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Que lire après « Le Chat » de Philippe Geluck ?

Que lire après « Le Chat » de Philippe Geluck ?

Le Chat est une série de dessins humoristiques créée par Philippe Geluck en 1983 dans le journal belge Le Soir. Sous la forme de strips et de gags en une page, un chat anthropomorphe y livre ses réflexions absurdes, ses jeux de mots et ses constats philosophiques sur la condition humaine, le tout dans un style graphique épuré.

La série compte vingt-cinq albums publiés chez Casterman et s’est écoulée à des millions d’exemplaires. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.


1. Humaine, trop humaine (Catherine Meurisse, 2022)

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Prépubliées dans Philosophie Magazine depuis 2017, ces planches confrontent une jeune femme moderne aux géants de la pensée : Socrate, Voltaire, Beauvoir, Deleuze ou Cioran se retrouvent croqués dans des situations burlesques. Catherine Meurisse, première autrice de BD élue à l’Académie des beaux-arts, parvient à vulgariser la philosophie avec rigueur et drôlerie. Le clin d’œil à Nietzsche contenu dans le titre trahit d’emblée un goût pour l’irrévérence savante, doublé d’une critique malicieuse de la prédominance masculine dans le monde des idées.

Le rapprochement avec Le Chat s’impose : là où Geluck condense une réflexion en un strip et un jeu de mots, Meurisse déploie ses gags sur deux pages, mais les deux partagent le même art de rendre l’abstrait limpide et drôle. Chaque épisode se clôt par une note qui éclaire la pensée du philosophe convoqué. L’humour de Meurisse, à la fois érudit et accessible, séduira celles et ceux qui aiment rire avec un livre de philo sur les genoux.


2. Effin’ Birds : Putains d’oiseaux (Aaron Reynolds, 2021)

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Né d’un compte Instagram primé aux Webby Awards et suivi par des centaines de milliers de personnes, ce faux guide ornithologique recense plus de deux cents espèces d’oiseaux, chacune accompagnée d’un aphorisme grossier et désabusé. Aaron Reynolds, humoriste canadien, associe des gravures naturalistes d’une élégance classique à des punchlines volontiers vulgaires — du choucas chicanier à la chouette sociopathe. Le décalage entre le raffinement du dessin et la crudité du propos fait tout le sel du livre, traduit en français aux éditions Lapin par Gaspard Bertrand.

On pense inévitablement aux détournements de gravures anciennes chers à Geluck, où un visuel sobre, presque académique, se trouve percuté par un texte inattendu. Le principe est identique, poussé ici vers la provocation assumée. Si vous appréciez le mélange de cynisme et de tendresse qui caractérise Le Chat, ces oiseaux mal embouchés, à mi-chemin entre le guide naturaliste et le défouloir, devraient vous ravir.


3. Linge sale, amour et céréales (Pozla, 2025)

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À travers de courtes scénettes aux personnages stylisés, Pozla dissèque les mécanismes du couple, de la famille et de la vie domestique. Fidélité, regret, sexualité, séparation, transmission : les sujets sont traités sans tabou, avec un humour tantôt acide, tantôt tendre, toujours imprégné d’absurde. Le dessin minimaliste, en traits fins sur des aplats roses et blancs, donne à l’ensemble une douceur inattendue qui contraste avec la lucidité du propos. Un fil conducteur discret relie les pages, avec quelques personnages récurrents et même un gag étiré de la première à la dernière planche.

Comme chez Geluck, chaque page recèle une chute soigneusement calibrée, et l’on retrouve ce goût pour l’observation du quotidien, passé au tamis d’un regard à la fois doux-amer et amusé. Publié chez Dargaud en 200 pages, cet album séduira celles et ceux qui aiment sourire jaune devant les petites défaites ordinaires de la vie à deux.


4. Le Guide du mauvais père (Guy Delisle, 2013)

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Guy Delisle, connu pour ses chroniques géopolitiques en BD (Pyongyang, Chroniques de Jérusalem), change ici de registre pour se mettre en scène en père gaffeur, égoïste et de mauvaise foi. Oublier la petite souris, terrifier ses enfants avec une histoire de tronçonneuse, garder les bonnes céréales pour soi : chaque historiette est un petit concentré d’autodérision parentale, porté par un trait en noir et blanc sobre et très expressif. Les saynètes se lisent comme un catalogue des bourdes que tout parent pourrait commettre — ou aurait déjà commises.

Le lien avec Le Chat tient au minimalisme graphique et à la mécanique du gag court. Delisle, comme Geluck, mise sur la justesse de l’observation plutôt que sur la sophistication du dessin. Les quatre tomes publiés chez Delcourt (collection Shampooing) se dévorent en quelques minutes chacun et provoquent cette culpabilité jubilatoire que connaissent bien les parents imparfaits.


