Le Donjon de Naheulbeuk est une saga humoristique créée par John Lang en 2001, d’abord sous la forme d’épisodes audio diffusés sur Internet, puis adaptée en bande dessinée (dessinée par Marion Poinsot), en romans et en jeu vidéo.
La série met en scène une compagnie d’aventuriers incompétents — un ranger, un nain, une elfe, une magicienne, un ogre et un barbare — lancés dans un donjon à la recherche d’une statuette sacrée.
Parodie assumée de l’heroic fantasy et des jeux de rôle, la saga a fédéré une communauté considérable de fans depuis plus de vingt ans. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Reflets d’acide (JBX & Le Fab, 2010)

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Née elle aussi comme saga audio sur Internet avant d’être adaptée en BD par les éditions Clair de Lune puis Delcourt, Reflets d’acide partage avec Le Donjon de Naheulbeuk un ADN commun : la parodie de fantasy portée par un groupe de bras cassés. Ici, Wrandrall, un semi-démon, recrute dans une taverne un nain bourrin, un elfe barde hautain, un génasi du feu et une barbare en pagne pour une « quête sans nom ».
La série se distingue toutefois par un trait singulier : les personnages s’expriment en vers. JBX manie les alexandrins et les jeux de mots avec une précision redoutable, et Le Fab traduit cette virtuosité langagière en un dessin qui mêle influences manga et bande dessinée franco-belge. Derrière la bouffonnerie se déploie une intrigue dense et sombre, plus ambitieuse que ce que le ton initial laisse deviner. Dix tomes sont parus à ce jour.
2. Donjon (Joann Sfar & Lewis Trondheim, 1998)

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Avec plus de soixante albums répartis en huit sous-séries (Zénith, Crépuscule, Potron-Minet, Monsters, Parade, Antipodes…), Donjon est l’un des monuments de la BD de fantasy humoristique européenne. Sfar et Trondheim y retracent toute l’histoire d’un donjon — de sa fondation à sa destruction — à travers des personnages animaliers aussi drôles qu’attachants, comme le canard Herbert ou le dragon Marvin.
Là où Naheulbeuk tire son comique des codes du jeu de rôle, Donjon s’amuse à les détourner pour mieux construire un univers d’une cohérence narrative impressionnante. La série oscille entre farce potache et récit crépusculaire ; chaque sous-série possède un ton et un style graphique propres grâce à une myriade de dessinateurs invités (Boulet, Larcenet, Alfred, Mazan…). L’ambition initiale — atteindre 300 tomes — relève sans doute de la blague, mais elle donne la mesure de cette épopée qui ne cesse de se ramifier. Un labyrinthe éditorial jubilatoire, idéal pour qui aime autant rire que s’émouvoir.
3. Chroniques des mondes d’Aria (William Lafleur, FibreTigre & Dario Tallarico, 2024)

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Publiée chez Glénat en septembre 2024, cette BD récente transpose en cases et en bulles l’univers du jeu de rôle Aria, popularisé par FibreTigre via l’émission Twitch Game of Rôles. On y suit Jotun, un voleur roublard libéré de sa cage par un mystérieux inconnu à condition de sauver le monde — mission qu’il accepte avant tout pour revendre les artefacts magiques qu’on lui confie. Autant dire que l’héroïsme n’est pas sa priorité.
Le parallèle avec Naheulbeuk saute aux yeux : un anti-héros réticent, des objets enchantés loufoques (une hache qui hurle, une amulette qui fait pleurer quand on ment, une tempête enfermée dans un bocal) et un humour décalé au sein d’un univers d’heroic fantasy assumé. Dario Tallarico signe des planches colorées et dynamiques, servies par la mise en couleur d’Angelo Iozza. L’album séduira autant les habitué·e·s du jeu de rôle en ligne que les amateur·ice·s de fantasy parodique dans la lignée directe de Naheulbeuk.
4. Noob (Fabien Fournier & Philippe Cardona, 2010)

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Issue de la célèbre web-série du même nom (plus de 100 millions de vues sur Internet), la BD Noob suit les mésaventures d’une guilde de joueurs désastreux dans le MMORPG fictif Horizon 1.1. Arthéon le guerrier, Gaea l’invocatrice vénale, Omega Zell l’assassin imbu de lui-même et Sparadrap le prêtre d’une naïveté confondante forment un quatuor aussi dysfonctionnel que les compagnons de la Terre de Fangh.
Avec treize tomes parus chez Soleil et plus de 375 000 exemplaires vendus, la série a su fédérer un public large. Le récit alterne entre le monde virtuel d’Olydri et la vie réelle des joueurs, ce qui ajoute une dimension méta que les fans de Naheulbeuk apprécieront : la satire ne vise pas seulement la fantasy, mais la culture geek dans son ensemble. Philippe Cardona, au dessin vif et expressif, accompagne cette comédie avec un sens du rythme efficace.
5. Les Rôlistes (Bruno Falba & Fabien Laouer, 2011)

