Les Aventures de Tintin est une série de bande dessinée créée par le dessinateur belge Hergé, dont le premier épisode, Tintin au pays des Soviets, paraît le 10 janvier 1929 dans les pages du Petit Vingtième. On y suit les péripéties d’un jeune reporter bruxellois, Tintin, accompagné de son fox-terrier Milou, à travers 24 albums publiés entre 1930 et 1976. Traduite dans plus d’une centaine de langues et vendue à plus de 250 millions d’exemplaires, elle reste l’une des séries les plus lues et les plus traduites de l’histoire de la bande dessinée.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des BD d’aventure qui partagent avec Tintin le goût du détail, l’envie de faire voyager leurs lecteur·ice·s, et souvent un même héritage graphique : la ligne claire, un dessin fondé sur un trait net et uniforme, sans hachures ni ombres portées.
1. Les Aventures de Jo, Zette et Jocko (Hergé, 1936)

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Créée sur commande de l’abbé Gaston Courtois, directeur de l’hebdomadaire catholique Cœurs vaillants, cette série naît d’une demande précise : offrir aux jeunes lecteur·ice·s des héros dotés d’une vraie cellule familiale — un père ingénieur, une mère au foyer et un animal de compagnie. Tout ce que Tintin, éternel orphelin sans attache, ne possède pas. Le résultat : Jo et Zette Legrand, un frère et une sœur, flanqués de leur chimpanzé Jocko, se retrouvent dans des aventures à mi-chemin entre espionnage et science-fiction, réparties en cinq albums — deux histoires racontées chacune en deux tomes (Le Testament de M. Pump / Destination New-York et Le Manitoba ne répond plus / L’Éruption du Karamako) plus un dernier tome indépendant, La Vallée des cobras.
L’intérêt principal de la série tient à ce qu’elle montre un autre Hergé, moins libre mais tout aussi inventif. On y retrouve sa ligne claire, ses décors soignés, son sens du rythme — mais dans un cadre plus contraint, où la présence de parents inquiets impose des limites narratives qu’Hergé n’avait jamais à gérer dans Tintin. Il le reconnaissait lui-même avec humour : comment envoyer deux gamins au bout du monde quand maman et papa attendent des nouvelles à la maison ? C’est précisément cette contrainte qui rend la série intéressante. On y voit Hergé résoudre un problème narratif que Tintin évacue purement et simplement : comment concilier l’aventure et la vie de famille — une question que les héritiers de la BD franco-belge (de Yoko Tsuno à Alix Origines) se poseront bien plus tard.
2. Quick et Flupke (Hergé, 1930)

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Le 23 janvier 1930, soit un an à peine après la première apparition de Tintin, un gamin nommé Quick débarque dans les pages du Petit Vingtième. Il est bientôt rejoint par son comparse Flupke — « petit Philippe » en brusseleer, le dialecte bruxellois — et par leur souffre-douleur attitré, l’Agent 15, policier moustachu dont la silhouette préfigure celle des Dupond et Dupont. La série prend la forme de gags en une planche, sans continuité narrative, et se déroule dans un Bruxelles populaire que l’on situe entre Ixelles et Etterbeek, non loin du quartier où Hergé a grandi.
Ce qui frappe ici, c’est la liberté graphique et narrative qu’Hergé ne s’autorise pas dans Tintin. Les deux garnements se cognent contre les bords de leurs cases, gribouillent leur propre dessin, interpellent leur créateur — qui apparaît régulièrement dans les planches, souvent pour se faire malmener par ses propres personnages. Autrement dit, Hergé joue avec les conventions mêmes de la bande dessinée : ses personnages savent qu’ils sont dessinés, et ils en profitent. Ce type d’humour autoréférentiel, très rare dans les années 1930, donne à la série une fraîcheur qui n’a pas pris une ride. Par ailleurs, Quick et Flupke ne sont pas des fils de notaire ; leurs parents, rarement montrés, semblent davantage préoccupés par les fins de mois que par les devoirs d’école. Ce contexte social, plus rugueux que l’univers policé de Tintin, fait de Quick et Flupke autre chose que de simples garnements à gags : ce sont des gamins qui se débrouillent seuls, dans un monde où les adultes ont d’autres soucis.
La série a connu plusieurs éditions : d’abord 11 séries de 30 planches chez Casterman (à partir de 1949), puis une réédition en 12 albums thématiques entre 1985 et 1991, plus faciles à trouver aujourd’hui. Un conseil : ne passez pas trop vite sur les premières planches en noir et blanc, republiées dans les Archives Hergé — elles recèlent les gags les plus audacieux et les plus impertinents de la série.
3. Lefranc (Jacques Martin, 1952)

