Série de bande dessinée créée par Riad Sattouf et prépubliée dans L’Obs à partir de 2015, Les Cahiers d’Esther retracent année après année la vie d’une jeune fille, de ses 10 à ses 18 ans. Chaque tome correspond à une année de la vie d’Esther, dont les anecdotes sont recueillies par l’auteur auprès de la fille d’un couple d’amis.
Publiée chez Allary Éditions et vendue à plus de deux millions d’exemplaires, la série s’est achevée en 2024 avec le neuvième tome, Histoires de mes dix-huit ans. Si vous cherchez d’autres bandes dessinées dans la même veine, voici quelques suggestions.
1. Le Journal de Samuel (Émilie Tronche, 2025)

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Adapté de la série d’animation phénomène diffusée sur Arte — plusieurs dizaines de millions de vues en ligne —, Le Journal de Samuel suit un écolier de 10 ans qui confie à son journal intime ses émois, ses amitiés et un mystérieux problème dont il refuse de parler. Le récit, fortement nourri par les souvenirs d’enfance de l’autrice, se situe au milieu des années 2000, entre balle aux prisonniers et premiers chagrins.
Le parallèle avec Les Cahiers d’Esther est évident : même principe de chronique enfantine à la première personne, même attention aux mots et aux tics de langage d’une génération. Mais là où Sattouf travaille en bichromie, Tronche opte pour un noir et blanc épuré, presque nu, qui laisse toute la place aux silences et aux gestes. Un flipbook en bas de page prolonge l’esprit de la série animée. Le résultat est à la fois drôle, tendre et d’une justesse saisissante.
2. L’Arabe du futur (Riad Sattouf, 2014)

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Série autobiographique en six tomes parue chez Allary Éditions, L’Arabe du futur retrace l’enfance et l’adolescence de Riad Sattouf, fils d’une mère bretonne et d’un père syrien. Le récit nous mène de la Libye de Kadhafi à la Syrie d’Hafez al-Assad, puis en Bretagne, avec un code couleur — jaune, rose, bleu — qui change selon le pays traversé. Récompensée par le Fauve d’or à Angoulême en 2015, la série s’est écoulée à plus de trois millions d’exemplaires dans le monde.
On retrouve ici la même patte que dans Les Cahiers d’Esther : un regard d’enfant posé sur le monde des adultes, un sens aigu de l’observation sociale et un humour qui n’édulcore jamais la gravité des situations. Mais le ton se fait plus sombre, le propos plus politique. Pour qui a aimé la manière dont Sattouf saisit les contradictions d’une époque à travers les yeux d’un·e enfant, L’Arabe du futur constitue le prolongement naturel et le socle de tout son travail.
3. Moi, Fadi, le frère volé (Riad Sattouf, 2024)

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Publiée aux éditions Les Livres du futur, cette série dérivée de L’Arabe du futur donne la parole à Fadi, le frère cadet de Riad, enlevé à l’âge de cinq ans par leur père et emmené en Syrie. Le premier tome, qui couvre les années 1986 à 1994, repose sur de longs entretiens menés par Riad avec son frère en 2011 et 2012. C’est Fadi qui raconte : son enfance heureuse en Bretagne, puis le choc brutal de l’arrachement à sa mère et à ses grands frères.
Comme dans Les Cahiers d’Esther, Sattouf se glisse dans la voix d’un autre — une « autobiographie d’autrui » — et restitue avec précision le langage et la perception d’un enfant. Le changement de point de vue par rapport à L’Arabe du futur produit un effet de miroir déformé, proche du film Rashomon d’Akira Kurosawa : les mêmes événements, vus par un autre regard, prennent une tout autre coloration. L’émotion, omniprésente, ne cède jamais au pathos.
4. L’Année où je suis devenue ado (Nora Dåsnes, 2021)

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Roman graphique de la Norvégienne Nora Dåsnes, publié chez Casterman, ce récit prend la forme du journal intime d’Emma, 12 ans, qui entre en cinquième. Prise en étau entre ses deux meilleures amies — l’une veut des copains, l’autre veut encore jouer dans la forêt —, Emma ne sait plus où elle se situe. Puis arrive Mariam, la nouvelle élève, et tout bascule.
Le livre aborde avec pudeur et finesse le premier amour entre filles, le rapport au corps, la pression du groupe et la quête d’identité. Textes manuscrits, dessins en pleine page et playlists musicales alternent dans une mise en page qui rappelle un vrai carnet. Si Les Cahiers d’Esther documentent l’adolescence française contemporaine vue de l’extérieur par un auteur adulte, L’Année où je suis devenue ado adopte une perspective encore plus intime, celle d’une pré-adolescente qui tente de mettre des mots sur ce qu’elle ressent. L’autrice y signe le livre qu’elle aurait aimé lire à 12 ans.
5. Mes quatorze ans : enquête sur ma découverte de la sexualité (Jeanne Boëzec, Lisa Chetteau, Lucie Mikaelian, 2023)

