à Paris à l’âge de dix-huit ans sous le nom de code « Rainer » — un hommage au poète Rainer Maria Rilke. Cette série, publiée dans la collection Aire Libre chez Dupuis, est née de longs entretiens entre la résistante et le scénariste Jean-David Morvan. Les planches de Dominique Bertail, entièrement peintes à l’aquarelle dans une palette de bleus, confèrent au récit une atmosphère singulière, à la fois âpre et poétique.
Du sanatorium où elle lutte contre la tuberculose jusqu’aux combats de la Libération de Paris, le parcours de Madeleine Riffaud se lit comme un témoignage de première main — parce qu’il en est un. Là où les héros de Dugomier et Ers sont fictifs, Madeleine, résistante repose sur la mémoire directe d’une combattante, disparue en novembre 2024. L’album a reçu le prix René-Goscinny en 2022.
5. Missak, Mélinée & le groupe Manouchian : les fusillés de l’affiche rouge (Jean-David Morvan et Thomas Tcherkézian, 2024)

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Paru en février 2024, à la date de l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon, cet album retrace le destin du poète et ouvrier arménien devenu l’un des chefs des Francs-Tireurs et Partisans de la MOI (FTP-MOI). Rescapé du génocide arménien, Missak Manouchian a été fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 avec vingt-deux de ses camarades. Les occupants ont placardé leurs visages sur la tristement célèbre Affiche rouge, pensée comme un outil de propagande qui s’est retourné contre ses concepteurs.
Le dessinateur arménien Thomas Tcherkézian opte pour un trait tramé et sobre, ponctué de portraits en pleine page des membres du groupe. Si Les Enfants de la résistance raconte la naissance de réseaux clandestins français, cet album met en lumière le sacrifice de résistant·es étranger·es qui ont donné leur vie pour un pays qui ne leur avait jamais accordé la nationalité.
6. Le Sourire d’Auschwitz : l’histoire de Lisette Moru, résistante bretonne (Stéphanie Trouillard et Renan Coquin, 2024)

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Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24 et spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, tombe un jour sur la photo d’identité d’une déportée du Morbihan prise à Auschwitz : Marie-Louise Moru, dite Lisette, dix-sept ans, sourit face à l’objectif de ses bourreaux. De cette image saisissante naît une enquête de deux ans — d’abord un webdocumentaire, puis cette bande dessinée — pour reconstituer le parcours de la jeune résistante de Port-Louis, déportée en janvier 1943 et morte quelques semaines plus tard.
L’album, lauréat du Prix du Bleuet de France 2024, alterne entre le présent de l’enquête et les reconstitutions historiques, avec un traitement chromatique différent pour chaque temporalité. Pour les lecteur·ices touché·es par le sort des adolescent·es de Les Enfants de la résistance, ce récit rappelle que derrière les grandes fresques se trouvent des destins individuels, souvent anonymes, qu’il faut continuer à tirer de l’oubli.
7. Un sac de billes (Kris et Vincent Bailly, 2011)

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Adaptation du célèbre roman autobiographique de Joseph Joffo (1973), cette BD en deux tomes (plus un troisième, Baby-Foot, paru en 2014) suit Joseph, dix ans, et Maurice, douze ans, deux frères juifs qui fuient le Paris occupé en 1941 avec pour seule consigne paternelle : « Ne dis jamais que tu es juif. » De la traversée de la ligne de démarcation aux rafles sur la Côte d’Azur, les deux garçons survivent grâce à leur débrouillardise, à la chance et à l’aide de quelques justes.
Les aquarelles de Vincent Bailly, lumineuses et vives, contrastent avec la noirceur des événements et restituent le regard d’enfant qui faisait la force du texte de Joffo. Comme dans Les Enfants de la résistance, l’histoire est vue à hauteur de gosse, mais le registre est ici celui de la fuite et de la survie, non de la lutte armée. Le roman a été vendu à plus de vingt-cinq millions d’exemplaires et adapté au cinéma en 1975 par Jacques Doillon puis en 2017 par Christian Duguay.
8. Il était une fois en France (Fabien Nury et Sylvain Vallée, 2007)

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Saga en six tomes publiée entre 2007 et 2012 chez Glénat, Il était une fois en France retrace la vie romancée de Joseph Joanovici, ferrailleur juif roumain illettré devenu l’homme le plus fortuné de France sous l’Occupation. Tour à tour collaborateur et financier du réseau de résistance Honneur et Police, Joanovici incarne une zone grise morale que Fabien Nury se refuse à trancher. La série a reçu le prix de la Meilleure Série au Festival d’Angoulême en 2011 et s’est écoulée à plus d’un million d’exemplaires.
Là où Les Enfants de la résistance dessine un monde clairement partagé entre oppresseurs et résistants, Nury et Vallée déconstruisent cette lecture binaire. Aucun personnage n’est tout à fait héroïque ; aucun n’est entièrement condamnable. Le dessin en ligne claire de Sylvain Vallée, précis et expressif, sert un scénario d’une densité redoutable. Ce titre s’adresse à un lectorat plus mature, prêt à se confronter aux ambiguïtés d’une époque où la frontière entre le bien et le mal se brouillait chaque jour un peu plus.