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Que lire après « La Rose écarlate » de Patricia Lyfoung ?

Que lire après « La Rose écarlate » de Patricia Lyfoung ?

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Publiée chez Delcourt à partir de 2005, La Rose écarlate est une série de bande dessinée française créée par Patricia Lyfoung, à mi-chemin entre la BD franco-belge et le manga. Elle se déroule dans la France du XVIIIe siècle et suit Maud de la Roche, une jeune femme qui, la nuit venue, enfile le masque de la Rose écarlate pour voler les nobles et redistribuer leurs richesses aux plus démunis — une Robin des Bois au féminin, l’épée à la main. Épaulée par le mystérieux Renard — alias Guilhem de Landrey —, elle se lance dans une quête pour retrouver l’assassin de son père, entre duels d’escrime, intrigues de cour et romance tumultueuse. La série compte vingt et un tomes et plus d’un million d’exemplaires vendus. Patricia Lyfoung, disparue en janvier 2025 à l’âge de 47 ans, y avait mis toute sa passion pour les costumes d’époque, les récits romantiques et les héroïnes déterminées — elle qui avait grandi bercée par les mangas de Rumiko Takahashi et le dessin animé Lady Oscar.

Si vous vous demandez quoi lire après les aventures de Maud et Guilhem, voici quelques suggestions dans le même esprit : des héroïnes qui refusent le rôle qu’on leur assigne, des royaumes en péril, des histoires d’amour qui ne font pas semblant et, parfois, un soupçon de cape et d’épée.


1. La Rose écarlate – Missions (Patricia Lyfoung et Jenny, 2013)

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Commencer par le spin-off officiel, c’est un peu tricher — mais ce serait dommage de passer à côté. Scénarisée par Patricia Lyfoung et dessinée par Jenny (connue pour Pink Diary), cette série dérivée se situe chronologiquement entre les tomes 6 et 7 de la série principale, au retour de Maud et Guilhem de l’Empire ottoman. Désormais fiancés, les deux justiciers n’ont rien perdu de leur fougue : chaque aventure prend la forme d’un diptyque autonome (une histoire en deux tomes), ce qui permet d’entrer dans l’action sans se perdre dans la continuité.

Du spectre de la Bastille aux enlèvements de jeunes filles rousses, des souvenirs d’Écosse aux mystères de la mer, les Missions conservent tout ce qui faisait le sel de la série principale — capes, épées, jalousies et bons sentiments — et donnent à Jenny l’occasion d’imprimer son propre style graphique, plus coloré et pétillant. Lyfoung au scénario sait exactement où placer ses rebondissements ; Jenny au dessin donne aux scènes d’action une énergie contagieuse. Pour quiconque a achevé La Rose écarlate et refuse de quitter Maud, c’est la prolongation idéale — dix tomes de rab, ce n’est pas rien.


2. Un prince à croquer (Patricia Lyfoung, 2012)

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On reste chez Patricia Lyfoung, mais on change d’époque : bienvenue dans le Paris contemporain, entre bistrots gastronomiques et quiproquos amoureux. Nicolas, prince héritier du petit royaume de Dulime, en a assez de voir sa mère régenter sa vie — et surtout de devoir épouser la richissime Glawdys, qu’il n’a jamais rencontrée. Il prend la fuite, direction la France, où il atterrit chez Margot, une cuisinière au caractère intraitable qui dirige un restaurant prisé de la capitale.

Le contraste entre ce prince qui n’a jamais mis les pieds hors de son château — et qui s’émerveille devant un ticket de métro ou un croissant au beurre — et cette Margot qui ne s’en laisse pas conter donne lieu à des situations d’un comique redoutable. Sous ses airs de comédie romantique sucrée (les quatre tomes portent des titres de menu : Entrée, Plat, Entremets, Dessert), la série aborde aussi la question de la liberté de choisir sa propre vie, loin des obligations familiales. On retrouve ici l’humour décalé propre à Lyfoung — expressions de visage empruntées au manga, répliques qui font mouche —, transposé dans un cadre moderne où la gastronomie française remplace les duels au clair de lune. Un régal en quatre services.