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Publié chez Gallimard BD, cet album naît d’une redécouverte : à trente ans, Lucie retrouve le journal intime de ses quatorze ans, rédigé en 2003. Elle y avait consigné sans filtre ses amours, ses frustrations et surtout son obsession de perdre sa virginité. Avec la scénariste Jeanne Boëzec et la dessinatrice Lisa Chetteau, elle confronte ces confessions adolescentes à un regard adulte et féministe, entre humour décomplexé et déconstruction des injonctions.
Le dispositif rappelle celui de Sattouf, qui recueille lui aussi une parole brute pour la mettre en cases. Mais ici, le décalage temporel entre l’adolescente de 2003 et la femme de 2019 crée un double niveau de lecture absent des Cahiers d’Esther. Le graphisme pop et fouillé de Lisa Chetteau, aux accents proches de Robert Crumb, dynamise un propos qui n’élude rien : pression du regard masculin, représentations culturelles, normes du corps. Un récit franc, drôle et sans concession.
6. L’Âge bête (Jonathan Munoz, 2025)

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Publiée chez Fluide Glacial, cette BD autobiographique suit Jonathan Munoz de ses 11 à ses 20 ans, du collège au bac, puis aux premiers pas dans l’âge adulte. Chaque nouvelle classe s’ouvre sur une page d’inventaire culturel de l’époque — groupes de musique, films, jeux vidéo — qui ancre le récit dans les années 1990 et 2000 avec une précision quasi documentaire.
Sous l’humour « Fluidesque » percent des sujets plus graves : le harcèlement scolaire, la mort de son père à 14 ans, les complexes physiques, les premières expériences sexuelles. Le trait coloré et volontairement enfantin de Munoz, rehaussé par les couleurs d’Anne-Claire Thibaut-Jouvray, adoucit la rudesse de certains épisodes. On retrouve le même mécanisme que chez Sattouf : une chronique générationnelle où chacun·e peut reconnaître des fragments de sa propre adolescence, entre hontes magistrales et souvenirs lumineux.
7. Bunker (Camille Poulie, 2022)

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Premier album de Camille Poulie chez Dupuis, Bunker se déroule sur la Côte d’Opale, dans les années 1990. Trois adolescents — Jessica, garçon manqué en survêtement de caillera, Antoine et Bozo — élisent domicile dans un blockhaus allemand abandonné sur la falaise. Dans cet espace clos, le petit groupe traîne, fume, se bat, s’invente des histoires, se disloque et se ressoude.
Le livre partage avec Les Cahiers d’Esther cette volonté de saisir les rapports de force et les codes sociaux de l’adolescence. Mais le cadre rural et populaire, l’absence de narrateur en voix off et le dessin brut, entre noir et blanc et couleurs saturées, créent une atmosphère plus âpre. Les rapports de genre se cristallisent, la sexualité naissante complique tout. Le Monde a salué la justesse rare de ce premier album, qui tient autant de la chronique sociale que du récit initiatique estival.
8. Mémoires d’un garçon agité (Vincent Zabus et Valérie Vernay, 2026)

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Germain a dix ans et il a décidé d’arrêter de grandir. Persuadé d’être responsable de la mort de sa petite sœur, il se réfugie dans l’écriture et entreprend de rédiger ses mémoires sur une vieille machine à écrire, sous le pseudonyme de Raoul Underwood. Publié chez Dargaud, ce roman graphique de Vincent Zabus et Valérie Vernay aborde le deuil enfantin, la culpabilité et le pouvoir réparateur des mots.
Les chapitres s’intitulent « Souvenir de mes sept ans », « de mes huit ans »… — un écho direct à la structure des Cahiers d’Esther. Mais sous l’apparente légèreté, le propos est plus grave. Le trait rond et doux de Vernay, proche de Sempé, et les couleurs pastel qui changent à chaque chapitre enveloppent un récit sobre et juste. L’humour de Germain, sa façon de reformuler le monde avec ses mots à lui, en font un cousin éloigné d’Esther — même candeur, même lucidité involontaire, mais une fêlure en plus.