Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après « Les 5 Terres » de Lewelyn ?

Que lire après « Les 5 Terres » de Lewelyn et Lereculey ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Publiée chez Delcourt depuis septembre 2019, Les 5 Terres est une série de bande dessinée de fantasy animalière écrite par le collectif Lewelyn — pseudonyme qui réunit David Chauvel, Andoryss et Patrick Wong — et dessinée par Jérôme Lereculey. L’histoire se déroule dans un monde peuplé d’animaux anthropomorphes répartis en cinq contrées : Angleon (les félins), Arnor (les ours et les loups), Lys (les primates), Erinal (les herbivores) et Ithara (les reptiles). Lorsque le vieux roi Cyrus Magneon se retrouve sur son lit de mort, sa succession déclenche une cascade de trahisons, de manœuvres politiques et de conflits armés qui embrase progressivement les cinq royaumes. Prévue pour couvrir 30 tomes répartis en cinq cycles de six albums — un par terre —, la série tient un pari rare en BD : trois albums par an, sans baisse de qualité.

Si vous avez dévoré ces intrigues de cour à coups de griffes et de crocs et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des recommandations dans la même veine.


1. Le Royaume sans nom (Herik Hanna et Redec, 2023)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans un royaume volontairement privé de nom — et dont les personnages ne sont jamais désignés que par leur fonction (le Prince, le Trésorier, la Soubrette…) —, le vieux roi lion sent ses forces décliner. La tradition veut que le prince l’affronte pour s’emparer du trône, mais le jeune héritier ne manifeste aucune appétence pour le pouvoir. L’arrivée d’une délégation étrangère venue des royaumes du Nord suffit à mettre le feu aux poudres : complots, coups montés et tentatives d’assassinat s’enchaînent au palais, tandis que les troupes du royaume du Tigre profitent de l’agitation pour semer le chaos sur le territoire.

Publiée chez Glénat en trois tomes (2023–2025), cette trilogie d’Herik Hanna au scénario et de Redec au dessin (avec Lou à la couleur) emprunte beaucoup à la tragédie shakespearienne : dynasties rivales, secrets de famille empoisonnés, et personnages qui prononcent de grands discours juste avant de se faire poignarder. L’originalité tient au système de castes animales : le royaume des lions regroupe les espèces africaines (zèbres, gazelles, girafes…), celui des royaumes du Nord les espèces européennes (cochons, loups, renards…), et la hiérarchie entre carnivores et herbivores — calquée sur la chaîne alimentaire — se retrouve peu à peu remise en question au fil du récit. Les dialogues, souvent drôles jusque dans les situations les plus tendues, donnent au récit un ton à part.

Côté dessin, le style de Redec — rond, expressif, proche de l’animation sans verser dans l’enfantin — joue en permanence sur la double nature des personnages : un chien apeuré plaque ses oreilles sur son crâne, mais son visage trahit une expression de terreur bien humaine. La trilogie se boucle en trois tomes seulement — un format idéal pour qui veut une intrigue de cour concentrée, où personne n’est épargné.


2. Sa Majesté des Ours (Dobbs, Didier Cassegrain et Olivier Vatine, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Au royaume nordique de Holmgaard, les animaux vivent à l’écart du monde des hommes depuis des siècles. Le roi-ours Von Noord règne avec sagesse sur ce territoire — jusqu’au jour où un jeune humain nommé Ifrit est retrouvé échoué sur les côtes. Il prétend revenir du royaume des morts. Son apparition pourrait bien annoncer la réalisation d’une antique prophétie — celle qui prédit la chute du monde animal. Le roi dépêche alors une expédition menée par son fils Kodiak, accompagné d’Ifrit, pour enquêter sur la menace et rallier les royaumes voisins à sa cause.

Publiée chez Glénat via Comix Buro, la série est née d’une idée originale d’Olivier Vatine (qui signe aussi le storyboard), mise en scénario par Dobbs, avec Didier Cassegrain au dessin et à la couleur. Là où Les 5 Terres mise sur les jeux de pouvoir entre factions animales, Sa Majesté des Ours introduit un élément supplémentaire : l’humain comme facteur de déstabilisation. Le récit s’oriente davantage vers l’aventure et le merveilleux — traversées maritimes périlleuses, créatures marines redoutables, royaumes hostiles à convaincre — dans une veine qui rappelle Conan ou Dark Crystal : de la fantasy d’action et de sorcellerie, avec des monstres, des prophéties et des épées.