5. Tu mourras moins bête (Marion Montaigne, 2011)

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Le Professeur Moustache, alter ego moustachu de Marion Montaigne, répond avec un humour débridé aux questions scientifiques les plus saugrenues : peut-on survivre à une chute dans la lave ? Les sabres laser sont-ils réalisables ? D’abord publié sur un blog en 2008, le projet a donné naissance à six albums (Ankama puis Delcourt), une série animée sur Arte avec la voix de François Morel, et un Prix du public au festival d’Angoulême 2013. L’autrice y manie la pédagogie avec un sens de l’absurde corrosif, truffé de clins d’œil au Seigneur des anneaux, à Terminator ou aux frères Bogdanov.

Le parallèle avec Le Chat est limpide : Geluck adore poser des questions existentielles ou pseudo-scientifiques et y répondre par l’absurde. On retrouve ici la même jubilation à faire cohabiter érudition et bêtise assumée, dans un format idéal à picorer page après page. Une référence incontournable de la BD didactique francophone.


6. Silex and the City (Jul, 2009)

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En 40 000 avant J.-C., la famille Dotcom tente de survivre dans une vallée qui résiste encore et toujours à l’Évolution. Blog, le père, est prof de chasse et candidat aux élections ; Spam, la mère, enseigne la préhistoire-géo en ZEP (Zone d’Évolution Prioritaire) ; Url, le fils, milite chez les alter-darwinistes. Jul, normalien, agrégé d’histoire et ancien dessinateur de Charlie Hebdo, transpose notre société contemporaine à l’ère préhistorique avec un sens du jeu de mots redoutable : le protocole des singes de Sion, la fête de l’Humain, les auroch-sceptiques…

Le mécanisme rappelle celui de Geluck : un décalage systématique entre le cadre et le propos, des calembours en rafale et une satire sociale qui n’épargne personne. Dix albums chez Dargaud, cinq saisons d’animation sur Arte et un long-métrage sorti en salles en 2024 témoignent de la longévité de cette formule, également mise à l’honneur au Musée de l’Homme à Paris.


7. Zaï zaï zaï zaï (Fabcaro, 2015)

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Un auteur de BD oublie sa carte de fidélité au supermarché. Le vigile intervient, l’auteur le menace avec un poireau, puis prend la fuite. S’ensuit une traque nationale, un emballement médiatique et une hystérie collective digne d’un thriller, le tout raconté avec un flegme imperturbable.

Fabcaro pousse l’absurde à son paroxysme : le dessin austère, les visages figés et les dialogues décalés composent un cocktail irrésistible. Le titre, tiré de Siffler sur la colline de Joe Dassin, donne le ton d’une satire où le ridicule le dispute à la lucidité. L’album, publié chez 6 Pieds sous terre et vendu à plus de 400 000 exemplaires, a reçu le Grand Prix de la critique ACBD en 2016.

Les amateurs de Geluck reconnaîtront la parenté : une situation anodine élevée au rang de crise civilisationnelle, un ton pince-sans-rire et une critique sociale qui avance masquée derrière le nonsense. Le film de François Desagnat, sorti en 2022 avec Jean-Paul Rouve, prolonge cette folie sur grand écran.


8. Les Vieux Fourneaux (Wilfrid Lupano & Paul Cauuet, 2014)

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Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires amis d’enfance, refusent de se résigner à la vieillesse. Quand Antoine apprend que sa défunte épouse l’a trompé avec un patron d’industrie, il fonce en Toscane pour régler ses comptes, suivi par ses acolytes et sa petite-fille Sophie, enceinte et exaspérée.

La série mêle road-movie, comédie sociale et lutte des classes, avec des dialogues truculents et un dessin de Paul Cauuet gorgé d’expressivité. Couronnée par le Fauve du Public à Angoulême en 2015 et écoulée à plus de 750 000 exemplaires, elle s’est imposée comme un pilier de la BD francophone contemporaine.

Comme Le Chat, Les Vieux Fourneaux manient l’ironie politique et le constat désabusé sur l’état du monde, mais avec un ancrage narratif plus développé et des personnages récurrents qui gagnent en épaisseur au fil des tomes. Huit albums chez Dargaud et deux adaptations au cinéma (2018 et 2022) confirment le succès de cette saga intergénérationnelle à la tendresse bourrue.


9. Le Petit Théâtre des opérations (Julien Hervieux & Monsieur Le Chien, 2021)

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Julien Hervieux, ancien professeur d’histoire connu sous le pseudonyme L’Odieux Connard, et le dessinateur Monsieur Le Chien rendent hommage aux héros oubliés des deux guerres mondiales. Chaque chapitre retrace un fait d’armes authentique et improbable — un char français seul contre treize blindés allemands à Stonne, un sniper finlandais aux résultats stupéfiants, ou un général qui a envoyé Hitler se faire voir — sur un ton décalé mais rigoureux. Des pages documentaires en fin de chapitre corroborent la véracité des récits, même si chaque anecdote semble trop folle pour être vraie.

Si Geluck détourne les encyclopédies et les gravures anciennes pour en tirer de l’humour, Hervieux et Monsieur Le Chien détournent l’historiographie militaire pour la rendre à la fois drôle et instructive. La série, publiée chez Fluide Glacial en cinq tomes et déclinée en spin-offs, réjouira celles et ceux qui aiment apprendre sans jamais se prendre au sérieux.

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