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Guy Lefranc est journaliste au quotidien Le Globe. Reporter d’action plus que de plume, il préfère nettement le terrain aux salles de rédaction — et le terrain, en l’occurrence, se révèle souvent miné : périls nucléaires, guerres du pétrole, armes bactériologiques, complots terroristes. Sa première aventure, La Grande Menace, paraît dans le Journal de Tintin le 21 mai 1952. L’intrigue, un ultimatum lancé contre Paris par une organisation clandestine basée dans les Vosges, pose d’emblée les fondations de la série : un ancrage fort dans l’actualité géopolitique, une menace de grande ampleur et un adversaire récurrent, le redoutable Axel Borg — un criminel brillant, insaisissable et sans scrupule, dont la route croise inlassablement celle de Lefranc au fil des albums.
Jacques Martin, qui travaille alors aux Studios Hergé (l’atelier fondé par le créateur de Tintin, où plusieurs dessinateurs l’assistaient sur ses albums), fait de Lefranc une sorte de décalque contemporain de sa série antique Alix : Lefranc est blond comme Alix, et son jeune protégé Jeanjean tient le même rôle de compagnon loyal qu’Enak dans Alix. Le dessin, en ligne claire rigoureuse, accorde une attention obsessionnelle aux véhicules — Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce rouge, Facel Vega, Traction avant — rendus avec une exactitude d’ingénieur (le père de Martin était aviateur, et cet amour de la mécanique imprègne chaque planche).
La série compte aujourd’hui plus d’une trentaine d’albums. Si les premiers tomes signés intégralement par Martin (en particulier Le Mystère Borg, souvent comparé à La Marque jaune de Blake et Mortimer) restent les plus aboutis, les reprises ultérieures par plusieurs équipes de dessinateurs et scénaristes permettent à la série de couvrir des périodes historiques variées, de la Seconde Guerre mondiale aux années 2000. Pour qui aime Tintin et l’atmosphère de la guerre froide, Lefranc offre une version plus adulte et plus politique du reporter-aventurier.
4. Blake et Mortimer (Edgar P. Jacobs, 1946)

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S’il n’y avait qu’une seule série à lire après Tintin, ce serait probablement celle-ci. Edgar P. Jacobs, ancien chanteur d’opéra reconverti en dessinateur après que la Seconde Guerre mondiale a brisé sa carrière lyrique, crée Blake et Mortimer en 1946 pour le tout premier numéro du Journal de Tintin. Le capitaine Francis Blake, officier du MI5 (le contre-espionnage britannique), et le professeur Philip Mortimer, physicien nucléaire passionné d’archéologie, affrontent ensemble des menaces où se croisent science-fiction, espionnage, sociétés secrètes et civilisations disparues. Face à eux, un adversaire récurrent : le colonel Olrik, criminel d’envergure internationale qui, d’un album à l’autre, passe de mercenaire à chef de réseau, de prisonnier en cavale à maître chanteur — sans jamais rester longtemps hors jeu.
Jacobs, qui a été le collaborateur le plus proche d’Hergé — il a notamment travaillé sur les couleurs de plusieurs albums de Tintin —, emprunte à son mentor la rigueur documentaire et la ligne claire, mais y injecte une dimension que Hergé n’a jamais revendiquée : le goût de la démesure. Chez Jacobs, les souterrains sont immenses, les machines titanesques, les enjeux planétaires. Les encadrés de texte narratif (ces rectangles en haut des cases où un narrateur omniscient commente l’action) sont denses, parfois bavards, mais portés par un vrai sens du suspense, hérité à parts égales du cinéma expressionniste allemand des années 1920 et de l’opéra — les deux grandes passions de Jacobs. La Marque jaune (1956), troisième aventure de la série et probablement son sommet, plonge le duo dans un Londres brumeux où un mystérieux criminel signe ses forfaits à la craie jaune — un récit d’une tension remarquable, devenu un classique absolu de la BD franco-belge.
Après la mort de Jacobs en 1987, la série a été reprise par plusieurs équipes d’auteurs (Jean Van Hamme et Ted Benoit, Yves Sente et André Juillard, entre autres) et compte désormais 31 albums. Les puristes débattent sans fin de la légitimité des reprises, mais les meilleurs tomes posthumes — L’Affaire Francis Blake, La Malédiction des trente deniers — respectent l’esprit de la série avec une fidélité appréciable. Pour quiconque a aimé Tintin, les premiers albums de Jacobs (Le Secret de l’Espadon, Le Mystère de la Grande Pyramide, La Marque jaune) sont le prolongement le plus naturel qui soit.
5. Alix (Jacques Martin, 1948)