3. Yona, Princesse de l’Aube (Mizuho Kusanagi, 2009)

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Yona est la princesse choyée du royaume de Kôka, un univers de fantasy inspiré de la Corée ancienne. Protégée par son père le roi Il et par Hak, son garde du corps et ami d’enfance, elle mène une vie de privilèges et d’insouciance — jusqu’au soir de ses seize ans, où son cousin Soo-Won, dont elle est secrètement amoureuse, assassine le roi sous ses yeux pour s’emparer du trône. En une nuit, Yona perd tout : son père, ses illusions et le confort du palais.

Ce qui fait la force de cette série au long cours (plus de quarante-cinq tomes chez Pika Édition), c’est la transformation de son héroïne. La princesse frivole des premiers chapitres, incapable de tenir une arme et complexée par ses cheveux rouges — une couleur rarissime dans le royaume, qui finira par devenir le symbole de sa rébellion —, apprend à se battre, à survivre et à diriger. Accompagnée de Hak et de quatre Guerriers-Dragons liés à une légende ancestrale (Ki-ja, Shin-Ah, Jae-ha et Zeno, chacun doté d’un pouvoir hérité du sang de dragon), Yona parcourt les différentes tribus de Kôka et découvre ce que la cour lui avait toujours caché : la famine, le trafic de drogue, l’exploitation des plus faibles.

La série offre aussi une réflexion politique d’une finesse rare pour un shôjo (manga destiné à un lectorat de jeunes filles, mais apprécié par un public beaucoup plus large) : Soo-Won n’est pas un tyran caricatural, mais un dirigeant lucide qui cherche à réformer un royaume en déclin — ce qui rend le conflit d’autant plus douloureux, puisqu’il est impossible de le détester tout à fait. Yona, Princesse de l’Aube tient à la fois du récit d’aventure, du drame politique et de la romance — le tout porté par des personnages dont les motivations ne sont jamais simplistes. C’est l’un de ces mangas qui tiennent en haleine sur la durée et dont la lecture laisse des traces.


4. Freya – L’ombre du prince (Keiko Ishihara, 2017)

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Dans le royaume de Tyr, menacé par l’expansion du puissant voisin Sigurd, une timide villageoise nommée Freya se rend au château de Rocca et y découvre un jeune homme qui lui ressemble trait pour trait : le prince Edward, héritier du trône… sur le point de mourir. Dès lors, Freya n’a d’autre choix que d’endosser l’identité du prince défunt pour maintenir l’espoir de tout un peuple.

Publiée en France par Doki-Doki, cette série de fantasy médiévale aux accents européens ne ménage pas ses personnages : la guerre est brutale, les pertes sont réelles, et Freya — d’abord présentée comme une jeune fille en larmes — doit évoluer à marche forcée pour incarner un chef crédible sur le champ de bataille. Elle est entourée de chevaliers dévoués, dont Aaron, son frère de cœur, et Julius, un ancien ennemi au passé trouble — deux présences qui ajoutent de la tension sentimentale à un contexte de conflit armé où les alliances entre royaumes se font et se défont vite. Keiko Ishihara sait manier le rythme soutenu : chaque fin de chapitre pousse à lire le suivant.

Si le thème de la jeune fille qui se fait passer pour un homme afin de sauver son royaume vous rappelle quelque chose, c’est normal : le parallèle avec Basara (voir plus loin) est assumé. Mais Freya s’en écarte par son cadre inspiré de l’Europe du Nord — on pense à la Scandinavie médiévale — et par un ton plus sombre, où chaque victoire a un coût et où les scènes de romance offrent un répit bienvenu entre deux affrontements.


5. Shirayuki aux cheveux rouges (Sorata Akizuki, 2006)

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Shirayuki est herboriste : elle sait identifier les plantes médicinales et préparer des remèdes. Elle est aussi dotée d’une chevelure d’un rouge pomme si rare qu’elle attire les convoitises — à commencer par celles du prince Raji de Tanbarun, qui entend faire d’elle sa concubine. Plutôt que de se soumettre, Shirayuki coupe ses cheveux, quitte son pays et se réfugie dans le royaume voisin de Clariness. C’est là qu’elle rencontre Zen Wistaria, second prince du royaume, accompagné de ses fidèles gardes du corps Kiki et Mitsuhide.