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Séb, Thibault, Malik, Desdémonde et leurs amis sont des adolescents dont le principal centre d’intérêt — et quasiment le seul — reste le jeu de rôle sur table. Autour de leurs dés et de leur écran de maître du jeu, ils incarnent elfes, nains et guerriers dans des aventures dont l’issue tourne systématiquement à la catastrophe. Le scénario de Bruno Falba alterne entre le monde réel et les scènes de jeu, avec un humour fondé sur le décalage entre l’épique imaginé et le trivial vécu.
Fabien Laouer accompagne ce va-et-vient par deux styles graphiques distincts : l’un réaliste pour les scènes du quotidien, l’autre plus fantaisiste pour les séquences in-game. D’abord publiée chez Kantik en 2011, la série a été rééditée sous le titre Orcs & Trolls chez Tartamudo en 2023. Pour quiconque a un jour lancé un d20 autour d’une table entre amis, la connivence est immédiate.
6. Gloutons & Dragons (Ryoko Kui, 2014)

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Ce seinen manga, prépublié au Japon dans le magazine Harta et édité en France par Casterman, croise deux genres a priori inconciliables : le dungeon crawling et la gastronomie. Laïos, un chevalier dont la sœur a été dévorée par un dragon, doit retourner au plus vite dans le donjon pour la sauver avant qu’elle ne soit digérée. Problème : son groupe n’a plus de provisions. La solution ? Cuisiner les monstres rencontrés en chemin.
Sous son prétexte culinaire burlesque, Gloutons & Dragons (ou Dungeon Meshi) bâtit un vrai univers de fantasy, peuplé de créatures dont l’écologie est pensée avec une rigueur réjouissante. Ryoko Kui excelle à marier humour absurde et tension narrative, dans un récit qui gagne en profondeur au fil de ses quatorze tomes. L’adaptation animée par le studio Trigger en 2024 a élargi son audience. Une lecture incontournable pour qui aime les donjons, les monstres et les bonnes recettes.
7. Konosuba : Sois Béni Monde Merveilleux ! (Natsume Akatsuki & Masahito Watari, 2014)

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Konosuba est un manga de type isekai adapté du light novel éponyme de Natsume Akatsuki. Kazuma Satô, un jeune otaku, meurt de façon grotesque et se voit proposer par la déesse Aqua de se réincarner dans un monde fantastique régi par les règles d’un jeu de rôle. Par dépit, il entraîne la déesse elle-même avec lui. S’y ajoutent Megumin, une magicienne obsédée par un seul sort explosif, et Darkness, une croisée masochiste.
L’humour repose sur le sabotage permanent des codes du genre : chaque membre du groupe possède un handicap rédhibitoire qui transforme la moindre quête en fiasco. Masahito Watari retranscrit au dessin l’énergie comique débridée de la série, entre scènes d’action slapstick et expressions faciales outrancières. Les adeptes de Naheulbeuk retrouveront ici la même jubilation à voir des héros inadaptés se débattre dans un monde de fantasy qu’ils ne méritent pas.
8. Ralph Azham (Lewis Trondheim, 2011)

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Prépubliée dans le journal Spirou, cette série de douze tomes est le projet le plus ambitieux de Lewis Trondheim depuis Donjon. Ralph Azham est un jeune canard anthropomorphe, paria de son village, doté d’étranges pouvoirs liés à la conjonction de deux lunes. Indiscipliné, cynique et mal-aimé, il est entraîné malgré lui dans une saga d’heroic fantasy où se croisent factions politiques, religions rivales et créatures surnaturelles.
Trondheim conjugue ici son humour désabusé et un sens de la narration feuilletonnesque, capable de retournements constants. Contrairement à Donjon, Ralph Azham adopte un ton plus sombre et introspectif ; la série n’hésite pas à malmener ses personnages ni à aborder la mort, le pouvoir et la solitude avec une gravité inattendue. Les couleurs de Brigitte Findakly achèvent de donner à cet univers animalier une atmosphère à la fois familière et inquiétante. Un récit complet, achevé en 2019, qui récompense la fidélité de ses lecteur·ice·s.