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Avant de créer Lefranc, Jacques Martin invente en 1948 un jeune Gaulois nommé Alix Graccus, esclave affranchi devenu citoyen romain et ami du consul Jules César. Publiée dans le Journal de Tintin, la série se déroule au Iᵉʳ siècle avant notre ère et promène son héros de Rome à la Chine, de l’Égypte à la Grèce, de Carthage aux confins de la Mésopotamie, toujours en compagnie de son fidèle cadet, l’Égyptien Enak. Martin est avant tout un passionné d’histoire, et cela se sent : chaque album repose sur un travail de recherche historique et archéologique considérable — costumes, architectures, usages, armements, tout est vérifié. Des générations de lecteur·ice·s ont découvert l’Antiquité romaine à travers Alix, bien avant Astérix, dont le premier album paraît onze ans plus tard.
L’approche de Martin n’a pourtant rien d’un manuel scolaire. Les intrigues s’appuient sur des complots politiques, des trahisons, des guerres civiles et des personnages historiques (Spartacus, Vercingétorix, Alexandre le Grand) traités avec une liberté romanesque assumée — Martin n’hésite pas à faire évader Vercingétorix de sa prison romaine quand l’histoire l’exige. Le ton est plus grave que chez Hergé : la violence, la mort et les jeux de pouvoir y occupent une place centrale. L’antagoniste principal, le perfide Arbacès — un patricien cruel, couvert de bijoux et de parfums, dont les machinations poursuivent Alix d’album en album —, incarne une menace à la fois politique et personnelle, bien plus inquiétante que les méchants relativement caricaturaux de Tintin.
Avec plus de 40 albums dans la série principale, auxquels s’ajoutent les spin-offs Alix Senator (par Valérie Mangin et Thierry Démarez, où Alix, vieilli, évolue sous le règne d’Auguste) et Alix Origines (sur l’enfance du personnage), l’univers d’Alix est vaste. Les albums les plus unanimement salués restent ceux de la période classique de Martin, en particulier Le Dernier Spartiate, Les Légions perdues et Le Tombeau étrusque. Si vous aimez le Tintin globe-trotter mais souhaitez troquer le XXᵉ siècle contre l’Antiquité romaine, Alix est exactement ce qu’il vous faut — avec l’avertissement que le ton, ici, ne fait aucune concession à la légèreté.
6. Yoko Tsuno (Roger Leloup, 1970)

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Quand Roger Leloup quitte les Studios Hergé le 31 décembre 1969 — où il a travaillé quinze ans sur Tintin, Alix et Lefranc —, c’est pour donner vie à un personnage qu’il porte en lui depuis un an : Yoko Tsuno, ingénieure japonaise en électronique. Publiée à partir de septembre 1970 dans le Journal de Spirou, la série bouscule les habitudes de la BD franco-belge sur deux points. D’abord, son héroïne est une femme — fait rarissime à l’époque dans une bande dessinée d’aventure, où les personnages féminins se limitaient le plus souvent à des rôles de figurantes, de victimes ou de faire-valoir (on songe à la Castafiore chez Hergé). Ensuite, cette femme est une scientifique compétente, une combattante efficace et le moteur de l’action — pas un personnage secondaire qu’on a promu par politesse.
Accompagnée de ses deux acolytes, Vic Vidéo et Pol Pitron, Yoko se retrouve au fil des albums confrontée à des dragons robots, des civilisations extraterrestres (les Vinéens, un peuple souterrain venu d’une autre planète), des voyages dans le temps (de la Bruges du XVᵉ siècle à l’Écosse des années 1930) et des intrigues technologiques où l’électronique joue un rôle central. Passionné de modélisme et d’aéronautique, Leloup truffe ses planches de machines, d’engins et de véhicules rendus avec une précision maniaque — il a été deux fois champion de Belgique de modèles réduits, et cela se voit.
En 31 albums publiés depuis 1972, Leloup a bâti un univers d’une cohérence rare. Sa règle d’or : même les éléments les plus fantastiques obéissent à une logique interne stricte. Les voyages temporels, la technologie vinéenne, les armes extraterrestres — tout fonctionne selon des règles établies et respectées d’un album à l’autre. On est loin du fantastique arbitraire. C’est de la science-fiction rigoureuse, où le dessin — toujours net, toujours lisible, jamais surchargé — est au service de l’histoire et non l’inverse. Et Yoko reste, cinquante-cinq ans après sa création, l’une des trop rares héroïnes de la BD franco-belge à avoir ouvert la voie sans que beaucoup d’autres la suivent.
7. Franka (Henk Kuijpers, 1974)