Là où bien des shôjos précipiteraient leurs héros dans les bras l’un de l’autre dès les premières pages, Shirayuki aux cheveux rouges prend le temps d’installer le respect mutuel entre ses deux protagonistes. Shirayuki ne reste pas au palais comme simple protégée du prince : elle passe un concours pour devenir pharmacienne royale et se forge une place par son mérite et sa compétence. Zen, de son côté, est un prince lucide, qui refuse d’être traité différemment à cause de son rang. Leur histoire d’amour avance avec une douceur rare, sans jamais verser dans la mièvrerie.

Éditée chez Kana depuis 2012, cette série en vingt-sept tomes fonctionne comme un conte de fées revisité — l’ombre de Blanche-Neige plane dès le titre japonais (Akagami no Shirayuki-hime, soit « Blanche-Neige aux cheveux rouges ») — avec cette différence notable que Shirayuki ne doit son salut à personne d’autre qu’elle-même, et que le prince tombe amoureux non pas d’un visage endormi, mais d’une femme qui lui tient tête.


6. Nina du Royaume aux étoiles (Rikachi, 2019)

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Nina est une orpheline des bidonvilles qui se fait passer pour un garçon afin d’échapper aux marchands d’esclaves, dans un univers de fantasy dont l’architecture, les vêtements et les coutumes évoquent le Moyen-Orient ancien. Ses rares yeux bleu azur finissent par la trahir : le prince Azur, second fils du roi de Fortuna, la recrute pour prendre la place de la princesse Alisha — sa demi-sœur décédée dans un accident tenu secret. Nina dispose de trois mois pour apprendre les codes de la cour et convaincre les nobles qu’elle est la vraie princesse, avant d’être envoyée épouser le prince héritier du royaume de Galgada.

L’intérêt de cette série, lauréate du 46e Prix du manga Kōdansha dans la catégorie shōjo, réside dans le double jeu permanent de Nina : Nina doit jongler entre sa gouaille de gamine des rues et les manières d’une princesse irréprochable, le tout sous le regard glacial d’Azur — qui s’adoucit au fil des tomes. L’arrivée au royaume de Galgada ajoute un second prétendant, le prince Sett, et des intrigues politiques qui viennent corser un triangle amoureux déjà bien tendu.

Publiée en France par Michel Lafon, cette série se démarque par la qualité de ses planches — costumes, décors et expressions des personnages sont soignés — et par un dosage habile entre humour, tension politique et émotion. Nina, avec sa franchise, son impulsivité et son culot, fait inévitablement penser à Maud de la Roche : toutes deux sont des filles du peuple propulsées dans un monde de cour dont elles ignorent les codes, et toutes deux compensent par le cran ce qui leur manque en bonnes manières.


7. La Rose de Versailles (Riyoko Ikeda, 1972)

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Il serait difficile de parler de La Rose écarlate sans remonter à la source. Patricia Lyfoung elle-même citait La Rose de Versailles — le manga dont est tiré le dessin animé Lady Oscar mentionné plus haut — comme l’une de ses inspirations majeures. Ce shōjo fondateur, publié entre 1972 et 1973 dans le magazine Margaret, se déroule dans la France du XVIIIe siècle, des fastes de Versailles à la prise de la Bastille.

L’histoire suit deux destins parallèles : celui de Marie-Antoinette, jeune archiduchesse autrichienne devenue reine de France, et celui d’Oscar François de Jarjayes, fille d’un général élevée comme un garçon et nommée capitaine de la Garde royale. Oscar protège la reine, croise le fer avec les ennemis de la couronne et tombe secrètement amoureuse du comte suédois Axel de Fersen — qui n’a d’yeux que pour Marie-Antoinette. Tandis que la cour sombre dans le luxe et l’inconscience, le peuple gronde. Oscar, témoin des injustices, finit par se trouver déchirée entre sa loyauté envers la monarchie et sa sympathie pour la cause révolutionnaire. À ses côtés, André Grandier, son ami d’enfance et palefrenier, nourrit pour elle un amour silencieux et tenace.