Deux tomes sont parus à ce jour. Le dessin de Cassegrain — un trait semi-réaliste, des couleurs directes (c’est-à-dire peintes sans encrage informatique) — porte la série au moins autant que le scénario. Les têtes d’animaux ont un réalisme frappant, et les décors (océans, jungles, forteresses) ne sont jamais de simples arrière-plans : ils participent pleinement à l’atmosphère de chaque scène. Un mot d’avertissement cependant : la suite de la série semble incertaine en raison de désaccords entre les auteurs, ce qui rend la lecture des deux premiers tomes à la fois réjouissante et un peu frustrante.


3. Le Château des animaux (Xavier Dorison et Félix Delep, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Quelque part dans la France de l’entre-deux-guerres, une ferme abandonnée par les hommes a été rebaptisée « le Château » par ses occupants. Mais la république promise s’est transformée en dictature : le président Silvio, un taureau imposant, règne par la terreur avec l’aide de sa milice de chiens. Les animaux triment du matin au soir, et toute velléité de révolte est écrasée dans le sang. C’est dans ce climat que Miss Bengalore, une chatte qui ne cherche qu’à protéger ses deux chatons, s’allie à César, un lapin gigolo qui compense son manque de muscles par une insolence à toute épreuve, et à Azélar, un vieux rat voyageur imprégné de la pensée de Gandhi. Ensemble, ils vont tenter de renverser le tyran — non par la violence, mais par la désobéissance civile et le rire.

La série, publiée chez Casterman en quatre tomes (2018–2025), est signée par Xavier Dorison au scénario et Félix Delep au dessin. Si le titre évoque immédiatement La Ferme des animaux de George Orwell, Dorison s’en éloigne sur un point fondamental : là où Orwell racontait l’échec inéluctable d’une révolution, Le Château des animaux s’intéresse aux révolutions non-violentes qui ont réussi. Le scénariste cite comme sources d’inspiration aussi bien Gandhi que Lech Wałęsa, Nelson Mandela ou l’essai Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes du militant serbe Srdja Popovic. Concrètement, cela donne une série où l’on voit des poules organiser des grèves, des cochons saboter un chantier et un lapin ridiculiser un taureau devant ses propres gardes — le tout sans que le récit perde en gravité. Le personnage de César, d’ailleurs, sert de soupape comique dès que le scénario menace de basculer dans le prêchi-prêcha.

Côté graphique, Félix Delep — sorti de l’école Émile Cohl à 24 ans pour signer ici sa toute première BD — assure seul le dessin et la couleur dès le deuxième tome. Les couleurs changent radicalement selon les scènes : rouges incandescents lors des répressions, gris-bleu glaciaux pour les nuits de complot, ocres boueux quand les animaux peinent sous le joug. C’est cette BD qui a remporté le Prix BDGest’ Arts de la meilleure série en 2020.


4. Le Bois des Vierges (Jean Dufaux et Béatrice Tillier, 2008)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans un monde imaginaire à l’atmosphère médiévale, Hommes et Bêtes de Haute Taille — des loups bipèdes doués de parole — peinent à cohabiter. Un mariage politique doit sceller la paix entre les deux peuples : la vertueuse Aube, fille du puissant Seigneur Maître Arcan, est donnée au valeureux Loup de Feu. Mais la nuit de noces vire au cauchemar lorsque l’époux est retrouvé sauvagement assassiné. Les Bêtes de Haute Taille, ivres de vengeance, se lancent aux trousses d’Aube et de son frère Salviat, accusés du meurtre. La jeune femme parvient de justesse à se réfugier dans le Bois des Vierges, un lieu mystérieux dont l’accès est réservé aux seules pucelles. La guerre entre les clans reprend, implacable.