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Voici peut-être la recommandation la plus inattendue de cette liste. Franka est une série néerlandaise créée par Henk Kuijpers pour le magazine Pep en 1974, et c’est l’héroïne la plus populaire de la bande dessinée aux Pays-Bas — élue « plus grand héros de BD néerlandais » par les lecteur·ice·s du magazine Eppo en 2011, la série s’est vendue à plus d’un million d’exemplaires dans son pays. Franka est une jeune femme rousse, sportive et débrouillarde, d’abord secrétaire du commissaire Krachen, puis archéologue et détective à son compte. Avec son bouledogue Bars, elle plonge dans des enquêtes policières et des chasses au trésor qui l’emmènent d’Amsterdam au Portugal, de la Chine aux profondeurs marines.
Le lien avec Tintin passe d’abord par le style graphique : Kuijpers, grand admirateur de la BD franco-belge, pratique une ligne claire élégante et bourre ses décors de détails qu’on ne repère qu’à la deuxième ou troisième lecture. Les premiers albums, plus enfantins, cèdent progressivement la place à des intrigues plus adultes et un dessin plus sophistiqué, sous l’influence assumée d’auteurs comme Yves Chaland ou Serge Clerc. L’un des cycles les plus réussis, Les Dents du dragon, emprunte à Conan Doyle et au Secret de La Licorne pour une aventure de cryptozoologie (la recherche d’espèces animales supposées disparues) entre Amsterdam et l’Asie.
En France, Franka a connu un parcours éditorial chaotique : trois albums chez Dupuis en 1981, une tentative chez Les Humanoïdes Associés en 1987, puis une reprise par le petit éditeur belge BD Must à partir de 2010. Ce dernier a traduit la quasi-totalité des albums existants, souvent en tirages limités à 800 exemplaires. La série reste donc confidentielle dans l’espace francophone — à tort, car rares sont les BD de tradition ligne claire qui déploient à la fois des intrigues solides, un dessin de cette qualité et une héroïne aussi crédible et autonome.
8. Spirou et Fantasio (André Franquin, 1946)

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Spirou n’a pas été créé par André Franquin. C’est le Français Robert Velter (Rob-Vel) qui lui donne naissance en 1938, dans le premier numéro du Journal de Spirou. C’est Jijé qui, en 1944, invente son inséparable compagnon Fantasio — un zazou (ces jeunes des années 1940 qui affichaient leur amour du jazz et des tenues excentriques en pleine Occupation) dont les costumes improbables et les gaffes apportent une touche de loufoquerie bienvenue. Mais c’est bien Franquin qui, lorsqu’il reprend la série en 1946 à l’âge de 22 ans, transforme un sympathique groom en uniforme rouge en l’un des plus grands héros de la BD européenne. Avec lui arrivent l’écureuil bavard Spip, le savant excentrique Comte de Champignac, le génial méchant Zorglub et, surtout, le Marsupilami — animal fabuleux à la queue de huit mètres, surgi des jungles de Palombie (un pays fictif d’Amérique du Sud) dans Spirou et les Héritiers (1952).
Ce qui sépare le Spirou de Franquin du Tintin d’Hergé, c’est le registre comique poussé bien plus loin. Là où Hergé pratique un humour sobre, contenu dans les répliques et les situations, Franquin laisse déborder une énergie graphique folle : ses cases fourmillent de gags visuels, ses personnages secondaires volent la vedette aux héros, ses courses-poursuites atteignent un degré de virtuosité cinématographique rarement égalé en bande dessinée. Les albums de la période dorée — Le Nid des marsupilamis, Z comme Zorglub, L’Ombre du Z, QRN sur Bretzelburg, Panade à Champignac — sont des sommets du genre — drôles, inventifs, haletants, et d’une générosité narrative qui ne laisse pas une case au repos.
Propriété des Éditions Dupuis (et non d’un auteur unique), la série a été reprise après Franquin par plusieurs équipes, dont les plus notables sont Jean-Claude Fournier, puis le duo Tome et Janry, et plus récemment Fabien Vehlmann et Yoann. Les avis divergent sur ces continuations, mais la période Franquin (albums 4 à 19, grosso modo) reste un monument de la bande dessinée franco-belge. Si Tintin vous a séduit·e par l’aventure et le dépaysement, Spirou vous offrira tout cela — avec en prime un sens du comique et de l’absurde qu’Hergé, plus mesuré par tempérament, n’a jamais poussé aussi loin.