Le manga a engendré un véritable phénomène culturel au Japon — le « beru bara boom » —, poussé des milliers de Japonais·es à étudier le français et fait du château de Versailles un lieu de pèlerinage. Riyoko Ikeda, engagée à gauche et lectrice de la biographie de Marie-Antoinette par Stefan Zweig, a fait de ce récit bien plus qu’une romance en costume : c’est un drame politique sur la fin d’un monde, celui de l’Ancien Régime. L’édition française, disponible chez Kana en trois épais volumes, reste un incontournable pour quiconque aime les héroïnes à épée et les intrigues de palais.


8. Basara (Yumi Tamura, 1990)

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Dans un Japon du futur réduit à l’état de désert — trois siècles après une catastrophe qui a anéanti la civilisation, le pays est retombé dans un système féodal où des rois tyranniques règnent sur des provinces misérables —, un prophète annonce qu’un enfant né dans le village de Byakko sera l’élu qui libérera le peuple. Cet enfant, c’est Tatara — du moins, tout le monde le croit. Sa sœur jumelle Sarasa grandit dans son ombre, jusqu’au jour où les troupes du Roi Rouge assassinent Tatara. Pour empêcher son peuple de sombrer dans le désespoir, Sarasa se coupe les cheveux et prend l’identité de son frère défunt.

Le coup de génie de Yumi Tamura tient en un mot : Shuri. Sarasa croise un jour, dans une source d’eau chaude, un jeune homme dont elle tombe éperdument amoureuse — sans savoir qu’il s’agit du Roi Rouge en personne, celui-là même qu’elle a juré d’abattre. Lui ignore tout autant qu’il courtise celle qu’il cherche à éliminer. Cet amour impossible, construit sur un double mensonge, traverse les vingt-sept tomes comme une bombe à retardement : chaque moment de tendresse entre Sarasa et Shuri rapproche l’inévitable instant où la vérité éclatera, et cette tension ne faiblit jamais.

Mais Basara est bien plus qu’une histoire d’amour contrariée. C’est une épopée politique qui interroge la liberté, le pouvoir et la vengeance à travers un Japon post-apocalyptique parcouru par Sarasa et ses alliés — Hayato l’archer, Ageha la danseuse de sabre, Nachi le marchand — face à des adversaires dont aucun n’est tout à fait un monstre. Récompensée par le prix Shōgakukan en 1993 et rééditée chez Kana en 2026, cette série est l’un des shōjos les plus ambitieux jamais écrits. Préparez-vous cependant : Yumi Tamura n’épargne ni ses personnages, ni son lectorat.


9. Princesse Sara (Audrey Alwett et Nora Moretti, 2009)

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Très librement adaptée du roman La Petite Princesse de Frances Hodgson Burnett (1905), cette série publiée chez Soleil transpose l’histoire de Sara Crewe dans un univers steampunk — c’est-à-dire un XIXe siècle fictif où la technologie à vapeur a produit des machines avancées, ici des automates capables de servir le thé ou de danser. Sara, qui a grandi aux Indes auprès de son père le capitaine Crewe, est envoyée parfaire son éducation dans le pensionnat londonien de l’acariâtre Miss Minchin. Riche, brillante et généreuse, elle suscite autant d’amitiés (Ermengarde, la petite Lottie) que de jalousies (l’inévitable Lavinia). Mais le jour où son père meurt ruiné, Sara passe du statut de princesse du pensionnat à celui de servante.

Ce qui fait la singularité de cette BD, ce n’est pas seulement sa fidélité au canevas d’origine, mais la décision de Sara de rester une princesse dans son cœur, quoi qu’il advienne. Face aux humiliations de Miss Minchin — corvées, privations, solitude dans un grenier glacé —, elle oppose une dignité tranquille qui relève autant du courage que de l’entêtement. La scénariste Audrey Alwett a enrichi le récit de dimensions absentes du roman : les automates, des intrigues d’espionnage dans les cycles suivants, un voyage au Japon et même un passage par les Indes coloniales. La dessinatrice Nora Moretti, d’origine vénitienne, apporte un trait d’inspiration manga et un soin particulier aux costumes et aux décors victoriens qui donnent à chaque planche un vrai cachet.

Avec plus de 600 000 exemplaires vendus et quinze tomes au compteur, Princesse Sara a prouvé qu’on n’a pas besoin d’une épée pour se battre : parfois, un sourire obstiné et un refus de plier suffisent.