Publiée en trois tomes (initialement chez Robert Laffont en 2008, puis rééditée chez Delcourt avec l’intégrale en 2016), cette série de Jean Dufaux et Béatrice Tillier relève davantage du conte féerique et cruel que de la fantasy politique. On n’est pas dans un récit de trône et de couronne, mais dans une vendetta entre espèces où les alliances se font et se défont au gré des rancunes et des intérêts. L’expression « poil et peau », qui revient comme un leitmotiv pour désigner les deux camps, dit tout du fossé qui les sépare. Dufaux, prolifique scénariste connu entre autres pour Murena et Djinn, alterne les points de vue des Hommes et des Bêtes sans jamais trancher clairement en faveur d’un camp — chacun a ses raisons, chacun a du sang sur les mains.

Ce qui fait la réputation de cette série, c’est avant tout le dessin de Béatrice Tillier. Formée dans la lignée de François Bourgeon (l’auteur des Passagers du vent, référence du genre historique en BD), elle signe des planches où chaque pelage de loup, chaque pli de vêtement, chaque branche de sous-bois est rendu avec un soin qui rappelle la gravure sur cuivre. Tillier réalise aussi les couleurs elle-même, ce qui donne à l’ensemble une unité visuelle rare. Un bon choix pour qui apprécie Les 5 Terres mais souhaite troquer les intrigues à grande échelle pour un huis clos plus intimiste et plus sauvage.


5. Le Trône d’argile (France Richemond et Theo, 2006)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

France, 1418. Le royaume vacille. Le roi Charles VI, sujet à de violentes crises de démence (il est passé à la postérité sous le surnom de « Charles le Fol »), n’est plus en mesure de gouverner. Deux factions se déchirent pour le contrôle du pouvoir : les Armagnacs, fidèles au dauphin (l’héritier du trône), et les Bourguignons, alliés au duc de Bourgogne Jean sans Peur, qui contestent la légitimité royale. Pendant ce temps, les armées anglaises d’Henri V grignotent la Normandie forteresse après forteresse. Au milieu de ce chaos, un homme — Tanneguy du Châtel, chevalier breton de petite noblesse — se donne une seule mission : sauver le dernier dauphin, le futur Charles VII, alors âgé de quinze ans, d’un Paris tombé aux mains des Bourguignons. De cette nuit du 28 mai 1418 jusqu’au siège d’Orléans et à l’épopée de Jeanne d’Arc, la série retrace l’une des périodes les plus sombres de la guerre de Cent Ans.

Co-scénarisée par France Richemond, historienne passionnée de la période, et Nicolas Jarry, la série respecte la chronologie et les faits avec une rigueur rare en BD historique — on y suit, par exemple, le jeu diplomatique réel de Yolande d’Aragon, belle-mère du dauphin, dont les manœuvres ont pesé autant que les batailles sur l’issue du conflit. Le « trône d’argile » du titre, c’est celui d’un roi fou dont le royaume se fissure de toutes parts — et pas un personnage du récit ne semble en mesure de le recoller. Pas d’animaux anthropomorphes ici, mais les lecteurs et lectrices de Les 5 Terres retrouveront ce qui fait le nerf de la série de Lewelyn : des luttes dynastiques sans merci, des personnages pris dans des engrenages politiques qui les dépassent, et des fins de tomes qui donnent envie d’ouvrir le suivant immédiatement.

L’Italien Theo (Theo Caneschi), qui travaillera par la suite sur Murena, est pour beaucoup dans la réussite de la série : un trait précis et souple, des contre-plongées qui ouvrent les scènes de bataille sur des perspectives spectaculaires, et une attention particulière aux visages — on lit la fatigue, la peur et la duplicité sur chaque figure. Les couleurs de Lorenzo Pieri, en tons sourds et terreux, achèvent de plonger le récit dans la boue et le fer du XVe siècle. La série compte six tomes parus entre 2006 et 2015, et un septième et dernier volume est annoncé pour avril 2026.


6. The Autumnlands (Kurt Busiek et Ben Dewey, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dans un lointain futur, l’humanité a depuis longtemps disparu. Le monde est peuplé d’animaux anthropomorphes organisés en société féodale et magique : les Nuageois — une élite de mages — vivent dans des cités flottantes, tandis que les peuples de la Plaine survivent en contrebas dans des conditions bien plus rudes. Mais la magie qui soutient cet ordre social s’étiole, et personne ne sait pourquoi. Un conclave secret de sorciers tente alors l’impensable : invoquer un héros légendaire à travers le temps pour sauver le monde. Le rituel tourne à la catastrophe, précipite la cité d’Apalis au sol, et le « Grand Champion » qui apparaît se révèle être un humain — Steven T. Learoyd —, soldat pragmatique et brutal, très éloigné du sauveur messianique espéré. Le jeune Dunstan, apprenti chien-mage, devient son compagnon de route involontaire.

Publiée chez Image Comics à partir de 2014 et traduite en français chez Urban Comics sous la collection Urban Indies (deux tomes : De griffes et de crocs et Retour à la terre), la série est signée par Kurt Busiek, vétéran du comics américain à qui l’on doit notamment Astro City et Marvels. Busiek a porté ce projet pendant près de vingt ans avant de le concrétiser. On retrouve ici une idée classique de la science-fiction — un monde post-humain où les animaux ont pris la relève, comme dans Kamandi de Jack Kirby (comics des années 1970) — mais le vrai sujet, c’est la question des inégalités sociales. Les Nuageois, raffinés et condescendants, traitent les peuples de la Plaine comme des primitifs. L’arrivée de Learoyd, qui ne reconnaît aucune de ces hiérarchies, fait voler en éclats les certitudes de chacun.

Benjamin Dewey au dessin et Jordie Bellaire à la couleur donnent corps à cet univers avec un soin manifeste : cités célestes aux architectures ouvragées, campements de fortune dans la boue, bestiaire varié où chaque espèce a sa propre morphologie et sa propre gestuelle. La série est malheureusement en pause depuis 2016, sans confirmation d’une reprise — un sort qu’elle partage, hélas, avec Sa Majesté des Ours. Les deux volumes disponibles forment néanmoins un arc narratif lisible de façon autonome.


7. Légendes de la Garde (David Petersen, 2006)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

La Garde est un ordre de souris guerrières chargé de protéger les cités, d’escorter les marchands sur les routes et de repousser les prédateurs — serpents, crabes, belettes — qui, à l’échelle d’une souris, sont des menaces mortelles. À l’automne 1152, trois de ses membres les plus valeureux — Kenzie, Saxon et Lieam — découvrent lors d’une mission de routine un complot ourdi dans la ville de Barkstone. Le traître Minuit, ancien membre de la Garde, a levé une armée et marche sur Lockhaven, la forteresse légendaire de l’ordre. Ce qui s’annonçait comme une simple escorte se transforme en lutte pour la survie de toute une civilisation.

Publiée aux États-Unis chez Archaia à partir de 2006 sous le titre Mouse Guard et traduite en français chez Gallimard dès 2008, la série de David Petersen se compose de trois récits principaux — Automne 1152, Hiver 1152 et La Hache noire — complétés par des recueils de contes (Baldwin le brave, Bastian, loup solitaire). L’univers est un Moyen Âge à l’échelle des souris : un crabe y fait office de dragon, un hibou est un prédateur mortel contre lequel aucune épée ne suffit, et traverser une forêt relève de l’expédition en terre hostile. Ce décalage d’échelle n’est pas un simple artifice de présentation : il conditionne toute la narration, puisque le moindre orage, le moindre ruisseau devient un obstacle potentiellement fatal.

Petersen dessine dans un format quasi carré inhabituel, avec un style qui emprunte à la gravure et à l’enluminure médiévale. Les textures — fourrures, écorces, pierres, feuilles mortes — sont rendues avec une minutie qui rappelle Beatrix Potter (l’autrice de Pierre Lapin), sauf qu’ici les souris portent des capes et manient l’épée. La série a reçu un Eisner Award (l’équivalent des Oscars dans le monde du comics) et a même été adaptée en jeu de rôle. Elle reste, avec Blacksad, l’une des grandes références de la BD animalière — et une lecture indispensable pour qui a aimé Les 5 Terres.